‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 33 sur 79 · C 0 RRE SP (MID AH G I S E C R È T E · texte numérisé non relu

C 0 RRE SP (MID AH G I S E C R È T E

Roi B pris pour un homme dont les sentiments et 1rs vin-s répondent si bien à ceux d'nn monarque père de ses sujet*.

A l'occasion du mémoire des princes, le Roi a dil a Monseigneur

comte d1 Artois : « Vous êtes le dernier homme de la France qui deviez signer ce beau mémoire. Lorsque j'ai payé \os délies fel cela plusieurs lois), esl-ce a\t'c l'argent de la noblesse on celui du tiers état? t

Malgré la conscience de la bienfaisance, et la certitude que le Roi devroit avoir de la reconnoissance de son peuple, Sa Majesté paroit avoir quelques inquiétudes sur la sûreté de sa personne C'est l'effet des horreurs qui se sont commises en Bretagne. Elle re\ enoit de la chasse ces jours derniers : cinq hommes en désordre et courant à toute bride, paroissoient se diriger vers le Roi. Sa .Majesté, qui s'étoit un peu éloignée, appela avec émotion ses gardes, se fit amener les cavaliers inconnus, et les interrogea elle-même. C'étoient des gens du grand aumônier qui, à demi ivres, revenoient en grande hâte de Taris, pour faire leur service à Versailles. Le Roi fut le premier à rire de sa frayeur, et dit le lendemain au grand aumônier : « Vos gens m'ont fait hier une belle peur! Au reste, je leur pardonne bien sincèrement; faitesen de même. » Les pauvres diables n'en furent pas moins conj - (liés' le jour même.

La Bretagne est pacifiée. Il étoit temps de convenir d'un armistice à Rennes, car douze cents Xantois armés étoient en roule pour y aller au secours de leurs compatriotes. Les États de cet h1 province sont prorogés jusqu'après les Etats généraux.

LETTRE HUITIEME

De Paris, le 18 février 1789.

On a continué pendant plusieurs jours d'afficher dans la rue du Bac et au faubourg Saint-Antoine d'affrcn\ placards. On y vouoit surtout à la vindicte publique des personnages accusé.s d'avoir fait des accaparements de grain. MAI. de Brelenil, le \nir et la Borde étoient désignés. Les noms des deux premiers ont décrédilé la calomnie.

Il a été question de transporter le théâtre des Italiens au cirque

du Palais-Royal. Liés par l'acte de cession que le duc de Choiseul leur a fait du terrain qu'ils occupent, et par l'arrêt du Conseil rendu à cette occasion, ils seront vraisemblablement obligés de l'ester sur le boulevard. On dit pourtant que les protestants vou- s (aient acbeter leur salle pour en faire un temple, et que les juifs s'éioient mis en concurrence, espérant d'avoir la permission d'y tenir leur synagogue.

La Reine se retirera à Saint-Cyr pendant la tenue des Etats généraux. Madame Royale, sa fille, l'y accompagnera. Son illustre mère veut se ebarger elle-même du perfectionnement de son éducation. En sortant de retraite, il sera, dit-on, question du mariage de cette belle princesse avec un prince qui court à de grandes destinées. Cela vaut bien mieux qu'une abbaye.

Dés que l'assemblée des Etats généraux sera ouverte, les colonels, les commandants de province et les évêques ne doivent point se trouver à Paris. Us ont des ordres pour aller les uns et les autres à leur poste au 1er mai.

Les nobles bretons qui en ce moment sont employés dans la marine militaire étoient fort impatients de savoir ce qui se passoit à Rennes. Plusieurs d'entre eux ont quitté leur poste et ont volé à Rennes sans congé, pour y jouer un rôle. Le Roi, instruit de ce manquement à la règle, a envoyé des ordres dans les ports pour les punir suivant toutes les rigueurs de l'ordonnance militaire.

La scandaleuse et ridicule affaire de AI. Kornmann attire une grande affluence au Palais. Le plaidoyer de M. de la Malle, avocat du sieur Daudet de Jassan , a fait beaucoup d'impression, et l'illustre orateur des baquets magnétiques perd beaucoup de l'engouement qu'il avoit d'abord excité. AL d'Ëprémesnil , qui ne peut l'ester oisif, est allé trouver madame Kornmann pour l'engager à retourner avec son mari : il a mis en usage tous les moyens qu'ont pu lui procurer le magnétisme et le somnambulisme; mais malheureusement ils sont sans effet sur les gens qui n'y croient pas, et il n'a point réussi. AL Bergasse a de son côté offert à madame Kornmann de chanter la palinodie à son sujet; il n'a pas été mieux écouté.

De Versailles, le 2* février.

Aucune nouvelle, aucune anecdote même ne peu! nous distraire (le la triste monotonie à laquelle nous condamne l'impression profonde (jne la prochaine tenue des États généraux fait sur

les esprits. « lu nouvel ordre de choses va renaître, dit-on de toutes parts... En Tondant Home, on l'appela Urbs œ tenta. En reconstruisant la monarchie françoise sur de nouveaux fondements, on pourra dire d'elle : Imperium œternum. »

Le libelle de M. de Limon contre M. Aecker, où il l'accuse « d'être à la tète d'une conjuration faite par le tiers état pour renverser les nobles, Je clergé et le monarque, < a ramené dans le parti du ministre des finances les hommes honnêtes qui lui étoient encore opposés. Les injures et la calomnie sont des armes très-usitées dans le temps présent. Elles ne blessent point lorsqu'on connoit le motif qui les met en œuvre. Et tout le monde sait que M. de Limon voit avec une espèce de rage l'administration des finances en d'autres mains que dans les siennes.

On peut se figurer, d'après une anecdote récente, à quel degré les esprits du peuple sont généralement aigris contre la noblesse. Le marquis de la Grange, courant à pied dans les rues de Paris, lut serré contre la muraille par un cocher de fiacre. Le marquis, naturellement violent et emporté, frappa cet homme de sa canne et lui fendit la tête. Le peuple s'amassa; un garçon boucher prit M. de la Grange au collet, et s'apercevant qu'il portoit un cordon rouge, s'écria qu'il falloit s'en servir pour le pendre. La garde survint : le marquis et le blessé furent conduits chez un commissaire; le peuple s'ameuta, et au milieu d'invectives atroces demandoit qu'on lui livrât le noble. Celui-ci s'échappa par une porte de derrière , abandonnant douze louis , avec lesquels le magistrat subalterne parvint à accommoder l'affaire.

LETTRE NEUVIEME

De Paris, le 27 février 1789.

Les ÎVantois viennent encore de faire de nouvelles instances à M. Mecker, pour lui faire accepter cinq millions sans intérêts et

sans terme pour le remboursement. Il a de nouveau refusé ce secours, de crainte que les nobles ne disent qu'il vend son crédit et ses faveurs au tiers état.

Ce même tiers état, désirant en Bretagne n'avoir dans chaque ville que des jurés et des juges de paix, offre, dit-on, de se charger de rembourser tous les offices du Parlement de Rennes.

Les lettres d'Aix annoncent de nouveaux troubles. La noblesse et Je tiers état se sont réunis contre le clergé du diocèse : ils le considèrent comme un assemblage d'hommes gagés et pensionnés, vivant aux dépens de la commune, et par cela même n'ayant et ne pouvant avoir aucune part aux délibérations. On l'a, dit-on, exclu d'autorité des assemblées. L'archevêque d'Aix a voulu cabaler et menacer : son palais a été assiégé, et il a été obligé de se sauver. Il est venu ici, et on l'écoutera; mais il ne trouvera peut-être pas autant de partisans qu'il l'espère. Nos idées sur le haut clergé changent insensiblement.

On écrit de Nice que l'humeur dartreuse dont le cardinal de Loménie est tourmenté depuis sa jeunesse s'est jetée sur la poitrine, et donne beaucoup à craindre pour ses jours.

De Versailles, le 28 février.

Monseigneur comte d'Artois s'est décidément déclaré le patron de la noblesse, comme Monsieur l'est du tiers état. Il y a eu une scène très -vive à ce sujet entre le Roi et le premier de ces princes.

Un nouveau mémoire de la comtesse de la Molhc se trouve dans quelques mains. C'est un horrible libelle contre une personne auguste qui a les plus grands droits à notre amour et à notre vénération.

Le prince de Galles n'est ni moins aimable ni moins galant depuis qu'il est devenu régent de l'Angleterre. Il n'a pas oublié qu'il a vu dans son ile la marquise de Coigny. En prenant les rênes de l'empire britannique, il lui a envoyé, comme une marque de son souvenir, un très-joli chapeau à la régence.

JYous attendons un ambassadeur de Pologne : ce sera, dit-on, le prince Poloçki.

La grande nouvelle de la cour, dans un moment de stagnation pour la grande affaire de la nation, est la disgrâce de madame Gourpillon. Elle étoit femme de chambra de confiance de Madame j cl depuis quelque temps ne se faisoit pas moins remarquer par

ses dépenses que par ses entretiens seerels avec sa inailresse fort avant dans Ja nuil. Monsieur chargea madame de la laugu\on de la congédier. La duchesse, connoissant V empire de celle favorite subalterne, supplia Monsieur de la dispenser d'une commission aussi délicate. Le prince fit venir lui-même la dame Gourpillon , qui, se sentant forte de la protection de sa inailresse, lil beaucoup de difficultés pour se soumettre. Monsieur la chassa de sa présence, et lui fit donner une lettre de cachet qui l'exile à Lille, auprès de son mari. La calomnie s'exerce à interpréter les litres de cette jeune dame au point étonnant de faveur auquel elle étoit parvenue.

Le marquis de Conflans vient de mourir.

La Bretagne est toujours en proie aux divisions. Il y a aussi eu, dit-on, du sang répandu à Bordeaux, pour la même cause. Les bons citoyens entrevoient avec douleur que, comme en 1(31 1, les prochains Etats généraux ne seront qu'une continuation de scènes scandaleuses, dans le cours desquelles on sera peut-être obligé de baisser brusquement la toile pour éviter un dénoûmenl tragique...

LETTRE DIXIEME

De Versailles, le 6 mars 1789.

Le mariage du duc d'Angoulême avec mademoiselle d'Orléans est fixé au 18 août prochain. Le duc d'Orléans aura, à cette occasion, la survivance qu'il a tant désirée de la charge de grand amiral. Deux autres illustres mariages doivent être arrêtés a la même époque : celui de Madame^ fille du Roi , avec le fils (\u Roi de Map les , et celui de M. le duc de (Chartres avec l'infante de Parme.

Ln jeune prince voulut, le lundi gras, aller au bal de l'Opéra.

fl garda de la lumière dans sa chambre contre son usage ; on le guetta, et on l'aperçut se glisser à minuit par un escalier dérobé, au bas duquel un confident l'attendoit avec une voiture. Il fut Tort surpris, en voulant y monter, d'être retenu par son gouverneur, qui l'engagea à retourner dans son lit.

On s'occupe toujours uniquement des Etals généraux , et même sur cette grande affaire on ne sait guère que ce que les lettres de province et les conseillers brochuriers en disent. Les premières ne parlent toujours que de troubles et de divisions; ceuxci publient des idées plus bizarres les unes que les autres. AI. Bergasse propose comme quelque chose de bien neuf, à la municipalité de Sainl-Gcrmain-Laval , de modeler le Parlement sur celui d'Angleterre, et de diviser ces espèces d'Etals généraux permanents en chambre des pairs et chambre des communes, ce qui mettroit fin à toutes les disputes. Ce langage est celui d'un homme qui a un procès à gagner ou tout au moins à juger, et qui sans doute n'attend pas de pension sur la cassette du Roi.

Du 8 mars.

On parle beaucoup d'une lettre de Al. de Galonné au Roi. Elle est de neuf heures de lecture. Cet ex-ministre a trop présumé des loisirs de notre monarque.

Le comte de Mirabeau est revenu à Paris, ayant perdu l'espoir d'être élu par le tiers état de sa patrie pour les Etats généraux.

L'abbé de Boisgeliu, archevêque d'Aix, qui avoit étalé chez [es Provençaux toute la hauteur de la noblesse bretonne, ne peut plus sortir hors de son palais, pour aller même à son église, sans une escorte de grenadiers. Son principal crime aux yeux du peuple est d'avoir proposé de mettre un impôt sur les oliviers.

Dans le Limousin, les nouveaux anoblis ont tour à tour été rejetés du tiers état comme privilégiés, et de l'ordre delà noblesse comme n'apportant que des titres de bâtardise.

La première assemblée du bailliage de Seulis pour la rédaction des cahiers pour les Elats généraux a été très-remarquable. On y a prononcé des discours fort éloquents : on a cité cent abus criants, et des vexations de toute espèce de la part des gardes du prince de Condé, etc. On croil que celte levée de boucliers contre

les capitaineries en amènera la suppression, f! est temps qne les droits de l'homme soient vengés, cl nue la propriété des citoyens

soit respectée.

On continue les plaidoyers dans l'affaire Kornmann. Tons les avocats ont successivement gagné des partisans à leur cause. On croit que les parties seront mises hors de coin-.

Les boulangers ont présenté un mémoire au Parlement. Ils prétendent que c'est une injustice horrible de les avoir mis à l'amende pour avoir vendu le pain conformément au règlement de police. Ce mémoire est, dit-on, l'ouvrage du verbiageur chevalier de Rutlige , qui s'efforce toujours d'être caustique.

LETTRE ONZIEME

De Versailles, le 12 mars 1789.

M. le duc d'Orléans vient de donner un exemple précieux de dévouement patriotique, en faisant publier des cahiers pour les bailliages de sa domination, dans lesquels il propose de payer luimême les impositions, en raison de ses immenses propriétés. C'est faire à la nation l'hommage de près de 600,000 livres de ses revenus. Il demande la suppression des capitaineries, la permission du divorce, etc.

La lettre de AL de Calonne au Roi perce enfin dans le public. Affectant un système et des opinions tout opposés au plan de son successeur, il s'ingère de donner au Roi les conseils du despotisme, et défend la cause des privilégiés contre le tiers étal. AI. de Calonne, qui n'a visiblement point renoncé à l'espoir de rentrer au timon des affaires , joue le tout pour le tout.

Au reste, le ministère semble maintenant sûr de son fait, et ne point douter du succès de ses moyens pour prévenir les troubles dont la nation étoit menacée.

Le tiers état, aigri contre le prince de Coudé, qu'il accuse d'avoir donné lieu à l'insurrection de la noblesse en Bourgogne, accueille les bruits qui lui sont défavorables. Les communes de cette province ont demandé au trésorier le compte des fonds en caisse; il l'a refusé, et s'est même absenté, dit-on. On en a conclu un

déficit dans cette caisse, et l'on a prétendu que le prince gouverneur en avoit emprunté 1,700,000 livres.

Les disputes de la comtesse de la Mothe avec M. de Calonne sont connues, et l'on sait que la première a essayé de compromettre l'ex-ministre à l'occasion de son mémoire. Voici l'anecdote à laquelle on attribue la première origine de ces brouilles. Les deux célèbres réfugiés jouoient ensemble dans une assemblée nombreuse. Madame de la Mothe dit : « J'ai trois as, trois rois et le plus beau jeu du monde, et pourtant je suis en danger. » — « Oui, madame, répond M. de Calonne, en ne pensant peut-être qu'au jeu, car vous ne serez pas moins marquée. »

Le duc d'Orléans vient d'obtenir du Pape la sécularisation d'un couvent de religieuses situé dans ses domaines en Normandie. On ne peut porter plus loin que ce prince le vœu d'effectuer la liberté individuelle.

Le cardinal de Rohan a, dit-on, dispensé du bréviaire les ecclésiastiques de son diocèse qui sont occupés aux fonctions paroissiales. La prédication , la confession , la visite des malades, etc., devant remplir tout leur temps, il laisse le soin des prières aux chanoines et autres bénéficiers qui n'ont rien de mieux à faire.

Le conseil de la guerre vient de faire un changement dans la partie des transports militaires. On a rogné les ongles au commissaire général, auquel on avoit alloué douze pour cent de toute la dépense.

LETTRE DOUZIÈME

De Paris, le 17 mars 1789.

On écrit de Reims que le 11 de ce mois il ne vint pas un sac de blé au marché de cette ville. Le peuple, qui au marché précédent avoit payé dix-sept livres le setier pesant cent vingt livres, prit de l'humeur. L'émeute devint sérieuse : l'archevêque, trois maréchaux de camp, quinze chevaliers de Saint-Louis, ne purent la calmer. Deux compagnies de dragons arrivèrent le lendemain. Quelques mutins furent blessés , d'autres mis en prison. Un anobli avoit, par son imprudence, porté le tumulte à ce point, en

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