‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 31 sur 79 · E T T ]{ E Q L A R A A T E - \ EU V I È H E · texte numérisé non relu

E T T ]{ E Q L A R A A T E - \ EU V I È H E

De Versailles, le 11 décembre 178S.

Les notables vont se séparer, et il ne sera rien résulté de leur assemblée, si ce n'est la preuve que les temps d'héroïsme passés , et ont fait place aux temps d'égoïsme. On n'a plus retrouvé les notables de 1787. Le Roi et la nation sont également mécontents, et l'on assure que le monarque' s'est déterminé a un acte de fermeté, qui eût sans doute été préférable a l'inutile complaisance de consulter les notables. C'est d'expédier, dès l'instant même que leur assemblée sera dissoute, les lettres de convocation de celle des Etats généraux, et d'aller en avant, sans avoir égard aux prétentions despotiques de la noblesse et du clergé. On ajoute que M. Necker est d'autant plus autorisé à y porter son maître , qu'il a en portefeuille plus de quinze cent mille signatures en faveur du tiers état, et que s'il laisse échapper le moment, il ne sera peut-être plus le maître de le faire renaître. Déjà la noblesse bretonne a envoyé une protestation , dans laquelle elle annonce le refus formel d'assister aux Etats généraux , si le vœu de l'égalité est exaucé. La Franche-Comté montre les mêmes dispositions ; et quoique la pluralité des provinces soit plébéienne, il est possible qu'avec le temps le système contraire parvienne à étouffer les réclamations de la. portion la plus nombreuse, mais la moins puissante de la nation.

Le maréchal de Castries et le duc de Charost ont mis à exécution le vœu patriotique de l'assemblée provinciale de Alelun, en faisant un mémoire où ils établissoient l'imposition sur leurs terres, et le projet de l'étendre sur celles des autres nobles du district. Mais quand il a été question de le l'aire signer par les membres sur lesquels ils comptoient, aucun n'a voulu prendre la plume, ce qui rappelle la fable de la Fontaine le Conseil des rmêê.

Le Roi a donné des lettres de noblesse au maire de Tours, celui que les notables ont rejeté parce qu'il avoit accepté une place dans les nouveaux bailliages.

La renommée a donné trop d'extension à une action généreuse du duc d'Orléans; mais elle n'en est pas moins digne d'éloges. Il fait remise à ses vassaux d'une partie de ses droits sur les blés vendus dans les marchés de son apanage, et ordonne à ses régisseurs do percevoir en nature et en prestation de grains, faisant vendre ceux-ci au plus bas prix courant et par petites mesures.

Une mort prématurée vient d'enlever le célèbre Bailly de Suffren. C'est encore une victime de l'impéritie des médecins : ils ont pris pour fluxion de poitrine une complication de rhume, de goutte et d'indigestion, et une lancette a fait périr le grand homme que le canon des Anglois avoit respecté.

C'est sans aucun fondement que les nouvellistes ont rendu le déparlement de Paris à M. de Breleuil. Le Roi aime beaucoup M. de lilledeuil, et le public en paroit content.

Le premier président de la chambre des comptes de Rouen s'est rendu chez celui du Parlement, le jour que l'on a craint une émeute dans cette ville. Il lui a demandé quelle seroit l'opinion de sa compagnie sur la formation des Etals généraux. Le premier président du Parlement lui demanda d'abord de quel droit il faisoit cette question, a Du droit impérieux de la nécessité.— Mais il faudroit au moins que j'eusse le temps d'assembler les chambres pour prendre leur avis. — On ne m'a donné qu'une heure, et cinq cents hommes armés attendent la réponse aux partes de la ville. — En ce cas, vous pouvez assurer que l'opinion de ma compagnie sera celle qui pourra être la plus agréable au peuple. »

Du 13 décembre.

On attend avec inquiétude des nouvelles de la Bretagne : les discussions des privilégiés avec le tiers état peuvent entraîner de nouveaux troubles que l'on n'a pas prévus. ( n changement total de la conslitution paroit inévitable. L'adresse avec laquelle AL \eeker s'est procuré des secours sans emprunt et sans impôt pou i roi 1 l'aire gagner du temps. .Mais il paroit toujours qu'on a renoncé à ce parti, dont l'expérience a l'ait connoitre les effets

fâcheux. Le projet de AI. Necker esl d'assimiler toutes les provinces du royaume à la constitution des États de Dauphiné.

On prétend que Ja présence de If. <le Ifaupeou en qualité de chancelier est nécessaire aux États généraux.

L'assemblée des notables est terminée, et ses travaux n'avancent pas plus les affaires que ceux du Parlement , qui se démène inutilement pour acquérir quelque degré d'importance. Par son dernier arrêté il a semblé vouloir se placer entre le Roi et les Etats généraux. Le Roi a dit à ses députés qu'il se concerterait avec la nation assemblée sur tous les objets qui intéressent le bonheur public.

LETTRE CINQUANTIÈME

De Versailles, le 16 décembre 1788.

Les Etats de Bretagne sont convoqués pour le 29. On dit que le Parlement de Rennes , craignant la fureur du peuple , a de nouveau demandé des troupes, afin que force demeure à la justice.

On ne parle guère en ce moment que du dernier arrêté du Parlement de Paris. Les uns le traitent de galimatias qui n'est pas françois, d'autres, qui prennent les choses au sérieux, déplorent les prétentions des corps à ce même despotisme contre lequel ils pérorent, et le sort d'une nation qui verroit la souveraineté déposée entre les mains des magistrats.

Du 19 décembre.

Le public s'épuise en sarcasmes sur les notables, et le mécontentement est général à leur égard. Il a percé que M. le comte d'Artois, le prince de Condé, le prince de Conti et le duc de Bourbon se sont réunis pour présenter au Roi un mémoire particulier, dans lequel ils essayent de faire sentir a Sa Majesté le danger de donner trop de pouvoir au tiers état dans la composition des Etats généraux. On dit que ce mémoire ayant été proposé à la signature du duc d'Orléans, ce prince s'est borné à une adhésion verbale. On a été rassuré sur les effets de cette étonnante démarebe des premiers citoyens de l'Etat, par la réponse du Roi, digne de son cœur et de ses intentions paternelles. On a même

appris que l'abbé de Vermond, dont la faveur est raffermie, et auquel le public suppose une grande influence dans le pays orageux de la cour, est devenu une espèce de tribun du peuple, et l'avocat énergique du tiers état.

On croit que les États généraux se tiendront a Noyon, à cause de la proximité de Compiègne, où la cour pourra résider pendant leur durée.

Plusieurs villes sollicitent la conservation des grands bailliages. Celui que M. de Lamoignon avoit créé à Nîmes s'agite pour être conservé. Celui de Bourges a envoyé ici son lieutenant général , homme d'esprit et de tète, pour défendre sa cause, malgré l'arrêt du Conseil qui a suspendu l'effet de ces nouvelles créations.

On commence à prendre de l'humeur contre les écrivains qui ont voulu donner des leçons au gouvernement à l'occasion des circonstances actuelles. Le comte d'Entragues a reçu défense d'approcher du château de Versailles. Ce gentilhomme est convenu en recevant cet ordre que le Roi étoit le maître de lui interdire l'entrée de son palais, mais il a ajouté que si le souverain lui envoyoit un ordre qui pût restreindre hors de là sa liberté , il se croiroit en droit de n'y point déférer. Le patriotisme a aussi ses écarts.

Le Parlement et les pairs se sont successivement assemblés samedi , mardi , et hier, au sujet du monopole et de la cherté des grains. On avoit répandu dans le public que Beaumarchais étoit un des accapareurs. Il a fait afficher que celui qui en fournira la preuve recevra 20,000 livres chez lui.

Tous les arrêts et les règlements que fera le Parlement n'amèneront point un grain de blé à la halle ; mais le gouvernement prend au reste les mesures les plus sages pour y pourvoir. Les agents dont il se sert sont également connus par leur probité et par leur intelligence. Le pain de quatre livres se vend quatorze sous, et les boulangers n'y ont aucun profit.

M. de Rochefort remplace M. de Molleville dans l'intendance de Rennes. Les intendances ne sont plus des bénéfices simples; elles commencent à être à charge, et ces espèces de vice-royautés qui s'environnoient souvent d'orgueil et de despotisme , qui avoient des satellites à leurs ordres, tombent insensiblement avec

!c pouvoir ministériel. Les assemblées provinciales ne tarderont point à les rendre inutiles et peut-être odieuses.

La cour (les aides dispute au Parlement la gloire d'avoir le premier demandé les Etats générât». AI. de Bois-Gibaut, premier

président de lu eour des aides, a en soin de rappeler dans son discours d'adieu aux notables que sa compagnie demanda an Roi, en 1775, dans ses remontrances, rassemblée générale de la nation.

De Paris, le 20 décembre 1788.

Grand tapage au Parlement, au sujet de la requête <les six corps. L'auteur, M. Guillotin, alloit être décrété. Les dispositions du peuple, assiégeant en foule le Palais, ont effrayé nos seigneurs. On a fait dans cette séance un grand éloge du mémoire des princes. Ainsi, voilà une scission décidée entre la noblesse et la magistrature d'un coté, le tiers état de l'autre.

LETTRE CINQUANTE ET UNIEME

De Versailles, le 25 décemhre 1788.

On apprend en ce moment la mort du Roi d'Espagne. Il n'en résultera pas d'aussi grands ebangements dans le système de cette cour que si cet événement fut arrivé il y a quelques années. On croit que le duc d'Aranda jouera un grand rôle dans le ministère.

M. Necker a passé huit jours de suite à Versailles, travaillant continuellement avec le Roi. Il n'en est pas moins vrai qu'il a un parti considérable contre lui, et que ce parti publie encore bâillement les louanges de AL de Calonne. On assure que AL le duc d'Orléans, toujours jaloux de fournir des ministres à la nation, a proposé son contrôleur des finances pour régir celles de l'État, à la place de AL Necker. Celui-ci, au milieu de ces intrigues, montre un front serein, et paroit jouir de la confiance du monarque. Il dit dernièrement au Roi que si les inimitiés personnelles ou l'acharnement des privilégiés contre le tiers élat l'empêchement de seconder les desseins paternels de Sa Majesté, il prendrait le parti de se retirer. « Si tout le inonde m'abandonne, a repris le Roi, il faudra donc que je me relire aussi, m

AI. Necker a proposé au Roi de faire plaider eontradietoiremenl,

en sa présence, en plein Conseil, la cause du tiers état. Huit notables ont été choisis h cet effet. Le premier président du Parlement est à la tête des champions des privilégiés; le duc de Mortemart et le fameux maire» de Tours sont au nombre des quatre autres.

M. le comte d'Artois avoit regagné l'affection du peuple en contribuant à la disgrâce des deux ministres. Le mémoire des cinq princes lui fait jeter universellement la pierre. On dit qu'il témoigne du regret de cette démarche. Ce mémoire, maintenant imprimé, a particulièrement aigri les esprits par l'espèce de menace de révolte qu'il renferme. La fermentation règne dans toutes les classes des citoyens d'un bout du royaume à l'autre; les écrits nombreux que le gouvernement a tolérés, échauffent les tètes, et les gens honnêtes sont très-alarmés sur les événements de l'année 1789.

I/assemblée de Romans a ouvert dans une de ses délibérations l'avis de prendre dans toute l'étendue de la France, sur vingt mille âmes, un député aux États généraux.

Du 27 décembre.

L'humeur à laquelle les Parisiens s'étoient laissés emporter contre leur Parlement commence à se calmer. Ce qui avoit provoqué cette bourrasque, c'étoit la dénonciation qu'on avoit faite de l'excellente pétition des six corps, c'étoit le propos vrai ou supposé d'un pair qui , présent à celte dénonciation, s'étoit écrié : u De quoi se mêlent ces marchands? ils devroient s'occuper à balayer leurs boutiques! » Ce qui avoit achevé d'irriter les Parisiens, c'étoient leurs alarmes sur l'auteur et les distributeurs de cette pétition lorsqu'ils avpient été mandés à la barre du Palais. Le soir de ce tapage, les patriotes du café de Foy déchirèrent et brûlèrent le mémoire des princes, le réquisitoire du 1*. Séguier, et l'arrêt du Parlement qui défend les progrès de l'association du tiers état de Paris.

Cette scission entre les différents ordres de citoyens nous sera plus funeste que tous les déficit possibles.

Les six corps ont donné un dîner splendide au médecin Guillotiu, leur orateur et leur défenseur. Il sera probablement l'un de leurs mandataires aux Etals généraux.

Les pairs, assemblé! au Louvre, on! arrêté de mettre ans pieds du Roi le sacrifice qu'ils font en consentant à être imposés comme le tiers état; mais en même temps ils demandent conservation et

confirmation de leurs privilèges. Kl tout privilège qui n'affecte ni directement ni indirectement la propriété du particulier, et qui n'est pas de nature à trop humilier un citoyen, leur sera conservé.

Du 28 décembre.

Après beaucoup d'incertitude et de variations, il paroît que l'on s'est arrêté au projet de tenir l'assemblée des Etats généraux à Versailles même. On dit qu'à cet effet on y prépare déjà deux mille quatre cents appartements. Une nouvelle plus importante, c'est que, selon toute vraisemblance, AI. Necker l'emportera, et une parfaite égalité étant conservée entre les citoyens, les voix dans cette assemblée seront comptées par tête.

La pétition des six corps a été présentée à l'Académie françoise, qui y a accédé.

On jette la pierre aux membres de la municipalité qui, arguant de leur noblesse, s'y sont refusés.

L'archevêque de Sens doit être à Pise, et y avoir reçu le chapeau de cardinal.

LETTRE PREMIÈRE

De Versailles, le 2 janvier 1789.

Après des orages intérieurs, des cabales et des contradictions qui ont tenu les affaires de la nation en suspens jusqu'à la fin de décembre, les lettres de convocation pour les Etats généraux sont enfin expédiées. On ne sait point encore quelle est l'époque fixée pour leur ouverture. Puisse-t-elle n'être point éloignée ! Les esprits s'aigrissent journellement; l'opinion ajoute sans cesse aux maux réels, et l'opiniâtreté des divers partis devient de plus en plus inquiétante. Les curés viennent aussi d'élever la voix en faveur du tiers état. Ils offrent même de se soumettre aux impositions ; mais ils se réunissent contre le haut clergé aux concitoyens dont ils défendent la cause, et renouvellent avec chaleur leurs réclamations sur la modicité des portions congrues. Ils demandent qu'une partie du superflu des gros et inutiles bénéficiers soit reversée pour leur subsistance et pour seconder leurs bonnes œuvres. C'est encore un des points essentiels dont on doit espérer que les Etats généraux s'occuperont.

Au reste, il paroit que le tiers état obtiendra un triomphe complet. Il le devra aux entrailles paternelles du monarque, que les constantes représentations du ministre républicain ne cessent d'émouvoir en sa faveur. Après de si généreux efforts, la noblesse ne se refusera pas sans doute au sacrifice nécessaire de ses prétentions.

Le cardinal de Rohan, libre enfin, sauf le séjour de la capitale, a annoncé à ses diocésains sa prochaine arrivée et son vœu en faveur du tiers état.

Le Parlement de Toulouse avoit envoyé des commissaires à Nîmes pour biffer des registres de la ville la délibération des habitants, au sujet des réclamations du tiers état. Ces habitants indignés se sont assemblés au nombre de dix mille, et ayant déclaré que leur intention n'étoit point de troubler la paix, ils

:ns CORRESPONDANCE SECRÈTE.

ont été trouver les commissaires el les onl pries honnêtement de sortir de la ville. On se doute que celle invitation produisit

un prompfl effcl : la journée se passa en l'êtes et en réjouissances.

Du 3 jani ier.

On s'est trop pressé (Tannoncer I* expédition des lettres de

convocation. Il a été seulement nommé des commissaires pour s'en occuper : MAI. de Lessarl, de la Alicliodière , de la (îalaisière et d'Orniesson , ci -«devant contrôleur général. On porte aux nues M. Xccker, (jui, par son rapport au Conseil du 27 décembre, a donné du corps et de la réalité aux intentions du monarque, el a procuré au peuple l'accomplissement de son vœu pour l'égalité de représentation du tiers état. Il reste encore une grande question à résoudre, la manière de compter les voix, par ordres ou par tètes.

On voit une accession de quelques villages de la banlieue de Paris à la pétition des si\ corps. Elle est intitulée Bill. Cette affectation d'employer des expressions angloises paroit plaisante; mais elle dévoile aux observateurs la filiation des idées qui ont fermenté dans nos tètes.

On va s'occuper à substituer à la taille et à la corvée un impôt général qui portera un nom dont l'orgueil des nobles et des anoblis ne sera point offensé.

Paris est fort bien pourvu en blés et en farines; mais pour cela il a fallu affamer les provinces. Dans la Bourgogne, la disette d'eau se joint à celle de grains.

LETTRE DEUXIÈME

De Versailles, le 9 janvier 1789.

Point de nouvelles en ce moment. I ne misère affreuse dans le peuple; mais ses rigueurs sont diminuées par la quantité d'actes de bienfaisance. C'est à qui s'empressera de soulager l'humanité souffrante.

En suivant le fil des événements et des discussions intérieures auxquelles ont donné lieu les affaires de la nation, il est facile de juger de l'influence que Monsieur acquiert journellement sur

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les résolutions de la cour. On sera plus étonné d'apprendre que Madame Adélaïde, tante du Roi, y a une très-grande part, et que ces illustres personnages consultent fréquemment des hommes instruits, qu'ils ont chargés de recherches approfondies sur les matières dont il est question en ce moment. On nomme jusqu'à dix-huit personnes auxquelles ce travail est confié, et qui doivent en outre lire et extraire tous les écrits qui paroissent. Jamais les presses n'ont été plus utiles à l'administration, et il n'est point d'écrivailleur qui ne puisse espérer d'avoir fait naître une idée avantageuse à ses concitoyens.

Du 11 janvier.

Un des boute-feu du Parlement a eu l'audace de dénoncer à sa cour le fameux Rapport de M. Necker. M. le premier président s'est levé d'abord , et a déclaré au nom de sa compagnie que cette dénonciation ne pouvoit être admise, attendu qu'elle portoit sur un ouvrage qui fait le plus grand honneur à son auteur. Le président de Gourges proposa ensuite d'enjoindre au procureur général de dénoncer à la cour les esprits turbulents, qui n'étoienl que trop nombreux dans la compagnie , et de séparer les requêtes des enquêtes, pour déconcerter les. intrigues de la cabale. Cette démarche a fait beaucoup de sensation et aura des suites qui peuvent changer l'esprit et le système du Parlement.

On attribue à M. d'Eprémesnil des réflexions prétendues impartiales j où il désigne M. Necker sous l'emblème d'un serpent in herbu latentis. Le même magistral, maltraitant Aï. Guillotin sur sa. pétition des six corps, et disant que le titre seul qu'il avoit choisi avoit une consonnanec bien frappante avec sédition > le défenseur du tiers état lui répondit : « Kli ! ne savez-vous pas, Monsieur, que pétition vient de petere , peto, petitum (petit homme) ? »

L'évèque de Rennes, M. de (iirac , parloil dernièrement du projet de fonder en Bretagne un chapitre noble. Quelqu'un se récrioit sur ce que l'on ne pensoil à aucun établissement de cette nature pour le tiers état : «Ne comptez-vous pour rien, interrompit le prélat, l'Hôtel -Dieu et les hôpitaux? n 0 V ingrat! L'auteur de celle réponse est le petit-fils d'un boucher. On pourroi l lui appliquer le mot de M. de Chaiiifnrl à un homme qui

soutenoit (rime manière extravagante les privilèges de la noblesse : « Ce discours csi bien d'un gentilhomme, mais il n'est pas noble. »

On a exécuté en porcelaine à Sèvres* une idée déjà connue. Le Roi a trouvé dernièrement ce groupe sur sa cheminée : c'est Louis XII qui donne la main à Henri IV. Au-dessous étoit écril : « Douze et quatre font seize. »

Les Parisiens prétendent que la disette de farine rienl de ce que les notables l'ont usée à faire de la bouillie pour les chats. Au reste, remercions les glaces de l'hiver de ce qu'elles se sont opposées aux exportations des monopoleurs, qui nous auroienl exposés à une famine si la saison âvoit été moins affreuse.

LETTRE TROISIÈME

De Paris, le 15 janvier 1789.

M. \eckera fait de la caisse d'escompte une ressource momentanée pour les besoins où se trouve l'Etat. Chaque actionnaire est appelé à une mise de mille livres par action, dont il retirera l'intérêt, ayant en outre l'espoir des chances dans une loterie. Cet appel donnera en peu de jours vingt- cinq millions. La confiance aux opérations de M. iVecker est pleine et entière : sous un ministre déprédateur, celle-ci seroit d'un funeste exemple.

Le Parlement, pour donner le change à l'impatience du peuple, a chargé le procureur général d'informer contre les tripots de jeu, qui se sont multipliés avec une frénésie sans pareille. Le 12, il a rendu un arrêt qui interdit les jeux de hasard, notamment le quinze et le trente-et-quarante.

Toute l'Europe voit sans doute avec admiration que nous autres François quittons peu à peu nos fers, quand on en charge les Batavcs. Mais, patience! Ils sont nos frères, et quand nous serons devenus libres, sous un monarque adoré, nous voulons aller demander aux suppôts du despotisme stathoudérien compte des actes illégitimes contre d'honnêtes citoyens. On croit toujours que l'irruption des Prussiens en Hollande est ce qui a donné l'impulsion finale au nouveau système qui décidera pro-

bablement, ce printemps, de la paix ou de la guerre, et amènera cette grande révolution annoncée depuis quelques années.

« Je crains bien, disoit ces jours-ci un homme de beaucoup d'esprit, que nos lumières ne soient venues trop tard. De grandes vertus et des vertus austères pourroient seules nous régénérer. Que ne relève-t-on aux portes de Paris ce gibet de Montfaucon où furent pendus un Marigny, un Pierre Remy, tous deux contrôleurs généraux ! Ce seroit dommage qu'il ne se fit aucun bien dans nos prochains Etats. Jamais assemblée n'a été préparée avec autant de soin. Depuis six mois la nation a enjambé un siècle, ïl ne nous manque qu'un Charlemagnc. Louis XVI n'est pas tout à fait l'homme qu'il nous faut. Son apathie m'effraye. Le feu est à la maison, et on diroit qu'il ne se mêle pas du ménage. Il me rappelle ce grand maître de l'ordre de Malte qui, apprenant que ses pages manquoient de chemises, dit: «Qu'on sème du chanvre pour leur en faire ! »

Du 18 janvier.

Quarante-huit députés du tiers état "de Bretagne viennent d'arriver, et les nouvelles qu'ils apportent sont très-affligeantes. De nouveaux troubles à Rennes font craindre un embrasement général dans la province. Le Parlement avoit défendu les assemblées particulières; bientôt le Palais fut entouré par une foule immense, armée de flambeaux et d'épées. Les Etats de Bretagne sont suspendus. Un arrêt du Conseil promulgue le consentement du Roi à ce que leur vote de subside ne soit que pour une année.

L'opération du prêt de vingt-cinq millions demandé à la Caisse d'escompte a produit une sensation si défavorable à M. Neckcr que ses partisans sont alarmés. On croit que le Parlement s'en occupe et prépare de terribles coups à cet administrateur. Il y a des paris qu'il ne tiendra pas longtemps.

On dit que le cardinal de Loménie a payé un million à Rome pour son chapeau rouge. C'est peut-être une calomnie, mais ou cite le banquier de Lyon par lequel cet argent a passé. Si la chose est vraie, on demande ce que mérite un homme qui, dans un temps où l'Etat éprouve une pénurie extrême, le prive d'une telle somme pour un objet dont la puérilité est reconnue. Cette affaire sera, dit-on, examinée dans les Etais généraux.

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