‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 36 sur 79 · COB II ESPON I) A NG R SEC II ETE · texte numérisé non relu

COB II ESPON I) A NG R SEC II ETE

aux pieds du l{oi a Ifarrj . Leurs instances séduisirent le monarque, cl le tableau qu'ils tracèrent t'aima. I ne lettre de cachet contre AI. \eclver lui signée, le prince de Conli désigné /'// fêttO surintendant des finances, et le prince de Coudé généralissime des troupes. On avoit persuadé au Roi nue l'Assemblée nationale avoii le dessein de l'aire prêter le serinent aux troupes, etde les mettre sous le commandement du duc d'Orléans. Celui-ci fut mandé, et arriva à quatre heures du matin. Il assura le Roi qu'on calomnioit les Communes, et promit à Sa Majesté de n'accepter jamais aucun commandement de troupes que d'elle seule.

Cependant les terreurs que Ton avoit inspirées à Sa .Majesté opérèrent une suspension précipitée des Etats généraux. La fermeté des Communes qui regardoient l'Assemblée nationale comme au-dessus des atteintes du gouvernement; la continuation de cette assemblée d'abord dans un jeu de paume, ensuite à l'église de Saint-Louis; la réunion qui s'y fît de cent quatre-vingts membres du clergé, ayant sept évèques à leur tète; une conférence de M. Necker avec le Roi, où Sa Majesté déebira la lettre de cachet quelle avoit signée contre ce ministre, et la vive part que le public prit à ces événements, firent encore tourner la chance. La séance royale étant annoncée, il falloit qu'elle eut lieu ; mais M. Nccker dicta les volontés que le Roi y devoit manifester. On dit qu'éprouvant des difficultés à cet égard, il offrit a son tour sa démission.

Quelque avantageuses que soient les propositions que le Roi fait à son peuple , on regarde une seconde fois comme un mauvais parti le terme moyen auquel M. \ecker s'est prêté. La nation assemblée ne veut point recevoir comme des ordres les innovations qu'elle avoit àprescrire ; elle exige une nouvelle constitution, et regarde comme nul et illégitime l'arrêt du Conseil qui casse ses procédés du 17 et du 19.

Du 23 juin.

Les Communes et, osons le dire, la nation triomphent ! Est-ce la raison et la justice, est-ce la crainte seule qui a opéré cette étrange révolution? Les bons citoyens ne chercheront point à approfondir celte question.

La fermentation et l'enthousiasme patriotique étoient au

comble; les troupes s'étoient déclarées pour le peuple, et sans doute leur démarche étoit d'un grand poids. L'archevêque de Paris, publiquement menacé, étoit entré dans l'assemblée générale. Enfin une lettre du Roi, sollicitée, dit-on, par les nobles récalcitrants eux-mêmes, a mis d'accord leur amour-propre avec Je seul parti qu'il leur restoit à prendre. Tous les membres des Etats généraux sont réunis.

C'est un grand pas de l'ait. L'expérience de ses forces et l'aveu de plus des neuf dixièmes de la nation mettront bientôt le parti patriotique à portée de lever toutes les difficultés. L'arrêt du Conseil et la démarche impérative du Roi , du 23 juin , deviennent nuls de fait, et dès que la vérification des pouvoirs sera achevée, on ne doute point que l'établissement d'une nouvelle constitution ne soit le premier objet des délibérations. N'est-ce pas pour un souverain le plus beau et le plus précieux des droits que l'amour de son peuple? L'autorité sera enchaînée, mais l'honneur et le bonheur de la nation seront établis sur des bases inébranlables.

LETTRE VINGT-SEPTIÈME

De Versailles, le 30 juin 1789.

L'apparition soudaine de M. Linguet a occasionné ici beaucoup de petits propos et de grands bavardages. Les uns l'ont soupçonné d'être colporteur d'une délation au sujet de quelques presses allemandes; mais on ne peut croire que M. Linguet ail voulu déshonorer sa vieillesse en faisant le métier d'espion, les autres ont voulu qu'il fût chargé auprès du cabinet de Versailles d'une mission politique de la part d'une grande puissance, et ils ont prétendu qu'il avoit eu un entretien secret avec le Roi. Ce qui est bien vrai, c'est qu'il parut ici le 25, au milieu de l'Assemblée nationale. Il s'y étoit glissé, et croyoil y jouir pendant toute la séance de l'incognito; mais il fut reconnu, malgré son épée et son travestissement. On cria à l'ordre ; on parla des étrangers suspects à l'assemblée, et il fut éconduit.

Si l'on a fait justice à Linguet, on l'a aussi rendue à l'abbé Mauiy. Il avoit eu le front d'aller se promener dans la galerie i\i\ (bateau. On sait ses harangues insensées pour empêcher les

ecclésiastiques de se réunir à l'Assemblée. A peine fut-il dans la galerie qu'on l'entoura. On cria : «C'est l'abbé Maurj ! e'esi l'abbé

.\Ianry!» Effrayé lui-même de son nom , qu'il entend prononcer, il se débarrasse du peloton qui l'environne , et se sauve à grands pas.

Du 3 juillet.

On est parvenu à dévoiler l'intrigue dont les combinaisons n'ont abouti qu'à compromettre l'autorité royale et à alarmer la nation. Il s'étoit formé une coalition secrète entre les aristocrates de la cour et l'aristocratie magistrale. Dans la séance royale convoquée pour anéantir le décret que les Communes avoient porté le 17, on vouloit appeler le pouvoir judiciaire, qui avec ses vieilles formes n'est qu'une émanation du pouvoir exécutif. C'étoit le plan du célèbre d'Eprémesnil ; il l'avoit concerté avec des grands en faveur. Mais les ministres sentirent que le Parlement renaissant de sa cendre reprendroit une force tant de fois dangereuse pour l'autorité même, et il ne fut point mandé. AI. Séguier, qui se flattoit de jouer un grand rôle dans ce jour où le despotisme expira en poussant un dernier cri, en fut pour le temps qu'il avoit perdu à barbouiller un réquisitoire destiné à être prononcé aux pieds du Roi devant l'Assemblée nationale.

Cependant, on se proposoit de joindre la plus grande vigueur au ton de maître absolu que l'on a fait prendre au monarque. Des régiments ont été appelés, et se sont mis en marche, à grandes journées, pour Paris. Un régiment de hussards a fait trente-six lieues en douze heures. Celui de Salis a été posté à Saint-CIoud, à Sèvres et à Vaugirard. On a fait venir du canon en poste. On devoit demander quarante mille hommes à l'Espagne et neuf mille à la Suisse. Peut-être les demandes en sont-elles déjà faites. Il étoit question d'envoyer des lettres de cachet aux représentants de la nation.

Les troupes, en manifestant soit leur répugnance pour l'usage auquel on vouloit employer leurs armes, soit leur résolution absolument contraire; le manque d'argent, la fermeté des Communes, l'unanimité de la nation, et surtout l'excellence du cœur cl des vues du monarque, ont donné une autre tournure au\ choses. La joie universelle a succédé aux craintes; mais on n'ose

encore s'abandonner à un calme apparent. Les ennemis du bien

public veillent toujours. L'aristocratie est abattue , mais elle

n'est pas écrasée.

Du 5 juillet.

Sur le refus du duc d'Orléans, l'archevêque de Vienne a été élu président des Etats généraux. Cette présidence changera tous les quinze jours. L'harmonie paroit rétablie entre l'Assemblée nationale et le trône ; mais il est à craindre qu'elle ne soit point durable. Au reste, c'est aux ennemis de l'Etat qu'il faut attribuer les troubles qui continuent de régner dans la basse classe du peuple. On remarque que M. Pitt a dit, dans une séance du Parlement anglois, que sa manière de faire la guerre aux François étoit plus sûre que celle des armes. Il seroit peu honorable pour le gouvernement anglois, et on n'ose le soupçonner, de stipendier les moteurs des espèces d'émeutes qui s'élèvent journellement dans nos villes. Avant-hier au soir, un jeune homme ayant lu une lettre incendiaire au Palais-Koyaî, les gens honnêtes en firent justice sur-le-champ. In autre avoit fait la proposition d'aller mettre le feu à la maison de M. d'Eprémesnil , un plaisant fît oublier ce projet, en observant 1° que sa maison n'étoit pas à lui ; 2° que ses meubles étoicnt à ses créanciers ; 3° que sa femme même ne lui appartenoit pas.

LETTRE VINGT-HUITIÈME

De Versailles, le 8 juillet 1789.

Il y eut avant-hier ici un attroupement considérable, sur les huit heures du soir. La ville fut bientôt en alarme. C'étoit le peuple qui couroit en foule vers le bois de Satory, pour assister à un combat entre six gardes françoises et six hussards. On dit qu'il y en a eu trois de lues. Plusieurs officiers ont voulu courir après leurs soldats pour les empêcher de s'égorger; mais les cris du peuple les ont avertis de ne point se mêler de cette affaire. On dit qu'il y a entre ces deux corps un tel acharnement, que (h1 nouveaux combats de cette espèce sont presque inévitables.

II y a eu à Lyon une révolte très-vive, où les monuments de la fiscalité ont été détruits. Au départ des lettres, aucune barrière

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