C 0 H R ESPON DAN C E S EC R ETE
à ceci : » On dit qu'il ;i eu de maniais desseins, et je réponds qu'il en esl incapable. «
Les Parisiens prennent une vive pari aux affaires <lu Brabant. Ils entendent les cris <l<s patriotes de ces contrées, el poudroient faire partout la guerre au despotisme. Il tant avouer cependant qu'il y a une différence énorme entre la cause de ces peuplea et la nôtre. C'est en faveur d'anciens préjugés qu'ils s'élèvent contre l'autorité qui les combat. La tyrannie même d'un gouvernement éclairé seroit préférable à celle de l'opinion dirigée par l'absurdité et l'intérêt personnel d'un nombre d'individus. Aous avons rompu à la lois toutes nos ebaînes.
LETTRE QUARANTE-CINQUIEME
De Paris, le 12 novembre 1789.
On a mis à mort le clergé. On s'occupe à administrer les derniers sacrements aux Parlements, et les financiers éprouvent de violents symptômes de fièvre.
On dit que le Parlement, dans son agonie, a arrêté qu'il rendroit dorénavant la justice gratuitement. Cette générosité ne peu! reculer son trépas. Cela ressemble aux personnes d'un esprit faible qui, dans l'espérance de recouvrer la santé et de prolonger leur vie, font des sacrifices aux dieux.
En ce moment, on assure que le Parlement de Rouen a rétracté l'arrêté par lequel il déclaroit illégaux tous les décrets de l'Assemblée nationale. Celle-ci a bien le droit de déclarer ces juges coupables de forfaiture, conséquemment leurs offices supprimés et leurs finances confisquées.
Les complots clandestins dont on a tant parlé paroissenl se constater de plus en plus. On nomme les personnages suivants, qui ont été enfermés à l'Abbaye : le comte de Billy et sa bellesœur, l'abbé Boys, le marquis de Nesle, M. Vidaud de la Tour, le comte de Tressan, le comte de Roban-Cbabot, l'abbé Douglas, l'ancien premier président d'Aligre, MAI. de Afontesquiou , Joly de Fleury, mademoiselle Citon, enrôleuse publique, le gouverneur des Tuileries, etc.
M. Morin, ancien procureur du Roi aux domaines, a été arrêté
le 10, à Franconville, par un détachement de cavalerie ayant à sa tète deux députés de la Commune. D'autres arrêtaient en même temps MM. de Grandmaison et Champclos. On a trouvé dans la maison du premier une forme de billets de la Caisse d'escompte, dont il avoit déjà mis quelques-uns en circulation. On dit que ces con (réfactions sont l'une des ressources du parti anti-patriotique. ,
Nos princes, qui se disposoient à partir pour Rome avec M. le comte d'Artois, se sont décidés à passer l'hiver à Turin, où Madame Louise, fille du prince de Coudé, est malade. Si dans le carnaval ils Vont à Venise, l'aubergiste qui donna autrefois à souper aux six rois dont il est question dans Candide, briguera sans doute l'honneur de les recevoir.
L'accueil que le duc d'Orléans a reçu, disoit-on, du Roi d'Angleterre, et son prochain retour, sont deux fables. Ce prince s'arrange pour passer l'hiver en Angleterre. Sa maison domestique va l'y rejoindre. Il a ordonné la vente de ses chevaux. La duchesse d'Orléans, cette princesse si vertueuse, si bonne et si souffrante, restera à Paris. Elle n'y jouira pas de la consolation de voir son père, le duc de Penthièvre, qui, fuyant le bruit, est allé vivre dans la retraite de l'un de ses châteaux, à soixante lieues de Paris.
Le district de l'abbaye de Saint-Germain a, dit-on, la preuve qu'un boulanger a reçu 1,000 livres d'un inconnu pour ne point cuire. On a proposé de créer un corps de garçons boulangers, sous le titre de volontaires du comité des subsistances.
On assure que les deux frères Rivarol , connus par leurs libelles, sont arrêtés. On les a vus, il y a un an, prêcher en énergumènes l'anti-aristocratie dans le Palais-Royal. Depuis, ils s'étoient associés avec l'abbé Sabathier, de Castres, pour barbouiller, à Bruxelles, en faveur de l'aristocratie. Pour éviter toute méprise fâcheuse, l'abbé Sabathier, de Castres, conseiller au Parlement, ne se fait plus appeler que l'abbé de Castres.
Le commerce et la banque vont très-mal à Parte. Dans le mois dernier, on a compté trois cents bilans déposés. La Caisse d'escompte va être déclarée Banque nationale. Depuis qu'il en est question, ses actions remontent.
Du \.) novembre.
Le Chàtelel vient de faire l'essai de ses forces H sa cour aux Parisiens en condamnant le prince de Lambesc, absent, à perdre la tète. On croit que AI. de Besenval, présent et ami <lc AI. \eeker, se tirera mieux d'affaire.
La motion de AI. de Mirabeau sur l'affaire de la dame la Alothe sera suivie de la présentation d'un grand mémoire que le cardinal de Rohan tient déjà prêt dans son portefeuille. Il y a, en outre, un écrit préliminaire et préparatoire, dont un membre de la Commune s'est chargé de faire rapport à l'Hôtel de ville. Ce n'est point sans une vive peine que les honnêtes gens voient remettre sur le tapis une affaire que la fermentation des esprits ne permet pas encore au gros du public d'envisager avec impartialité, et qui compromettra un nom et une personne toujours respectables, que le cardinal ne peut tout au plus accuser que d'un ressentiment personnel. Quant aux diamants, il paroîl é\ident que la dame la Alothe est la seule coupable.
LETTRE QUARAXTE-SIXIÈAIE.
De Paris, le 19 novembre 17S9.
On apprend que AI. de Calonne se rend à Turin. Là va se tenir un grand conseil d'aristocratie. Le travail de chaque jour nous rassure contre tout ce que pourroient entreprendre les ennemis de la liberté. On ne peut disconvenir cependant que le nouveau tableau de nos besoins et des ressources extrêmes qui restent à employer, tracé par AI. Necker à l'Assemblée nationale, ne soit propre à nous effrayer. Depuis longtemps, il paroit évident que du papier seul peut parer à nos urgents besoins. Si la sagesse des législateurs trouve le moyen de rendre impossible à l'avenir l'abus que l'on a fait de cette ressource extrême, il donnera le temps de recueillir les fruits des grandes et solides opérations que l'on vient de faire. A propos de celle qui concerne le clergé, on a fait courir la plaisanterie suivante : Billet d'extekkexiext. « Vous êtes prié d'assister au convoi et enterrement de très-haut, très-puissant et très-magnifique seigneur notre seigneur le clergé
de France, décédé le 2 novembre, jour des morts, en la salle de l'Assemblée nationale. Le corps sera porté en grande cérémonie au Trésor royal ou national, et passera devant la Bourse et la Caisse d'escompte, qui lui jetteront de l'eau bénite. Il sera porté par MAI. Tbouret, Mirabeau, Lamelb et Cbapelier; M. l'abbé Sieyès et M. l'abbé Maury suivront en pleureuses. M. l'abbé de Montesquiou fera l'oraison funèbre. Il y aura un De profundis cbanté en faux-bourdon par les dames de chœur de l'Opéra, toutes en deuil de veuves. Le deuil se trouvera, s'il lui plait, chez M. Necker. Les ministres protestants, les juifs, les agioteurs, les créanciers de l'Etat, M. l'évèque d'Autun et autres héritiers s'y rendront en grand nombre. Requieseat in paee ! »
Du 20 novembre.
Tous les intendants de province sont dans l'inaction. Ils attendent leur sort. Si on se loue, au reste, de la prudence de leur conduite publique, quelques particuliers sont en droit de se plaindre de leur galanterie. M. de Chaseral, intendant de Clermont en Auvergne, jeune homme de soixante-sept ans, a disparu, au moment qu'on s'y attendoit le moins, avec une dame d'Alagnac et, dit-on, un million en or, laissant sa femme peutêtre moins affligée qu'étonnée de cette aventure.
M. le comte d'Artois a fait louer à Rome le palais qui a autrefois appartenu au neveu du pape Barberini, Urbain VIII. Tous nos princes sont attendus à Parme, et de là ils iront à Rome; mais les politiques de la cour de Naples craignent, dit-on, de les recevoir. Us pensent à leur égard comme l'empereur Tibère à l'égard de princes fugitifs qui lui demandoient asile : a Ne quietas pvovineias immixti turbarent. » (Tacite, Annales, liv. II, 63.)
Le comte de Guiche se trouvoit à dîner ces jours derniers chez l'ambassadrice D***. Cette princesse lui demanda s'il n'avoil point de nouvelles des princes. « Madame, répondit-il, elles sont fâcheuses. Partout on craint leur présence. A peine se monlicnt-ils dans une ville, que de mauvais plaisants arborent la cocarde françoise, pour ne la quitter, disent-ils, qu'après leur départ. »
L'arrêté du Parlement de Melz du 12 de ce mois n'a pas moins