‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 41 sur 79 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

offensé l'Assemblée nationale que celui do Parle èe René

Le danger de lois exemples l'a déterminée à être < ti ilni

sévère, et il a été décrété que Ions les roembri - qai onl b

la délibération paraîtront à la barre de I' issemblée dans huitaine, pour y rendre compte de leur conduite, et que le greffier apportera ses registres.

Les Etats (!u Crmbrésis ont protesté contre Ions les <\v<\de r Assemblée nationale. Tout est prêtre on noble dans ce coin de la France.

La garde nationale de Paris a expulsé tous les s'étoient agrégés à elle, et leur a enlevé les fusils, que l'on prétend qu'ils destinoient à un usage tout aidèrent de celui qi doivent en faire de bons citoyens.

Quand le marquis du Crest, ci-devant chancelier du duc d'Orléans, quitta cette place, il chercha des ressources dans le commerce; mais il a été déçu dans ses spéculations, et vient, en négociant malheureux, de suspendre ses payements.

Une intrigue rappelle ici la fameuse comtesse de Balhi. Plusieurs abbés veulent quelle revienne au plus cite. On force un prince bon et facile à le vouloir. Elle tient peut-être le mot i l'énigme de l'inaction de ce prince.

LETTRE QIARANTE-SEPTIÈME.

De Paris, le 23 novembre 1789.

Les colporteurs inondent sans cesse cette ville de mensonges et de sottises. Ils publioient il y a deux jours le départ des dames de la Halle allant au-devant du duc d'Orléans, qui arrive a\i <• un énorme convoi de farines. Hier, c'étoit la relation du duel de ce même prince, à Londres, avec le duc de Bourbon. Ce qui est plus certain, c'est que le duc de Penihièvre a sollicilé une séparation de corps et de biens entre sa lille et son gmere, et que celle séparation a été prononcée. Le duc d'Orléans est écrasé de dettes.

Ce sont encore les colporteurs et leurs avides fournisseurs qui avoient répandu le bruit du jugement du prince de Lambesc. Ils avoient eu l'audace de crier la sentence, et nous la bonhomie de

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la croire véritable. On commence à croire que les procédures entamées contre ce fugitif seront sans effet, sa famille ayant répandu For avec profusion dans celle de l'infortuné vieillard qu'il a massacré aux Tuileries le 12 juillet, et Ton tente la même voie dans les districts, po;?r acheter le silence de ceux qui pourroient déposer contre ce prince.

Du 26 novembre.

La journée d'hier a été annoncée comme l'époque (Tune nouvelle révolution. Elle a été fort tranquille. Le duc d'Orléans, que le peuple attendoit, n'a point paru. Cela a occasionné quelques propos plaisants. Les uns disent que « Monseigneur sic paroitra qu'après la Purification, » et que ce tenue est fort éloigné pour lui, quoique la tète de la Purification soit 'dans le mois de février. Les autres disent qu'il prépare en Angleterre des farines qui le blanchiront. On a affiché un p'acard par lequel on annonce que la pièce appelée Rkvoli .'tioîv n'aura pas lieu, à cause de l'absence (ies trois principaux acteurs.

Hier, AI. le duc de Chartres a monté sa première garde. C'est une chose unique dans nos annales, de voir un prince faire un tel acte de citoyen. Jusqu'ici, nos princes ont cru qu'on étoit tenu a les garder. Aujourd'hui , c'est à charge de revanche : ils garderont, et on les gardera.

Ce n'es! point un conte que les manœuvres secrètes que l'ont sans cesse les ennemis de la liberté et de la tranquillité publique.

La noblesse de la sénéchaussée de Toulouse a fait un arrêté dans lequel, en se faisant honneur des sacrifices que l'on ne doit qu'à l'Assemblée nationale, et les faisant valoir au peuple, elle cherchoit à l'engager à une insurrection vers la capitale, qui auroit infailliblement amené une guerre civile, si (ie semblables tentatives de robins, de nobles et de prêtres en d'autres provinces avoienl en même temps réussi. Afais le peuple, avec son gros bon sens, voit mieux que vvux qui ont espéré le mener : il n'a nulle part été séduit par ce zèle hypocrite.

Le duc d'Aiguillon et M. de Cazaiès se sont entamés à l'Assemblée nationale. La querelle avoit commencé par des coups de langue, et a fini par un coup d'épée que le premier a reçu, mais qui n'est pas dangereux.

On cherchoil à rendre suspects 1rs représentants de la Commune de Paris. Pour ôter tout soupçon, ils ont arrêté que leurs séances seraient publiques. Outre If. de Besenyal, ils ont dénoncé MAI. de Barentin, de Puységur, le maréchal de Broglie et

M. d'Autichamp comme coupables de lèse-nation.

LETTRE QUARANTE-HUITIÈME

De Paris, le 3 décembre 1789.

Les gazettes ont parlé de la réclamation de l'ordre de Malle contre la suppression des dîmes. Cette démarche accélérera l'abolition de l'ordre en France.

On ne parle plus d'e conspirations que comme d'un orajje passé, mais on nomme toujours un Catilina dont les projets fermentent encore. On s'entretient de circonstances et de petits événements qui prouvent que les bons citoyens doivent veille; sans cesse. En voici un récent, et qui parait vérifié. Un homme est arrêté dans les Champs-Elysées par quatre personnes masquées. On lui bande les yeux, et on le condu:t dans un lieu inconnu, où quelques personnes rassemblées l'interrogent. « Je suis un malheureux tailleur, et je retourne dans ma province... •• On lui donne une aiguille, et on l'oblige à prouver par son travail qu'il n'a pas menti. « Ce n'est pas lui ! » s'écrie-t-on avec un ton de rage. Il lève les yeux, et voit sous un rideau entr'ouvevt quatre têtes accrochées. On le ramène ensuite, les yeux bandés, à l'endroit où on l'avoit pris. Le tailleur a fait sa déposition, et a remis, dit-on, un papier qu'il a eu la présence d'esprit de prendre dans la chambre où il a été conduit. On y lit ces mots : « Moyens de faire sauter Paris. »

Il avoit déjà été arrêté que la maison du Roi et celle de la Reine n'en .feraient qu'une, et déjà elles étoient en grande partie fondues l'une dans l'autre. Restoit la distinction des livrées : elle va disparaître.

La recherche des complots contraires à la révolution partage avec celle de la dilapidation des finances l'attention des citoyens. On crie contrôles pensions et les pensionnaires. Des grands seigneurs opulents figurent dans ce nombre pour des sommes

énormes. Que sera-ce quand on verra le second chapitre de cette liste de vampires! On remarque combien peu M. Dufresne suit l'exemple désintéressé de son protecteur. D'abord commis de AI. Beaujon à 600 livres et ensuite à 1,200, il plut à AI. Necker pour la beauté de son écriture et son esprit de calcul. En y joignant des souplesses et du patelinage , il est parvenu à la place de directeur du Trésor royal avec 60,000 livres d'appointements, et conserve trois pensions formant ensemble 25,000 livres. Ces pensions lui ont été accordées successivement, selon l'usage reçu, que les gens protégés, en passant d'une place à une meilleure, conservoient à titre de pension les appointements de celle qu'ils quittaient, tandis que faute de courbettes, des gens honnêtes et simples étaient tristement éconduits. Voilà bien des maux reconnus, mais point de remède adopté; rien de déterminé pour le nouvel ordre de choses qu'il faut établir. Le plan de AI. Necker rentre dans le système dangereux des billets d'Etat. On s'effraye à ce mot, on tremble de prononcer. Le temps s'écoule; on finira par une résolution aveugle et précipitée.

Du 5 décembre.

On écrit de Luxembourg que AI. de Broglie est à toute extrémité. Sa carrière a été honorable, et il l'a terminée en bronchant. Le seul regret qui puisse lui survivre, c'est d'avoir vu un grand homme se déshonorer en servant la tyrannie.

On remarque des relations entre nos patriotes et ceux du Brabant .

On n'a point parlé d'une exclamation que l'époque rendoit encore plus singulière, que firent les femmes de Paris après avoir amené le Roi dans la capitale, le 6 octobre. « Maintenant, s'écrièrent plusieurs d'entre elles, allons de ce pas secourir nos amis de Bruxelles! » Cette motion ne prit heureusement pas.

LETTRE QUARANTE-NEUVIÈME

De Paris, le 10 décembre 1789.

AI. Necker est dans un triste état. Sa santé se délabre de plus en plus, et la crainte de le perdre commence à répandre une affliction qui l'honore. Ses forces semblent succomber sous le poids de la chose publique.

La journée abominable du A octobi i hâteau de V/ei

est dénoncée an (matelot par AI. de la Martinière, proeurenr syndic. Hais on prétend que le comité des recher< lies ;: fait < ! i s. j > ri — roitre beaucoup de pièces relatives à ces horreurs, eî qui oontprometloicnt des personnages importants. On nomme le ne d'Aig Hi ' qui, travesti en femme, étoit, dii-on, un de ceux qui pénétrèrent jusque dans l'appartement de la Reine, et y portèrent la terreur et l'épouvante. On sait qu'alors quelqu'un conseilla a la Heine de quitter Versailles dans une voiture que l'on avoit préparée par zèle, et qu'elle fH cette réponse s:i!>!: no : k Non, monsieur, mon devoir et ma gloire sont de mourir au pied du trône. »

On no soupçonneroit pas qu'il y a une cour à Paris. Toui i si dans le plus grand calme. La garde nationale et les gardes suisses sont chargés du château et de la famille royale; mais il n'est question ni de chasse, ni de bal, ni de comédies, ni de co- L'économie ressemble à l'épargne, et certainement»! oliaire ne diroit pas aujourd'hui

Que la cour de Louis est l'orgueil de Paris.

Du 12 décembre.

Les nouvelles du dehors nous donnent quelques inquiétudes. Il existe quelque grand projet relatif au Brabant, et ies troupes destinées à l'exécuter doivent, à ce que l'on assure, opérer ensuite sur nous. Il paroît certain que les troubles dos Pays-Ras engageront l'Empereur à faire une prompte paix avec les Turcs, et à porter ses troupes vers l'occident de l'Europe. Si des arrangements d'intérêt l'unissent au Koi de Prusse, nos alarmes peuvent être fondées. Des membres de l'Assemblée nationale ont déjà élevé quelques reproches sur le système ou plutôt le défaut de système de notre département des affaires étrangères. Ils poudroient qu'accédant à la ligue dont il a été question entre les cours de Berlin, de Londres, etc., nous donnions lieu en Allemagne à quelque explosion qui, sans nous engager dans une guerre directe, détournât de nos affaires intérieures l'attention et les forces des étrangers qui peuvent y prendre part.

Nous avons six procès intéressants de lèse-nation au Chàtelet,

outre celui du prince de Lambesc. Les violences dont il s'est rendu coupable aux Tuileries paroissent prouvées par les témoins. Nous avons : le procès de M. de Besenvai , où sont impliqués MM. de Barentin , de Puységur, de Broglie et d'Autichamp. Peut-on faire à ces agents du pouvoir un crime de leur obéissance, tandis que le décret qui les rend responsables n'a été rendu que le 13 juillet, et n'a pas même été publié dans la forme légale? Tel est le moyen de droit qui forme la base de leur défense. Le procès du sieur Augeard, auteur du projet pour conduire le Roi à Metz; celui des enrôlements dont sont accusés l'abbé Douglas, le sieur Dureynier et autres. îl s'agissoit de ]ever sous le nom de gardes du Roi surnuméraires un corps pour favoriser son évasion à Metz. Le cinquième procès est celui du cbevaîier Rutlidge, qui, annonçant une mission qu'il n'avoit pas, prenoit des soumissions des boulangers, leur olfroit un prêt de trois millions, et a composé des mémoires dangereux sous le nom de la communauté. Le sixième est celui du sieur Deschamps, accusé d'être allé chez les fermiers pour les engager à ne pas battre leurs grains et à ne point les porter aux marchés.

La lecture des pamphlets journaliers forme l'un des plus grands travaux des citoyens. Dans le petit poëme sur M. de Lanieth , on lit au sujet du Koi :

On est presque étonné qu'il n'ait point de maîtresses; Ou lui pardonneroit des vices, des bassesses; Mais ses goûts simples, bons, "sont moqués, méconnus, Kl son peuple n'est pas digne de ses vertus.

Et sur la Reine :

• Elle étoit, ;i vingt ans, reine, femme et jolie.

Son goût ét;>it de plaire, et son devoir d'aimer.

Dans une lettre du marquis de Balandin, chef d'escadre, au marquis de Saint-Simon , on a lu ces paroles frappantes : « Le cratère du volcan est dans L'Assemblée. Je me réjouis de la fuite du duc d'Orléans; il ne reste plus à désirer que la fuite de Mirabeau... «

Le plus grand ma!, sans doute le plus alarmant, est la lenteur de nos arrangements pour les finances. C'est par là que les ennemis intérieurs de la nation, s'ils existent, préparent l'exécution de leurs sinistres projets.

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LETTRE CINQUANTIÈME

De Paris, le L6 décembre 17S9.

On craint depuis quelque temps que le défaut d'exercice ne devienne nuisible au Roi. On a souhaité pour la conservation d'une santé si précieuse qu'il reprît l'habitude de la chasse , el l'on a cherché différents moyens de le rendre à l'ancienne manière de vivre. Le plus grand obstacle est provenu des difficultés qu'a éprouvées le rétablissement des gardes du corps. Dernièrement, AI. de la Fayette renouveloit au Uoi le conseil d'aller chasser dans le bois de lîoulogne : « Ne m'avez-vous pas assuré, lui dit le Roi, que vous répondriez bien de ma personne à Paris, mais non pas en plaine?" — «Sire, j'aurai l'honneur d'accompagner Votre Majesté avec l'élite des troupes nationales. » — ce Je ne veux point, répliqua le Roi, déranger un si grand nombre de citoyens utiles, et je ferai, s'il le faut, le sacrifice de ma santé, plutôt que de troubler la tranquillité de mes sujets. »

On attend ici madame la comtesse de Balbi, mais on ne croit pas qu'elle reprenne un logement au Luxembourg. Depuis que Monsieur habite ce palais, on assure qu'il s'y tient des assemblées secrètes, dont l'abbé Maury et d'autres députés de cette trempe sont l'âme et les orateurs. Quoi qu'il en soit, la façon de penser de ce prince est depuis longtemps fort équivoque.

Au reste, tout est tranquille ici, et l'on croit que les inquiétudes auxquelles le peuple se livre de temps en temps ne sont suggérées que par ceux mêmes qui voudroient bien leur donner un fondement réel. Ce sont particulièrement des abbés intrigants, soudoyés par les ennemis de la liberté, qui, circulant dans toutes les classes de la société, cherchent à y répandre l'alarme. On voit, malgré leurs efforts, revenir de toutes parts des citoyens opulents que la crainte avoit écartés. Le vigilant la Fayette a ses dispositions faites pour parer à tous les événements. Il a défendu de sonner les cloches dans aucun cas; mais toutes ses forces se rassembleront au bruit d'un énorme canon de quarante-huit, placé derrière la statue de Henri IV, sur le pont Neuf.

Cependant, des membres mêmes de l'Assemblée nationale

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assurent que l'aristocratie a dans ce corps un parti très-puissant, qui n'est contenu que par la crainte du peuple. Ses manœuvres tendent uniquement à faire traîner en longueur l'admission d'un plan de finances : son espoir est que les besoins de janvier occasionneront des désordres et des maux irrémédiables qui favoriseront les projets clandestins d'une contre- révolution Nous

sommes, de façon ou d'autre, résignés à avoir des écus de papier. La santé de madame la comtesse d'Artois se trouvant altérée à Turin, elle demande à retourner en France, et l'on croit qu'elle ne tardera pas à venir occuper la maison qu'elle a achetée à Saint-Cloud.

Du 19 décembre.

Le vicomte de Mirabeau s'est battu en duel avec le comte de ïa Tour-Maubourg, et il a été dangereusement blessé.

Les ministres étrangers ont été inquiets de la guerre que les Communes déclarent à tous les privilèges et lieux privilégiés. Ils ont fait demander par M. de Montmorin à l'Assemblée nationale la confirmation authentique de leurs prérogatives.

Le comte de Merey fait circuler une lettre imprimée, dans laquelle il prétend que la France n'a point fourni d'argent à l'Empereur.

Plus de cinq cents jeunes gens viennent de partir du Palais- Royal pour aller seconder les patriotes brabançons.

Il paroit que le plan de finances de M. Necker sera admis, à peu de changements près.

LETTRE CINQUANTE ET UNIÈME

De Paris, le 24 décembre 1789.

On se plaint de la hauteur de M. Bailly, ce citoyen jadis si mince et si modeste. On se plaint de son aveugle confiance dans l'un de ses deux secrétaires, et l'on dit hautement que bientôt ce scia M. Bouclier qui gouvernera Paris. Ce ne sera pas la faute de AI. Manuel, qui eut le courage de lui écrire dernièrement : « Je dois vous prévenir que le peuple se plaint beaucoup du ton et des airs ministériels de M. Bouclier. Ces airs et ce ton ne conviennent point au nouveau régime. Je donne ce conseil

à AL Boucher, mou confrère, aûn qu'il oie le vei .us

r occasion. »

\ quelle pièce travaillez-vous? » disoit-on ii y a quelque temps à If. Lcmicrre. — nJe n'en lais plus, répondit-i que i( tragédies courent les nies. »

Le duc d'Orléans et AI. de Galonné ont donné un gran a Londres le même jour. Le prince de Galles, ie due d'York et l'élite de la noblesse angloise ont diné chez 1< du < : <s.

Les fugitifs et l'élite de l'aristocratie Françoise ont dîné chez AL de Calonne.

La grande nouvelle4 du jour est le décret de l'Ass n itio-

nalc qui fait encore s vir, à peu prés sur le plan de AL Neeker, la Caisse d'escompte aux besoins de l'Etat. On ne croil pas facile de • sndre en six mois vingt-cinq mille actions de cette compagnie ; mais la création de rescriptions sur la vente des domaines de la couronne et des Liens du clergé offre dc^ ress immenses.

On en est à la lettre ./des six derniers mois de 1788 du payement des rentes. La maison Bonlemps, de Genève, étant en détresse, AI. Xeeker fil écrire aux payeurs des rentes de lui avanies six premiers mois de 1781), qui se montent pour cette maison à 801,000 livres. Sur un premier refus, vient une lettre de Aî. Dufresne du Trésor royal. Le refus continue, sur le tort que cette avance feroit aux François et sur l'inexactitude du compte donné en aperçu des dépenses de 1 78i). Ce trait étonne de la part de AL TVeckcr.

AL de Aîtmtmorin a écrit à l'ambassadeur de l'Empereur uwr lettre ostensible où il prouve que la France n'a eu depuis la paix de Tesclien aucun motif pour payer des subsides à la c lienne, et ajoute que celle-ci n'a fait aucune dei ce

genre à la nôtre. Les frondeurs prétendent que ((tic1 lettre ne prouve point qu'il n'a pas été fourni de nos écus à l'Empereur.

Le vicomte de Mirabeau étoil, comme. on peut bien le penser, ivre lorsqu'il est venu faire retentir les voûtes de l'Assemblée nationale d'expressions peu majestueuses, mais de la plus grande énergie, qui lui ont valu le lendemain un coup d'épée dont il vient (ie mourir.

On croit que les bals de l'Opéra seront défendus cet hiver. Dans ce moment, tout ce qui peut favoriser la réunion de gens malintentionnés doii être proscrit. Les officiers de plusieurs „ régiments, des soldats même; ont reçu des lettres anonymes qui prouvent que l'ennemi n'est point encore mort.

Du 28 décembre.

„ Le duc du Chàtelet a offert 18,000 livres à Buisson pour lui acheter l'édition des Mémoires du due de Choiseul. Sur son refus, il a offert cinquante louis pour effacer ces (\eu\ lignes : k Ce monsieur est sans caractère comme sans volonté; sans danger pour ceux qu'il déleste, comme sans utilité pour ceux qu'il protège. »

La publication de lettres ministérielles tendant à dissuader le peuple d'envois d'argent faits à l'Empereur, a eu pour but de préparer la négociation de vingt-quatre mille hommes que la coin* de Vienne vouloit demander pour réduire les Brabançons. Cette demande seroit si déplacée, qu'elle n'aura pas lieu.

Madame de Polignac a loué un hôtel superbe à Rome. Elle n'a pas quitté Turin entièrement de son gré. Mais on suppose qu'elle a été attirée dans son nouveau séjour par les miracles du cardinal Buoncompagni, chez lequel les dames romaines courent pour y recevoir le don des miracles, comme nos dames naguère au baquet de Mesmer, etc.

LETTRE PREMIERE

De Paris, le 2 janvier 1790.

L'un des gardes du corps (1 assassiné à la porto de l'appartement de la Reine, et laissé pour mort, est comme ressuscité. Ses blessures n'étoient point mortelles. Son crâne a été enfoncé d'un coup de crosse, étant à terre : il a été -trépané. Dans les premiers moments de sa convalescence, il a été mandé en cour, où il a été accueilli et embrassé du Roi. S'il en faut croire ce qu'on dit, A assure avoir reconnu parmi les brigands qui arrivèrent dans l'antichambre de la Reine le (j octobre, à cinq heures du matin, et au nombre des hommes habillés en femme, le duc d1* *. Cette nouvelle paroit fort étrange ; mais nous ne tarderons peutêtre pas à voir lever le voile et mettre au grand jour les horreurs d'un mystère d'iniquité. Cette besogne est confiée au tribunal du Chàtelet.

Depuis quelque temps, l'enthousiasme étoit déjà bien diminué pour M. Bailly. Aujourd'hui, c'est un mécontentement presque général, peut-être sans beaucoup de fondement. On l'accuse de vouloir rétablir l'ancien régime de la police, surtout parce qu'il a borné comme autrefois le nombre des colporteurs à trois cents. Bien du monde, et les brochuriers particulièrement, regardent cela comme un attentat à la liberté de la presse. Les districts accusent AI. le maire de les dépouiller de leur autorité, et la Commune s'en plaint aussi. On pense qu'il demandera sa démission ou qu'on l'y forcera. On parle de AI. Fréteau pour son successeur.

Beaucoup de gens continuent de croire qu'il se tient en divers endroits de Paris des conciliabules d'aristocrates. L'un des lieux que l'on cite pour leur rendez-vous est parfaitement choisi : c'est la maison du bourreau. Là sont, à ce que l'on dit, les presses d'où sortent les écrits incendiaires dont nous sommes inondés

0) Le chevalier de Miomindre de Sainte-Marie. Il ne tarda pas à èlre obligé de quitter la France. Voir les Mémoires de madame (lampan.

depuis quelque temps. C'est de là sans doute qu'est aussi sorti le projet de la prétendue nouvelle conspiration qui nous a encore1 mis en l'air depuis quelques jours et a donné lieu à quelques démarches d'éclat de AI. de la Fayette vis-à-vis du peuple. Ce général met autant d'adresse que.de bravoure et de fermeté dans ses actions, et il n'est pas fâché de profiter des bruits vagues et populaires, pour répandre plus d'intérêt sur sa personne.

La ville de Paris a proposé au Roi de faire au château des Tuileries pour deux millions de réparations, dont la dépense ne sera point prise sur le Trésor national. On cherche à dissiper les regrets que nos maîtres peuvent avoir de l'abandon de Versailles.

Plusieurs de nos écrivains patriotes, tels que Marat et Desmoulins, attaquent vivement M. IYecker. D'autres crient qu'une nouvelle aristocratie s'élève sur les ruines de l'ancienne, et citent particulièrement celle du Chàtelet.

Il est fortement question d'ériger une compagnie de volontaires qui fera le service de gardes du corps près du Roi et de la famille royale.

On écrit d'Amiens qu'il y a eu un combat sanglant entre les bourgeois et le régiment de Conti, dont la moitié est restée sur le champ de bataille et le reste s'est réfugié dans la citadelle, qui est bloquée par le peuple.

Un serrurier a offert, dit-on, à l'Hôtel de ville, comme don patriotique , une potence de fer pour y pendre les aristocrates. Ce terme est l'injure à la mode. Les cochers de fiacre appellent aristocrates leurs chevaux rétifs, et les garçons traiteurs annonce^ des « aristocrates aux navets »j au lieu de dindons aux navels.

LETTRE DEUXIEME

De Paris, le 6 janvier 1790.

La Reine commence à se mieux porter ; mais elle ne sort encore qu'en chaise. On assure que son indisposition est la suite de l'effroi dont Sa Majesté fut saisie, lorsque le 5 octobre elle fut obligée de se sauver en chemise dans la chambre du Roi. Sa Majesté éprouvoit alors une incommodité à laquelle les reines

sont tssujetties aussi bien que les ber Elle ne l'aioit

point ressentie depuis, ce qui avoit fait croire qu'elle étorl enceinte.

On ne se douter oit pas que c'est à !a classe la pins vile de n-is prostituées que L'on doit l'heureux événement qui a conduit !•• Uni à Paris, cl la consolation que la journée du 5 octobre n point été plus meurtrière. Aï. de Sommeraye, major du régiment de Flandre, qui commandoit en l'absence du colonel, s'atteudoit d'avance à la démarche que le peuple de Paris a l'aile, et si posoit à mériter de l'avancement par une vigoureuse résistance. Le carnage eût été épouvantable. Les chefs du peuple, qui hivailloient à retarder l'explosion, envoyèrent à Versailles sur i entrefaites, par pelotons et par différentes rouies, trois ceni plus jolies ambulantes du Palais- Royal , avec de l'argent, d instructions, et la promesse d'être éventrées par le peuple si elles ne remplissoient pas fidèle me ni leur mission. Ce sont < députés femelles qui ont obtenu des soldats, au milieu des plaisirs de l'amour, le serment patriotique qui a rendu leurs armes sans force devant leurs concitoyens.

Il paroit de plus en plus évident que la conspiration pour laquelle le marquis de Faims a été arrêté n'éioit point une chimère. On a emprisonné de prétendus déserteurs allemands , sant partie d'une foule d'éirangers qui sont, dit-on, soudoyés par l'aristocratie. On cite tout bas divers moteurs de ce complot, et l'on entend les noms de l'abbé Maury, Linguet, etc. Si en eiiet des personnages éminents se trouvoient, comme on l'assure, associés à ceux-là, on s'attend à apprendre un jour que le sieur de Favras a disparu. Il est, ainsi que son épouse, ci-devant la princesse d'Anhait, à la prison de l'Abbaye. Cette femme allière et violente a mordu, violemment au bras AI. Barré., officier du district de Saint-Roch qui l'a arrêtée.

C'est à l'hôtel des Menus, rue Bergère, que se tenoient les assemblées. Celles que le clergé fait depuis quelques jours clandestinement se tiennent aux Augustins. Ce sont les derniers soupirs du despotisme aristocrate et sacerdotal expirant. Le clergé n'est point encore résigné à la privation qu'on lui impose; l'abbé Maury disoit dernièrement dans un cercle nombreux que tous les

rois de l'Europe étoient engagés à tirer vengeance du vol manifeste que l'on fait au clergé.

Le comte d'Artois a prescrit à son conseil de faire dans sa maison toutes les réductions qui seroient possibles, et de déterminer la somme à laquelle il devoit se restreindre annuellement pour ses dépenses personnelles. M. de Bonnière partit pour Turin et remit au prince un pian que Son Altesse, dit-on, lui rendit le lendemain, en lui disant : « J'approuve tout, hors un article : on fixe ma pension à 250,000 livres. Je veux me contenter de 200,000 et que les 50,000 restant soient réparties entre les serviteurs réformés dont la situation exige des secours, a

Le duc d'Orléans ne paroi t pas disposé à s'exécuter d'aussi bonne grâce. ïî a déclaré que d'ici à deux ans il ne payeroit ni gages ni pensions, et pas même les actionnaires de son dernier emprunt.

LETTRE TROISIEME

De Paris , le 12 janvier 1790.

Il s'en faut bien que les vrais amis de la patrie et les partisans de la révolution soient sans alarmes. Le projet dont M. de Favras étoit l'un des agents étoit combiné avec tant d'adresse et d'une telle étendue, que son emprisonnement et celui de ses complices ne suffisent pas pour le déconcerter. On en trouve des traces en différentes provinces. En rapprochant ces mouvements obscurs des marches de troupes qui ont lieu vers nos frontières en Espagne et en Sardaigne, des tournoiements continuels que les aristocrates fugitifs font sur la lisière de la France, sans sYn écarter jamais, enfin de la multiplicité décrits que le parti antipopulaire vient de répandre après un long silence, on ne peut se refuser à croire qu'il méditoit une explosion pour cette époque.

Du 10 janvier.

L'affaire de M. Favras devient très-sérieuse. A la lecture des chefs d'accusation formés contre lui , il a répondu : « On veut donc me trouver coupable? Qu'au moins l'on me prouve mes crimes. Je ne demande qu'une chose pour me disculper, que

Monsieur paroisse, et rejette sur moi le dessein d'enlever mon Roi el de désoler ma patrie ! Ma conscience est pure ! •• Parmi I «s dépositions entendues contre lui, l'une des plus frappantes esl celle de AI. de Saint-Priest. Ce ministre a déclaré que, vers ïe milieu du mois d'août, un particulier l'aborda, comme il Iraversoit la galerie du château de Versailles, en le priant de lui accorder quelques minutes d'audience. « Je prends , ajouta cet inconnu, la part la plus vive aux événements désastreux qui menacent de changer la face du royaume. Je plains de tout mon cœur Sa Majesté et la famille royale : je m'immolerai volontiers pour le maintien des privilèges de la noblesse et du clergé. En conséquence , je me suis assuré de douze cents hommes préls à marcher au premier signal contre l'Assemblée de la nation, le maire de Taris, le commandant de la garde nationale parisienne, etc. » M. de Saint- Priest, fort surpris de ce langage, répondit qu'il ne pouvoit ni ne vouloit donner son agrément à des mesures aussi délicates. Il désira seulement de connoilre celui qui lui faisoit de telles propositions, et M. de Favras se nomma.

Deux fameux antagonistes sont malades en même temps : M. Necker d'une violente colique hépatique, et le comte de Mirabeau d'un rhumatisme à l'œil droit, qu'il est en danger de perdre. Leur haine a cependant diminué, depuis que M. de Mirabeau a accepté, dit-on, cinquante mille écus de la Caisse d'escompte pour ne plus tonner contre cet établissement.

M. Maury faisant allusion à la manie que l'on connoit au duc d'Aiguillon de se déguiser en femme, lui demanda, à l'occasion de quelque sarcasme, à quel sexe il avoit affaire en ce moment? Quelques jurons accoutumés accompagnèrent le propos, et l'offre de se battre le termina. Le duc observa qu'il étoit sans armes. <c J'ai toujours deux pistolets sur moi , reprit l'abbé, choisissezen un. — Là, de bonne foi , dit le duc à ses amis, je ne puis me battre avec cet abbé; quelque soit l'événement d'un pareil combat, je n'en puis sortir que déshonoré. JY'a-t-il point quelque parent, quelque ami qui veuille épouser sa querelle? » On répondit que l'abbé n'avoit ni parents ni amis; c'est un fait connu. Le lendemain, M. de Medavy, autre membre de club de Valois, badina le duc sur sa prudence. On se battit, e( le dernier reçut trois coups d'épée.

Le discours de M. de Mirabeau sur l'affaire du Parlement de Rennes est regardé comme un modèle d'éloquence, d'énergie oratoire et de réfutation victorieuse. On l'imprime. La société de la Révolution en a arrêté six mille pour son compte.

LETTRE QUATRIÈME

De Paris, le 21 janvier 1790.

Le bruit est général depuis vingt-quatre heures que le Roi va se déclarer chef de la révolution, prendre l'uniforme national, assister régulièrement aux séances de l'Assemblée , et faire dans deux mois le tour de la France pour recueillir dans les provinces les adorations dues au père du peuple, au restaurateur de la liberté françoise. Si cette nouvelle se confirme, la révolution est consommée, et l'aristocratie écrasée à jamais.

La santé de la Reine se rétablit de jour en jour. Sa Majesté avoit été retenue de nouveau à la chambre par un mal de pied. On l'a vue ces jours-ci se promener dans le jardin des Tuileries, et s'entretenir avec des députés de l'Assemblée nationale qui s'y

trouvoient.

Du 23 janvier.

On annonce de Londres que le chevalier de Launay, receveur général des finances du duc d'Orléans, y est arrivé, et doit être bientôt suivi du reste des officiers de Son Altesse qui n'ont pas subi de réforme. Il paroit donc que ce prince restera en Angleterre. Le dérangement de ses finances est au nombre des preuves que le bruit public fournit contre lui.

On croit que l'affaire de M. de Favras sauvera M. de Bescnval. Il faut une victime au peuple; le premier en servira, et l'on ne doute plus de ses projets criminels. La curiosité et peut-être la calomnie se portent sur ses complices et ses instigateurs. Le plan étoit plus vaste qu'on ne l'a cru d'abord , et une partie de la garde nationale même étoit séduite.

L'abbé Maury ayant insulté le parti populaire de l'Assemblée, s'étant même permis de lui montrer le poing, il a été question de le chasser de l'Assemblée. Le comte de Mirabeau a proposé

TOMK II. 27

ils CORRESPOND MCI SECRÈTE.

une punition bien douce : celle d'être simplement censure au < insertion dans le procès-i erhal.

Ll comtesse de Balhi esl de reloin . On commit les hautes relations de cette dame et l'activité de son esprit. Son apparition ici n'a pas fait plaisir à tout le monde.

M. \Teeker est mieux. On attribue sa maladie au chagrin qu'il éprouve de voir baisser sa réputation. LU mémoire contre les frères Leleu renferme des imputations à sa charge dans l'affaire des blés. Aujourd'hui ses ennemis l'accusent d'accaparer le numéraire. Tous les jours il paroit de nouveaux témoins dans l'affaire de M. de Besenval. Déjà on en a entendu plus de deux cents, et leurs dépositions sont insignifiantes. Cette monstrueuse procédure lasse les honnêtes gens. « Ce n'est point par la tyrannie, disent-ils, que l'on peut faire aimer la liberté. »

LETTRE CINQUIÈME

De Paris, le 3<) janvier 1790.

L'affaire de M. de Favras est prête à être jugée. Il a donné hier un mémoire justificatif où, en convenant de quelque apparence de complot dans sa conduite, il nie la plus petite intention. Il dit qu'il a sauvé quelques mauvaises nuits au Roi et à la Reine, d'où l'on peut induire qu'il n'a pas agi sans ordres. On croit reconnoître dans les démarches de M. de la Fayette à son égard quelque désir de le sauver. Si l'on sacrifie Favras au peuple qui demande du sang, on peut craindre qu'il ne révèle ses complices, et peut-être d'étranges secrets au dernier moment. Un fait bien authentique dans sa confrontation avec le sieur Morel , c'est que celui-ci soutient lui avoir demandé s'il avoit beaucoup de députés dans son parti, et que le marquis lui avoit répondu : * Oh, beaucoup! AI. d'Entragues et l'abbé Maury sont à nous, et nous savons comment conquérir Mirabeau... » On voit encore dans la déposition du sieur Morel que le marquis de Favras lui avoit dit qu'on étoit sûr de vingt mille Suisses, douze mille Allemands et douze mille Sardes.

Le chevalier de Rutlidge, qui va* criant que M. A'ecker ou lui doivent perdre la tète sur un échafaud , s'est mis sous la pro-

tcction du district des Cordeliers, qui a soutenu si chaudement M. Marat, autre adversaire du ministre des finances.

On trouve dans le registre secret des actes de munificence du s gouvernement, indiqué sous le nom de Livre rouge,, des articles aussi piquants pour la malignité que révoltants pour le patriotisme. M. de Beaumarchais entre autres y est couché pour 1,100,000 livres, savoir 60,000 livres en considération de sa discrétion sur les couches de Madame Adélaïde, 150,000 pour son expédition à Londres, où il a été sous les ordres du lieutenant de police pour séduire et arrêter Morande , auteur de pamphlets calomnieux ; 400,000 pour avoir procuré à Sa Majesté la veuve Seguin et la petite Selin ; 480,000 pour prix de ses pamphlets contre les Parlements. Le duc d'Orléans est sur ce registre pour un million, dont 100,000 livres pour la rente de deux millions gagnés à la Reine dans la nuit du 7 août 1781 (,).

On dit que le comte de Germon t-Tonnerre sera rappelé à la présidence, parce que la cloche appelle le tonnerre, et que le tonnerre est à sa place au milieu des orages.

Le comte de Mirabeau et l'abbé Maury ont commencé une violente discussion pour l'affaire du prévôt de Marseille. C'est ce qu'on appelle le ce combat des taureaux » . On a fait l'épigrammeanagramuie que voici sur ces deux personnages :

Deux insignes chefs de parti D'intrigue ici tiennent bureau ; Chacun à l'autre est assorti , Même audace, et voix de taureau.

L'on pourroit faire le pari Qu'ils sont nés dans la même peau ; Car retournez abbé Maury, Vous y trouverez Mirabeau.

Du 1er février.

Nos tètes exaltées ont appris avec fureur, ce matin, au réveil, que Je Chàtelet avoil à l'improvisle, et pendant que les curieux étoient allés souper, prononcé le jugement de M. de Besenval. Il a été renvoyé absous. Cette décision, dont on ne peut révoquer

0) Le Livre rouge a été publié, et ne semble pas être autant à la charge de Beaumarchais que le dit le chroniqueur. Voir Beaumarchais et son temps , par M. de Loménie.

en doute l'équité, cause de la fermentation dans le peuple, et rend Tort mauvaise la position de AI. (le Fanas, qui n'est certainement pas entièrement innocent.

LETTRE SIXIEME

De Paris, le 5 février 1790.

L'événement que je vous ai annoncé, Monsieur, vient de mettre le sceau à la révolution, d'en assurer l'exécution paisible, de rendre l'énergie aux citoyens honnêtes que de nouvelles alarmes troubloient depuis quelques semaines, enfin de combler les vœux de la nation.

Hier, le Roi s'est rendu sans faste à l'Assemblée nationale. Il y a prononcé le discours le plus touchant, le plus paternel, le plus digne d'un citoyen dont tous les intérêts sont confondus dans un profond sentiment d'amour de la patrie.

Les motifs de cette démarche inattendue ont tous été pris dans son cœur; mais ils ont pu également être dictés par le jugement le plus sain et la plus sage politique. Elle pouvoit seule dissiper des levains qui s'aigrissoient de jour en jour, et prévenir les suites fâcheuses de projets bien avérés, toujours déconcertés, et toujours renaissants. On ne doute point que le Roi n'ait été vivement frappé des préparatifs de quelques puissances auxquelles il connoissoit le dessein d'influer par la force sur nos affaires intérieures; il l'a été de la situation actuelle de l'Europe , et de l'importance extrême où il est pour la France de sortir de l'état d'inertie et d'engourdissement forcé qui l'expose à des dangers que l'on ne peut se dissimuler. Ce qui fait croire que cette considération a été d'un grand poids, c'est la grande apparence d'un changement dans le ministère aux déparlements de la guerre et des affaires étrangères. On prétend que Monsieur va entrer au Conseil ; le public y appelle aussi AI. de la Fayette.

L'enthousiasme de la nation pour son Roi et le retour de son attachement pour la Reine, qui a parlai lement secondé la démarche de son auguste époux, ne permettent point de douter que tous les nuages qui s'éloient élevés sur notre alliance avec la maison d'Autriche ne se dissipent promptement, et l'on range encore au

nombre des causes de l'événement qui nous remplit de joie, le besoin que la cour de Vienne peut avoir du concours de la notre dans les circonstances actuelles.

La voix générale va imposer silence aux faiseurs de libelles. Marat, l'Ami du peuple, s'est caché. Il continue ses feuilles, mais il a pris un ton plus modéré. On rougit de lire dans les Révolutions de Desmoulins que l'épouse du monarque n'est point Reine des François, et qu'elle doit être simplement appelée : « Antoinette, femme du Roi des François. »

Les deux gardes du corps qui ont sauvé la Reine dans les mémorables journées des 5 et 6 octobre se nomment Du Repaire et de Sainte-Marie. Tous deux sont couverts de blessures. On ignore comment ils seront récompensés.

La municipalité de Versailles ayant remis le pain à trois sous la livre, comme à Paris, on craint une nouvelle émeute à Versailles. Les ouvriers que l'on occupe à nettoyer le grand canal crient qu'ils aiment mieux mourir en se faisant tuer que mourir defaim. Un nouvel ordre de choses ne tardera point à s'établir, et coupera court aux alarmes momentanées que nous causent journellement ces fermentations partielles.

Du 6 février.

On a entendu M. le Dauphin dire hautement qu'il ne seroit jamais un aristocrate. Le Roi se fait faire un uniforme national.

Il paroit que nous aurons des nègres parmi les députés à l'Assemblée nationale. Qui se seroit attendu à des changements si prompts, si essentiels, opérés avec tant de fermeté et d'énergie dans l'empire prétendu de la frivolité? Mais que l'on ne croie pas que l'amour de la patrie et de la liberté soit jamais pour nous une affaire de mode.

Le Roi paroitra encore à l'Assemblée nationale pour demander une amnistie générale, et ce sera le signal de cette réunion fraternelle si désirable. On croit que la marche de nos troupes sur nos frontières , et de grandes opérations politiques, achèveront d'étouffer parmi nous les germes de haines et de divisions.

LETTRE SEPTIÈME

De Paris, le 8 février 1790.

A l'issue de la séance où le Roi est venu se déclarer, au milieu de la nation, le premier citoyen du Royaume, deux cents fourriers ont été expédiés pour répandre celte nouvelle dans les provinces. Les aristocrates se consolent vainement en rappelant que Henri III se déclara chef de la Ligue; les d'Éprémesnil, vicomte de .Mirabeau, de Saint-Simon, ont eu beau se soustraire par la fuite au serment que leurs confrères ont prononcé, tout est consommé, et déjà le district du Luxembourg a fait prévenir Monsieur , frère du Roi, qu'il ne pouvoit se dispenser de prêter ce serment comme citoyen.

Il existe pourtant encore quelque fermentation aristocratique. Dans une séance longue et tumultueuse de l'Assemblée nationale, on a entendu des voix s'élever : « Monsieur le président, -envoyez-nous diner et nous vous enverrons paître, et ainsi tout le monde sera content. » Les aristocrates s'efforcent de détruire les assemblées du club des Jacobins. C'est dans ce couvent qu'environ deux cents patriotes se rassemblent, deux fois par semaine, pour préparer et mûrir les motions du lendemain. Les premiers s'assemblent de leur côté aux Augusiins. De là les noms de parti de Jacobins et Augustins. Ceux-ci ne manquent point d'observer que c'est au couvent des Jacobins que se fit la coalition éea ligueurs, et prétendent que le chef du club occupe la cellule de Jacques Clément.

On sait que dans l'Assemblée nationale les aristocrates siègent à la droite et les patriotes à la gauche du président. Un jour, M. Target n'entendoit pas que de ce côté-ci l'on demandoit la parole. « Président, lui crioit-on, quand on vous a nommé, les oreilles y étoient pour quelque chose... u A droite, un membre vouloit aussi parler. Aude cri : a Votre nomination vous a paralysé du côté qui n'a pas concouru à votre élection. » Il faut croire que l'harmonie, la tranquillité des délibérations vont succéder aux sarcasmes et au tumulte qui les ont souvent troublée s jusqu'ici.

Du 13 février.

Le Roi, la Reine et le Dauphin se sont rendus le 10 à l'église métropolitaine sans gardes et sans aucune suite. En descendant de voiture, h la porte de l'église, le Roi et la Reine ont donné la main au Dauphin. Le peuple attendri a crié avec émotion : « Vive le Roi, vive la Reine y vive le Dauphin l » On a crié une seconde fois : « Vive la Reine! » Alors le Dauphin s'est mis à claquer des mains, et l'effet que ce mouvement peut-être spontané a produit, rendit cette scène très-touchante. Après avoir entendu la messe, au milieu de leurs sujets et pour ainsi dire confondus avec eux, Leurs Majestés allèrent voir l'hôpital des Enfants trouvés. Le Roi lui-même expliqua tout à son fils. M. Bailly et M. de la Fayette en firent les honneurs, et accompagnèrent cette auguste famille à son retour aux Tuileries.

On dit que Leurs Majestés se disposent à visiter ainsi tous les établissements de la capitale. Le Roi persiste dans îe dessein de faire une tournée dans toutes les provinces du Royaume , où l'on se flatte que sa présence rétablira le calme et la tranquillité.

Il n'est pas encore certain , mais il est toujours probable, que Monsieur ; frère du Roi, et le marquis de la Fayette entreront au Conseil. Le premier a prêté le serment civique à son district, et le duc de Chartres à celui de Saint-Roch.

Il est fort question de donner à M. Bailly la place honorable et les importantes fonctions de gouverneur du Dauphin.

Quelle perspective pour nos neveux! Après avoir été l'antre du despotisme, de la corruption des mœurs et de l'insouciance sur les droits de l'individu , la France va devenir le modèle unique d'une bonne constitution politique; ses rois seront hommes, et hommes bien élevés; l'agriculture , le commerce et l'industrie en fabrications utiles remplaceront les avantages précaires qu'un vain luxe et l'esprit de dissipation pou voient procurer à la circulation, que l'on confondoit avec la vraie richesse de l'État.

L'affaire de M. de Favras prend une face nouvelle. Les dernières dépositions atténuent considérablement les premières. Il va faire paroitre un mémoire, et sera jugé définitivement jeudi prochain, le 18 de ce mois. On voudroit dans ce moment moins

42 i CORRESPOND A N C E S E C H K T Ë .

de sévérité de la part de ses juges; on leur pardonnerait même de se relâcher de l'exacte justice.

LETTRE HUITIÈME

De Paris, le 1G février 1790.

Les aristocrates, car il en existe encore, dissimulent difficilement la rage que leur cause la démarche du Roi. L'abbé Alamy avoit été sondé d'avance à cet égard par M. Necker, et lui avoil répondu laconiquement : « En 1576 les ligueurs s'assemblèrent aux Jacohins ; en 1577 le monarque appuya leurs folies ; en 158(J le Roi fut assassiné. »

Le Roi se proposoit d'aller chasser à Rambouillet ; mais la garde nombreuse que M. de la Fayette vouloit lui donner l'a encore cette fois engagé à y renoncer.

La sentence favorable que le baron de Besenval a obtenue , et l'accueil distingué qu'il a reçu à la cour, ne l'ont pas réhabilité dans l'opinion publique. Il s'est présenté à l'assemblée de son district, a fait un discours et n'a eu aucune réponse. On dit que ne pouvant retourner dans sa patrie, où il a été pendu en effigie, il est passé en Angleterre.

La diminution des partisans de M. Necker est très-réelle. Les embarras actuels pourront être l'écueil de ses talents. On ne sait où donner de la tête pour le service de la finance, et de tous les remèdes forcés qui se présentent, il n'y a toujours que celui du papier-monnaie qui soit le moins alarmant C'est une extrémité dure et ruineuse; mais on assure que l'Assemblée nationale ne s'occupe plus que des moyens d'en diminuer les inconvénients.

Au reste on attribue surtout l'espèce de défaveur du ministre des finances, dans un grand nombre de cercles, à la cabale du comte de Mirabeau, qui a toujours cherché à le culbuter pour devenir ministre. On dit toujours du comte de Mirabeau que ses talents sont vendus, mais que sa voix ne l'est pas encore. A quelques contradictions près, on ne peut pas lui reprocher d'avoir abandonné les intérêts du patriotisme.

ANNEE 1790. p 425

Du 20 février.

L'évêque d'Autun, nouveau président de l'Assemblée nationale, a reçu une lettre de M. le duc d'Orléans, dans laquelle ce prince v expatrié exprime ses regrets de n'avoir pu prêter le serment civique avec les autres députés. «'Uni d'esprit et de cœur, dit-il, à l'auguste assemblée dont j'ai l'honneur d'être membre, je suis charmé de faire publiquement profession des principes et des sentiments qui m'animent, et pour me consoler de n'avoir pas été à portée de faire le serment, il ne m'a pas moins fallu que le désir de servir ici Je Roi et de pouvoir être utile à la nation. » Cette lettre se termine par la formule du serment.

M. Cazalès a proposé à l'Assemblée nationale de fixer un terme à cette session, et a insinué que ses opérations dévoient être confirmées par de nouveaux députés. M. le comte de Mirabeau a parlé à ce sujet avec son énergie ordinaire. Cette motion est un aiguillon pour les représentants de la nation.

Au sujet des places que l'on a données aux parents des malheureux Agasse, on prétend que le vicomte de Mirabeau a dit : « Je ferai pendre mon frère et je serai ministre. »

On éprouve de toutes parts les effets de la destruction du préjugé qui a longtemps fait gémir tant d'honnêtes gens. M. Foulon, intendant de Moulins, fils estimable d'un père qui a terminé sa carrière à la Grève, a été élu maire de Moulins. On fait courir le bruit, et c'est apparemment une mauvaise plaisanterie de quelque aristocrate, qu'il y a des intrigues à Rouen pour donner quelque place à la municipalité cà l'exécuteur des hautes œuvres.

On a parlé d'une lettre du comte d'Artois qui ma r quoi t du repentir de ce qu'il appeloit ses fautes. On dit que ce prince a appris trois choses à Turin : coucher avec sa femme, faire maigre le vendredi, et aller à la messe.

M. Gouy d'Arcy s'est présenté en frac chez le Roi. L'huissier de la chambre l'a repoussé. Le député l'a traité un peu aristocratiquement. L'huissier, brave comme une épée nationale, en a demandé raison à M. Gouy d'Arcy, qui se sentant invulnérable en quajité de député, a prié Je duc de Liancourt d'arranger cette affaire.

i2G CORRESPONDANCE SECRÈTE.

Du 21 lévrier.

M. de Fatras a été exécuté, aux acclamations d'une foule immense. On croit qu'il a révélé Ions ses complices.

Le Hoi a refusé d'aller au Te Deum qui a été chanté à \otre- Dame pour sa démarche patriotique, parce œvl'Û vouloit y être placé sur un trône. Il témoigne quelque humeur d'être toujours privé du plaisir de la chasse, où l'on exige qu'il n'aille qu'avec une garde trop nombreuse.

Le Livre rouge, registre des pensions secrètes, n'est point publié. Il a été remis entre les mains du Hoi. On croit que L'Assemblée exigera qu'il lui soit communiqué.

Il est prouvé que le parti aristocratique balance au moins dans l'Assemblée nationale celui des patriotes. On voit que les présidents alternent, ce qui en est une preuve. Quant aux décrets, il faut observer que lorsqu'on en vient à l'appel nominal, ceux qui craignent la lanterne s'empressent de disparaître.

On a trouvé ce quatrain affiché au sujet de l'ordre d'illuminer dimanche dernier :

De par monsieur le maire Et son quadruple appui, L'on fait défendre aujourd'hui De plus songer à la misère.

LETTRE NEUVIÈME

De Paris, le 27 février 1790.

On est fort inquiet sur ce qui se passe en ce moment dans nos colonies de l'Amérique. Il paroi t que les habitants sont décidés à faire scission avec la métropole, sauf à prendre ensuite un de ces trois partis : ou rentrer sous la domination de la France , ou se vouer à la protection de l'Angleterre, ou former une république indépendante. M. de la Chevalerie, ancien militaire, est à la tête des insurgents. L'explosion s'est faite dans la partie septentrionale de Saint-Domingue. La contagion gagnoit rapidement au départ des lettres, et des vaisseaux anglois rudoient autour de l'île. Le gouverneur et les tribunaux étoient sans autorité.

Les aristocrates, qui veulent maintenant être appelés les impartiaux, ont proposé d'investir le pouvoir exécutif d'une dictature absolue pendant trois mois, pour réprimer le brigandage des provinces. Les patriotes, qu'ils nomment les enragés, n'ont pas donné dans le piège. Pendant qu'on délibéroit à ce sujet dans l'Assemblée , on faisoit au Palais-Royal la motion de prendre les armes et d'exterminer ceux qui auroient adbéré à ce décret. Mais heureusement il y en eut un pins sage qui remet aux municipalités le soin de la tranquillité publique.

Lorsque le Roi se promène dans le jardin des Tuileries, on ne peut y entrer, du moins sans billets. On prétend qu'un Suisse en faction repoussant un étranger qui se présentoit, celui-ci lui demanda la raison de son refus. « C'est que nous venons de cacher le Roi, » répondit naïvement la sentinelle.

Une gravure très-rare représente le Manège à découvert. D'un côté on voit le vicomte de Noailles qui s'empare des droits féodaux; d'un autre, l'évoque d'Autun qui donne les biens du clergé à la nation. Sur la gauche, le comte de Mirabeau, Barnave et Chapelier décidant entre eux la banqueroute, Rewbell sortant avec la garde nationale pour aller chez les particuliers saisir le numéraire. Sur la porte est écrit : « Spelunca latronum. »

La rareté du numéraire continue, et les billets de Caisse d'escompte sont dans un discrédit affreux. Une sentence récemment rendue au Chàlelet n'est pas propre à leur rendre la confiance publique. Ce jugement a déclaré nulles des offres réelles de 75,000 livres pour le prix d'une maison, faites en billets de Caisse. Il a été ordonné que ces offres réitérées fussent en écus.

Du 28 terrier.

A l'argent près, tout s'arrange chez nous. Sûrs d'être maintenant inattaquables, les patriotes s'occupent de faire revenir ceux de leurs concitoyens que la frayeur avait éloignés du royaume. Il y aura incessamment un décret à leur sujet.

Les plaisants n'ont pas manqué de relever un mauvais propos échappé dans un souper à M. Chapelier. Il s'avisa de dire qu'il passeroit volontiers une nuit avec Madame Elisabeth. On a annoncé son mariage futur avec cette princesse, et l'on a supposé

cj iT m ne perte excessive qu'il a faite au jeu retardoit cet hymen. On dit maintenant que près d'être maire à Rennes, M. Chapelier presse Madame Elisabeth de lui donner sa main ; qu'il lui

représente qu'en qualité <ie législateur el (le maire, il est audessus (le son frère, le Roi; mais on ajoute que la princesse, attachée aux droits des Bourbons, refuse cet honneur.

L'abbé Maury pressoit dernièrement le cocher d'un fiacre qui le conduisoit. Celui-ci fouette ses chevaux, en criant : « IL.. d'aristocrate! » — k Est-ce que tu me connois? » dit l'abbé. — k Non, mon bourgeois, n — « Qui appelles-tu donc aristocrate? » — « C'est la bète que j'ai sous la main : elle ne tire pas, elle laisse faire toute la besogne à l'autre. »

LETTRE DIXIEME

De Paris, le 5 mars 1790.

On l'avoit prévu : le supplice de M. de Favras a sauvé M. de Besenval. Il eût été atroce sans doute de punir un officier général d'avoir obéi au Koi qui le payoit. On doit des égards à l'habitude ancienne de croire l'Etat concentré dans la personne du monarque. On ne sait que depuis peu de temps que la nation est au-dessus de l'individu qu'elle a placé à sa tête. Mais avouons qu'il est étrange qu'au moins une mercuriale solennelle aux personnes qui ont prêté leur bras au despotisme et à ses projets destructeurs n'auroit pas été inutile pour servir d'exemple et pour opérer des conversions. On dit hautement que l'argent a été répandu avec profusion dans l'instruction des procès qui viennent d'être terminés, et même dans celui de Favras. On prétend que les instigateurs de celui-ci n'ont point désiré de le sauver, et qu'ils se sont contentés d'empêcher que l'on ne pressât les révélations qu'il auroit pu faire. Il consentoit à parler si l'on eût prolongé sa vie. La clémence et la politique étoient d'accord en cette occasion : est-ce l'argent, est-ce la crainte du peuple, qui ont fait précipiter son jugement? Telles sont les réflexions que font faire aux gens impartiaux les défiances dont nous ne pouvons encore nous défaire.

Les poissardes n'ont pas manqué d'aller féliciter M. de Besenval

et lui présenter un bouquet. Ces femmes-là sont du parti qui veut les avoir.

Du 7 mars.

La nouvelle de la mort de l'Empereur et de eelle de l'archiduchesse a causé la plus vive douleur à la cour, et est venue fort à propos pour nos politiques à deux sols, dont les matériaux commençoient à s'épuiser.

Il y a toujours de grands troubles dans nos provinces. L'abbaye de Redon, en Bretagne, a été incendiée par des brigands. Le peuple s'est soulevé à Caen, à l'occasion de la cherté des comestibles : il vouloit avoir le pain à huit sous les quatre livres, le vin au même prix la bouteille, et la viande à six sous. Comme il étoit impossible de le satisfaire, on a commandé des troupes, qui se sont réunies à la garde nationale de cette ville. La mêlée a été fort vive, et le peuple repoussé; mais il s'est promis de prendre sa revanche.

La société de la Révolution, établie au Palais-Royal à l'instar de celle de Londres, éprouve déjà les traits de la calomnie. On répand que ses membres ont agité dans des assemblées secrètes la répudiation de la Reine. Ce fait est aussi faux qu'il seroit étrange. Ce seroit trop exiger que de vouloir qu'accoutumée à jouir d'une autorité presque sans bornes, une princesse se réjouît <l'une révolution qui l'en prive. Ce nouvel ordre de choses lui a coûté des regrets, surtout parce qu'il a amené la dispersion de tout ce qui l'entouroit ; mais elle a dû s'en consoler par la certitude de regagner le cœur de tout un peuple. Elle s'est prêtée k tous les sacrifices qu'on lui a prescrits, et elle paroît enfin convaincue que son fils ne pourra être heureux que par la nouvelle constitution. Elle a promis que ce seroit le premier livre où il apprendroit à lire.

La lettre du duc d'Orléans à l'Assemblée nationale n'a pas raccommodé le public avec ce prince, auquel on ne suppose plus de principes déterminés. La duchesse son épouse a rétabli les soupers du Palais-Royal, ctlaprincesscdeLamballc s'y montre fort assidue. La méchanceté, qui ne croit jamais aux conversions, n'explique point à l'avantage de la première le rapprochement de deux bellessœurs dont les mœurs ont jusqu'ici été totalement opposées.

i:*<> CORRESPONDANCE SECRÈTE.

Vous avons Ions les jouis de nom cau\ duels. Le chevalier

de Rivarol a Messe son adversaire au cou en présence do beaucoup de dames et de chevaliers, comme il est d'usage depuis la révolution...

LETTRE ONZIÈME

De Paris, le 10 mars 1790.

On vient encore d'arrêter à Arpajon une religieuse chargée de lettres qui n'ont à la vérité ni dates, ni adresses, ni signatures, mais dont le contenu mérite que l'on interroge de près celle qui devoit apparemment les distribuer.

Le ministre des finances n'est pas ménagé dans les motions du Palais-Royal; les esprits sont généralement mécontents, et un mécontentement extrême rend souvent injuste. Le dernier discours de M. Necker prouve que ses ressources sont épuisées, et il est à craindre que les finances ne soient également la pierre d'achoppement de l'Assemblée nationale. Elle ne se conciliera les citoyens que lorsqu'elle les aura rassurés par de sages dispositions, à cet égard, sur la banqueroute, que des paroles seules ne proviendront point. Cette banqueroute, quelque déguisée qu'elle fût, entraineroit une guerre civile, de même qu'une guerre civile, occasionnée par l'augmentation de la misère actuelle, rendroii la banqueroute inévitable.

En attendant que ce grand objet soit réglé, l'Assemblée nationale a fait un décret qui va lui rendre la faveur des négociants de nos ports. Hier, elle a décidé à l'égard des colonies et des nègres que les choses resteroient sur l'ancien pied.

On a grand besoin que le commerce vienne au secours de la Caisse d'escompte, qui joint la défaveur au discrédit.

Les plaisants attribuent les coliques de M. Xecker et son besoin d'aller prendre les eaux à la dénonciation du sieur Rutlidge contre ce ministre, dénonciation que l'auteur et l'imprimeur ont signée. Il faut se rappeler que M. Rutlidge en prison demandoit à être confronté avec M. Necker; qu'il a été refusé et élargi provisoirement. Il revient à la charge, et il veut un jugement, réitérant que sa tête ou celle de son adversaire doivent rouler

sur un échafaud. Cette marche ne peut guère être celle d'un calomniateur, à moins qu'elle ne soit celle d'un fou. Et comment concilier ces inculpations avec la sévère probité et le désintéressement de M. Necker, auquel on reconnoît ces qualités, en lui refusant quelquefois le génie supérieur qui n'est pas moins nécessaire à sa place ?...

Du 13 mars.

M. Necker s'est retiré à sa campagne de Saint-Ouen, après avoir envoyé à l'Assemblée nationale un nouveau mémoire explicatif du précédent. C'est quitter le ministère ou autant vaut, car ce ministre se propose de rester dans cette retraite jusqu'à la belle saison, qu'il veut passer aux eaux de Vichy. On dit qu'il est mortellement attaqué. Chaque parti assigne diverses causes morales à ses maux. Son départ n'a pas fait la moindre sensation. Sont-ce les temps, est-ce le peuple, ou l'homme qui naguère étoit son idole, qui sont changés?...

Quelque fâcheuse que soit notre situation en finance, nous nous repaissons de la plus agréable perspective. En effet, du jour au lendemain, on peut vendre pour quelques centaines de millions de biens du clergé. La confiance rétablie alors, ces ventes étant réelles et sûres, l'or des juifs et des protestants reparoitra. Le projet de faire acquérir les biens ecclésiastiques aux municipalités par entreprise et par spéculation, remplira cet objet. C'est le moyen de rendre le peuple entier garant de cette opération. Déjà on s'occupe des assignats qui en accéléreront les effets.

11 est faux que madame de Favras ait reçu les 400,000 livres dont on a parlé. Mais il lui a été adressé des consolations de toute espèce par le parti aristocratique. Les deux frères du défunt, que ce parti nomme « le Socrate Favras » , ont conduit leur neveu avec beaucoup de solennité au régiment, où le vicomte de Mirabeau lui a donné une lieulenance.

LETTRE DOUZIÈME

De Paris, le 15 mars 1790.

Le public a trouvé la solution de l' énigme que M. de Favras a donnée à deviner dans son testament. C'est le prince de Tingry qui

a donné cent louis à ce socrate Favras, etc. A propos de ee conspirateur que les aristocrates socialisait , voici uu fait qui prouve leur inconséquence. Le jour de sa mort, un certain nombre de grands personnages étaient rassemblés : des courriers arrivoient

à chaque instant pour rendre compte de ce qui se passoit. Enfin il en vient un qui annonce que le marquis avoit demandé à monter à la Ville, pour y révéler, dit-il, des choses importantes. A cette nouvelle tout le cercle pâlit : on le traite de lâche, et on lui prodigue toutes les injures possibles. On a observé encore que le jour de son exécution, plus de quatre cents personnes avoient fait les préparatifs de leur voyage, et que tous les chevaux avoient été arrêtés au bureau de la poste. Voici encore un autre fait qui peut lever un coin du voile de cette conspiration. Sur la discussion in ntramque jyartem, un abbé de Bruxelles qui se trouvoit dernièrement au café de la barrière des Sergents dit : « Sans entrer dans votre dispute, voici ce qui s'est passé sous mes yeux à Bruxelles. Ma mère étoit au mois d'août dernier sur le point de partir pour Paris, et M. de Favras, qui se trouvoit alors à Bruxelles, lui dit : Madame, ne partez point pour Paris, je vous y invite. Rien n'est plus assuré qu'il y aura une contre-révolution, et vous n'y serez pas rendue que vous verrez Paris tout à feu et à sang. »

Le Chàtelet toutefois ne se justifiera pas du soupçon que la crainte du peuple l'a dirigé dans ce jugement.

On a parlé de remettre le portefeuille des finances entre les mains de M. de Calonne. M. de Barnave en a même fait la motion à l'Assemblée nationale. Beaucoup de personnes qui avoient jugé avec trop de précipitation, conviennent aujourd'hui qu'il est peutêtre le seul qui puisse reconstruire l'édiiice ruiné de la fortune publique. On sait que M. de Barnave n'agit et ne parle que d'après les inspirations du comte de Mirabeau. II n'est pas douteux que ce ne soit encore lui qui l'ait encouragé a faire cette proposition, d'autant plus que quelqu'un parlant à M. de Mirabeau, il y a six mois, des talents de M. de Calonne et des regrets qu'il avoit de les voir perdus pour la France, M. le comte de Mirabeau répondit : « Il est quelquefois bon de croire aux revenants. »

Une femme témoignoit au vicomte de Mirabeau son étonnement de ce que Boniface étoit son nom de baptême. « Madame, lui dit le vicomte, celui de mon frère vous étonnera bien davantage : il s'appelle Honoré. »

M. Gautier de Biauzat, député à l'Assemblée nationale, ayant

reçu un paquet cacheté portant ces mots sur l'adresse : « Pour

n'être ouvert qu'à l'Assemblée n , l'ouvrit à la séance du mardi et

demanda permission de lire son contenu. C'étoit une adresse

injurieuse qui commençoit par ces mots : « Le Roi est dans les

fers, la France plongée dans une affreuse anarchie'; la religion

n'existe plus, ses ministres sont avilis; il n'y a plus de loi. Que

sommes-nous? Les vils esclaves des brigands qui forment la

majorité de l'Assemblée, etc. On n'a pas permis d'en achever

la lecture.

On parle d'une lettre que le Roi de Pologne a écrite ici , où il se déclare chaud partisan des opérations de l'Assemblée nationale.

L'abbé Maury déclama fortement ces jours derniers à la tribune contre M. IYecker. Comme on le rappeloit à l'ordre , le président dit qu'il y étoit : « Le droit de chacun des membres, dit-il , lorsqu'il discute les intérêts de l'Etat, est de s'exprimer librement sur les personnes comme sur les choses. » Alors, l'opinant tomba avec plus de force sur le premier ministre et y joignit des sarcasmes contre quelques comités de l'Assemblée. Cette fois, le président le rappela à l'ordre. Le comte de Mirabeau voulut parler ; on représenta qu'il n'étoit pas sur la liste. « C'est contre vous, dit-il au président, que je demande la parole; quand me la donnerez-vous? » L'Assemblée consultée, tout le côté droit, celui des aristocrates, se leva pour qu'il eût la parole, et le côté gauche pour qu'elle lui fût refusée. La majorité fut contraire au comte de Mirabeau, que cette aventure a mécontenté autant qu'elle a étonné les spectateurs. Le président est M. Rabaut de Saint -Etienne. Cet événement est au nombre des signes qui démontrent une fermentation cachée, dont l'explosion peut produire des effets fort extraordinaires.

TO.MK II.

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