CORR E SPONDANC E S K C II ET E
blesse de tirer de sa poche an de ces ordres en blanc dont il est dépositaire, qui portent le nom (in J{oi , et de le taire signifier à r épicier, qui donna enfin du fromage. L'épicier, dit-on, a vendu cet ordre dix lonis a M. de Bèrgâsse, qui joindra cette pièce à son premier mémoire. Une telle fable é toit superflue pour rendre cette affaire complètement ridicule.
Du G juillet.
Le maréchal de Richelieu est mort hier; le maréchal de Soubise Favoit précédé. Cette dernière mort occasionnera vraisemblablement un grand procès. M. de Soubise laisse un fils qu'il n'a jamais voulu reconnoitre, quoique la mère soutienne que c'est l'un des fruits du séjour que M. le maréchal a fait en Allemagne dans la guerre de sept ans.
Le Parlement a différé l'enregistrement des nouveaux impôts, et a arrêté des remontrances pour rappeler au Roi sa promesse de n'en établir aucun jusqu'à ce que les réformes promises aient été opérées.
Du 8 juillet.
La saison des rêves creux politiques est revenue. Le secret des cabinets donne beau jeu à leur imagination. Xous n'avons appris que par des lettres des frontières les troupes qui s'y rassemblent, et des ports, les nouveaux ordres qui y ont été donnés de tenir nos forces maritimes en état d'agir.
La guerre étoit inévitable. Le Roi de Prusse est décidé à soutenir par les armes la cause de son beau-frère; l'Angleterre se joindra à lui, et notre partie étant liée avec l'Autriche et la Russie, nous allons occuper les Pays-Bas, les réduire à l'obéissance, garder le Rhin en y envoyant une armée d'observation, et, nous étant rendus maîtres de la Manche, fournir par mer des secours aux patriotes.
On sent la valeur de ces suppositions. En voici une autre qui n'est pas moins romanesque : La France travaillera pour ellemême en réduisant les Pays-Bas, l'Empereur les lui abandonnant; et en revanche nous reconnoitrons les droits de ce monarque sur la république de Gènes, Lucques et d'autres Etats d'Italie, et nous lui en garantirons la possession, aussi bien que de la Moldavie et de la Valachic. Le fait est que nous resterons
en paix, si nous le pouvons, en faisant la parodie de la neutralité armée de la dernière guerre ; mais on ne peut guère en espérer la possibilité.
LETTRE VINGT-NEUVIÈME
De Versailles, le 11 juillet 1787.
L'édit du timbre éprouve la plus forte opposition de la part du Parlement. La réponse du Roi aux remontrances a été que l'on devoit enregistrer purement et simplement, sans modifications et sans observations. Les chambres et les pairs se sont assemblés avant-hier, et, à la pluralité de soixante-quatre contre cinquante-trois voix, il a été arrêté une respectueuse supplique au Roi. MM. de Saint-Vincent et Pasquier ont parlé dans ces séances avec cette énergie patriotique que le despotisme sembloit avoir terrassée, et qui a été ranimée par l'assemblée des notables.
Si le Roi vient faire enregistrer ici, il faudra en faire autant dans les autres Parlements. Aucun de ces corps n'acceptera un impôt aussi onéreux, aussi préjudiciable au commerce et à tous les citoyens. Les pays d'États ne sont pas plus disposés à l'introduire dans leurs provinces. On est de plus en plus surpris que l'archevêque de Toulouse, qui s'étoit opposé à cet acte tyrannique et inquisitorial , n'ait pas cherché d'autres moyens. De strictes économies suffiroient, dit-on, pour remplir le déficit; mais elles éprouvent des obstacles insurmontables de la part des courtisans, des protectrices et de tous ceux qui devroient montrer l'exemple. On prétend que M. de Rrienne, voyant qu'il ne peut faire le bien qu'il s'étoit proposé ni faire remplir au Roi les promesses solennelles qu'il a données à la nation, demandera sa retraite.
AI. de Calonne, qui s'étoit arrangé pour avoir une entrevue avec madame de Polignac revenant d'Angleterre, est retourné rhez lui; mais peu de jours après il est parti pour Londres, où il est logé dans la Cité, chez un Imprimeur. Cette fuite, dont on avoit douté, tant il est extraordinaire de voir un ex-ministre craindre les effets d'une juste sévérité, annonce qu'il n'est pas bien sûr de
ses moyens de défense. On ne saii encore de quelle manière se fera l'examen de sa gestion. On a nommé une commission pour examiner aussi la conduite du sieur de Veimerange, < j 1 1 i avoil i\i'< pouvoirs très-étendus sur le trésor royal, que son ami Calonne lui
aïoil donnés, et pour cause. Madame dllarvelay a acheté tout le mobilier de AI. de Calonne, «j ni étoit très-considérable. Le produit sert à payer les créanciers.
Il paroît que l'affaire de M. de Veimerange , les poursuites de la cour des monnoics contre le directeur de Strasbourg, et les décrets prononcés contre le procureur général de cette cour et l'essayeur des monnoies de Paris, sont les principaux motifs des inquiétudes de M. de Calonne. La certitude de ne plus trouver auprès du trône les soutiens qu'il avoit achetés à nos dépens, y a mis le comble. On dit qu'il va publier une justification. Il y voudroit prouver sans doute qu'il a été l'administrateur le plus intelligent et le plus économe; mais il y a des personnes trop intéressées à l'empêcher de rendre son mémoire public pour que nous espérions de voir notre curiosité satisfaite.
Du 14 juillet.
On croit qu'il y aura un lit de justice pour établir le nouveau timbre. Le Parlement de Rouen vient de rendre un arrêt qui défend sous peine de la vie à tous porteurs d'ordres de les faire exécuter.
Toutes les cours insistent sur les réformes et sur la preuve du déficit annoncé. Elles supposent qu'il est idéal, et que M. de Calonne l'a imaginé pour avoir un prétexte de tirer plus d'argent de la nation.
Dans la séance orageuse du G, M. d'Outremont avoit ouvert l'avis d'examiner si le Parlement a le droit de faire au Roi les demandes qui étoient agitées. Le garde des sceaux lui a écrit une belle lettre pour lui témoigner la satisfaction de la cour sur sa conduite. Il a eu l'imprudence de montrer sa lettre, et le mépris de sa compagnie en a été l'antidote. Ce conseiller s'étoif l'ait beaucoup d'honneur dans l'assemblée des notables; mais en ce moment il convoite une place dans le ministère. En revanche, MM. Fréteau, d'Eprémesnil , Ferrein et de Saint-Vincent ne se sont pas mis en bonne odeur à la cour.
On revient à dire que le sieur de la Mothe, en remettant treize lettres à madame de Polignac, en avoit gardé des copies légalement collationnées, et se disposoit à les publier, lorsqu'il est mort s subitement ainsi que sa femme qui l'avoit rejoint; mais rien n'est plus invraisemblable que ce bruit, sur lequel la méchanceté s'obstine.
Voici une fable assez piquante parodiée de la Fontaine, sur l'affaire scandaleuse qui amuse la malignité des oisifs en attendant mieux.