‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 5 sur 79 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

:*i CORRESPONDANCE SECRETE.

La princesse Charlotte de Lorraine, abbesse de Remiremont,

csl fort malade. Cette belle abbaye est destinée à la princesse Elisabeth, sœur du Roi.

Madame de Lamballe a été attaquée de violentes coliques qui ont t'ait craindre pour ses jours, à la suite d'un dîner, samedi dernier. Ses convives ont été également malades. La cause en est l'usage d'ustensiles de cuivre qu'elle avoit conservés dans sa cuisine.

On vient de louer l'hôtel du Grand -Conseil, rue des Filles Saint-Thomas, à Paris, pour l'archiduc Ferdinand et l'archiduchesse son épouse.

A l'arrivée de M. Foulon dans sa terre de Doué, lieu de son exil, ses vassaux ont pris les armes, non pour témoigner leur joie de voir un seigneur chéri, mais pour l'insulter. Ces hommes, aussi mécontents de lui que le contrôleur général, le tenoient renfermé dans son château. La maréchaussée n'a point épouvanté les rebelles; il y a eu une petite guerre, des blessés et des morts. Cinq des vassaux ont été pris et conduits dans les prisons de Chinon, où l'on instruit cette affaire prévùtalement. Cette insurrection, qui n'est pas la première, doit faire voir que M. Foulon faisoit sur ses vassaux un petit essai de ce qu'il pourroit faire un jour sur les bons et dociles François, si on lui confioit, comme il espère toujours, le timon des finances.

Bientôt il ne sera plus question du massacre de Béarnais. M. de Noailles l'a emporté sur M. Thierry, qui avoit mis sous les yeux du Hoi un exposé circonstancié de cette horrible scène. La veuve d'un épicier, tué dans cette occasion, s'est consolée au moyen d'une pension de 600 livres réversible sur l'enfant qu'elle porte dans son sein. On se plaint hautement de ce que la vie des citoyens est ainsi mise à prix. Un poète très-méchant a saisi cette occasion où le public montre de l'humeur, pour répandre la complainte suivante :

0 précieuse Insouciance , Déesse du bon Alaurepas, On dit que depuis son trépas , Vous gouvernez encor la France.

On y souffre avec patience De M. . . . l'ignorance,

De C. . . . l'insuffisance, De S. . . . la plate existence , Du brusque B. . . . l'arrogance, De V. . . . la haute impudence , Du ministre de la finance Le gaspillage et l'indécence.

Ver. . . . avec indifférence Voit le mal et se tait sur tout.

Il fait bien, car L. . . . s'en f. . .

Les travaux de Cherbourg avancent beaucoup. On commence incessamment ceux de Dunkerque. On veut mettre ce port en état de recevoir des frégates de trente-deux canons. Les Anglois voient ces entreprises de très-mauvais œil, et Ton craint, malgré l'arrivée de M. Eden, de voir encore échouer le projet d'un traité de commerce entre les deux cours.

LETTRE DIX-HUITIEME

De Versailles, le 3 mai 1786.

M. de Vergennes s'est toujours montré très-rarement à la cour. C'est depuis longtemps le premier exemple d'un ministre plus occupé des affaires de l'Etat que des intrigues qui remplissent presque tous les moments des autres gens en place. Il est honorable pour le monarque de ne mesurer qu'aux talents et aux travaux de M. de Vergennes la confiance qu'il lui accorde, et de lui avoir permis de venir trouver son maître et l'entretenir du bien de l'Etat sans apparat, sans toilette, pour ainsi dire, et à la dérobée. On assure que M. de Vergennes, dès le point du jour à son bureau, n'a quelquefois pas, pendant six semaines, donné un quart d'heure à sa frisure et à son ajustement. Accoutumés à ne le point voir, et assurés que son absence et sa retraite sont consacrées au bonheur et à la gloire de la nation, nous avons toujours ignoré les dérangements de santé auxquels il a été sujet, depuis quelque temps surtout.

Les confrontations, que la détention de nouveaux personnages

ont prolongées, se continuent à la Bastille. Le sieur Villette et la

pauvre Oliva ont forcé madame de la Mothe de convenir de la

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