‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 42 sur 79 · COU II E SIM) X I) A \ C E S E ( \ \\ E T E · texte numérisé non relu

COU II E SIM) X I) A \ C E S E ( \ \\ E T E

LETTRE TREIZIÈME

De Paris, le 27 gan I 7%ê,

La singularité de l'événement qui a privé, il \ a quelque temps, le comte de Mirabeau du plaisir de pérorer, mériloil bien que Ton on recherchât la cause. On prétend qu'il esl sans cesse obsédé par deux émissaires anglois et par leurs billets de banque. Us Jui avoienl présenté un travail pour l'abolition de l'esclavage des nègres, L'Angleterre, dùt-elle perdre aussi la Jamaïque, espère que la France, par cet acte d'humanité, pordroit toutes ses colonies dans les Antilles. Le comte avoil fait un très-beau discours en faveur des noirs, et Favoit lu au club des Jacobins. Cette société, composée de deux cents bons députés, Favoit désapprouvé. C'est ce discours qu'on Fempècha de prononcer, et dont les aristocrates attendoient un heureux effet pour leur parti. Ils n'ont point perdu l'espérance. AI. d'Lprémesnil fait préparer sa robe rouge pour la rentrée de Pâques. On dit qu'il a l'envoyé son maître d'hôtel, parce qu'il l'a trouvé lisant la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

La part que l'Angleterre prend sourdement à nos événements intérieurs, et celle que nous serons peut-être forcés de prendre à ceux du dehors, peuvent en effet déranger extrêmement les plans patriotiques. Nos ministres ne les secondent point de bonne foi. On entend les aristocrates les plus outrés à table chez AI. de Saint-Priest et chez le garde des sceaux, où ils se réunissent souvent, se permettre les propos les plus violents sur la révolution. On sait que le dernier a toujours été regardé comme un intrigant et un roué de la première classe. Les dehors affectés de démocratie de Monsieur n'empêchent point qu'on le croie pénétré de principes contraires. Sa conduite prouve qu'il les al lie i la crainte d'en être soupçonné. La Heine disoit dimanche dernier à une dame de sa cour : « Je n'omets rien pour les coulcnter, je n'oublie rien pour leur plaire, eh bien, j'aurai peut-éire assez de guignon pour ne point réussir. » On ne peut se persuader que ses promesses soient sincères. Quelques mots lâchés dans sa coterie, son projet, dont on ne doute point, d'exciter le rappel de AI. de Calonne, le dépit que cette princesse ne peut entièrement

cacher, sont des preuves de sa véritable façon de penser. Enfin, le château des Tuileries est regardé comme la boite de Pandore , le centre de l'aristocratie, dont les rayons divergents s'étendent à la circonférence du royaume, à la tangente de laquelle (en dedans et en dehors) il y a des foyers d'aristocratie qui communiquent -au principal foyer de Paris.

La conduite des lieutenants du maire, et surtout celle de Bf. Boucher, son secrétaire, font douter que M. Bailly soit réélu maire. La prochaine élection des officiers municipaux et les disputes des districts pour la permanence sont autant de pommes de discorde qui ne peuvent manquer d'entraîner des troubles.

M. le Camus suit avec chaleur ses dénonciations d'abus dans l'adminislration des finances, sur les pensions accordées aux anciens suppôts de la Bastille, sur les payements faits au prince de Condé, au duc de Bourbon, au duc du Chàtelet, etc., depuis l'ordre de suspension, et il paroi t que le public lui devra la connoissance des déprédations secrètes consignées dans le Livre rouge. Elles se montent, depuis J77ijusqu'en 1789, à deux cent vingt-huit millions. Le Roi y a cartonné tout ce qui regarde son prédécesseur, à la réserve des trois derniers mois, dont la dépense se monte à trois millions.

La jolie maison de Bagatelle, appartenant au comte d'Artois, est à vendre à 150,000 livres.

La mère de l'abbé de Périgord, député, répondit dernièrement à une dame qui lui faisoit l'éloge de son fils : « Si je n'élois aussi sûre de moi que je le suis, je croirois que c'est mon cocher (fui m'a fait ce monstre, w

Il y a de nouveaux troubles dans les provinces méridionales. On ne s'est point trompé en parlant des manœuvres sourdes des ennemis de l'État. Exciter les brigands, répandre des mécontentements parmi le peuple et resserrer le numéraire, ce sont les bases de leurs opérations. Dernièrement, M. Duport vanloit les moyens de douceur pour ramener le peuple égaré, ci citoit l'exemple de M. de la Fayette, k Ce n'est point avec des troupes, s'écrioit-il, qu'il a calmé les séditions; c'est en se montrant seul, armé de sa douce éloquence • VI. Cazalès a répliqué : « Et à

Versailles!... »

LETTRE QUATORZIÈME

De Paris, le 2 avril 1790.

Tous les esprits sont oeeupés en ce moment du complot du comte de Maillebois, et le sont tellement que l'on craint les suites de cette fermentation. Elles sont en effet redoutables, si les partisans cachés de l'aristocratie sont aussi nombreux que le fait craindre ce que l'on sait de ce projet. Ceux-ci s'efforcent de le faire passer pour une chimère; mais il n'a de problématique pour Jes gens instruits que la part que des têtes augustes peuvent y avoir prise. Quoi qu'il en soit, on a arrêté un grand nombre de personnes qu'on accuse d'avoir consenti à en être les instruments. On prétend que la salle de l'Assemblée nationale devoit être minée, et qu'on l'auroit fait sauter en l'air : on a doublé, triplé les gardes qui veillent k la sûreté de nos législateurs. Ils ont entamé l'affaire des Parlements : leur triomphe sur ces corps n'est pas l'aventure la plus facile qu'ils aient eu à tenter.

Le peuple murmure de la réponse que le Roi vient de faire n M. de la Fayette, sur sa demande que le service dans la garde nationale compte pour la croix aux officiers de divers régiments qui s'y sont attachés. « Vous savez, lui a dit Sa Majesté, que cette récompense n'est accordée qu'au service militaire. »

« Vous ne cessez de parler de banqueroute , disoit dernièrement M. Fréteau à l'abbé Maury; ce mot paroit avoir tant de grâce dans votre bouche, qu'on vous croiroit intéressé à la chose! Vous devriez cependant vous rappeler que votre père vous avoit expressément défendu de le prononcer. »

Du 3 avril.

On a découvert que dans la nuit du 26 au 27 mars, cinquante aristocrates ont tenu une assemblée secrète au château des Tuileries. On a procédé dans ce conciliabule, par voie de scrutin, à l'élection d'un chef de contre-révolution : il y avoit des députés de l'Assemblée nationale. Mais ce qui est plus singulier, c'est que le choix est tombé sur M. de la Fayette, pour être à la tête de cette contre-révolution sous le titre de lieutenant général du Royaume. Espéroit-on le corrompre ou le rendre odieux à son

parti? C'est ce qu'il est difficile de déterminer. Quoi qu'il en soit, une garde choisie veille à sa sûreté : de demi-heure en demiheure on fait des perquisitions dans son hôtel; on a visité jusqu'aux recoins des caves. 11 est question d'un manifeste que les princes fugitifs doivent publier incessamment.

Dans le plan du comte de Maillebois , le même sans doute qui a donné lieu à ces assemblées, le Roi devoit être conduit à Lyon. Il n'est pas probable que Sa Majesté y ait consenti; mais depuis cette découverte elle est veillée de près, et l'on ne souffrira probablement pas que son projet de voyage à Fontainebleau soit exécuté. MM. Bailly, de la Fayette et Garan de Coulon, président du comité des recherches, ont eu avant-hier à ce sujet une conférence avec le Roi.

Madame de Cassini de Thury, maîtresse du comte de Maillebois, a été entendue il y a deux jours. C'est elle et son influence sur un vieil amant que l'on accuse particulièrement. Les femmes surtout rejettent sur son ambition et sur son humeur inquiète toutes les fautes du général. Il est heureux d'avoir pu s'échapper à temps.

M. Necker est toujours dangereusement malade : il paroît tomber dans une langueur qui est une suite assez naturelle de la singularité de sa situation. Un grand mérite peut encore être audessous des grandes places. Un aristocrate lui a préparé cette épitaphe :

Quand devant Dieu parut avec effroi Le directeur vantant sa conscience ,

Le Seigneur lui dit : « Réponds-moi ,

Neckcr, qu'as-tu fait de la France?

— J'ai laissé le peuple sans roi ,

Et le royaume sans finance. »

LETTRE QUINZIÈME

De Paris , le 6 avril 1790.

Le prince de Conti est de retour, et après s'être présenté au

Roi, a prêté dans son district le serment civique. Il a donné en

même temps 2,000 livres aux pauvres, et a distribué de l'or aux

malheureux qui entouroient son palais lorsqu'il y est entré. On

Vis CORRESPONDANCE SECRETE.

ne douté point que la [tins grande partie <l<'s fugitifs ne re* iennent ainsi successivement.

Le jour de Pâques, le Roi et Mowsiewr oui rendu le pain bénit à Peurs paroisses respeetives. C'est l'abbé Maury qui a prêché le sermon de la Cène devant le Roi.

i)u 10 avril.

Le château des Tuileries donne toujours de ['inquiétude. La cabale autrichienne, que ÏU. de Saint-Priest dirige', cherche par toutes sortes de cajoleries à mettre M. de la Fayette dans ses intérêts, pour l'aider à renouveler le traité d'alliance avec la rour de Vienne et celle de Madrid. Cette circonstance, le projet de nommer M. de la Fayette lieutenant général du Royaume, l'avis qu'il a ouvert de renvoyer au pouvoir exécutif les dépèches du congrès de Brabant, etc., concourent avec .quelques autres motifs à rendre suspect ce commandant général. Il perdra bientôt la confiance publique s'il ne renonce à ses liaisons avec la coin-. De tous les patriotes marquants, il a été longtemps le seul qui n'eût pas d'ennemis dans son parti , et qui fût même ménagé par le parti opposé. Ce ménagement devient actuellement un grief que l'on joint aux autres.

Les ministres paroissent disposés à soutenir leur autorité. M. de Saint-Priest est le plus odieux aux patriotes éclairés. Ce n'est plus à leurs yeux un problême qu'il n'ait formé le premier le plan d'enlever le Roi pour le conduire à Metz, et l'on assure que la discrétion de M. de Favras, à l'heure de la mort, a été achetée par la promesse religieusement exécutée, comme on Ta su, d'une sorte de récompense à sa veuve. On ajoute que le rapporteur étoit gagné : celui-ci a montré en effet de la répugnance à recevoir ses dépositions, bien loin de chercher à les exciter.

Une société patriotique prépare une dénonciation contre ce ministre, dont le département n'a plus d'objet, et dont l'ambition perce à travers ses dehors modestes.* Elle a même nommé des commissaires pour recueillir les charges.

La publication du « Véritable Livre rouge » réveille lanimosité des esprits. Il s'est fait au Palais-Royal des motions extrêmement vives contre les princes, la Reine et les ministres. On nous annonce la découverte d'autres dilapidations encore plus bon-

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teuses. Ceci et la Bastille dévoilée suffiroient pour justifier la révolution.

Le prince de Conti reçoit journellement d'infâmes lettres anonymes. Il a eu la foiblesse de dire que si cela continuoit, il relourneroit dans le pays étranger. Les aristocrates ne lui pardonnent point son empressement à faire en personne, à son arrivée à Paris, le serment civique, qu'il avoit fait d'avance par procuration.

Le Cliàtelet s'occupe de l'information relative aux événements de l'horrible nuit du 4 au 5 octobre. L'illustre fugitif de Londres, le comte de Mir..., Barn... et Chap... peuvent y être fortement compromis. On a remarqué que ce dernier a perdu des sommes énormes, et qu'il n'a que 4,000 livres de rente. Ce peut être. Il vient de vendre un bien de patrimoine en Bretagne, ce qui détruit ce motif de soupçon, à moins que l'on ne suppose que c'est une finesse de sa part. Quel que soit le résultat de l'information, s'il est jamais mis au jour, on pourra dire à cette occasion que le plus mauvais moyen peut quelquefois produire un bon effet.

Le comte de Mirabeau a déjoué avec fermeté ses ennemis, qui l'attaquent impitoyablement. Quelqu'un lui témoignoit de l'inquiétude sur leur méchanceté, et lui conseilloit de prendre des précautions pour mettre ses jours en sûreté : « Je n'ai rien à craindre, répliqua noblement le comte, jen'ai pour ennemis que des honnêtes gens, et les honnêtes gens n'assassinent pas. n

LETTRE SEIZIEME

De Paris, le 16 avril 1790.

La question sur la religion proposée ces jours-ci à l'Assemblée étoit le signal et le moyen de nouveaux efforts pour une contrerévolution. Tel étoit le plan des aristocrates, dans le cas prévu où le décret sur l'unité de religion ne passeroit pas. Il y avoit une protestation prête que l'on vouloil faire signer au Koi. L'abbé Maury dit à ce sujet : « S'il nous refuse sa signature, nous ferons connoitre dans les provinces par quel prince sot et foible nous sommes gouvernés... » Ensuite les députés impartiaux dévoient se cendre dans les églises, dans les places publiques, prêcher le

4i0 CORRESPONDANCE SECRÈTE.

peuple au nom de la religion et des mœurs, pour le soulever. On sait que le comte de Mirabeau, a cette laineuse séance de mardi,

a rappelé les horreurs de la Saint-Barthélemi L'abus des

mots, a repris son frère le vicomte, a toujours entraîné l'abus des choses. Si des fanatiques ont abusé du nom sacré de la religion pour massacrer, n'avons-nous pas vu des scélérats, des conspirateurs , abuser du mot sacré de liberté pour violer l'asile de nos rois et ensanglanter les marches du trône!... » Allusion terrible à la journée du 5 octobre , qui feroit préjuger de la force de la déposition du vicomte au Châtelet, si cette déposition n'étoit déjà connue. Pendant tous ces mouvements dans Paris, les groupes qui se formoient et les motions qui s'élevoient surto.ut au Palais-Royal alarmoient la Reine, et elle étoit fort agitée. M. Necker n'avoit plus la même sérénité qu'on lui avoit remarquée h Versailles, dans un moment peut-être plus critique. Les temps sont changés : il sait qu'il n'est plus le ministre adoré du peuple. Il voyoit d'ailleurs la foule s'accroître sous ses fenêtres. Une garde redoublée l'a dissipée.

Les auteurs du nouveau complot avoient répandu de l'argent parmi les forts de la halle : ceux-ci sont allés le porter à leurs districts. Dans la nuit du lundi au mardi, il y a eu des tentatives pour l'enlèvement du Roi. Tous les chevaux de ses écuries étoient préparés , et l'on assure que les palefreniers ont encore l'ordre de se tenir toujours prêts; mais les précautions ne sont pas moindres. Cet enlèvement est-il volontaire ou involontaire? C'est ce qu'il n'est pas aisé de décider d'un roi foible, mais dont la bonté de cœur est reconnue. Ce qui fait croire qu'il n'entre pour rien dans ces projets, c'est qu'il passe pour constant qu'il a fait consigner à l'entrée de ses appartements l'abbé Maury, le vicomte de Mirabeau, d'Eprémesnil, etc. Mais Maury, Cazalès et Foucault se sont présentés au dîner de Mesdames^ et y ont été accueillis..,

Enfin, la prise de possession des biens du clergé, qui a été la principale pierre d'achoppement, a rétabli le calme dans l'esprit des Parisiens, en même temps que l'activité de la garde nationale a déconcerté tous les complots.

Il est donc décidé que nous aurons un papier-monnoie , mais ce sont des assignats hypothéqués portant intérêt, et sous la sur-

vcillancc comme sous la garantie de la nation. On doit craindre seulement que la somme de la création, bornée à quatre cents millions, étant insuffisante, la nécessité n'excuse les abus que Ton peut faire de cette forme dans la suite. Déjà Ton apprend une nouvelle manœuvre des ennemis de la Révolution. Ils ont soudoyé des compagnies pour les vendre à perte, afin de les décréditer. Ce moyen coûteux paroit d'un succès d'autant plus incertain que déjà les effets publics reprennent faveur.

Epigramme contre le Châtelct.

0 vous qui lavez Broglie , Augeard , Qui lavez Besenval , qui laveriez la peste ,

Vous êtes le papier brouillard , Vous enlevez la tache, et la tache vous reste.

LETTRE DIX-SEPTIÈME

De Paris, le 24 avril 1790.

L'espoir des aristocrates paroit singulièrement affoibli depuis la cbute du projet Maillebois, dont l'exécution étoit fixée au 10 du mois prochain. Quatre millions neuf cent trente-quatre mille citoyens en armes ne sont pas un obstacle facile à vaincre. Le comte d'Artois a fait cette réponse verbale au courrier qui lui avoit porté la proposition d'accéder à ce plan : « Je m'y livrerois volontiers , s'il n'en devoit nécessairement résulter une guerre civile dans le Royaume. »

Il s'en faut cependant que les craintes de cette guerre civile soient entièrement évanouies.

Les Noirs ont quitté Je couvent des Capucins pour transporter leurs séances à la Sorbonne, antique berceau des discordes civiles, où ils sont inspirés par les mânes du despote Richelieu. Les huées et les clameurs du peuple, qui les avoient dégoûtés du quartier Saint-Honoré, les ont poursuivis dans ce nouvel asile. On assure qu'ils ont pris la résolution de s'assembler désormais chez le vicomte de Mirabeau.

Le marquis de Saint-Huruge est le grand maître de cérémonies des huées et des sifflets du peuple. On dislribuoit à la porte du club des aristocrates des écus pour siffler, et plusieurs

domestiques oui été pagres pour huer leurs maîtres. . . Le vicomte dte Mirabeau et \I. Gazslès en rend an I compte «les insultes qu ils

oui reçues du peuple n'ont pas dit qu'ils les ai oient provoquées par les épilliètes de gredins, canaille, » etc., irai h adressoienl an public. L'officier (jui sauva VMd AIaur\ le même jour disoit an peuple : » Que l'ailes-vons ? Songez Draw c'est un représentant de la nation, dont Ja personne est inviolable. — .. Va, I)...., reprit un homme du peuple en montrant le poing à l'abbé, patience ! tu ne seras pas toujours inviolable! »

Le Roi a l'ait dire aux aristocrates qu'il verroit de mauvais œil leur protestation contre ce qui a été décrété. Quoiqu'il soit mal entouré, il est fidèle à sa promesse du -4 février. Depuis longtemps le monarque est de la plus grande sobriété; il a conçu le ferme dessein d'acquérir tous les droits à notre vénération comme à notre amour. Il ne vouloit que vingt millions pour la liste civile; ses ministres Font engagé à en demander vingt-deux ; le club des Jacobins veut lui en donner vingt -cinq. On assure qu'il n'acceptera pas cette augmentation.

On a saisi une quantité d'exemplaires des Actes des Apôtres. M. Didot a envoyé à M. Manuel le manuscrit du dernier numéro, signé Pelletier. Celui-ci s'est rendu chez l'administrateur, et, après avoir défendu les droits de la liberté, a insisté pour que son numéro fût publié, « car, a-t-il ajouté, que dira la Reine, si elle ne le lit pas demain matin? » Ce pamphlet aristocratique fait l'amusement habituel de Sa Majesté.

On dit la comtesse d'Artois enceinte, et que, suivant l'étiquette, elle doit repasser en France pour y faire ses couches.

L'ambassadeur de France à Londres a averti AI. de Montmorin qu'il existoit une correspondance secrète entre M. de Mirabeau et le duc d'Orléans, et des relations intimes de celui-ci avec le ministre Pitt.

LETTRE DIX-HUITIÈME

De Paris, le 2 mai L71K).

La scène scandaleuse qu'a causée la nomination de M. de Virieu à la présidence de l'Assemblée a été l'époque de nouvelles

terreurs. Le côté droit a fait ouvertement scission. 11 ne lui manquent jusqu'ici que le courage de braver la lanterne. L'explosion est faite. Le parti vaincu annonce ouvertement le projet de dissoudre l'Assemblée. En voyant à quel point les esprits s'échauffent, on ne peut se rappeler sans inquiétude que la plupart des représentants de la nation ne se réunissent point sans avoir visité les armes dont ils sont secrètement pourvus. Si la certitude d'être observés par un peuple qui s'est montré redoutable modère leurs emportements, au moins a-t-on à craindre que le grand travail de la Constitution ne reste imparfait. C'est une voûte qui n'a aucune solidité, jusqu'à ce qu'elle soit entièrement terminée. Le résultat de nouvelles élections, l'esprit qui régira une nouvelle législature, les manœuvres de l'interrègne, peuvent ebanger totalement l'ordre des choses ; le Roi vient cependant de déclarer hautement qu'il regrette de n'avoir point été élevé dans les nouveaux principes qu'il a adoptés. « J'aurois pu prévenir, disoit-il dernièrement, tous les maux de l'année passée. »

C'est vraisemblablement à ces circonstances qu'il faut attribuer la baisse des effets publics, que la création des assiguats-monnoie avoit un peu relevés. Les élans de l'enthousiasme peuvent produire des effets ressemblant à ceux de la confiance , mais on ne voit encore aucune base solide sur laquelle la confiance puisse s'établir. Des agioteurs ont déjà vendu à 6 pour 100 de perte des assignats-monnoie à livrer au 30 de juin, et il y a des marchés en négociation à 10 pour 100 de perte à la même époque.

Pendant cette crise mille fois fàcbeusc, à laquelle on ne peut assigner de terme, les hommes et le numéraire s'évanouissent peu à peu. Les émigrations ont gagné toutes les classes. In grand nombre de citoyens utiles, d'artisans, de commerçants peu aisés, s'expatrient journellement. Des familles entières ont déjà passé dans l'Amérique septentrionale.

La détresse générale, les troubles, mais surtout les manœuvres coûteuses de l'esprit de parti, ont dérangé beaucoup de fortunes. Les banquiers avoient résisté jusqu'ici à l'effet de ces désordres. Quelques maisons viennent de succomber à leur contre-coup, et l'on craint que leur faillite n'en entraîne un nombre effrayant d'autres. On nomme Tourton et Ravel et Rougemonl.

I » 1 1 '■'> mai.

On diroitque nous approchons rapidement d'une crise terrible. L'aristocratie fait les derniers efforts. Elle ;i voulu employer les gardes suisses à produire une contre-révolution , comme les gardes françoises l'ont été pour la cause Au peuple. Il y a eu un combat sanglant entre les premiers et les chasseurs nationaux. On a trouvé des lettres de M. de Favras dans les poches des vingt-deux soldats qui ont été arrêtés dans les Champs-Elysées l'hiver dernier, et que Ton vient d'envoyer au Chàtelet. C'est la religion qui est le mot de ralliement, et ce lien doit rapprocher le Chàtelet, les Parlements, le clergé, la nohlcssc, le ministère et tout ce que l'on pourra séduire de troupes réglées. Cette dangereuse coalition agit dans les provinces avec la plus grande activité.

Le Roi montre beaucoup de bonne foi et de fermeté. C'est lui qui a forcé M. de la Luzerne de rendre compte à l'Assemblée nationale du traité avec Alger. Le ministre trouvoit cette démarche au-dessous de sa dignité. « Je n'ai pas besoin de vos avis, a dit le monarque, pour savoir comment je dois me conduire avec la nation. »

A Rennes et à Toulouse , les complots de l'aristocratie , sous le prétexte de la religion, ont eu du succès. Il y a eu dans cette dernière ville du sang répandu. Cette guerre de religion a été provoquée par des libelles incendiaires, des pèlerinages, des indulgences, des expositions du Saint Sacrement, des sermons séditieux, une lettre même de M. Cazalès, dit-on; un pèlerinage fixé au 1er mai à Notre-Dame de Roqueville, chapelle à trois lieues de Toulouse, célèbre dans la guerre des Albigeois, etc.

LETTRE DIX-NEUVIÈME

De Paris, le 7 mai 1790.

Le Chàtelet suit toujours avec beaucoup d'activité l'instruction sur les journées des 5 et 6 octobre. M. de la Châtre vient encore d'y faire une déposition terrible contre le duc d'Orléans, qu'il accuse d'avoir soudoyé les filles pour l'expédition de Versailles, et d'avoir reçu la visite du Coupe-tête, qui lui dit : « Il nous faut

la tête de la Grâce; je vous réponds que nous l'aurons. » On croit que le duc d'Orléans sera décrété, ainsi que plusieurs membres de l'Assemblée nationale que l'on soupçonne s'être mêlés aux poissardes sous leur travestissement : on nomme le comte de Mirabeau et le duc d'Aiguillon. Ce dernier avoit obtenu un nombre de voix pour la présidence de l'Assemblée nationale. Les Noirs lui dirent : «Vous devez savoir, Monsieur, qu'ici, comme sur le trône de France , le sceptre ne tombe point en quenouille. »

Les gens honnêtes et modérés du Chàtelet sont disposés à donner leur démission. Le peuple n'a point oublié la lanterne; il en rappelle journellement l'usage et paroît souvent disposé à donner encore de grands exemples.

Il s'élève des soupçons contre M. de la Fayette. Il est constaté qu'il fait assidûment sa cour à la Reine, qu'il en reçoit des marques d'attention. Ses ennemis ont fait ainsi l'anagramme de son nom : « Dette fatale. »

Il recrute sans cesse pour l'armée nationale des forts de la balle, des charbonniers et autres gens de cette espèce. Il les exerce et leur fait faire le serment civique. On dit qu'il craint la défection d'un grand nombre de bourgeois , gagnés par l'aristocratie ou dégoûtés de la perte de leur temps et de la détresse qui est bien moins l'effet de la révolution qu'une des suites fâcheuses de l'ancien régime.

Du 9 mai.

Nous sommes toujours dans les alarmes. Beaucoup d'esprits sont ébranlés et mésestiment quelques-uns des agents et des moyens de la révolution; mais ces divisions et ces nuances n'affoiblissent point l'enthousiasme de liberté du plus grand nombre. Le peuple l'a malheureusement encore manifesté par des actes de violence dans plusieurs villes de province. Ces horreurs sont fâcheuses, mais ce sont de grands exemples qui servent à contenir les ennemis de la révolution.

Les Capucins sont toujours unis; les Jacobins sont plus divisés que jamais, et leur club est le théâtre journalier des plus vives scènes.

LETTRE VINGTIÈME

De Paris, ]«• i:> mai L71M>.

On a encore saisi celle semaine une énorme liasse (\r papiers (jui renferment tous les détails d'une grande conspiration. Ou a arrêté d'abord plusieurs personnes. AI. de Pardieu, président du comité

des recherches, en a rendu compte au Koi,(jui a versé des larmes. Les dispositions de ce prince ne sont pas équivoques, Aussi , dans la première promenade qu'il vient de Caire a cheval , s'esl-on borné à distribuer des piquets de garde nationale dans le bois de Boulogne. On a, au contraire, de justes soupçons sur les alentours du monarque. On a arrêté à \ ilry-le-Francois deux courriers de ce qu'on appelle le Comité autrichien des Tuileries. Ces courriers avoient, de six en six lieues, des relais d'excellents chevaux qui leur fai soient faire la course de Paris à Strasbourg en vingt-quatre beures. AI. de Sainl-Priesl est l'ame de ce comité. Le cauteleux garde des sceaux le seconde en différant toujours la sanction et l'expédition des décrets. Il entrelient les espérances de la magistrature et du clergé, tandis que le dissimulé la Tour du Pin fomente dans le militaire l'esprit royaliste ou plutôt rattachement aux anciens principes du gouvernement. Les manœuvres de AL de la Luzerne dans les colonies manifestent également son incivisme. Aussi le terme de ministre est-il devenu odieux au public.

LETTRE VINGT ET UNIEME

De Paris, le 22 mai L790.

La fréquence des eonienticules aristocratiques , la Saint-Rartbélemy de Alonlauban, l'apparition de la cocarde noire à Caen et à Rouen, la proximité d'une guerre entre l'Espagne et l'Angleterre, et la discussion à laquelle elle adonné lieu d'une question décisive pour l'autorité du Roi, ont excité ici une fermentation dont on n'a pas d'idée. La garde nationale esl sans cesse sur le qui-vive; les patrouilles de Sainl-Roeh oui déjà arraché des placards séditieux. Les fanatiques distribuent secrètement un

pamphlet intitulé : « Association de quarante heures pour demander à Dieu le rétablissement de la foi et des mœurs, du règne de Jésus-Christ en France. »La comtesse de Kercado tient magasin de cet écrit, destiné à allumer dans Paris le feu du fanatisme comme à Montauban et à Toulouse.

Au Palais-Royal et aux Tuileries, il y a eu des scènes alarmantes. Quelqu'un disoit à l'occasion des désordres occasionnés par les ministres et par les évèques, que les choses n'iroient bien que lorsqu'on auroit pendu quelqu'un d'entre eux. « Ah ! messieurs, s'écrie un citoyen de Montauban, si vous faites cette justice, donnez la préférence à l'évèque de mon pays; il en est le plus digne. » Le peuple a voulu se saisir de ce prélat. Deux députés, qui l'ont pris au milieu d'eux, l'ont sauvé.

Jusqu'à présent on n'avoit point exigé rigoureusement la cocarde tricolore, mais depuis quelque temps celui qui ne la porte pas court des risques sérieux. Les habitants du café du Caveau , la plupart cependant gens honnêtes et modérés, ont arrêté de ne souffrir parmi eux personne sans cette cocarde , et de bàtonner quiconque se refuseroit à la porter. Hier on a brûlé solennellement chez le libraire Gattey les derniers numéros des Actes des Apôtres ; et on l'attendit longtemps lui-même, non pour le lanterner, a-t-on dit, et sa femme, mais pour le conduire à la Ville.

Les assemblées des noirs se font plus secrètement; elles se tiennent au club nommé le Salon françois. Le peuple s'y étoit porté dernièrement et menaçoit. Ln garde national chereboit à sauver M. d'Agoult : celui-ci, qui avoit sans doute perdu la tète, lui mit le pistolet sur la poitrine. « Frappez, lui dit le garde; je suis ici pour vous défendre; je laisse à mes camarades le soin de me venger. » De ce même Salon françois, Mirabeau-Tonneau a montré le pistolet au peuple, et l'abbé Maury lui a montré son c, que Cazalès a conspué. Les gardes nationales ne veulent plus proléger ce sabbat, qui a été autorisé par la mairie, et qui est maintenant défendu par la police. Ce tribunal a condamné à deux mois de prison un homme qui a insulté l'abbé Maury, revêtu du double caractère de député et de prêtre. Il n'est permis que de le mépriser.

Madame de Sillery a reçu une lettre du duc d'Orléans, qui lui

mande qu'il regarde comme certaine une guerre générale dans L'Europe, et que si elle a lieu il viendra à Paris pour mettre ses

lils an service.

Il est malheureux pour l'Assemblée nationale, si faible en politiques, d'avoir perdu AI.de Peyronnet, qui vient de mourir. On reproche à cette assemblée d'avoir entièrement oublié les affaires du dehors, de n'avoir pas même encore organisé l'année, tandis que toutes les puissances sont piétés à taire la guerre. Elle aurait dû pressentir que sa nouvelle Constitution exciteroit la jalousie de l'Angleterre, qui , politiquement, ne devra la favoriser qu'autant qu'elle sera mauvaise. Il ne faut pas confondre le ministère anglois avec les sociétés patriotiques de Londres., qui ont rendu un hommage sincère à notre révolution. Le gouvernement anglois craint la splendeur future de la France, et voit avec inquiétude l'esprit d'insurrection qui se communique aux Anglois. Ceux-ci s'aperçoivent que notre nouvelle Constitution a pour le peuple des avantages bien plus réels que la sienne.

Au surplus, on sait parfaitement que la guerre préparée par l'Espagne est l'effet d'une combinaison de notre comité autrichien, et que le duc de la Vauguyon, notre ambassadeur à Madrid, en a été l'instrument. Si l'Espagne ne s'étoit crue certaine d'être secondée par la France, elle n'auroit osé provoquer l'Angleterre, et le droit de faire la guerre ayant été ôté aujourd'hui au pouvoir exécutif, elle se mordra les pouces d'avoir levé ce lièvre.

M. Bailly est reçu très-froidement aux Tuileries depuis qu'il a soutenu qu'il seroit dangereux pour la France de s'engager dans une guerre étrangère.

LETTRE VINGT-DEUXIÈME

De Paris, le 29 mai 1790.

On avoit fortement prévenu le Roi contre la question relative au droit de faire la paix ou la guerre. Ce monarque même avoit dit dans un moment de vivacité : "S'ils n'ont plus besoin de roi, ils n'ont qu'à me le dire! a

Pendant que l'on s'occupoit de la décision, tous les ministres étoient réunis ; ils trembloient pour leur autorité ; ils trembloient

pour leur vie, dans le cas où le décret n'auroit pas été agréable au peuple. L'effervescence étoit terrible. M. de la Fayette avoit dit ce matin au Roi : « Sire, au premier coup de canon que Ton tirera sur le pont Neuf, ne soyez point alarmé; au second, renfermez-vous dans vos appartements avec votre auguste famille, et au même instant j'entourerai votre palais de vingt mille bommes pour garantir vos jours sacrés; au troisième, je serai uniquement occupé du soin de vous défendre et de mourir s'il le faut pour Votre Majesté. Je ne puis répondre du reste... » Quand on apporta le décret au Roi, il laissa voir une vive émotion à la lecture du premier article. Ayant tout lu, il dit : « Cette décision est telle que je pou vois la désirer ; je ne veux que voir la nation beureuse et libre. »

L'aspect terrible sous lequel le peuple s'est montré ce jour-là doit bien déconcerter la ligue secrète qui conspire toujours contre sa liberté. J'ai été témoin de motions faites dans différents groupes contre les ministres, et les conclusions vont toujours à la lanterne. On en veut beaucoup à M. de Sainl-Priest, que l'on croit l'arc-boutant du comité autrichien, cette chaîne anti-populaire dont le premier anneau est aux Tuileries, et qui s'étend dans toutes les cours de l'Europe. En Piémont, ce sont le comte d'Artois, le prince de Condé, le duc de Bourbon; en Italie, les Polignac; en Allemagne, le maréchal de Broglie, les calotins de l'Alsace; à Vienne, le baron de Breteuil, car l'ambassadeur de France y paroît ami de la révolution ; à Madrid, MM. de la Vauguyon et de Sartines ; en Suisse, Pierre le Noir; à Londres, le déprédateur Calonne.

Le comité des recherches a des renseignements très-détaillés sur tout ce qui s'est tramé.

Mercredi, à l'occasion des exécutions que le peuple a faites, Paris étoit comme un camp. On crie de plus en plus contre le Chàtelet. On s'est vu à la veille d'une insurrection générale du redoutable faubourg Saint-Antoine, qui prétend que les coquins dont Paris est inondé sont salariés parles aristocrates, à raison de trois livres par jour. Le peuple voit partout des traîtres et des conspirateurs. S'ils existent parmi nous, ils ne sont point fori à craindre. Mais on doit gémir de la scission dans le parti patriote. tome II. 29

D'un côté sont Itflff. de Lmeth, Baraave <■( Déport; de l'autre

le comte de Mirabeau, Sie\ès, Chapelier, de la Fayette, Féièque

d'Aulun.

L E T T R E V I A (i T - T R 0 1 S I È AI I ■: .

De Paris, le 4 juin 1700.

Le départ de l'abbé Maur^ pour une absenee de trois mois, et celui du vicomte de Mirabeau pour son régiment, donnent lieu à divers raisonnements. Dans cette circonstance, ou ils craignent de se trouver exposés à la première fureur du peuple, au milieu des événements qui nous menacent, ou ils veulent seconder dans les provinces le développement des germes de contre-révolution. On ne peut croire que ces intrépides défenseurs de l'ancien régime abandonnent leur cause parce qu'ils la regarderai comme perdue. . . Le Roi et la famille royale vont passer l'été à Saint-Cloud , et Ton parle même déjà d'un voyage de Fontainebleau.

Il y a des apparences de disette dans les provinces centrales du Berry et du Bourbonnois. Le peuple y laisse entrevoir de la fermentation.

L'Assemblée nationale continue l'examen des questions les plus importantes. Celles qui vont fixer tous les yeux sur ses délibérations sont la loi du divorce et celle de la régence, dans le cas où la mort du Roi laisseroit la couronne en minorité.

Du G juin.

Le Roi est parti pour Saint-Cloud, aux acclamations du peuple, qui crioit : * Bon voyage au bon papa! » Au moment du départ, quelques femmes alloient de groupe en groupe pour répandre l'alarme et exciter de la résistance ; mais on les a fait taire. Les gardes nationaux qui accompagnent le Roi et se relèveront près de sa personne sont au nombre de cinq cents, et il leur a été offert quatre livres par jour. Mais on croit qu'ils \oudront faire ce service gratis.

Il y a encore beaucoup de gens qui voient avec peine l'éloignement du Roi, et qui se persuadent qu'après avoir essayé divers voyages à Compiègnc et à d'autres châteaux, on le déterminera

un jour à effectuer sa retraite à Metz. C'est ainsi que pensent ceux qui ont été frappés de l'absence de quelques chefs du parti anti-révolutionnaire. Ils prétendent que le Roi a fait une protestation secrète contre les décrets de l'Assemblée , et que c'étoit pour la déposer au Parlement que M. le garde des sceaux s'y est Fendu le jour de la Pentecôte.

Ces idées, qui paroissent n'être pas fondées, gagnent tellement, qu'à la première alarme, causée par un mouvement même innocent, et qui n'auroit qu'un rapport supposé avec l'enlèvement ou la fuite, il ne seroit pas étonnant de voir se renouveler les scènes des 5 et 6 octobre.

Le cardinal de la Rochefoucauld a écrit au Pape pour engager Sa Sainteté à accorder la sécularisation aux religieux qui auroient des raisons légitimes de profiter des décrets de l'Assemblée nationale. Un bref vient d'assurer que la sécularisation seroit expédiée gratis, lorsqu'elle seroit appuyée des évoques, seuls juges des raisons alléguées par les religieux sollicitants. Ce bref est l'effet des insinuations des évêques récalcitrants, qui ont engagé le pauvre cardinal à faire cette démarche , comme si , disent les patriotes, les décrets de l'Assemblée nationale avoient besoin de la sanction du Pape.

LETTRE VINGT-QUATRIÈME

De Paris, le 12 juin 1790.

Peu s'en est fallu que le séjour du Roi à Saint-Cloud depuis le vendredi jusqu'au dimanche ne causât du désordre à Paris. Le bruit s'est répandu que les gardes nationaux étoient mal nourris, qu'ils couchoient en plein air, qu'ils éprouvoient l'insolence des Suisses, et que leurs officiers ne pouvoient enlrer au château, dont l'accès étoit libre aux officiers de troupes réglées. Le peuple est devenu furieux, et manifestoit déjà des intentions sinistres sur M. de Saint-Priest , ministre de la maison. On a découvert enfin que le tout se bornoit au mauvais succès des vues plus qu'indiscrètes de deux capitaines. On soupçonne les anli-révoiuli'innaires de fomenler eux-mêmes les mèconicntemenls du peuple, afin de l'engagera quelque parti extrême : slralagème

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