‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 19 sur 79 · I 70 C 0 II H KSPON I).\ XC K SEC II ETE · texte numérisé non relu

I 70 C 0 II H KSPON I).\ XC K SEC II ETE

Du 20 aoùl.

On reproche au ministre de Paris d'avoir indiscrètement répandu l'alarme qu'il avoit trop légèrement prise. La fermentation de quelques estomacs, que la translation du Parlement et la stagnation des autres tribunaux faisoient souffrir, ne suffît pas

pour justifier cet appareil de baïonnettes qui consterne l«s pacifiques Parisiens. C'étoit avertir mal à propos la populace que l'harmonie a cessé entre le monarque et ses sujets. Au reste, le ministère est fort embarrassé du parti qu'il doit prendre. Le timbre paroît impraticable. Si le Roi le retire, c'est compromettre et avilir l'autorité. On est encore occupé à négocier avec le Parlement.

Dans ces circonstances, on ne pense point aux affaires du debors. Alais AI. de Montmorin ne cesse d'employer tous les moyens dune politique adroite et réfléchie pour concourir au succès d'une conciliation générale entre tous les intérêts qui se croisent.

On ne peut au reste se dissimuler que notre situation , au dehors comme au dedans, est fort inquiétante. On commence à s'apercevoir qu'un concert funeste à nos intérêts pourroit s'établir entre les puissances étrangères, pourroit même avoir subsisté, depuis longtemps, sous l'apparence de feintes divisions, pour l'exécution de grands projets que notre politique dilatoire n'a fait que rendre plus faciles. Il paroit évident que l'Europe est à la veille de cette grande révolution qui se prépare depuis plusieurs années, et notre position, sous tous les points de vue, ne permet aucune réflexion agréable à ce sujet.

LETTRE TRENTE-SIXIÈME

De Versailles, le 29 août 1787.

Nous avons donc enfin un premier ministre , car cette expression est certainement synonyme de celle de ministre principal. Soit dégoût, soit insuffisance, soit hauteur, et ne voulant point, en qualité de maréchal de France, reconnoître d'autre supérieur que le Roi, M. de Ségur se retire. M. de Castries va être opéré

de la fistule et se retirer aussi ; on assure même qu'il ne lui a point été adressé de circulaire. M. de Montmorin quitte le timon des affaires étrangères; M. de Breteuil se sera montré seul inébranlable. Mais peut-on croire que M. de Saint-Priest soit destiné à remplacer le premier dans le moment où on l'envoie en ambassade en Hollande? Oui, il n'est pas extraordinaire qu'un ministre éloigne, en le comblant d'honneurs, un concurrent qu'il craint, et je ne sais s'il ne seroit pas utile que celui qui doit prendre en ce moment le timon des affaires étrangères, allât, avant d'y mettre la main, puiser des lumières dans un pays qui devient le centre d'une grande révolution dont l'Europe est menacée, et qui a droit de nous intéresser infiniment, tant par elle-même que par ses suites.

M. de la Borde doit avoir la direction du Trésor royal. On parle bien encore de M. Necker, mais ce n'est probablement qu'obstination du public à le placer dans l'administration, où son ambition ne seroit point satisfaite du genre de place qui conviendroit seule à ses talents.

On parle encore de la retraite de M. le duc d'Harcourt, qui est très-déplacé à la cour. Elle tient peut-être à celle de M. de Montmorin, qui doit lui succéder.

Le discrédit momentané de la Caisse d'escompte n'a rien d'étonnant. C'est une suite des copieuses saignées qui lui ont été faites au profit du Trésor royal. Mais que les particuliers qui s'étoient empressés d'en retirer leurs fonds les y reportent en ce moment avec une espèce de fureur, voilà ce qui prouve combien les fils du crédit sont faciles à mouvoir chez nous.

Du 1er septembre .

Le Parlement a fait (le 27) à Troyes un arrêté très -violent contre les actes d'autorité arbitraire; mais au moment où cet arrêté alloit être envoyé aux bailliages, il est survenu à Troyes un huissier de la chaîne, apportant défense aux gens du Boi d'adresser aux bailliages aucun arrêt, arrêté ou lettres closes, etc.

Le duc d'Orléans a remis au Boi un mémoire très-vigoureux sur le délabrement des finances et les maux qui peuvent résulter du système actuel dans celte partie. C'est une satire de l'arche-

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