‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 30 sur 79 · TOUS II · texte numérisé non relu

TOUS II

seules corporations (jui tenteront celle démarche. Le corps de ri lie

a envoyé hier ici une dcjniiation pour supplier Sa Majesté d'indi-

quer un lieu OÙ le tiers état puisse s'assembler pour ses élections. Le Roi accueille d'une manière vraiment paternelle ses sujets, qui viennent recevoir de ses mains les droits que sa justice et sa bonté veut leur rendre.

L'enlèvement par lettre de cachet d'une Limonadière, un peu trop galante aux yeux de son mari , va causer encore du tapage au Parlement.

Un amateur de la liberté, et surtout de celle des femmes mariées, s'est avisé de le dénoncer aux magistrats. Ce sera l'occasion d'une nouvelle sortie contre les actes d'autorité arbitraires.

LETTRE QUARANTE-SEPTIEME

De Versailles, le 28 novembre 1788.

M. Fox étoit ici ces jours derniers; il projetoit un voyage d'Italie. Un courrier du prince de Galles l'a déterminé à retourner sur-le-champ à Londres.

Il y a peu de temps qu'un voyageur se disant gentilhomme est arrivé ici. A peine étoit-il descendu de cheval à l'auberge, qu'il demanda un conducteur pour le mener au château, disant qu'il avoit un secret très-important à communiquer au Roi. L'aubergiste fit avertir sur-le-champ le lieutenant général de la prévoie, qui prit les ordres du ministre, fit arrêter le nouveau débarqué) et vint enfin l'interroger. Celui-ci vouloit garder son secret. * Je n'ai point fait cent lieues, ajouta-t-il, pour vous révéler ce qu'il est important que le Roi sache tout seul. » On le pressa de dire à quoi il destinoit les deux pistolets qu'on lui avoit trouvés. 11 répondit que c'éloit là une partie de son secret. Enfin, vivement pressé, il avoua qu'il vouloit tuer le soleil, cl s'assurer pour cette1 action de l'agrément du Roi. Sur l'observation que le soleil étoit l'astre qui vivifioit la nature et que son intention étoit mauvaise... «Non, répondit-il, il nous éclaire trop, sa trop grande lumière importune et fatigue la vue. » Les propos de cet homme annonçant un cerveau dérangé, on l'envoya aux Petites-Maisons pour y être mis au régime.

On parle de nouveau d'admettre au Conseil M. de Saint-Priest et M. de Conzié, évêque d'Arras. Tous deux marchent à grands pas vers le ministère.

Du 30 novembre.

Une révolution inespérée rassure les bons citoyens sur les suites que pouvoient avoir les prétentions réciproques des privilégiés et du tiers état. La noblesse de plusieurs provinces s'empresse à rétablir l'harmonie entre les trois corps constitutifs de la nation. A Bordeaux, on a indiqué dans la vaste église des Jacobins un rendez-vous général. Un orateur pour la noblesse et un pour le clergé ont parlé successivement au peuple. Un membre du tiers état est monté ensuite en chaire, pour remercier les deux ordres de la généreuse résolution qui leur faisoit lier leur cause à celle de la roture, et son discours impromptu a fait beaucoup de sensation. Il a proposé de suivre l'exemple du Daupbiné, en admettant dans les Etats particuliers de la Guienne la même constitution qui fait tant d'honneur à l'assemblée de cette première province.

Dans la dernière séance de l'assemblée provinciale de Meîun, la noblesse a consenti d'elle-même à s'imposer à la taille pour les parcs, bois et terres qu'elle fait personnellement valoir.

On assure que l'intention de M. Necker est d'engager le Roi à accorder à toutes les provinces du royaume des Etats particuliers. C'est ainsi que l'idée des assemblées provinciales a amené et amène successivement un changement de constitution, qui pourra contrarier l'humeur despotique des successeurs de Louis XVI, mais qui sauvera la nation, en intéressant tous les individus au bonheur général.

L'université de Paris, « la fille aînée de nos Rois » , vient de faire un mémoire où elle se plaint amèrement d'avoir été oubliée dans la formation des Etals de 1614, et demande d'envoyer des députés à ceux de 1781).

M. Necker a donné à dîner aux notables, et l'on n'a pas manqué de dire qu'ils avoient dîné chez le restaurateur.

Des vignobles considérables que le duc d'Orléans vient d'acheter en Bourgogne ont donné occasion à un autre calembour. On dit que ce prince va devenir marchand de vin, et qu'il va établir son cabaret au cirque du Palais-Royal.

LETTRE QUARANTE-HUITIEME

De Versailles, le k décembre 1788.

On dit le baron de Bretenil parti hier pour la grande négociation dont il est chargé à Vienne. Cela supposerait les conditions de la paix, et peut-être un plan d'alliance auquel on n'avoit point lieu de s'attendre, déjà arrêtés et convenus. On prétend que l'Empereur s'est déterminé a rompre ses liens avec la Russie.

Quoique les décisions des notables semblent jusqu'ici défavorables au tiers état, on espère toujours que les réclamations presque universelles et le vœu de la cour en sa faveur remporteront. Mais il est évident que ces discussions reculent prodigieusement l'ouverture des Etats généraux : on ne croit pas qu'elle puisse avoir lieu avant le mois de mai prochain.

La cherté des grains occupe également le ministère et les Parlements. M. de la Borde a été dénoncé pour d'immenses accaparements. Le duc de Chaulnes avoit fait une pareille spéculation; mais il est venu s'accuser de son propre mouvement, et a offert de faire vendre dans les marchés au prix ordinaire tout ce qu'il avoit accaparé : ce procédé a désarmé les juges. Ces événements ont suggéré l'idée dont on fait honneur à M. Accker, de mettre en régie l'approvisionnement général du pain dans tout le royaume, de manière que le pain le plus commun ne vaudroit que six liards, le demi-mollet deux sous, et le pain le plus fin deux sous et demi.

L'abbé Le Cogneux , que le drame de la cour plénière a fait connoître sous le titre de gênerai Jacquot , s'est avisé de lire dernièrement dans un club un projet de dénonciation contre M. Necker. Il a été hué môme par ses confrères.

Du 5 décembre.

M. de Saint-Priest est entré au Conseil. La retraite de M. de Montmorin est la nouvelle du jour : M. de Saint-Priest est destiné à le remplacer. Ceux qui font cet arrangement ajoutent que le duc d'Harcourt cède sa place de gouverneur du Dauphin au duc de la Vauguyon, qui ne tardera pas à revenir de son ambassade en Espagne.

On n'avoit point encore d'exemple de ce qui s'est passé à la retraite du comte de Brienne. C'est lui-même qui a présenté son successeur au Roi. On croit qu'il ira rejoindre son frère en Italie. Celui-ci doit avoir quitté Nice, où il a été assez mal accueilli; mais on doute qu'il aille à Rome, où l'on n'est pas moins défavorablement prévenu sur son compte.

On admire la générosité du comte de Brienne qui, refusant la pension de retraite, se borne à une somme de 120,000 livres une fois payée. Le Roi, qui aime à récompenser ceux qui l'ont bien servi, lui permet de porter le cordon bleu. M. de Puységur, qui lui succède, demande de son côté 200,000 livres pour monter sa maison.

On s'attendoit à la séparation des notables pour cette semaine; mais l'esprit d'aigreur et de division plane sur les têtes de ces messieurs, et ils ne paroissent pas prêts à rien décider. C'est de mauvais augure pour la grande assemblée.

Du 7 décembre.

L'opinion générale agit avec empire en ce moment. Au moins y aura-t-il égalité en matière d'imposition. Dans une assemblée des pairs avant-hier, il a été fait un arrêté qui, sans rappeler nommément la forme des Etats généraux de 1614, annonce le désir que la cour admette les députés par bailliages, et reconnoît que le droit législatif appartient à la nation seule. Il y est encore fait mention des lettres de cachet.

Le Parlement de Rouen a rendu un arrêt pour défendre les assemblées, ainsi que celui de Bordeaux. Tous les corps composant le tiers état se sont assemblés malgré cette défense, et ont envoyé une députation au Parlement pour l'engager à la révoquer. En même temps plus de deux mille personnes entourèrent le Palais et menacèrent d'y mettre le feu, si la radiation de cet arrêt sur les registres ne se faisoit sur-le-champ. On assure que le Parlement a cédé. Ce qu'il y a de certain, c'est que le tiers état de la ville de Rouen vient d'adresser au Roi une requête à l'effet d'obtenir un nombre de députés aux Etats généraux égal à celui de la noblesse et du clergé, et d'avoir des Etats particuliers, à l'exemple des autres provinces.

On parle de supprimer presque toutes les capitaineries des

chastes, el de rendre aux seigneurs propriétaires le droit (le

chasse, qu'ils arcorderoienl «raillant plus volontiers que le prix de leurs terres douhleroit en raison de ce( avantage. Les princes du sang seroient obligés aux mêmes sacrifices.

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