ÉPURE
à Philippe Reis-EJJfendi , vice-amiral de San-Ouest , traduite de l 'arabe
en grec par Joseph.
On sait que la bizarrerie A bon droit Votre Seigneurie
Voltigeoit sur votre berceau , A ce grand homme se confie.
Et chacun aujourd'hui parie Diane d'un destin aussi beau ,
Qu'elle doit vous suivre au tombeau. Celui qui consacra sa vie
Mais on croyoit que la folie A concevoir comment sur l'eau
Qui siégeoit dans votre cerveau Sa main intrépide et hardie
Par l'âge scroil amortie. Lanceroit un joli vaisseau
Point du tout : chaque jour nouveau De carton fin d'Andalousie,
Voit naître nouvelle manie : Devoit, gardien de votre sceau,
Hier ce qui vous parut beau , Faire de la chancellerie
Demain par vous se répudie. Une baroque académie,
Aujourd'hui, d'une rêverie Ou pour mieux dire un vrai tripot.
A Ducrest vous dites un mot, Mais chacun a sa fantaisie,
Et bientôt ce rare génie Et son ridicule, et son goût.
De Momus roule le grelot , Les vôtres sont l'anglomanie ,
Et fidèlement vous copie , Lâchasse au daimC1 , l'argent surloutO2),
Car imiter, voilà son lot ! Et la mauvaise compagnie (3).
(') Monseigneur tua dernièrement un daim dans un faubourg de Paris. (~) Les jeux, les locations, etc.
(?) Messieurs les agas, cadi-effeudi , chiaoux , etc., connus à Constantinople par leurs folies.
Cela ne nous fait rien du tout, Tous les honnêtes citoyens
Et n'excite point notre envie. Qui traverseront vos jardins?
L'épouse qui vous est unie Et déjà meurtris des bourrades
N'en sera pas moins par nous tous Qu'on leur décoche à toutes mains,
Toujours respectée et chérie. 11 leur viendra quelque ruade
Mais ce qui nous es! moins égal, De vos maigres et longs roussins,
Et qui passe la railierie , Oui, d'une seule pétarade,
C'est qu'épuisant votre génie Peuvent massacrer dix humains...
A transformer un amiral Je crois pénétrer un mystère :
En un maître d'hôtellerie Pour vous, la course a des appas,
Qui loge à pied comme à cheval, El je vois que vous voulez faire
Vous alliez faire une écurie De votre jardin un haras.
D'un beau palais impérial. C'est Lien, mais est-il nécessaire
Quoi! monseigneur, les tabagies, De faire venir d'Angleterre
Les tripots, les académies, Tant de chevaux vifs et malins,
De vos arcades seuls soutiens, Quand vous êtes propriétaire Vomiront roués, libertins, • .D'un si grand nombre de poulains,
Abbés, escroqueurs et catius, Que, pullulant dans vos jardins, Pour heurter, dans leurs promenades, Ils peupleroient toute la terre (')?
Les épigrammes et les satires auxquelles a donné lieu la guerre que le comte de Mirabeau fait à l'agiotage sont d'un genre atroce. On attribue celle-ci à M. de Beaumarchais, au sujet de la dénonciation :
Puisse ton homélie , infernal Mirabeau ,
Ecraser les fripons qui gâtent nos affaires !
Un voleur converti doit devenir bourreau ,
Et prêcher sur l'échelle en rouant ses confrères (2).
Réponse du coin le de Mirabeau :
Pour un bourreau lu m'as choisi :
Un roué s'y connoît, sans doute !
Mais ne crois pas que je redoute Un criminel que j'ai flétri.
Du 5 mai.
La nation appeloit M. Necker au timon des finances; mais cet administrateur exercé ne plaisoit point à l'administrateur général. Il a fait un choix bien plus chrétien : il n'a pas voulu livrer nos finances à un hérétique qui a des rapports si directs avec le diable; il les a mis sous la protection du clergé, et c'est M. de Brienne, archevêque de Toulouse, qui en prendra soin. Ce
(*) L'amiral, comme on sait, est possesseur de superbes haras en ce genre. (2) On attribue aussi cette épigramme à Riiarol.
prélat es! enfin parvenu à jouer ;m rôle ministériel, vers lequel toutes ses démarches el Ions ses travaux étoient dirigés depuis vingt nus. I! a eu pendant toute rassemblée des notables une marche circonspecte, adroite, qui l'amenait à profiter de la chuta de JU. deOalonne. Cette chute étoit calculée; la nation la doit à la Heine : elle lui doit aussi le nouveau président des finances que l'abbé de Vermont a conduit à cette place malgré le Roi, qui a toujours montré de l'éloignement pour les prélats, qu'il voudroit voir dans leurs diocèses et non livrés à l'intrigue. Le règne de M. de Fourqueux, arrivé là par hasard, n'a pas été long. M. de Brienne est le maître de choisir ses coopérateurs , qui formeront un conseil réel de finances : un directeur général travaillera avec lui et en sa présence avec le Roi. On nomme pour ce détail M. de Villedeuil , intendant de Rouen, homme honnête, mais lourd dans ses conceptions et lent dans le travail. L'archevêque ne veut pas de ces hommes , qui pourroient partager ou attirer à eux quelques portions du crédit ou de la gloire qu'il va acquérir. On espère que cette nouvelle administration nous débarrassera de tous les déprédateurs secondaires que AI. de Calonne avoit réunis autour de lui, et qui étoient remplis de son esprit et de ses principes. C'est une longue file de capucins de cartes qui vont culbuter.
LETTRE l LYGTÏËME.
De Versailles, le 10 mai 1787.
Les cagots sont désolés de l'élévation de M. de Brienne. Ce prélat, dont la fortune est à la vérité considérable, joint beaucoup de désintéressement à une probité qui n'est point suspecte, une bienfaisance éclairée à des vues sages, un esprit d'ordre à de profondes connoissanecs; mais, disent-ils, il n'a point de religion, il n'aime pas les moines, et il aime au contraire infiniment les femmes... Son âge et sa frêle constitution doivent rassurer à ce (hunier égard, et si ses efforts en faveur du clergé, dans l'assemblée des notables, ont été une affaire de politique, sa robe au moins ne lui permettra pas de le maltraiter.
Les politiques voient avec peine, de leur coté, que ce ministre
porte ses vues de réforme sur les départements des affaires étrangères, de la guerre et de ïa marine. Il nous importe de devenir de plus en plus respectables sur mer; nous perdons journellement de notre poids dans la balance respective des forces militaires de l'Europe, et les spéculateurs qui admirent l'influence que nous avons conservée sur les questions politiques font des vœux pour que l'on ne retranche rien des sommes qu'absorbe ce département. L'espionnage intérieur, les prisons d'Etat, la maison du Roi et tout ce qui est du ressort du quatrième département," excepté les objets qui intéressent le commerce, offrent des prairies bien plus avantageuses à faucher.
M. de Villedeuil avoit à peine échangé son intendance contre le portefeuille des finances , qu'il a remis au Roi un mémoire sur l'inutilité des intendants : petits tyrans, a-t-il dit, qui ne peuvent qu'aliéner, s'il étoit possible, le cœur des sujets envers le monarque qui leur confie une autorité dont ils abusent.
On fait sur le bon M. de Fourqueux ce mauvais calembour : qu'il a perdu sa place au vingt et un , parce qu'il n'a été contrôleur général que pendant vingt et un jours. Cela ne l'a pas empêché de recevoir la pension de retraite de 20,000 livres.
La Reine est allée avant-hier coucher à Paris, où Sa Majesté s'est rendue à la revue. Une affluence prodigieuse a été attirée par ce spectacle annuel. On a remarqué que le peuple n'a point accueilli ses maîtres avec les acclamations ordinaires. On n'ignore point, les vues paternelles du monarque; mais on gémit du peu de succès des mesures qu'il prend, et la tristesse est froide et silencieuse. Le Roi lui-même est, depuis ces derniers événements, d'une mélancolie que rien ne peut distraire.
Du 13 mai.
Les notables continuent leurs recherches avec zèle. Chaque jour le déficit s'agrandit. Il est instant de trouver des ressources, et l'on n'en connoît que de trois espèces : l'économie, l'emprunt et l'impôt. La première est lente, et les autres sont aussi onéreuses que contraires aux vrais principes d'administration; mais nécessité n'a point de loi. On vient donc de publier un édit portant création d'un emprunt viager de soixante millions à 1) pour 100
jusqu'à quarante ans, 10 pour 100 de quarante à soixante, et à S pour JOO sur doux têtes. On parle d'un vingtième qui sera supporté par loutcs les classes de citoyens, et d'un dixième sur les maisons de Paris. Le préambule de l'emprunt promet quarante
millions d'économie, soit dans la maison du Roi, soit dans les départements. Les comités de notables ont représenté que ces économies pouvoient être portées à soixante-cinq millions, et ont indiqué plusieurs objets de réforme. Ils ont demandé à l'archevêque de Toulouse un état des économies qu'il se proposoit de faire; il Fa refusé, ce qui lui a attiré des reproches très-vifs du comité assemblé chez Monsieur. On lui a opposé le parallèle de sa façon de penser lorsqu'il votoit dans le comité, et de sa conduite comme ministre. L'énergie que déploient les représentants de la nation prouve que le patriotisme n'est point encore éteint chez nous. La nation leur doit son salut et sa sûreté. Ils ont montré au chef quels étoient les droits d'un peuple libre, et à ce même peuple quelle étoit leur étendue; ils ont repris ce que lui avoit ôté le despotisme ministériel, et surtout celui des Maurepas et des Vergennes, et désormais les assemblées provinciales défendront et maintiendront cette juste proportion qui doit empêcher le souverain d'abuser du pouvoir, et assurer au citoyen la liberté et la propriété. Les notables ne se sépareront pas sans que l'établissement de ces congrès nationaux soit assuré et consolidé, et que les arrangements utiles projetés sur cette base soient mis en exécution. Craindrait-on que leur zèle, leurs bonnes intentions et leurs représentations soient oubliés quand l'assemblée ne sera plus? Non, si l'on rend justice à la probité du Roi et à celle de l'archevêque de Toulouse. On connoit à celui-ci un projet d'imposition qu'il avoit communiqué à M. de Vergennes, et qui, exécuté sagement, délivreroit la nation de cette sorte d'oppresseurs qui la désolent par leurs privilèges, leurs concessions, leurs avances faites à l'Etat. Les traites, la gabelle, la taille disparaitroient, et c'est alors que le François, et surtout le cultivateur, pourroit espérer de jouir du fruit de ses travaux.
Madame de Polignac est partie pour l'Angleterre avec sa famille. M. de Vaudreuil l'a suivie quelques jours après.
LETTRE VINGT ET UNIÈME
De Versailles, le 17 mai 1787.
On s'attend chaque jour à de nouveaux changements qui dévoient être une suile naturelle de la disgrâce de M. de Calonnc. Tous ses amis, et selon d'autres personnes, ses complices, sont dans les angoisses. Dans le nombre de ceux-là se trouve M. le Noir, chargé du comité d'administration, (Se la direction de l'agiotage et d'un contre-espionnage en faveur de M. de Calonnc, contre lequel, suivant l'usage, il se trouve en ce moment. Il a profité plus que personne de l'esprit de déprédation qui régnoit dans le ministère des finances. Il s'est fait donner pendant trois années 72,000 livres de pension, qui font pour le total 216,000
Plus les arrérages de la retraite qui lui avoit été accordée lors de son renvoi sous M. Turgot, et qui ne devoit plus avoir lieu lorsqu'il est entré à la police 108,000
II s'est fait construire un logement superbe à la Bibliothèque du Roi, de cent croisées de face avec six écuries , dont une sous la salle des estampes; ce logement a coûté au Roi. . . . 200,000
Plus une maison, rue Neuve des Petits-Champs, achetée au compte du Roi, pour loger huit à neuf personnes qu'il a déplacées 400,000
Il a reçu des fonds de la Bibliothèque depuis 1784 la somme de 359,000 livres, dont il a employé au plus 250,000 au payement des personnes qui y sont attachées et à l'achat de quelques livres ; reste entre ses mains environ 100,000
Total. . . . 1,033,000
On ne parle pas des sommes immenses que lui a rendues l'agiotage, dont il conduisoit les opérations par ses conseils et ses espions à gages (!).
0) Voir sur l'administration de AI. le Noir les Mémoires tirés des Archives
Du 20 mai.
On parle de la dissolution de l'assemblée des notables, mais rien n'est arrêté. La joie qu'y a répandue la disgrâce M. de (Jalonne a été de peu de durée. On accuse l'archevêque de Toulouse d'avoir changé d'opinion depuis qu'il est ministre, et de ne point disposer le Roi à ce qui peut seul rétablir l'ordre dans la comptabilité, l'établissement d'un conseil de finance, qui surveilleroit toute la manutention du trésor royal, qui adopteroit ou rejetterait toutes les opérations de finance. L'assemblée désireroit encore que le projet d'économiser fût mis à exécution, enfin elle voudroit que son séjour à Versailles et ses travaux ne fussent pas perdus pour la nation. Si le Roi ne se prête pas au désir de ses notables, il contredira par sa conduite tout ce qu'il a annoncé par ses discours. Quelles ressources aura-t-il alors pour se tirer de la dette immense qu'il a laissé contracter à un homme qui s'est joué de la nation, de son chef et de tous les principes? Des hommes instruits et mécontents se répandront dans les provinces, y porteront leurs lumières et leur découragement, et lorsque le souverain parlera d'impôts, il trouvera des sujets sourds à sa voix , des corps résistants a ses volontés : il ne lui restera alors que la ressource de manquer à tous ses engagements.
Si monseigneur de Toulouse ne dispose pas le Roi à donner quelque satisfaction aux notables et à exécuter les promesses qu'il a faites à la nation, il doit quitter une place dans laquelle il ne peut faire le bien qu'on attendoit de lui; autrement, il ne sera plus aux yeux des François qu'un vil ambitieux, sacrifiant l'intérêt public au désir de se maintenir dans un poste où il ne trouvera plus que le déshonneur à la place de la gloire, le mépris delà nation au lieu de ses éloges. Mais, dit-on, le Roi seroit en tutelle s'il acquiesçoit à tout ce que l'assemblée lui demande !
Eh! pourquoi n'y seroit-il pas? N'est-il pas mineur? C'est en
ce moment un fils de famille qui s'est égaré, et à qui l'on donne des conseils et des règles de conduite, pour qu'il ne tombe plus
de la police de Paris, par Peuchct. Son caractère et ses actes y semblent appréciés impartialement. M. le Noir a été en somme un grand homme de police.
dans les mêmes fautes. Il faut rappeler quelquefois les chefs des nations à leur première institution, et leur apprendre qu'ils tiennent leur pouvoir de ces peuples qu'ils traitent trop souvent en esclaves ! Les notables ont montré que la nation existoit encore ; ils obtiendront de leurs compatriotes et de la postérité la reconnoissance et la vénération qu'ils méritent, mais ils n'obtiendront peut-être rien pour le bonheur des François et pour la gloire de leur Roi.
Le prélat ministre, malgré son esprit et la connoissance qu'il doit avoir de la cour, a déjà été maladroit par le choix qu'il vouloit faire de quatre magistrats qui auroient les détails de l'administration économique du royaume.
Tous les maîtres des requêtes qui étoient chargés de quelque département ont pris l'alarme ; ils ont fait agir leurs protecteurs , leurs femmes, et ont assailli l'archevêque-président de manière à le dégoûter de tout changement. C'est ainsi que M. de Saint- Germain vit échouer tous ses projets de réforme, et perdit toute la considération qu'il s'était acquise; c'est ainsi que les le Noir, les Vergennes, parviendront à conserver des places malgré leur incapacité, malgré le cri public, et que les commis régneront, vendront et décideront du sort et de la fortune des citoyens.
LETTRE VINGT-DEUXIEME
De Versailles, le 23 mai 1787.
La situation du royaume et le déticit de cent quarante millions que les comités ont découvert dans le service de cette année, ont forcé à des emprunts et à des impôts, nouvelles charges pour l'Etat. Les arrêtés fermes et patriotiques des notables sur les moyens de couper cette chaîne de maux et de palliatifs douloureux ont embarrassé le nouveau ministre. En cédant sur tous les points, il paroissoit infidèle au dépôt qui lui a été confié d'une portion de l'autorité du monarque : aussi s'est-on empressé de l'accuser de ne plus penser en notable. Cependant il a cherché à concilier les intérêts du trône avec ceux de la nation. On croit qu'il y a réussi, et que les notables auront une pleine satisfaction dans l'assemblée de congé qui va avoir lieu. Le Roi y promul-
guera la création des assemblées provinciales, celle d'un conseil de finance, cl pour subvenir aux besoins du moment, il établira un impôt sur le timbre et une augmentation de ringt-cinq millions sur les vingtièmes, lesquels seront de nouveau répartis sur tous les ordres de citoyens. On promettra que les nouveaux impôts subsisteront seulement autant que les besoins de l'Etat l'exigeront; mais on se rappelle qu'en pareille circonstance Louis XIV établit la capilation et qu'elle subsiste encore. On annonce des suppressions utiles, comme celle des receveurs généraux et des trésoriers. M. de Brienne veut proposer des retranchements et un nouveau plan d'imposition qui rendra les revenus du Roi d'une perception plus facile, et diminuera les griefs du peuple contre les vexations des agents du fisc. Il a déclare que si ses vues poulie bien public ne pouvoient pas avoir lieu d'ici au mois de novembre ou si l'intrigue et l'intérêt particulier meltoient des obstacles a leur exécution, il supplieroit le Roi de lui permettre de se retirer.
On dit encore que le Roi tiendra un lit de justice après la clôture de la diète des notables pour la promulgation des nouvelles lois. Ce moyen est le seul que le monarque le mieux intentionné ait pour vaincre la résistance des corps que domine l'esprit de routine et de prévention. Il coûte infiniment à Louis XVI, que l'on a depuis quelque temps surpris plusieurs fois versant des larmes.
Il est toujours question de quelques nouveaux changements dans le ministère. Le marquis de Ségur a déclaré qu'il donneroit sa démission si l'on exigeoit de lui qu'il allât travailler cbez AI. de Brienne. Le fils de ce ministre, jeune officier de beaucoup d'esprit, se trouvant mardi dernier à l'Opéra, un de ses amis lui demanda familièrement s'il étoit vrai que son père alloit donner sa démission, « Je n'en sais rien, répondit le jeune Ségur, mais cela ne seroit pas étonnant, le Roi lui-même se dispose bien à donner la sienne! » Le sarcasme fut entendu, et Fauteur, arrêté au sortir du spectacle, fut mis aux arrêts pour trois jours.
M. de Calonne prévoyoit bien, lorsqu'il étoit encore en place, quel devoit être l'effet du cri public qui s'élevoit contre lui ; mais, comme tous les tyrans, il croyoit que la force et l'autorité pouvoient remédier à tout. Il se plaignoit un jour du nombre de ses
ennemis, a Je voudrais bien, disoit-il, faire enfermer tous ces gredins-là. v — « Rien de plus facile, lui répondit un notable, bâtez-vous de faire achever la grande muraille. »
Du 26 mai.
Les notables sont congédiés et vont retourner chacun chez eux, laissant les choses à peu près dans le même état où elles étoient, avec la différence que l'univers est maintenant instruit du délabrement de nos finances et de notre pitoyable détresse. Il n'en faudra pas moins un lit de justice pour de nouveaux impôts, les assemblées provinciales n'en seront pas moins des instruments aveugles ou forcés des volontés du gouvernement, et il en sera de même du conseil de finance, qui tiendra des sessions annuelles, fruit unique de cette fameuse assemblée.
11 y a quelques mouvements de troupes dans la Flandre, et il est probable qu'ils se rapportent aux troubles de la Hollande, peut-être aussi à ceux dont les Pays-Bas autrichiens sont menacés. Mais il seroit absurde de croire que nous puissions prendre aucune part active à aucun événement politique hors de nos frontières, au risque de nous engager dans une guerre. La paix à tout prix, voilà notre devise.
LETTRE VINGT-TROISIÈME
De Versailles, le 1er juin 1787.
Parlons des notables pour la dernière fois, selon toute apparence. On imprime onze discours qui ont été prononcés à l'assemblée de clôture. Celui de monseigneur l'archevêque de Toulouse a frappé par son éloquence douce et touchante. Mais il n'y en a pas eu de plus remarquable que celui de M. le Pelletier de Morfontaine, prévôt des marchands, qui a parlé le dernier. C'est un chef-d'œuvre pour l'amphigouri, le galimatias, les phrases obscures et entortillées : personne n'y a rien compris, et l'auteur lui-même, à ce que l'on assure. Les notables ont comblé leur gloire en n'éclatant pas de rire au nez de l'orateur.
Malgré le chagrin que causent au Roi les opérations de finance, sa gaieté naturelle prend quelquefois le dessus. Etant la .semaine