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M s'opposoit plus a la contrebande ; aiicim commis nosoil -<■ présenter pour l'arrêter. Mais on anroil tort d'attribuer cd vu nemenl aux circonstances actuelles, qui n*j oui éfé mêlées qu'arr-ideulellement. Les bons citoyens voieul avec mu- \ ive satisfaction le eahue reuaîlre partout. L'Assemblée uatioii.ile a enchaîne l'aristocratie.
Les boulangers de Paris lui oui envoyé une dépulaliou, et oui donné l>eaneonp de renseignements sur les malversations i\u commerce de crains. M. de Mirabeau a l'ail un discours dan lequel il a avancé comme une chose certaine, et ayant les preuves en main, que des négociants an<rlois olfroienl de fournir pendant trois mois consécutifs des farines à la France, an prix de deux sous. L'Assemblée a fait de cet objel la matière de ses délibérations. On assure que bientôt elle s'occupera de la demande bm M. \ecker fait d'un emprunt de quatre-vingts millions.
Les vers suivants ont été trouvés dans l'appartement du Roi. C'est la traduction de ceux que fit rai lord comte de Rochester à l'occasion d'une adresse de la chambre a Charles II, Roi d'Angleterre :
Nous demandons en toute humilité Que notre Roi devienne notre esclave ; Nous l'invitons à souffrir qu'on le brave, Qu'on le trahisse en toute loyauté.
Quand une fois il aura la bonié D'abandonner son sceptre , sa couronne , Avec le temps, nous rendrons sa personne . Le plus grand Roi de la chrétienté.
De Paris, le II juillet.
L'avis d'une séance royale qui doit se tenir le 14 on le 15 de ce mois, et l'immense quantité de baïonnettes qui nous entourent et qui se multiplient à chaque instant, causent ici beaucoup de fermentation. On assure que soixante à quatre-vingt mille hommes appuieront ce que le Roi vent dire à son peuple, et convertiront l'Assemblée nationale en lit de justice. L'enthousiasme patriotique qui transporte en ce moment les François d'âne extrémité à l'autre du Royaume, et qui a pénétré jusque sous la cuirasse du militaire, rend fort douteux le succès des manœuvres de l'aristo-
cratie. Elle balance en ce moment dans le Conseil l'influence du sente populaire qui y régnoit, et les nobles ont réussi à inspirer quelques terreurs au monarque sur Je maintien de son autorité. Ces craintes sont bien moins fondées que ne le seroient celles de la juste résistance d'une nation poussée à bout par l'abus multiplié que tant de ministres ont lait du pouvoir dont ils étoienfc dépositaires. La fermeté et la modération des représentants des Communes, et la bonté, les salutaires Intentions du monarque, rassureroient les bons citoyens, si l'on n'avoit à craindre l'impétuosité du peuple. Les esprits sont universellement montés à un degré d'énergie auquel on ne s'étoit pas attendu.
LETTRE VINGT-NEUVIÈME
De Paris , le 16 juillet 1789.
Les larmes de la joie et de l'attendrissement succèdent enfin aux cris d'horreur, aux angoisses que trois jours affreux viennent d'occasionner. Le bon ordre que les braves citoyens de cette ville ont su faire régner au milieu des scènes funestes qui sont inséparables des insurrections populaires, la justice même des actes de violence que le peuple s'est permis, empêcheront à jamais de donner le nom de révolte aux événements qui ont, ces jours derniers, rempli de terreur les citoyens paisibles. La Bastille, ses ' officiers, le prévôt des marchands avoient mérité la destruction. Et un bon Roi qui se rend à l'amour de ses peuples est digne de l'enthousiasme que nous ressentons tous pour lui. Il vient aujourd'hui recueillir lui-même nos cœurs et notre vive reconnoissance. Il a rappelé M. Necker et tous les ministres que la cabale
avoit déplacés.
Du 18 juillet.
Le Roi, craignant tout pour lui, s'est déterminé à se rendre, hier 17, à Paris. Il y avoit plus de cinquante mille hommes armés tant de fusils que de lances; les canons étaient sur les avenues où l'on craignoit qu'il ne survint des troupes, et d'autres rues barrées. Le Roi est venu sans escorte, on ne l'auroit pas soufferte. Il avoit seulement quelques gardes du corps à pied. Arrivé a l'Hôtel de ville, il a signé tous les articles qu'on lui ;i
:J72 correspondance secrète.
proposés; il a reçu la cocarde de la nation (bleue et blanche, el est reparti pour Versailles. Alors, après son consentement, le people l'a accompagné de cris : Vivent le Roi et la nation! « Les députés de tons les ordres et les électeurs de Paris le suivoient. Ceux de la noblesse et du clergé laissoient percer la consternation à travers leurs efforts pour la cacher.
L'on n'a point quitté les armes; il y a des tentes et des camps ; les églises servent de corps de garde.
Nous avons l'obligation de notre vie et de notre liberté suis gardes françoises, qui se sont mis de notre coté. AI. Aecker a été huit jours en exil : on l'attend à chaque instant.
Les quarante-huit mille hommes de milice bourgeoise, dont AI. de la Fayette est commandant, subsistent toujours et subsisteront.
De Versailles, le 18 juillet.
AI. le comte d'Artois est parti pour Turin. Le maréchal de • Broglie est envoyé à Metz. La famille de Polignac a eu ordre de se retirer. AL de Breteuil est également éconduit. AI. Foulon, sensible au chagrin d'être chassé au bout de vingt-quatre heures d'un poste qu'il sollicitoit depuis vingt-quatre ans, est mort subitement d'une attaque d'apoplexie.
Les nouvelles de Paris ne nous rassurent cependant pas encore entièrement : il y a encore du tumulte, de la fermentation, des cris séditieux contre une personne aussi respectable par ellemême que par son rang.
Du 19 juillet.
Tout est encore dans le même état. L'unanimité règne dans l'Assemblée nationale ; le peuple triomphant met infiniment d'ordre dans l'usage qu'il fait de sa victoire. Mai s , il faut l'avouer, la cour est dans la consternation la plus profonde. La Reine ne se montre point, et l'on croit qu'elle s'est retirée à Saint-Cyr.
Les François donnent en ce moment aux autres nations un exemple qui doit faire trembler les souverains foi blés et les ministres qui abusent de leur pouvoir.
LETTRE TRENTIÈME
De Paris, le 23 juillet 1789.
Des scènes affreuses ont encore hier fait frémir les citoyens honnêtes et paisibles de cette capitale. Le peuple a fait justice de M. Foulon et de M. de Sauvigny, intendant de Paris. Le premier avoit pris inutilement, en se cachant chez un ami, la précaution de faire courir le bruit de sa mort. Le nombre des proscrits est grand; le peuple les nomme hautement, et leur destine le même sort. On entend les noms de le Noir, le duc du Chàtelet, le maréchal de Broglie , le prince de Lambesc, le baron de Breteuil.
On craint pour la Reine : elle reste enfermée dans ses appartements.
A Rennes, le peuple a égorgé quelques centaines de nobles. La prudence des chefs et des principaux citoyens, à Lyon, paroît avoir prévenu les désordres dont cette ville étoit menacée.
Le bruit universellement répandu à Paris d'une conspiration contre cette ville n'a probablement aucun fondement , mais il peut seul excuser les horreurs qui se sont commises et que l'on prépare encore. On prétend que les aristocrates et Fancien ministère avoient résolu d'affamer Paris, et, pour accélérer sa destruction, de le foudroyer par cent pièces de canon, du haut de la butte Montmartre, et autant à Belleville ; puis d'y entrer, le fer et le feu à la main , de massacrer tout ce qui feroit résistance, et de forcer le reste des habitants à demander le renvoi de l'Assemblée nationale, et à se soumettre.
Du 24 juillet.
M. le Noir, M. de Beaumarchais et M. Linguet viennent d'être traînés en prison. Le premier est depuis longtemps en butte à la haine publique; le second est accusé d'accaparement de grains, et l'on ne sauroit pardonner à l'avocat du despotisme, à l'exculpateur des projets de banqueroute.
Le prince George de Hesse-Darmstadt et l'abbesse de Montmartre sont renfermés à l'Hôtel de ville. Cette dernière est
accusée d'avoir laissé faire de son monastère la place d'armes de la conspiration contre Taris.
On a trouvé chez AI. Foulon une quantité prodigieuse grains.
De V ersaille», le 2V juillet.
Il a été nommé différents ministres agréables à la nation. Plusieurs ont refusé. Les départements de la guerre el de la marine paroissent destinés au prince <le Reauvau el au comte d' Estai ng.
Les sceaux sont en balance entre AI. de Alalesherbes et AI. de Xicolaï. Tout est suspendu, tout est arrêté, tout est absorbé par les effets de la fermentation générale. Cet étal ne peut durer. Nous espérons de beaux jours après ces horribles tempêtes, (/est un chaos agité, d'où une création nouvelle doit sortir.
L'ardeur du peuple s'accroît journellement par son succès au moins apparent. Le pain est notablement diminué.
Le Roi , en renvoyait! Thierry, son valet de chambre, lui a témoigné son mécontentement et son humeur dune manière très-sensible, soit pour le soustraire à la fureur de la populace, soit pour instruire son procès, à raison des mauvais conseils qu'il a donnés à son maître ou de ses spéculations en grains et pentes de grâces : il a été mis en prison '^.
LETTRE TRENTE ET UNIÈME
De Paris, le 28 juillet 1789.
Un bruit se répandit hier tout à coup dans Paris : la Reine, disoit-on, doit venir aujourd'hui. Il y avoit dans le public un grand contentement de la voir; mais le bruit se trouva fau\. On ne peut que lui savoir gré d'avoir éloigné d'elle les Polignac et l'abbé de Vermond, fils d'un paysan d'Etrées, en Picardie. Celuici, entendant un cri universel d'indignation s'élever contre lui, a sagement pris le parti de quitter le Royaume. Quant à AI. Thierry, on sait que sa considération dans le monde étoit en raison de l'amitié que le Roi lui portoit. Il étoit l'un des instruments dont les aristocrates se servoienl pour aliéner le otew du monarque.
(') Tout eela est erroné. A mesure que le temps se trouble, la vue des hommes et des choses devient moins distincte.
ANNEE 1789. :îT5
Le Parlement a réparé sa gaucherie envers l'Assemblée nationale, en la faisant eomplimenter par son premier président. Les cours des aides cl des monnoies ont fait la même cérémonie.
La députalion du cardinal de Roh&n a été traitée solennellement au tribunal de l'Assemblée nationale. Le sieur le Bout, son suppléant, prétendoit y venir siéger comme l'un des représentants de la province d'Alsace. Il se fondoit sur ce que le cardinal, après sa nomination, avoit demandé un suppléant pour cause de maladie. Après une longue discussion, on en est venu aux voix, et la pluralité de six cent cinquante-cinq contre trentesept a été en faveur du cardinal. Son Eminence se trouve un peu étrangère dans Versailles. Il est probable qu'on ne la verra plus au nombre des courtisans.
M. Nccker arrive à petites journées. Il veut voir la révolution bien confirmée, et juger de la tournure des eboses avant de se livrer à une cour qui lui a déjà plusieurs fois fait éprouver son inconstance1.
Le comte d'Artois se rend à Vienne. On lui suppose des vues sur la couro ne de Pologne. Cette idée n'est pas neuve, mais rllc devient bizarre dans ce moment. Il seroit singulier que des républicains occupés à secouer leurs ebaines se soumissent à un prince que ses principes despotiques éloignent de sa patrie.
Du 29 juillet.
M. Necker est arrivé bier à Versailles avec deux compagnes : son épouse et madame de Staèl. I ne bataille gagnée, une province conquise, eussent produit à Versailles et à Paris une sensation moins vive ci moins consolante. Le bruit de l'artillerie et les illuminations volontaires attestent l'allégresse générale... Il y a dix-huit jours que M. IVecker fut chassé de la France, et il y rentre environné de gloire. Si le parti aristocratique eût eu un plus long triomphe, ce ministre eût peut-être porté sa léte sur un écbalaud. M. d'Fprémesnil demandoit hautement cette tète,, e! le sauveur de la France (Mit été, sur les dénonciations du disciple de Alesmer, jugé comme l'ennemi du pays.
Le maréchal de Iîroglic, qui , avec, quelques baïonnettes, se ïaisoit fort d'atterrer le noble enthousiasme d'une liberté légi-