‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 4 sur 79 · CORK E S PO M) A X C E S ECB ET E · texte numérisé non relu

CORK E S PO M) A X C E S ECB ET E

On prétend qu'il en \a faire un troisième tout différent, pour le venger dos refus du prince de Soubiae.

L'affaire, au peste, eal toujours aussi obscure el aussi embrouillée, et rien de j>! us incertain que les pronostics el les conjecturée

qui se renouvellent et varient chaque jour à ce sujet. Cependant, ii faut convenir que le nombre des partisans du cardinal augmente de jour en jour. Le mémoire de la demoiselle Oliva a l'ait dans le public l'impression Ja plus favorable pour lui. Il paroi 1 évident qu'en consommant l'acquisition du collier, il a vraiment voulu faire quelque chose d'agréable à la Heine. La capture d'un nommé Villetle, dont la demoiselle Oliva démontre Les grandes liaisons avec M. et madame de la Mothe, ne peut manquer de jeter un grand jour sur ce mystère d'iniquité. On le croit auteur des fausses signatures. La Providence semble l'avoir mis dans les prisons de Genève, à l'occasion de quelque autre affaire, pour faire éclore la vérité. Lorsqu'on l'arrêta, il se déclara François , et de suite on avertit le résident de France. Celui-ci le voulut voir, reconnut le signalement qui lui avoit été envoyé, et le fit écrouer. Ce malheureux n'a pas tardé à être réclamé, livré et amené à la Bastille. La comtesse de la Mothe a été atterrée dans les confrontations. Le baron de Planta, surtout l'a tellement mise à bout, qu'elle s'est livrée aux plus violents transports de colère, n'épargnant ni les expressions ni les attitudes familières aux halles.

Le mariage de mademoiselle de Matignon, petite-fille du baron de Breteuil , est enfin près d'être conclu avec l'aîné de la maison de Montmorency. On leur assure, en attendant mieux, dix-huit millions de fortune. On va bien loin chercher pourquoi tant d'honnêtes gens sont dans la misère : ah! si l'on considéroit ces blocs effrayants de richesses accaparées par des familles privilégiées, on raisonneroit mieux et plus conséquemment !

Le mémoire de M. Dupaty en faveur de trois hommes cou- ' damnés à la roue qui paroissent innocents, occupe sérieusement le Parlement de Paris. On attend avec impatience, sur la dénonciation qui en a été faite aux Chambres, le réquisitoire de M. Ségnier, qui mûrit dans le cabinet celle pièce essentielle à la tranquillité générale. Puisse-t-il dépouiller entièrement Patte-

chement aux anciens préjugés, et se livrer moins à des déclamations oratoires qu'à une discussion philosophique qui amène celte réforme tant désirée et si nécessaire de notre jurisprudence criminelle !

LETTRE QUATORZIÈAIE.

De Versailles, le 5 avril 1786.

Plus on applaudit aux grands talents de II. Dupaty, en considérant que l'amour de ses semhlahles les dirige, plus on regrette d'en voir privé un magistrat qu'aveuglent l'esprit de corps et le préjugé. On a fait les vers suivants à cette occasion :

A M. le président Dupaty.

Le premier sénat de France ,

Si fier et si vil à la fois , Bien plus barbare encor que nos barbares lois , Combattant aujourd'hui pour la vieille ignorance ,

Va donc armer contre ta voix

Sa frénétique intolérance? Il manquoit à sa honte un dernier déshonneur, 11 manquoit cette gloire à ta sainte éloquence; lis ont su sans remords égorger l'innocence , Ils dévoient sans remords frapper son défenseur.

En attendant les efforts de la magistrature pour justifier les principes aux dépens de la vie des citoyens, le conseil a admis, à une pluralité de cinquante-quatre voix contre dix, la requête des trois malheureux condamnés à la roue. L'apport des charges a été ordonné, et après leur examen on saura s'il y a lieu à cassalion de l'arrêt du Parlement.

M. Foulon, qui, comme l'on sait, vise depuis longtemps à la place de contrôleur général, vient d'être exilé. Il avoit adressé a AI. de Verge n nés un mémoire contre les opérai ions de M. de Galonné relativement à la monnaie. Il en démoulroil les vices, y opposoit le tableau de la marche qu'on auroit dû suivre, et proposoit des moyens de remédier au mal. Quel qu'ait élé sou motif, ses lumières pouvoienl être utiles : il a élé puni. AI. de Galonné n'aime point les leçons, et quel est l'homme puissant, le ministre qui accueille la vérité?... AI. Foulon étoit conseiller d'État. Ses

confrères ont été, dit-on, indignés de ce que M. le lieutenant de police lui a fait signifier par un exempt de police la lettre de cachet qui le relègue à sa terre de Donet. Ils prétendent que pour l'honneur de la magistrature, M. de Crosne devoit aller luimême faire le petit compliment à M. Foulon.

On s'occupe de mettre à profit une nouvelle ressource de finance. Il a été rendu en 1723 un édit qui crée en titres d'offices les commissions d'agent de change : il n'a été exécuté qu'à Lyon et à Marseille. M. de Calonne veut absolument le faire revivre à Paris. Ces offices seront au nombre de soixante, avec 100,000 livres de finance et 4,000 livres de gages. Le ministre ayant fait connoître les intentions de Sa Majesté aux syndics des agents de change, cette compagnie s'est assemblée et a nommé six commissaires pour rédiger des représentations à ce sujet.

Il y a eu dernièrement un travail des intendants des finances chez le contrôleur général au sujet des corvées. Il a été arrêté qu'elles seroient suspendues pendant deux ans, et que Ton feroit un essai sur la manière de pourvoir h. l'entretien des routes, sans que la charge de ce droit retombe, comme jusqu'à présent, tout entière sur le pauvre.

Le duc d'Orléans a confié l'administration de ses biens à dix financiers qui lui font une avance de trois millions, dont il leur paye l'intérêt h raison de 5 pour 100 par an. Le prince leur alloue le sou pour livre de ses revenus, et leur abandonne le surplus de six millions par année pour le remboursement de leur avance. Il résulte de cet arrangement que les vassaux de Son Altesse seront opprimés et tyrannisés par ses représentants.

Du 6 avril.

L'étoile du cardinal, après avoir pâli, reprend de l'éclat au moment même où un hasard extraordinaire livroit à la justice le principal agent des complots dont il a été la victime. Le conseil des dépêches, après un examen des plus rigoureux au rapport de M. le baron de Ureteuil, prononçoit que non-seulement le cardinal n'a point malvcrsé dans l'administration des Quinze-Vingts, mais qu'il l'a bonifiée de plus de 100,000 livres.

Mademoiselle Oliva se plaint dans son mémoire de ce qu'on n'a

pas arrêté une femme de chambre de la dame de la Mothe, de qui Ton pouvoit tirer de grandes lumières. Cette fille vient de mourir avec des symptômes qui font présumer que sa mort n'a point été naturelle.

LETTRE QUINZIÈME

De Versailles, le 9 avril 1786.

Le sieur Villette a été décrété jeudi dernier. Au reste, on dit qu'il est facile de le convaincre des faux qui forment le nœud de l'affaire du collier. On accuse encore Villette de la mort de la femme de chambre de madame de la Mothe, qui a été, dit-on, empoisonnée. Celle-ci a perdu toute contenance quand on l'a mise en présence de son agent. Elle a joué l'aliénation d'esprit, elle a battu la campagne et feint de vouloir déchirer ses habits : elle étoit même au moment de se montrer dans la plus parfaite nudité, lorsqu'on l'a reconduite dans sa chambre.

Malgré toute la célérité que l'on apporte à l'instruction de cette affaire, elle ne pourra être jugée avant les fêtes de la Pentecôte; mais il semble hors de doute que le cardinal se justifiera pleinement.

M. de Calonne se dispose à multiplier autant qu'aucun de ses prédécesseurs toutes les ressources fiscales. Non-seulement les agents de change, mais les grippe-sous ou receveurs de rentes et les faiseurs d'affaires de toutes les espèces seront mis en charge. Il veut, dit-on, à l'exemple de l'Angleterre, assujettir au timbre tous les papiers obligatoires, même les billets, lettres de change et livres de commerce. Malgré son penchant pour les monopoles, qui nous sont toujours odieux, on assure que le Roi ne l'appelle jamais que a mon cher contrôleur » . La nation seroit bien en droit de lui donner ce titre.

Du il avril.

L'affreuse aventure du spectacle de Ueauvais, où les gardes du corps ont passé au fil de l'épée une partie des spectateurs, a vivement affecté notre monarque. Sa Majesté a témoigné son indignalion à la brigade entière, qui est venue le Ier de ce mois faire le service du quartier. En la renvoyant, deux des officiers qui la

commandoient mil été conduits, l'un au château de Haui , l'autre à la citadelle de Doullens.

Le Parlement a réglé à l'extraordinaire l'affaire du sieur Villelte. On assure que le mémoire du cardinal est sons presse. Le public suit à la manière nationale, c'est-à-dire en vaudeville, l'instruction de la procédure. Voici à ce sujet des couplets sur l'air du temps : « Ofdii! »

Voici venir le temps pascal , Que pensez-vous du cardinal?

Opinez-vous qu'il chantera Alléluia?

Le Saint-Père l'avait rougi, La cour de France l'a noirci , Le Parlement le blanchira :

Alléluia !

Que Cagliostro ne soit rien, Qu'il soit Maltais, juif ou chrétien, A l'affaire que fait cela?

Alléluia.

De Versailles comme à Paris, Tous les grands et tous les petits Veulent élargir Oliva :

Alléluia.

Planta, du fond de sa prisou, Demande grâce au bon Baron ,

Qui lui dit qu'il y restera :

Alléluia !

De Valois le conte insensé , Par un collier fut commencé , In collier le finira :

Alléluia.

Survient Villette l'écrivain, Confus d'avoir prêté sa main Gomme la Mothe l'exigea :

Alléluia.

Pour d'Etienville, au teint vermeil, A la Grève un coup de soleil Sur l'épaule le frappera :

Alléluia.

Voilà l'histoire du procès Qui de Paris cause l'accès ; Nous dirons , quand il finira :

Alléluia.

Les lettres de Rome portent que la congrégation de cardinaux et de prélats nommée par le Pape pour former un nouveau Code criminel, s'est assemblée pour l'examen de la seconde partie de cet ouvrage, et qu'elle n'a pas été moins applaudie que la première. La France, la patrie des lumières de notre siècle, serat-elle la dernière à faire une réforme si nécessaire dans cette importante matière?

LETTRE SEIZIÈME

De Versailles, le 17 avril 1786.

Les lettres d'Allemagne s'accordent à représenter l'état du Roi de Prusse comme alarmant pour ses jours. On ne se consolera

pas de la porte d'un si grand homme, quoique son successeur annonce toutes les qualités et les vertus qui peuvent la réparer. Déjà nos .politiques font à ce sujet de nouveaux apprêts de guerre. Ils remarquent qu'à Vienne, au lieu de la pompe qui devoit être déployée à des voyages et à d'augustes cérémonies, on s'occupe de jour en jour davantage d'un autre genre de luxe. C'est celui d'une armée de trois cent mille hommes et d'une artillerie de trois mille pièces de canon. Tous les régiments se recrutent et se complètent; les approvisionnements et les magasins sont partout en état, et quoique toutes les puissances paroissent occupées d'un hut commun, la conservation de la paix, les spéculateurs guerroyants ne manquent point de motifs de donner carrière à leur imagination.

Les confrontations dans l'affaire du cardinal ont été, à ce que l'on croit, closes hier. Nos courtisans persistent à dire que Son Eminence a joui dans le parc de Versailles des faveurs de mademoiselle Oliva, croyant obtenir celles de la princesse qu'elle représentoit, et que la rose dont il est tant question dans les mémoires est l'emblème de cette complaisance. Il y a bien là de quoi justifier l'animosité qui subsiste toujours ici contre cet illustre prisonnier. Au nombre des modes nouvelles qui ont paru à la promenade de Longchamps, étoient les chapeaux « au cardinal" , que mademoiselle Berlin a mis en vogue. Ils sont de paille, et le haut de la forme est écarlate, les rubans et le bord du chapeau de la même couleur.

L'abbé Rousseau, qui prêchoit le carême devant le Roi, a été interrompu au milieu de sa mission apostolique à l'occasion d'un sermon sur l'amour des ennemis, dans lequel il s'est permis des allusions sur l'infortuné cardinal. La Reine a été choquée de l'indiscrétion (]u prédicateur, et l'a fait révoquer par le Roi, qui a demandé l'abbé Fauchel pour continuel' ses fonctions.

Le public indigné attend avec impatience la punition des meurtriers doBeauvais. Il est faux que l'affaire soit déjà arrangée par la cassation et la prison des gardes du corps les plus coupables. L'un d'eux, à ce que l'on assure, est parent du duc de Noailles, capitaine de la compagnie. M. le duc avoit disposé le Roi à la clémence, par une relation mitigée de l'affaire. Mais

M. Thierry, valet de chambre de Sa Majesté, a donné à son maître, sur cette affaire, des détails authentiques qui ont déterminé le monarque à laisser un libre cours à la sévérité des lois. Ce n'est pas la première fois que ee corps Ta méritée. A Troyes, une jeune personne fut, il y a quelque temps, insultée par un garde du Roi, tandis que son frère lui donnoit le bras. Celui-ci voulut défendre sa sœur : il fut criblé de coups, mourut de ses blessures, et l'affaire n'eut point de suites.

Du 19 avril.

Les lettres de Berlin continuent de donner des inquiétudes sur la santé du Roi de Prusse. Un grand abattement se joint aux infirmités ordinaires dont Sa Majesté Prussienne a eu depuis quelque temps de plus violents accès. On écrit qu'à la suite d'une défaillance, elle dit dernièrement : « Je sens que ma machine est irremontable. »

La constitution de M. le Dauphin n'a jamais été bien forte, et cet hiver des mouvements fébriles assez fréquents ont alarmé au sujet de ce prince. On parle de le mener au grand Trianon, pour y passer la belle saison.

Vous rappelez-vous, Monsieur, l'affaire de M. le Maître, secrétaire du conseil? Elle est déjà oubliée chez nous. Ses confrères sont allés trouver M. le garde des sceaux, et lui ont demandé comment ils dévoient se conduire à son égard. Le garde des sceaux leur a répondu : v. Comme envers un confrère jugé innocent par ses juges naturels. » En conséquence, M. le Maître dînera chez le chef de la magistrature, suivant l'usage, le jour de la rentrée du conseil, avec les ministres qui y sont invités.

On regardoit comme entièrement apaisées les querelles du jansénisme; mais l'empire de la sottise n'est pas facile à détruire. L'abbesse de Maubuisson a voulu forcer ses religieuses à se pénétrer de la doctrine du P. Quesnel, et à s'abandonner aux directeurs qu'elle avoit choisis. Une lettre de cachet vient de l'envoyer en exil.

LETTRE DIX-SEPTIÈME

De Versailles, le 25 avril 1786.

Il est juste de vous entretenir d'abord de l'affaire du cardinal : elle détourne de tout autre objet de curiosité générale. Les motifs d'incertitude se multiplient. Le bruit court, mais ce n'est qu'un bruit, que M. de la Motbe a écrit à l'avocat Doillot que, s'il osoit paroitre, il feroit éclater l'innocence de sa femme. On ajoute qu'il se prétend possesseur d'une lettre dans laquelle le cardinal demande si l'on a déjà vendu les diamants. D'autres persistent à dire que des Ecossois s'en sont emparés, l'ont enfermé dans un coffre et jeté sur un navire, où ils le gardent jusqu'à l'issue de la négociation de leurs députés, qui demandent dix mille guinées pour le livrer. Quelques-uns prétendent que, comme ce capitaine anglois qui se voyoit sans alarme près de périr avec son vaisseau, M. de la Motbe s'est fait assurer pour cent mille écus. Ce qui paroît plus certain , c'est que l'on est à la veille d'éclaircir la romanesque histoire de madame de Courville. Le président Morges, du tribunal de l'élection, que l'on vient de conduire à la Bastille, est, selon toute apparence, ce conseiller qui y joue un si grand rôle , et que M. d'Etienville nomme dans ses mémoires Marsilly.

Chaque nouvelle que l'on reçoit de Berlin confirme l'état fâcheux où se trouve le grand Frédéric. Ce monarque connoit le danger où il est, et le considère avec fermeté. Ayant aperçu dernièrement que son médecin versoit des larmes, il lui en demanda la raison : « Ah! Sire, répondit le docteur, je gémis de voir que l'art ait si peu de ressources pour soulager Votre Majesté, n — « Consolez-vous, lui répliqua le Roi; ma vie est usée, il faut qu'elle finisse, rien n'est plus simple. » Ce grand homme laissera un trésor immense à son successeur. Malgré ses dépenses annuelles en actes de bienfaisance pour ses sujets, on évalue à vingt millions de livres ce qu'il met chaque année en réserve. Il paroi t au reste que les sages mesures qu'il a prises empêchent ses derniers moments d'être empoisonnés par la crainte que la tranquillité de son successeur ne soit troublée.

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