C O II II K S P ON I) \ \ C E S E C K ETE
Urne, et le prince de Lambesc, ce prince étranger qui le premier a osé tirer sur le peuple, son maître, onl failli être pris et décapités à Verdun. Ils se sont sauvés à Luxembourg avec quelques autres personnages qui ne peuvent guère compter sur l'affection de leurs concitoyens.
Déjà le prince de Lambesc avoit donné sa démission de sa place de grand écuyer : donné n'est pas le vrai mot; cette démission a été exigée.
Les farines et les grains, dont on trouve à quatre ou cinq lieues dans tous les environs de Paris des magasins dispersés, soit chez des meuniers, soit dans des châteaux, entrent journellement à Paris comme en triomphe. Ces découvertes ont occasionné une baisse de deux sous sur quatre livres de pain. C'est encore un problème que \c pourquoi de tant de magasins éparpillés ça et là.
Du 1er août.
M. Necker est venu avant-hier à l'Hôtel de ville, et a reçu du peuple l'hommage le plus éclatant. Le plus flatteur pour lui a été de pénétrer toute l'assemblée des sentiments de générosité qui lui ont fait demander une amnistie générale pour les coupables. Elle a été prononcée par acclamation, et cette grâce étoit d'autant plus remarquable, que la conjuration contre Paris, dont on a parlé, semble de plus en plus n'avoir point été une chimère. Mais de nouvelles horreurs, dit-on, qui ont été découvertes, ont fait protester contre cette promesse de pardon. Le peuple aujourd'hui paroit même très-échauffé , et je viens de voir conduire à l'Hôtel de ville, avec une escorte innombrable, vingt-sept canons, que le peuple a enlevés du château du prince de Condé, à Chantilly.
LETTRE TRENTE-DEUXIÈME
De Paris, le 5 août 1789.
ÎVos colporteurs annoncent en ce moment à grand bruit dans les rues de cette ville le travail d'une nouvelle constitution en dix-neuf articles. On y donne à Louis XVI le titre de Restaurateur de la liberté françoise. Les droits de chasse, de garenne,
de colombier, y sont supprimés, et la noblesse se soumet à l'extinction de tous ses privilèges.
Le Roi a pris ses ministres dans l'Assemblée nationale. L'archevêque de Vienne a la feuille des bénéfices; celui de Bordeaux, l'ami de M. Necker, a les sceaux : c'est une récompense accordée à son zèle éclairé, patriotique et bien entendu. Le prince de Beauvau et Monsieur, frère du Roi , ont été choisis par Sa Majesté pour ses conseils; M. de la Tour du Pin aura le département de la guerre.
Les chefs de l'aristocratie sont dans une déroute générale, et leurs agents et adjudants sont dans les angoisses. La plupart des princes sont passés en Allemagne. Le duc de Luxembourg, MM. d'Eprémesnil et Lefèvre d'Amécourt sont heureusement arrivés ensemble à Londres : mais la populace angloise les a hués fort incivilement. L'abbé de Calonne a été arrêté à IVogent par la milice bourgeoise. Il a prétexté en vain qu'il se rendoit à Spa, où l'attendoit la duchesse de Dcvonshire. On l'a engagé à modérer les impatients désirs de son cœur pour la belle Angloise. L'abbé Maury a été arrêté à Péronne.
L'Assemblée nationale a écrit pour qu'on leur rendit la liberté, non par rapport à eux-mêmes, mais à cause de l'inviolabilité de leur caractère de député et de suppléant.
M. de Crosne, lieutenant de police de Paris, a disparu, emportant avec lui la caisse de son département; mais en honnête homme, il a averti qu'il laissoit beaucoup plus de biens qu'il n'en falloit pour répondre de cette somme.
Les louis sont d'une rareté extrême. Tous les émigrés les ont emportés en terre étrangère.
Du G août.
La journée du 4 de ce mois ne sera pas la moins honorable ni la moins célèbre de nos annales. On verra s'élever sur la base qu'elle a établie une constitution qui fait du peuple françois une société de frères.
M. le Chapelier a été nommé président de l'Assemblée nationale. Il avoil pour concurrent l'abbé de Sieyès, et ne l'a emporté que de quelques voix.
On voit de toutes paris apporter des canons, des armes cl des
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munitions, soi i enlevés de force asti seigneurs, soi! délivrés de bon gré par crainte el par prudence. D'un autre côté, on surprend et l'on arrête des aristocrates fugitifs. L'évéque de Noyon, (irim.ildi, a été arrêté à Dole, en Franche-Comté : il n'avoil point de passe-port. Les officiers municipaux ont l'ail visiter ses effets, n \ ont trouvé que de la vaisselle, deux centa louis en argent el (\c> papiers sans conséquence. On en a rendu compte à T Assemblée nationale, qui a déclaré que monseigneur l'évéque dcioil voyager en pleine liberté.
Il est assez remarquable qu'il y a eu presque dans le même temps un mouvement uniforme parmi le peuple de nos différentes provinces. Il seroil absurde de supposer un accord concerté; mais tous les esprits sont pénétrés des mêmes principes. Avouons aussi qu'un sentiment de justice a toujours accompagné même les excès réprébensibles qu'a occasionnés l'indignation générale. L'horrible attentat du conseiller au Parlement, seigneur de Quincy, a été la cause des assauts qu'ont eu à soutenir les Parlements de Besançon et de Dijon, tandis que l'on agi toi I la suppression de tous les Parlements dans l'Assemblée nationale. L'abolition de la l'énalité des charges remplit le même objet.
LETTRE TRENTE-TROISIÈME
De Paris, le 12 août 1789.
Nous éprouvons toujours par intervalles les sombres convulsions de la crainte et celles de l'indi<)nation. Plus de trente mille personnes passèrent l'avant-dernière nuit sur la place de Grève : elles demandoient la tète de M. de la Salle, qui est sous les ordres de M. de la Fayette. Il avoit imprudemment signé un ordre pour un bateau de poudre qu'on envoyait à la raffinerie d'Essonne, sans en faire part a son commandant. On vouloiî absolument lui faire faire lanterne , c'est-à-dire le pendre, car c'est ainsi que l'on parle aujourd'hui.
Le peuple, encore effarouché <\u désastre auquel il vient d'échapper, croit voir partout de la trahison, AI. de la Fayette a laissé fouiller partout pour chercher son lieutenant dans l'Hôtel de ville. «.Il n'est point ici, dit-il aux furieux; mais quoi qu'il
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arrive, soyez certains qu'il ne mourra point sans être jugé. » Les mutins furent ensuite un peu étonnés de voir quinze mille hommes de milice bourgeoise en armes et en bon ordre dans la place, avec dix pièces de canon.
On sait que Durocher a été tué au Houle à la tète de la maréchaussée. C'étoit encore un vil espion, un bas suppôt du despotisme. Il paroit que [es craintes continuelles qui nous agitent ne sont pas sans fondement. On a trouvé des toiles soufrées dans les caves rue Saint-Bon, des barils remplis de mèches : on prétend que divers nobles ont reçu l'avis de sortir promplement de Paris; on ajoute que les princes fugitifs veulent rallier auprès deux tous les François qui tiennent à cette antique constitution qui a duré quatorze siècles, et a produit un honteux esclavage de quatorze cents années.
Les principaux nobles et aristocrates qui se trouvent absents sont : AI. le comte d'Artois et ses deux fils, le prince d'Hénin et le marquis d'Aulichamp , auxquels on ne pardonnera jamais d'avoir égaré, par leurs perfides conseils, le frère de notre Roi; le prince de Condé, le duc de Luxembourg, le maréchal de Broglie, le baron de Breteuil, qui s'est échappé en bénédictin; MM. de Villedeuil, Barentin, Cossé-Brissac, la Vauguyon, Sartines, le Noir, de Crosne, Lefèvre d'Amécourt, d'Angiviller, d'Aligre, Lambert, que l'on regarde comme le plus criminel de tous, et l'abbé Maury comme le plus méprisable. v
Du 14 août.
Paris est inondé d'un déluge de mensonges imprimés. JVos rues ne cessent de retentir des hurlements fatigants de près de deux mille colporteurs de pamphlets. L'un crie : A deux sous, M. de Colonne chassé d'Angleterre y l'autre : A six liards, les PoUgnae arrêtez; celui-ci annonce la Découverte du complot des aristocrates ; l'autre, la Confession (la comle à 'Artois. On puniroit rigoureusement les auteurs de ces ordures, si l'anarchie n'étoit pas aussi complète.
lu bruit soudain vient de se répandre que M. de Calonne arrive a Paris, amené par des Anglois qui ne veulent point garder un traître chez eux, et que douze cents soldats de la milice
nationale sont allés au-devant de lui. Ce bruit prend sa source dans les clameurs des colporteurs qui crient à tue-tête : « Il arrive, il arrive, le traître qui a emporté le trésor publie! A deux sous son histoire! n On a beau crier, il n'arrivera pas.
Les dix-neuf articles arrêtés dans l'Assemblée nationale le 4, et vivement discutés dans les séances suivantes, ont été sanctionnés le 13 par le Roi, et à la suite de ce coup de maître, I* Assemblée s'est rendue au château, et de là à la chapelle, oii le Roi lui-même avec les députés a assisté à un Te Deum , pour remercier Dieu de nous avoir donné le courage d'effacer jusqu'aux dernières traces de notre antique féodalité.
Les scellés sont toujours sur les effets du banqueroutier suicidé Tinet, l'homme d'affaires des aristocrates. On prétend qu'il est question de cinquante -trois millions. L'ouverture des scellés mettra au jour de profonds mystères d'iniquité.
LETTRE TRENTE-QUATRIEME
De Versailles, le 27 août 1789.
L'emprunt de trente millions qu'avoit décrété l'Assemblée nationale à 4 et demi pour 100 ne se remplissant point, on l'a porté à 5 pour 100 avec retenue, et au lieu de trente millions on en empruntera cinquante, sous-entendu si l'on peut, carie crédit et la confiance ne sont point encore rétablis, et le bruit qui court de la création de papier-monnaie n'est point propre à les faire renaître.
M. Necker, attendu à l'Assemblée nationale, n'a pas même paru au Conseil depuis plusieurs jours : il a la fièvre. La Reine, attentive à plaire à la nation et au Roi, envoie deux fois par jour chez lui pour savoir de ses nouvelles.
L'un des hommes qui en finance jouissoient de la plus grande considération, travailleur infatigable et très-éclairé, étoit AI. Coster. Ses mains étoient pures. Sous le premier ministère de M. Necker, il étoit l'un de ses meilleurs collaborateurs. Lorsque M. de Galonné prit le timon des finances, AL Coster fut la première victime qu'il immola. Deux jours après son installation, ce ministre ne balança point à se défaire d'un surveillant trop
importun et trop austère dans son intégrité. Quand M. Necker rentra en 1788, il rappela M. Coster. Il vient d'être renvoyé avec tous les signes d'une disgrâce honteuse. On ne peut en soupçonner les motifs. C'est une étoile tombée du firmament, et cette chute a lieu d'étonner.
Il a passé par la tète de quelques districts de Paris d'envoyer dans les châteaux à cinq ou six lieues enlever les fusils, de sorte qu'en peu de jours toute la noblesse grande et petite, vraie et fausse, s'est trouvée désarmée. Si les municipalités en font autant dans les provinces, l'aristocratie ne pourra plus être jamais à craindre.
Du 29 août.
M. Necker est toujours incommodé de la fièvre. Ses travaux n'en ont point été ralentis. Il a envoyé à l'Assemblée nationale son nouveau plan d'emprunt, qui a été entièrement agréé. L'intérêt fixé à 5 pour 100 devient encore plus avantageux aux prêteurs, attendu que l'on acceptera la moitié de leur mise en effels royaux. Le fonds de l'emprunt par cette raison sera doublé.
LETTRE TRENTE-CINQUIÈME
De Paris, le 3 septembre 1789.
Nous avons passé huit jours dans la crainte de manquer de pain. Celte crainte a jeté de nouvelles alarmes dans la populace. On a été forcé, pour prévenir les malheurs, de poser des sentinelles à la porte des boulangers. Le bruit s'étoit répandu qu'ils étoienl payés pour ne pas cuire. Le vrai, c'est que les farines ont manqué, que les eaux basses et le calme dans l'air ont forcé les moulins à l'inaction. L'arrivée d'une grande quantité de farine a rétabli la tranquillité.
Des esprits chauds et brouillons avoient profité de ce moment de fermentation pour faire des motions insensées au jardin du Palais-Royal. On a dit que la moitié de l'Assemblée nationale étoit corrompue par l'aristocratie. C'est en conséquence de ces idées que l'on s'est porté tumultueusement au Palais-Royal, qu'on a osé y rédiger une proposition tendant à empêcher l'Assemblée d'accorder au Roi le droit de veto , et à inviter le Roi à venir
382 CORRESPOND INCE SECRETE.
habiter le Louvre de Paris ;iut \ï. le Dauphin, tandis que la Reine se retirerait, jusqu'à In fin de l'Assemblée nationale, h Saint-Cyr. Quelques personnes croient entrevoir dans ces mouvements populaires an agent secret. On pousse Y indiscrétion jusque nommer un prince du sang.
Le bruit ridicule a couru que le comte de Mirabeau a été tué en duel , et par qui? par le robinocrate d'Kpiémesnil , qui , après avoir combattu dix ans pour la robinocratie , s'est rendu le don Quichotte de l'aristocratie î
Ceux qui alimentent journellement le peuple de fausses nouvelles, firent courir ces jours derniers le bruit que Ton avoît arrêté un chariot* chargé de six barils d'argent; que ce chariot, conduit à la maison de ville, s'étoit trouvé destiné pour monseigneur le comte d'Artois à Turin. Le peuple commence par croire ces sottises, et par créer de nouveaux aliments à sa crédulité. Cette foiblesse à croire des mensonges est l'effet de la crainle où il est toujours qu'on ne le trompe et que sa liberté ne soit encore en danger.
Du 6 sep I ombre.
Les fusiliers des gardes françoises, après un premier refus, s'étoJent déterminés à rendre leurs canons à la municipalité. Les grenadiers et les canonniers furent d'un autre avis, les chargèrent et les placèrent devant leur caserne à l'Estrapade. On se crut à la veille d'une nouvelle scission qui auroit fait répandre du sang. M. de la Fayette s'étant rendu lui-même à fa caserne, rétablit l'ordre avec des paroles de douceur et de raison. Mais ceci fait voir que le calme et la tranquillité ne tiennent encore ici qu'à un fil.
Peu de jours après, le commandant, dont le sang-froid et la fermeté ne s'altèrent jamais, passoit en revue, place de Sorhonne, quelques détachements de milice bourgeoise, auxquels étoient incorporés des gardes françoises. Au commandement : » Présentez les armes! » ceux-ci les mirent bas, disant qu'ils ne vouloient point être commandés par des bourgeois. Il leur fait reprendre les armes et crie : « Que ceux des gardes françoises qui ne veulent point obéir à ceux que nous avons mis à la tête des compagnies mettent bas les armes et sortent des rangs! » Ce commandement imposa : personne ne sortit.
Sept cents hommes de milice bourgeoise ont investi avant-hier le café Foy et enlevé l'auteur de la motion qui a failli conduire quinze mille Parisiens à Versailles. Il a été conduit à J'Hotel de ville, et sera jugé prévôtalement. On croit qu'il étoit soudoyé pour troubler la tranquillité dont l'Assemblée nationale a besoin pour remplir le grand objet d'une nouvelle constitution.
LETTRE TRENTE-SIXIÈME
De Paris, le 10 septembre 1789.
D'un jour à l'autre le marquis de Saint-Huruge portera la peine de ses motions insensées et de son désir de devenir chef de parti. On a arrêté un abbé Bernard et un marquis de ï inlot, ses complices. On espère tirer d'eux l'aveu d'un complot affreux dont on ne doute plus. Ses auteurs sont les mêmes qui, dans les premiers moments de la révolution, avoient caché deux régiments dans l'Orangerie de Versailles, et une batterie de huit canons dans un endroit inconnu qui plongeoit sur la salle de l'Assemblée nationale.
On a remarqué qu'à l'époque de l'exécution du sieur Bordier quelques personnages ont disparu. Dans un temps de défiance générale, il seroit imprudent de se livrer aux soupçons que le peuple adopte trop facilement, et ce peut être pour des motifs bien étrangers aux affaires actuelles que AI. de Limon, contrôleur des finances du duc d'Orléans, a quitté Taris, sans que l'on sache où il a porté ses pas.
De Versailles , le 11 septembre.
L'Assemblée nationale a été très-orageuse ces jours-ci. Le 8, on décréta la permanence d'une Assemblée nationale, après des débats très-longs et très-vifs. Hier, M. Necker envoya un mémoire1 du Conseil , concernant la sanction royale. L'Assemblée déclara qu'il n'y ayoit lieu à délibérer sur ce mémoire, attendu qu'on ne pouvoit le lire. On alla aux voix, et l'on décréta que toute loi avant d'être promulguée seroit revêtue de la sanction royale, celle sanction n'étant regardée que comme une formalité nécessaire pour notifier que la loi a été portée en assemblée nationale. Reste
la question du veto, qui ne scia que suspensif, et dont on fixera la durée.
Le cardinal de Kohan doit enfin paraître demain ou après* demain à l'Assemblée nationale. Cette apparition a redoublé la tristesse du château de Versailles. La plupart des parents de Son Éminence désiraient qu'elle ne vint pas; mais ce malheureux prélat a cùilv aux instances de ceux qui l'environnent. Quoique généralement plaint et aimé dans son diocèse, on sait que lui et les siens ont pensé être, il y a peu de temps, les victimes d'une insurrection assez tumultueuse à Saverne.
lue autre apparition singulière est celle du mari de la trop célèbre la Motbe. On ne sait ce qu'il vient faire ici, et quelque jugement que l'on porte sur son compte, on admire son audace.
On ne peut savoir si c'est la confiance en des forces et dv> ressources cachées ou simple forfanterie, mais les aristocrates cherchent à répandre des alarmes dans le public sur les suites que peut encore avoir la révolution dont les bons citoyens se réjouissent. On est effrayé de la quantité de misérables, ouvriers, domestiques et vagabonds, auxquels il ne restera bientôt plus de moyens de subsistance que le brigandage ou le service de qui voudra payer leur bravoure ou leurs crimes. Mais le patriotisme, la liberté et l'honneur, tiennent sous leurs étendards la partie la plus nombreuse et la plus puissante de la nation.
LETTRE TRENTE-SEPTIÈME
De Versailles, le 16 septembre 1789.
Le cardinal de Rohan a pris place à l'Assemblée nationale. Il a été généralement bien accueilli , parce que l'on n'a vu en lui que le député d'un grand bailliage. Les applaudissements étouffèrent les murmures de ceux qui dans ce Père de l'Eglise gallicane étoient disposés h envisager l'ami du charlatan Cagliostro, l'ami de madame de la Mothe. Ses malheurs et une conduite décente et citoyenne peuvent faire oublier ses torts, et il n'oubliera pas sans doute que c'est du trône, non loin duquel il se trouve, et de ce qui environne le trône, que découle sur sa tête un million de revenu dont il jouit.
On a pris enfin dans l'Assemblée nationale, après beaucoup de débals, un parti sur la grande question de la succession au trône, dans le cas de l'extinction de tous les mâles de la branche régnante. Il a été arrêté qu'en ce cas la branche qui occupe le trône d'Espagne n'auroit aucun droit au nôtre.
M. le comte d'Artois est en Savoie, où son épouse est allée le joindre. Les milices nationales de Provence ont déclaré aux gentilshommes de cette province qu'ils manqueraient de prudence s'ils concevoient le dessein d'aller faire leur cour à ce prince. Le marquis de Thiars a été arrêté sur la frontière ; en vain il a prétexté d'aller à Nice nour sa santé. On l'a ramené dans son chàteau avec des égards; mais il y est surveillé, et il y auroit du danger pour lui à vouloir s'en écarter.
M. de Besenval, toujours prisonnier à Brie-Comte-Robcrt , et fort sévèrement gardé à vue, coûte prodigieusement. On voudroit l'amener à Paris, à la prison de l'Abbaye ; mais on craint à son sujet la fougue d'une populace encore très-inflammable.
L'enthousiasme de la liberté ne semble aller qu'en croissant parmi les Parisiens. Chaque jour ce sont les différents districts qui font bénir leurs drapeaux avec pompe. Les tètes ont été comme embrasées aujourd'hui par une procession de plus de quinze mille habitants du faubourg Saint-Antoine, qui sont venus à Sainte-Geneviève remercier Dieu, et ensuite à l'Hôtel de ville féliciter leurs concitoyens de la prise de la Bastille. Ils ont été reçus par la municipalité, présidée par M. Bailly et le marquis de la Fayette.
La disette et la mauvaise qualité des farines ont occasionné diverses émeutes en plusieurs villes. Avant-hier, à Orléans, la populace se livra à des excès. On en vint à une fusillade. Une trentaine de personnes ayant été couchées sur le carreau, on vit renaître le calme. A Limoges, on a pendu six mutins qui avoient pillé.
Un brochurier vient de faire un de nos princes roi de Botany- Bay. C'est ainsi qu'il compose sa cour : les princes de Coudé et de Conti aux premières places ; le duc de Luxembourg au département de la guerre, qu'il a faite avec beaucoup de sang-froid dans le cabinet; Linguct sera chargé des affaires d'Etal et d'endormir