‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 39 sur 79 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

396 CORRESPOND INCE SECRETE.

les puissances par ses phrases. On donne I <*s sceaux à d'Epre-

mesnil : la cire jaune scia aussi bien entre ses mains que le nastic l'étoil entre celle* de s r > 1 1 père, lorsqu'il cachetoit le Eokaj qu'il a voit fabriqué lui-même. La feuille des bénéfices sera pour l'archevêque de Paris. Lé comte d'Hector aura la marine; il l'ail le citoyen à Brest, mais il joue forcé. La jusliee sera administrée par les Parlements, renvoyés de France, et qui conserveront tous leurs privilèges, excepté l'article des remontrances et de l'enregistrement.

LETTRE TRENTE-HUITIÈME

De Paris, le 24 septembre 1789.

La populace de nos faubourgs et de quelques districts de la ville a été ces jours-ci dans une agitation épouvantable. On n'a pu savoir si elle étoit mue véritablement par les motifs quelle annonçoit, ou par quelques-uns des ressorts étrangers, que l'on suppose toujours en activité. La crainte de la disette doit journellement diminuer par les convois de farine qui arrivent de toutes parts. Les bourgeois de Chartres en ont amené trente voitures. Une députalion des électeurs a été chargée de les recevoir, leur a donné un festin au Cadran bien, sur les boulevards, et les a conduits de là à l'Opéra, au milieu des bravos et des applaudissements les plus empressés. Ces bons Cbartrains se sont engagés à envoyer un semblable convoi à Paris toutes les semaines. Beaucoup de particuliers se sont retirés à la campagne pour ne pas manquer de pain.

Si ce sont les bruits de la démission de AI. Xecker qui ont cause ces mouvements, on ne doute point que la manière dont ce ministre et ses plans seront accueillis aujourd'hui à l'Assemblée nationale ne rétablisse le calme. Quoi qu'il en soit, le peuple est d'autant plus mécontent de la lenteur des opérations de l'Assemblée, qu'il n'ignore point que l'aristocratie conserve des espérances. On parle de quarante mille Espagnols qui en silence se sont approchés de nos frontières, et un petit conte qui s'est accrédité depuis quelques jours a fait beaucoup de sensation. On prétend que Catherine II, touchée des malheurs qui menacent la

France (c'est-à-dire que cette princesse ne verroit que des malheurs où nous ne voyons que gloire, grandeur et bonheur) , a assemblé les ministres étrangers résidant près d'elle, et les a s chargés de faire part à leurs cours respectives des intentions où elle étoit de venir au secours de la France, invitant tous les souverains à concourir à ses soins pour en empêcher le bouleversement et la chute prochaine.

Le prince de Condé a donné des ordres pour qu'on se défit des meutes qu'il avoit à Chantilly. On a vendu ou donné à peu près mille chiens, et l'on en a tué trois ou quatre cents. Ces meutes consommoient la subsistance de quatre à cinq cents malheureux.

De Versailles, le 25 septembre.

Des besoins réels et pressants pour les dépenses mêmes de la cour ont contribué au sacrifice que le Roi et la Reine viennent de faire de leur vaisselle. Mais un dévouement vraiment patriotique, c'est celui qui a porté Leurs Majestés à réaliser enfin un projet annoncé par le monarque lors de son avènement au trône , de vivre bourgeoisement avec son épouse, n'ayant qu'une même table et une seule maison. Ce sera une économie de cinq millions.

M. Necker a annoncé hier ces sacrifices à l'Assemblée nationale et la prochaine exécution des grandes réformes tant de fois inutilement projetées. Cette partie de son plan a été fortement applaudie ; mais le reste a occasionné de longues discussions qui ne sont point encore terminées. Les remèdes qu'il a proposés ont paru des topiques trop violents. Ils rouloient sur deux points : la contribution de tous les citoyens pour le quart de leur revenu, et l'emploi du crédit de la Caisse d'escompte, ce qui équivaut à la dangereuse ressource du papier-monnaie.

L'approbation que le Roi a vaguement donnée aux arrêtés du 4 août, esquivant ainsi la sanction, paroît avoir satisfait le peuple. Il ne peut douter des bonnes intentions de son Roi.

Le régiment de Flandre a pris possession des postes de la garde du Roi. Les anciens gardes françoises en murmurent, prétendant que c'est un droit auquel ils n'ont point renoncé en prenant l'uniforme de la milice nationale, et celle-ci est foit

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C 0 II R E SPOND A N C E S E C R E T E

mécontente de la présence des soldats mercenaires. On craint qu'il n'en résulte des rixes sanglantes.

On a arrêté des paquets contenant trois à quatre mille lettres aux différents aubergistes et maîtres de poste des frontières. On les invitoit à ne laisser passer aucun François dans l'étranger, et à s'opposer par toutes sortes de moyens à leur sortie du royaume.

LETTRE TRENTE-NEUVIÈME

De Paris, le 1er octobre 1789.

La crainte d'une disette et la cherté actuelle aigrissent journellement les mécontentements du peuple sur les lenteurs de l'Assemblée nationale, et malgré le vif intérêt qu'excitent les affaires intérieures, on jette avec douleur quelques regards sur ce qui se passe hors de nos frontières. On craint une fâcheuse réunion de la cour de Vienne à celle de Londres et de Berlin. On parle de projets d'échange, d'agrandissement de la première, de la conversion des Provinces-Unies en Etat monarchique, et même de l'emploi de la force pour s'opposer à ceux de nos arrangements qui portent atteinte aux jouissances des princes étrangers.

Au reste le plan de AI. Necker pour subvenir aux besoins de l'Etat ayant été agréé , il s'ouvre d'immenses ressources au Trésor public, et nos forces seront doublées au sortir de cet état léthargique pendant lequel s'opère une métamorphose salutaire.

Le mal présent ne sera donc que momentané; mais il est violent. Il n'y a point de numéraire dans la circulation. Le commerce de consommation , de luxe et de superflu étant nul dans notre capitale, chaque jour voit éclorc de nouvelles faillites parmi les marchands. Il n'y a plus d'exactitude dans les payements.

Hier on a vu ici les maisons des boulangers assiégées par des troupes de malheureux au désespoir. Un boulanger, affligé de ce moment de misère et d'embarras, est allé se jeter dans la rivière. On Fa repêché sur-le-champ, et l'on espère le sauver.

Au milieu de ces angoisses, on a fait avec beaucoup de pompe, ici et à Versailles, la. bénédiction des drapeaux de la milice nationale.

De Versailles, le 2 octobre.

Une anecdote que les feuilles publiques n'auroient point dû passer sous silence, c'est qu'en proposant de demander à tous les citoyens une contribution du quart de leur revenu, M. Necker offrit 100,000 livres pour le quart du sien, et que le premier témoignage d'approbation que son projet reçut de l'Assemblée , fut d'accepter cet hommage. HL d'Eprémesnil fut grandement hué en commençant la critique des plans du ministre des finances, et l'Assemblée entière lui imposa silence.

11 y a une négociation en activité pour le retour des princes et de leurs partisans. On dit même que M. de Martanges, lieutenant général, est chargé d'aller s'aboucher avec eux, et doit partir incessamment. Quel que doive être le désir du Roi de se voir entouré de sa famille, et celui des citoyens de diminuer l'exportation du numéraire qu'occasionnent encore ces émigrations, on trouve cette démarche précipitée. Il s'en faut bien que le peuple soit entièrement rassuré sur les projets des aristocrates. Si ces craintes sont fondées, les patriotes doivent redouter l'apparition des chefs du parti que l'on nomme anti-national; et il y auroit de la témérité à ceux-ci à s'exposer aux suites de la prévention générale, quand même elle seroit injuste. On lit dans une brochure nouvelle, qu'à chaque séance de l'Assemblée nationale "il y a trois cents paires de pistolets dans les poches des membres qui la composent. « Le monstre de l'aristocratie est là, s'écrie l'auteur; je l'ai vu la semaine dernière à la tribune de la vérité et de la liberté : il s'agitoit, il écumoit, il grinçoit des dents, etc. »

Du 4 octobre.

La seconde apparition de M. Necker à l'Assemblée a donné une nouvelle activité à ses opérations. Ce ministre devient plus que jamais le mobile des heureuses destinées que l'année 1789 prépare à la France. Mais, il eu faut convenir, aucune ressource ne sera assez prompte pour les besoins de nos finances, et la création de billets d'Etal paroit inévitable. Ce terme doit remplacer celui de papier-monnaie, que l'Assemblée nationale a proscrit. Quoiqu'elle ait renvoyé à un autre temps ses délibérations sur cet

objet, on ne peut douter qu'elle ne décrète l'emploi de cette ressource, puisque les objections commencent à se réduire à la dénomination.

LETTRE QUARANTIÈME

De Paris, le 8 octobre 1789.

De nouvelles horreurs nous ont entourés lundi et mardi dernier. Heureusement encore la populace a été contenue par quarante mille hommes de milice bourgeoise, commandés par AI. de la Fayette. Le Roi, la Reine et la famille royale ont été amenés à Paris, au milieu des têtes de gardes du corps punis d'avoir tiré sur le peuple. Ce sont des femmes qui porloient au haut de piques ces sanglants trophées.

Maintenant tout est tranquille. Le Roi s'est déclaré généralissime de la milice nationale ; M. de la Fayette est fait lieutenant général et cordon bleu.

La disette de pain et l'avis que l'on pressoit de nouveau le Roi de se retirer à Metz, sont les motifs de cette insurrection. L'explosion a été décidée par le dîner des gardes du corps et du régiment de Flandre, où les grenadiers ont été admis au dessert. On a prétendu que dans un enthousiasme bachique la cocarde nationale a été arrachée > et que les grenadiers vouloient d'abord se rendre à l'Assemblée nationale pour forcer les patriotes à chan-« ger d'avis.

Du 9 octobre.

Le Roi et la famille royale sont partis le 6 de Versailles à deux heures. Trente pièces de canon les précédoient. Plus de trente mille citoyens armés formoient leur cortège, que des convois de farine terminoient. La municipalité a redoublé de soins pour notre approvisionnement : l'abondance règne aujourd'hui dans la capitale, et nous espérons voir le terme à cette frénésie populaire qui cessera au moment où la populace sera assurée d'avoir du pain. L'Assemblée nationale va tenir ici ses séances.

Il est à peu près prouvé que le parti aristocratique avoit préparé cette levée terrible de boucliers pour déterminer le Roi à Cuir. La fermeté du Roi s'est montrée inébranlable. I! esl remar-

quable que ce sont les femmes qui ont tout fait cette fois. On comptait parmi elles plus de quatre mille filles de joie : une foule de maris et d'amants formoient leur arrière-garde. Elles étaient armées de bâtons.

II étoit bien touchant, lorsque le Roi est arrivé à Paris, de voir à la portière de son carrosse le Dauphin , âgé de six ans , joignant ses petites mains et semblant demander grâce au peuple pour sa mère. On ne lui répondoit que par les cris de a Vive le Roi ! Vive le Dauphin ! » C'est un préjugé malheureusement enraciné dans le peuple, que la Reine est le chef du parti aristocratique. Elle peut être assurée de l'amour des François quand ils seront convaincus du contraire.

La plupart de nos princes sont en Savoie, et l'on parle bien différemment ici de la manière dont ils y sont accueillis. Le vrai est que les grands et les aristocrates de ce pays-là les ont reçus avec honneur et distinction, et que le peuple les regarde comme des fugitifs, des proscrit?. On dit que le Roi de Sardaignc avoit d'abord reçu froidement Je comte (l'Artois, et que pour cette raison ce prince a fait venir son épouse. Elle a été reçue avec tendresse , et le Roi a laissé à la disposition de cet illustre couple une de ses maisons de plaisance.

Le désordre qui règne à Paris n'empêche point que l'on ne .s'occupe de la recherche de ceux qui ont fait mourir les Foulon et les Rcrthier. On en a déjà arrêté plusieurs, et en des temps calmes on en fera une justice exemplaire.

Du 11 octobre.

De nouveaux troubles semblent se préparer. La fermentation est extrême.

L'Assemblée nationale a décrété que le Roi s'intitulemit désormais : u Louis j 2)ar la grâce de Dieu et la volonté du peuple , Roi des Frcmçois. » Le préambule des lois sera ainsi : « L'Assemblée nationale a décrété, et nous ordonnons , etc. » Plus de u science certaine, pleine puissance) ni de bon plaisir! » A ce moment on pille le Mont-de-piélé , où plus de soixante millions en effets sont enfouis.

LETTRE QUARANTE ET UNIÈME

De Paris, le 15 octobre 1789.

II étoit ('«vident que des instigateurs cachés fomentaient troubles. On remarquoii même dans les mouvements tumultueui

du peuple une diversité qui annonçoit des iils différents qui le faisoient agir. Les aristocrates prétendoient que le dur d'Orléans s'étoit fait un parti nombreux pour faire réussir des vues criminelles. Les citoyens purement patriotes accusoient les aristocrates d'un plan atroce et habilement combiné. Nous nions de tristes vérités à découvrir; mais nous sommes près d'en dévoiler une importante. Le duc d'Orléans a eu avec le Roi un entretien secret, au sortir duquel il est parti pour Londres avec Bon chancelier. On prétend que se trouvant trahi , il s'est avoué coupable, qu'il s'est jeté aux pieds du monarque, et que la clémence de notre bon Roi n'a mis au pardon que la condition de sortir surle-champ du Royaume.

Ce prince , dit-on , a dépensé huit millions pour préparer l'exécution des projets qui viennent d'échouer, et dont la publicité et le mauvais succès doivent hâter le retour de l'harmonie, de la tranquillité et du bon ordre.

La clémence du Roi a été dictée par une prudente politique. On l'a poussée au point de publier un motif qui sert de prétexte au voyage du prince. Ses possessions et sa respectable famille, dont les gens instruits du secret de cette malheureuse aventure déplorent les chagrins, sont les garants qu'il n'abusera jamais de cette condescendance.

La conspiration avoit des fauteurs et des membres dans tous les états : on en a découvert et arrêté un grand nombre. Il s'y trouve des avocats, des procureurs, des ecclésiastiques, presque tous membres des assemblées de district, outre plus de quinze mille vagabonds qui dévoient s'emparer de l'artillerie, et qui certes auroient mis Paris en proie aux plus funestes horreurs. On remarque à l'Hôtel de ville même des membres des communes qui rougissent et s'embarrassent lorsqu'on parle de conjuration et de conjurés. Plusieurs s'évadent et disparoissent journellement. C'est à ceux-là que l'on attribue les malentendus qui se sont

élevés entre îa Commune de Paris et l'Assemblée nationale. L'harmonie est rétablie, et la retraite (pie font chaque jour quelques représentants doit être regardée comme une purgation s salutaire. Quelques-uns cependant ont cédé à leurs terreurs : de ce nombre sont l'évèque de Langres et M. de Clermont-Tonnerre. On doit les regretter.

Les craintes et les défiances semblent avoir tourné toutes les têtes. Il est des citoyens qu'elles égarent assez pour oser adopter des soupçons contre les ministres mêmes qui entourent en ce moment le Roi. Us n'exceptent pas le libérateur de la France, l'homme vertueux qui veille sans cesse pour les intérêts de la nation. M. de Saint-Priest a offert à l'Etat sa pension de 30,000 livres. M. Terray de Rosières, intendant de Lyon, a envoyé toute son argenterie à la Monnaie. La maison Loménie de Brienne y a fait porter quinze cents marcs en pur don. Il faut l'avouer : l'envie de faire oublier d'anciens griefs et d'acheter sa sûreté, contribue plus qu'un patriotisme pur à ces hommages.

Il a été sourdement question d'appeler les ministres à la barre de l'Assemblée nationale pour savoir jusqu'à quel point ils étoieuî instruits du mouvement de quelques troupes qui ont semblé, dans les premiers jours de ce mois, se diriger vers Paris ou Versailles : on suppose qu'elles dévoient favoriser l'évasion projetée du Roi. On vouloit aussi une explication sur la lettre remplie d'ambiguïtés que le Roi écrivit le 5 à l'Assemblée nationale, lettre dont la tournure sembloit préparer un retour au despotisme, lu troisième grief est cet amas de farines trouvées à Versailles et à Senlis, lesquelles paroissent avoir été détournées de l'approvisionnement de Paris.

Du 18 octobre.

L'importante motion de l'évèque d'Autun sur les biens du clergé ouvrira demain ici les séances de l'Assemblée nationale. On prétend que l'atroce conjuration à laquelle le Roi et le Royaume viennent d'échapper, sera ensuite l'objet de ses recherches. Le procès sera fait au prince qui a osé en adopter l'affreux projet.

L'Assemblée nationale est réduite au moins de moitié par [a désertion des membres qui n'ont pas osé affronter les fatales lanternes.

394 CORRESPOND INCE SECRÈTE.

LETTRE QUARANTE-DEI XIEME

Di I»;i;is, le 21 octobre 1789.

L'Assemblée nationale continue en cette \ille ses délibération* patriotiques.

Les juifs ont paru à la barre de l'Assemblée pour déplorer l'état d'ignominie et de tribulation où ils vivent. Leur orateur, qui a parlé au nom seul de la Divinité, a été fort applaudi. Le président a répondu que l'on s'occuperoit de celle réclamation.

Il n'y a qu'un cri de la part du commun des prélats et des gros bénéfîciers contre la motion de l'évcquc d'Anton. Il a révélé le secret de l'Eglise, et ses confrères ne peuvent lui pardonner sa patriotique indiscrétion. Us ne pourront plus , ces gros bénéficiera, prendre des arrangements avec leurs familles pour les engraisser de la substance des pauvres. On sait que l'évèque d'* *, peu de temps après sa promotion, fit une obligation de 500,000 livres à madame ***, sa sœur, qui par ses intrigues en cour lui avoit obtenu et l'évêcbé et une abbaye en Normandie. Cette somme est régulièrement payée, et c'est avec ce vol fait aux pauvres du diocèse que cette dame a acheté une magnifique terre.

Les amis de M. le duc d'Orléans s'efforcent de le justifier, et la cour même cherche à détruire l'opinion généralement répandue sur ses projets. Il est au moins certain qu'ils ne. tendoienl point, comme un écrivain périodique a osé le dire, à détruire la famille royale ; mais croyant les aristocrates à la veille d'éloigner le Roi et de mettre la régence du Royaume entre les mains de la Reine, il lui a peut-être été pardonnable d'aspirer à la préférence.

LETTRE QIARANTE-TROISIÈAIE.

De Paris, le 28 octobre 1789.

Il s'en faut bien que le patriotisme jouisse sans alarmes de ses succès. Le mécontentement couve dans plusieurs provinces, et l'on peut penser combien les partisans de l'ancien système sont

actifs à le souffler et à l'entretenir. Dans le Lyonnois et dans le Dauphiné, ils prédisent hautement que des troupes étrangères ne tarderont pas à venir favoriser une nouvelle révolution : ils en fixent même l'époque au 15 du mois prochain. Quarante mille Espagnols et vingt mille Italiens sont, disent-ils, prêts à entrer dans le Royaume. Nous* ne doutons point que les bons citoyens ne l'emportent, mais nous nous flattons moins que jamais d'un triomphe complet et durable sans effusion de sang.

On a dénoncé à plusieurs districts de cette ville des assemblées où, sous le prétexte de bals et de rendez-vous de plaisir, on concertent des projets relatifs aux affaires publiques. C'est particulièrement dans le faubourg Saint-Germain, surtout dans la rue du Bac, que ces réunions de conjurés ont lieu. On assure qu'une partie des enrôlés pour l'aristocratie était envoyée à Turin.

Le district des Prémontrés a arrêté que messieurs de la Commune seroient priés de se présenter à l'Assemblée nationale pour demander que les fugitifs soient rappelés en France à un terme fixe, et que faute par eux d'obéir aux ordres de la nation, les revenus de leurs biens seront saisis et employés aux besoins de l'État.

Deux grenadiers du régiment d'Armagnac, en garnison à Soissons, sont venus à Paris : ils avoient été condamnés à passer par les verges, pour avoir arboré la cocarde nationale. Leurs camarades ont refusé de frapper. La plus grande partie des soldats menacent de déserter, si on continue à leur défendre de porter celle cocarde, le signe de notre rédemption.

Il a été parlé d'une conspiration des juifs dans le comlat d'Avignon. Ils vouloient, disait-on, massacrer le vice-légat, l'archevêque et tous les curés. Ces juifs, contents sous le gouvernement le plus doux, et payant très-peu d'impôts, n'ont seulement pas pensé aux horreurs qu'on leur attribue.

Le Chàtelet n'a été nommé que provisoirement pour connoitre des crimes de lèse-nation. Il seroit étrange qu'un procureur du Roi à une cour subalterne devint sur-le-champ procureur général de la nation. Il sera choisi une commission , [\vvc de l'Assemblée nationale, pour ces grands délits.

Du 31 octobre.

On assure que \\. le due d'Orléans, coupable d'avoir ambitionné la place de lieutenant général du royaume, dans le moment où les aristocrates vouloient éloigner le Roi, a obtenu sa grâce en dévoilant les vues secrètes du cabinet de Saint-James, et en

s'oifranl d'en empêcher les effets à notre égard par ses négociations personnelles.

IVous savons que les cours de Londres, de Berlin et de la Haye veulent profiter de notre inaction forcée en politique extérieure, pour arrêter les progrés des deux cours impériales, et que leur plan comporte de grands changements dans le système de l'Allemagne.

Le ministère angiois est divisé en deux partis. Si celui qui veut la conservation de la paix ne prend pas le dessus, nous pouvons éprouver bientôt de nouveaux malheurs. C'est de Londres que souffle cet ouragan qui dévaste en ce moment les Pays-Bas autrichiens , et nous ne pouvons point douter que l'influence de la politique angloise n'agisse infiniment au milieu même de nous.

LETTRE QUARANTE-QUATRIÈME

De Paris, le 3 novembre 1789.

Les malheurs que la cocarde a occasionnés en différentes villes de province, ont déterminé le ministère à ordonner à tous les régiments de prendre la cocarde nationale. Quoique ce signe extérieur semble absolument étranger à sa façon de penser, on regarde cet ordre comme celui, pour tous les individus du Royaume, de n'avoir qu'un but, qu'un objet et qu'une opinion. Cependant les aristocrates se flattent encore d'une nouvelle révolution, et i! y a des paris qu'avant un mois elle aura lieu. A dire vrai, nous ne pouvons compter encore sur un calme durable : quelques pierres de l'édifice sont taillées, mais l'ensemble n'a point de solidité ni de consistance. Si quelque puissance étrangère vient, comme on l'assure, à se mêler de nos affaires, la guerre civile peut éclater et ouvrir de nouvelles scènes de carnage et d'atrocités. Cette guerre scroit affreuse, et le peuple feroit d'horribles sacrifices.

Le sort du clergé est décidé. La nation entre en possession de ses biens, et se charge du traitement des ministres des autels.

Du 7 novembre.

Des assemblées clandestines dans la capitale et des secousses politiques dans les provinces annoncent toujours que l'hydre n'est pas encore entièrement terrassée. Les aristocrates ne désespèrent point de leur salut, et nous ne compterons absolument sur le nôtre que quand il ne leur restera plus d'espoir.

Il est avéré que des instigateurs cachés cherchent toujours à exciter du désordre parmi la populace. Celle de Rouen a brisé tous les métiers que le gouvernement avoit fait établir à l'instar <!e ceux de l'Angleterre, pour rendre la fabrication moins dispendieuse, et pour économiser des bras utiles à l'agriculture.

Le décret sur les biens ecclésiastiques a excité une forte rumeur dans le public. Le peuple a voulu se porter en foule sur quelques communautés religieuses ; mais la sagesse de M. de la Fayette a tout prévenu, et les mutins ont trouvé la garde nationale à la porte de tous les couvents.

On avoit dit que la tête de l'abbé Maury avoit été mise cà prix. C'est un mensonge que les gens du clergé ont fait courir. Us sont furieux d'être mis tous sans exception à portion congrue.

Il arrive journellement une grande quantité de farine , et pourtant nous éprouvons toujours le manque de pain. Quand donc tous les mystères d'iniquité seront-ils dévoilés?

C'est l'archevêque d'Embrun qui a essayé un coup de partie en Dauphiné, en excitant la convocation des États de cette province par ordres. Il a échoué cette fois comme l'année dernière.

AI. Mounier a annoncé son retour prochain à l'Assemblée nationale. L'excessive prudence de quelques antres déserteurs leur prépare de longs regrets. Comment M. de Lally et M. Clermont-Tonnerre se pardonneront-ils de n'avoir point coopéré à la libération de la patrie? L'archevêque de Vienne a aussi quitté au moment où l'on a commencé à travailler le clergé.

Les opinions sont toujours partagées sur le duc d'Orléans. Un érrivain vient de prendre sa défense, et ses moyens se réduisent

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