TOMI II
:>M) correspo \ n \ \ c e s k < : it k t e .
tores l'exemple que vient de donner le Roi de Pologne, qui scia appelé avec justice le premier Roi restaurateur de la liberté, les autres rois, s'ils n'ont pas le courage et la politique prudente de limiter, craindront qu'en armant contre la liberté et en éloignant leurs troupes pour la détruire en d'autres pays, ils ne liaient et ne favorisent les révolutions inévitables dans leurs propres Etals,. Il a été question dans le conseil municipal d'écrire une lettre de félicitation à la municipalité de Varsovie, cl une autre au Roi de Pologne. On doit consulter les sections là-dessus.
LETTRE VIAGT-TROISIÈME.
De Paris, le 11 juin 1791. Les émigrations des ci-devant nobles , le bruit d'une déclaration de guerre de la part des puissances étrangères, la crainte de la perte des colonies, le renvoi que font plusieurs régiments de leurs officiers, la lettre de M. Raynal à l'Assemblée nationale, telles sont les principales causes qui occupent maintenant les esprits.
L'Assemblée nationale est fort embarrassée pour le parti qu'elle doit adopter pour l'armée, et surtout pour le régiment Dauphin é, dont les soldats ont donné des congés aux officiers. Fermer les yeux sur cet acte arbitraire est un exemple dangereux ; le punir seroit mal reconnoitre le patriotisme de ces soldats, qui ne veulent pas obéir à des supérieurs qui méprisent eux-mêmes la loi. On attribue au comité militaire le projet de casser le régiment Dauphiné, et de donner aux quatre cbefs de l'armée un pouvoir dictatorial à temps, pour rétablir la discipline dans la troupe de ligne. L'idée d'un pareil projet, communiquée aux Amis de In constitution, a été désapprouvée généralement. L'opinion publique est pour le licenciement de l'armée, mais c'est peut-être trop tard. L'Assemblée nationale n'auroit pas du se laisser prévenir par les soldats.
Le nouvel évêque de Vannes s'appelle M. Le Mâle. Lorsqu'il prit possession de l'épiscopat, il fut fêté par les poissardes de cette ville. Elles l'accompagnèrent jusqu'à son palais, où elles ne cessaient de crier : « Vive Le Mâle ! vive Le Mêle! » La gouvernante de P évêque, ennuyée de ces cris, dit avec humeur : « Si
vous le commissiez comme moi , vous ne crieriez pas si haut. » Puis frappant sur l'épaule d'un ex-carme : «C'est celui-là, ditelle, qu'il falloit faire évêque; pour Je coup, vous auriez eu raison de crier, v
La ci-devant comtesse d'Egmont, autrefois galante, à présent dévote et aristocrate, d'après les conseils de son confesseur, s'est introduite à la chute du jour dans une chapelle de Saint-Eustache fondée par ses ancêtres, et par. cette raison elle a cru avoir le droit de l'exporter. Elle s'empare du calice, du ciboire, etc., met une partie dans ses poches , et l'autre dans son jupon , qu'elle lève comme un tablier : elle étoit épiée. On se préparoi t à lui donner une correction civique; mais la garde est survenue, qui l'en a dispensée en lui faisant restituer tous les effets volés.
La Reine voit habituellement Rivarol : son» patriotisme est au moins compromis avec cet aristocrate, d'autant plus qu'elle lui a procuré quelques conversations avec le Roi. Au surplus, la cour est toujours dans la même tristesse et dans une espèce de stupeur. Néanmoins on prétend qu'elle a des conférences avec les chefs de l'Assemblée nationale pour modifier quelques décrets lors de leur révision. Il y a lieu de présumer que la lettre du Roi à son frère le comte d'Artois pour l'engager à rentrer en France est une suite de cette capitulation. Si ce rapprochement se fait par un esprit de paix et de l'amour du bien public, il est louable; mais il est à craindre que tous ces négociateurs n'ayant en vue que leurs intérêts, ne cherchent qu'à se tromper mutuellement.
On sait positivement que le comte d'Artois est à Mantoue. D'autres le disent arrivé à Manheim, et qu'il a eu deux entretiens consécutifs avec l'Empereur.
C'est à tort qu'on a cru que M. Besenval avoit quitté Paris. Il y est resté depuis le jugement de son procès, et il y est mort jeudi : on dit qu'il a reçu les sacrements d'un prêtre assermenté.
LETTRE VINGT-QUATRIÈME
De Paris, le 14 juin 1791.
Les chanoines de Boulogne éloient dans l'usage , aux Rogations, de faire la procession chez les soeurs de l'hôpital de cette ville.
Os religieuses, attachées inviolablement a leurs chanoines, refusent la porte aux prêtres jureurs. Le peuple enfonce la porte, et il ne trouve plus rien sur l'autel, pas même un cierge. Ou savoit qu'un chanoine, nommé Locatrix, étoit leur conseiller. Ou fait des perquisitions dans la cave el les cellules pour trouver le conseiller et les nonnes, ou ne trouve personne. On S'avise de fureter dans un grenier à foin, et on y trouve le chanoine et une religieuse, enfoncés jusqu'au cou. On prend les coupables et on les promène processionnellenient dans toute la ville; ensuite on les reconduit à la cathédrale, pour y faire amende honorable. Mais la garde nationale a enlevé le chanoine des mains du peuple, et l'a remis entre celles de la justice pour lui faire son procès. Il y a aussi du fanatisme dans une partie du peuple conformiste. Le trouble apporté à l'exercice de la religion des non-conformisles dans l'église des Théatins en est une preuve, si toutefois les aristocrates n'y ont eu aucune part. Les non-conformistes ont fait afficher dimanche dernier à cette église, qu'ils ne se rassemhleroient pas, et qu'ils attendroient que le peuple se soit bien montré ami de l'ordre : ils ne feront rien que ce qui est permis par la loi. On a substitué à cette affiche celle-ci : « Aujourd'hui relâche. »
Les aristocrates étoient d'avis de porter le deuil pour feu Besenval; mais ils changèrent de résolution lorsqu'ils apprirent qu'il étoit mort constitutionnellement, en recevant les sacrements des mains d'un prêtre jureur. Les patriotes de leur coté auroient bien fait d'honorer la mémoire d'un aristocrate converti.
A la nouvelle du décret qui enlev.oit au Roi la faculté de faire grâce : « Tant mieux, dit un aristocrate, il ne pourra plus la faire1 aux démagogues ! »
Il n'y a pas d'apparence que la cour aille si lût à Saint-Cloud. Sur le bruit qui s'étoit répandu de ce voyage pour dimanche dernier, les dispositions des esprits n'éloient pas de le laisser exécuter avant la fin de la Constitution. Le bruit se répand que le Roi, ohsédé par ceux qui l'entourent, avoit promis de faire ce voyage sous peu de temps, mais que, après y avoir réfléchi, il a révoqué sa promesse, en disant: k Voulez-vous donc me faire perdre la couronne? n On attribue sa tristesse à celle obsession
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et à celte crainte. Mais son chagrin pourrait bien venir aussi du droit qu'on lui a ôté de faire grâce. Ce décret, et surtout celui qui prononce la peine de mort contre ceux qui prendraient les armes contre la patrie, etc., ont un peu déconcerté les aristo- s crates. Ils sentent avec raison que bien des gens réfléchiront à deux fois avant que de faire une démarche aussi périlleuse. La confiscation des biens en sera sans doute une suite. Les contrerévolutionnaires n'espèrent plus guère que le prince de Condé vienne avant le mois de juillet. Ils disent qu'il est encore trop ami de sa patrie pour venir détruire une si belle récolte, qu'il est même de sa politique d'attendre qu'elle soit faite.
LETTRE VINGT-CINQUIÈME
De Paris, le 18 juin 1791.
On écrit de Corse que l'évèque de Bastia étant monté en chaire pour y lire le bref du Pape, y fulmina les excommunications contre les entreprises de la nation françoise. Le peuple se jeta sur lui, et l'aurait déchiré, si le général Paoli , se mettant à la tète d'un corps de citoyens armés, ne l'avoit protégé et fait évader. On le conduisit au port, où un bâtiment étoit prêt à faire voile, on lui donna un éternel adieu, et, de retour à la ville, on élut un autre évêque, qui avoit prêté le serment civique.
Dernièrement, un aristocrate crioit à la porte du café de Foy : "Philippe! Philippe! » On s'arrête, d'autant plus qu'il paroissoit avoir les yeux fixés sur la partie du palais qu'occupe M. d'Orléans. « Ce n'est pas le grand coquin de Philippe, le maître du palais, que j'appelle, dit-il froidement, mais Philippe, garçon de ce café, n
On assure que M. Bonnières est reparti pour aller retrouver M. d'Artois, et que le retour de ce prince aura lieu. On pense que la paix est conclue entre la Reine et les chefs des Jacobins, que la Reine engagera Léopold à ne pas se mêler de nos affaires, etc.
Du 21 juin.
Je n'ai que le temps de vous annoncer que le Roi , la Reine , le Dauphin, etc., sont partis cette nuit. L'alarme générale a
commencé à neuf heures el demie. On a arrêté aux barrières des
femmes de La Reine déguisées. AI. le due d'Aumonf esl aussi arrêté.
On a déjà demandé la tête de \I. de la Fayette , très-probahle-
meni innocent. On a crié à la perte de l'Assemblée nationale : k Vive L'Assemblée! Plus de roi! » D'autres oui demandé \1. d'Orléans pour régent.
De Bruxelles, !<■ 2o juin.
Hier, à trois heures du malin, Monsieur, frère du Roi de France, est arrivé à Alons, et y a mis L'alarme parmi les François, en annonçant que le Roi, son frère, étoil parti trois heures avant lui de Paris. On assure, au reste, maintenant que Sa Majesté est arrivée à Longwy, avec la Reine et AI. le Dauphin, Madame , sœur du Roi, le comte de Fersen, colonel du régiment de Suède, qui sert de capitaine des gardes au Roi.
Le Roi est parti en habit gris et chapeau rond gris, à pied d'abord, est monté à cheval hors des barrières de Paris, et a trouvé à quelques lieues des voitures préparées depuis douze jours. La Reine et Madame étoient habillées en bourgeoises, le Dauphin en jeune fille, Monsieur costumé en Anglois, avec un seul valet de chambre anglois et un passe-port du ministre d'Angleterre en cette langue. Une petite municipalité la arrêté pendant une heure en route, ayant exigé, sur .quelques soupçons, l'exhibition de son passe-port, qui étoit inintelligible pour les municipaux.
A quelque distance de Paris, les illustres fugitifs ont entendu le bruit du tocsin et de la générale.
Monsieur a reçu une lettre du Roi, datée de vingt-cinq lieues de Paris, où il lui écrit qu'il s'arrêtera aux frontières, et qu'il ne veut point sortir de son royaume. A la réception de cette lettre, Monsieur est parti pour Aamur.
On attend en tremblant les nouvelles de France.
LETTRE VINGT-SIXIÈAIE.
De Paris, le 30 juin 1791.
L'arrestation du Roi et de la famille royale a comblé de joie tous ceux qui n'ont point douté des effets sanglants que leur
évasion pouvoit produire. Alais le spectacle de leur retour a fait une impression douloureuse sur toutes les aines sensibles. On s'est affligé surtout de voir un Roi bon, bounète, toujours victime de son cœur et de sa ibiblessc, privé de l'affection d'un s peuple qui cherche à l'aimer, qui le doit peut-être, mais qui se croit trompé. Le triste cortège a traversé une haie immense de spectateurs, prolongée, pour ainsi dire, depuis Varennes jusqu'aux Tuileries. Un silence profond a régné; les chapeaux sont restés sur les têtes. Si pour mieux voir ou à cause de la chaleur on otoit un instant le chapeau, on s'empressoit avec affectation de le remettre. Des garçons perruquiers, qui n'en avoient pas, ont été forcés de défaire leur cravate pour s'en couvrir la tête au moment où la voiture passoit. Lorsque le Roi descendit, quelques officiers de cavalerie firent le commandement de se mettre sous les armes, et tous les cavaliers simultanément remirent au contraire leurs sabres dans les fourreaux.
Il paroil prouvé, comme M. de Bouille l'a déclaré dans sa très-étrange lettre à l'Assemblée nationale, que c'est lui qui a médité et arrangé tout le plan de la fuite du Roi et de la famille royale. C'est Léonard, coiffeur de la Reine, qui a été chargé de . la cassette renfermant les diamants de la couronne. Le sceptre et la couronne sont, à ce que l'on assure, arrivés sans accident à Luxembourg; mais, lors de l'arrestation, Léonard remit à M. de Damas la cassette, où se trouvoient les autres joyaux. M. de Damas (a donna en garde à un officier, qui fut blessé et transporté dans un lit : la cassette a disparu.
Le lendemain du départ du Roi vint une lettre de l'étranger adressée au Roi. Le facteur de la couronne reporta la lettre au bureau avec celte apostille : « Parti sans laisser d'adresse » : formule usitée pour les lettres qui se trouvent dans ce cas. Cette lettre a été remise au Roi à son retour.
Les rêve-creux politiques prétendent que l'Angleterre, à laquelle on ne sauroit refuser une grande part dans les mouvements intérieurs qui nous ont agités depuis deux ans, a excité encore cet événement. Us prétendent que l'objet du cabinet de Saint-James, outre son intérêt de prolonger nos troubles, éloit d'amené* Léopold à faire entrer ses troupes en France, comme
auxiliaires de l'armée do Roi, qui, à la tête des gentilshommes fugitifs, détroit venir reconquérir Paris. L'exécution des anciens projets sur les Pays-llas anroil pu reprendre son eours.
AI. de la Fayette a élé soupçonné a tort d'avoir favorisé la fuite du Roi. Il a dit dans plusieurs clubs : e J'ai répondu du Koi sur ma tète; voici mon épée , tournez-la contre moi. h
La prestation du serment civique individuel se continue avec ardeur et enthousiasme. L'Assemblée nationale a eu la politique d'y admettre les forts de la halle. Ces gens, doués d'une vigueur extraordinaire et continuellement exercée, lui doivent une grande influence sur la populace, et ils ont entre eux un code de mœurs, d'honnêteté et de principes qui , raffermis encore par l'enthousiasme de la chose publique, les rendent propres à prévenir beaucoup de désordres.
LETTRE VINGT-SEPTIEME
De Paris, le 2 juillet 1791.
Les partisans du républicanisme n'ont jamais eu une occasion plus favorable pour établir leur système, mais ils ne réussiront point. lia partie sage de la nation, la grande majorité de l'Assemblée nationale , celle même du club des Jacobins s'y opposent avec chaleur.
Trois partis ont été mécontents de l'arrestation et du retour
du Roi : 1° les aristocrates forcenés; 2° les démocrates républi-
•cains ; 3° les orléanistes. Ces deux derniers espéroient que le
peuple voyant tout aller sans roi de même qu'avec un roi ,
s'accoutumerait à s'en passer.
On prétend que la déclaration du Roi à son retour a élé concertée avec les commissaires de l'Assemblée nationale. Elle donne l'espoir d'un rapprochement et d'une conciliation. C'est un beau moment à saisir pour les amis de la paix.
Du 3 juillet.
On attendra l'avis des quatre-vingt-trois départements pour prendre un parti sur les affaires actuelles; mais on peut prévoir que la constitution monarchique sera conservée; que l'on conti-
nuera d'en établir tous les points, sans demander la sanction du Roi que lorsqu'elle sera terminée. On la proposera an monarque, parfaitement libre de l'accepter ou d'abdiquer. Il reste à savoir si d'ici là il ne se passera pas de nouveaux événements.
Les aristocrates espèrent toujours que les puissances étrangères entreront par différents points dans le royaume pour faire la police chez nous. Rien n'est moins probable, et, dans ce cas, il y auroit un affreux carnage. Les tètes sont plus exaltées que jamais. Sur Je faux avis que les Anglois approchoient de nos cotes, trois cent mille hommes en armes s'y sont portés. On parle avec plus de vraisemblance d'un plan de conciliation proposé par Léopold , qui voudroit être médiateur entre Louis XVI et les François. La lettre de M. de Bouille à l'Assemblée nationale n'a fait qu'aigrir les esprits contre le monarque et ceux qui se prétendent ses défenseurs. Elle a causé beaucoup de fermentation parmi le peuple. L'Assemblée nationale a écouté avec un calme rempli de noblesse les invectives de ce nouveau Coriolan.
Quoique les ministres étrangers aient déclaré en corps qu'ils ne vouloient travailler que directement avec le Roi, on s'aperçoit que les opinions de leurs cours sont très- différentes. Le ministre de Prusse et ceux des autres cours opposées à celle de Vienne, paroissent espérer que l'alliance de la France et de l'Autriche sera rompue, et peut-être ne sont-ils pas éloignés de nous en proposer une. L'influence autrichienne est bien près d'être anéantie. Notre comité diplomatique est au reste très-bien servi, et se sert utilement des lumières et des travaux que feu Mirabeau lui a légués. Selon les derniers avis, la flotte angloise étoit encore à Spithead.
L'Assemblée nationale ne tardera point à lever la suspension des élections, qui commence à exciter de la division parmi les patriotes. Les noirs cherchent à persuader que l'Assemblée veut se rendre éternelle.
Dans le scrutin pour nommer un gouverneur au Dauphin, on a trouvé plusieurs fois le nom de Rouillé. Hier, un groupe de citoyens s'étoit arrêté à considérer M. le Dauphin qui jouoit dans son jardin. Il les regarda en souriant, et ils s'écrièrent à la fois : a Vive notre jeune Roi de six ans, vive Louis XVII! »
On a débité dans Paris que le Roi avoit encore essayé de s'évader: on a prétendu qu'il avoit eu des accès de colère où il avoit b les glaces de ses appartements. Ces bruils sont de la j»I us grande fausseté. On L'a représenté avec le corps d'un cochon ei le front d'un bélier. Les honnêtes gens gémissent de ce que l'on avilit tant un monarque malheureux, qui enfin scia toujours notre roL
On assure que le Pape aurait adopté la constitution civile du clergé de France s'il n'en avoit été détourné par .M. de Remis, (jui, <ie son côté, étoit sûr des sentiments anticonstitutionnels du Roi.
LETTRE l IXGT-HUTIÈAIE.
De Paris, le 9 juillet 1791.
Les opinions sont toujours partagées au sujet de notre infortuné monarque. Plus faible que coupable, il paroit attendre avec une sorte de résignation et d'espérance la fin de sa captivité, qui n'est plus problématique. Il y a dans le peuple à Paris et dans les provinces une fermentation qui embarrasse beaucoup les représentants de la nation, disposés en général à rendre à Louis XVI tout ce qu'il avoit avant sa fuite malbeureuse. On croit pouvoir dire qu'on ne lui rendra jamais l'amour et la confiance de la nation. Les extrêmes se touchent : il semble qu'on trouille le punir par un excès de mépris de l'excès d'adulation ou on lui avoit prodigué; l'indignation est d'autant plus grande que l'amour pour sa personne avoit été excessif. C'est un malheur et une injustice.
Une opinion générale si fortement prononcée contre le Roi embarrasse beaucoup l'Assemblée nationale. Les partis ont tenu un comité secret fort orageux. Quelques-uns prétendoient qu'ils auroient dû se retirer tous dès qu'il a été constant que le Roi étoit prisonnier et n'avoit plus aucun pouvoir. La crainte, et d'autres motifs sans doute, ont empêché cette désertion. Cependant deux cent quatre-vingt-dix membres du côté gain lie ont signé une protestation très-forte, et l'on prétend que cette réunion s'est opérée au moyen d'une promesse, dont on ne nomme point l'auteur, qui leur a été faite de remplacer aux signataires les 18 livres par jour qu'ils sont menacés de perdre.
Les chambres où couelieni les illustres prisonniers sont toujours ouvertes, et le commandant de la garde ne les perd jamais de vue. Le Roi continue de lire les journaux : ce doit être pour lui une occupation fort désagréable.
On est persuadé que l'ambassadeur de Russie et celui de Suède étoient dans la confidence du départ du Roi. Les noirs prétendent même que c'est madame de Staël qui a découvert le secret en trahissant la confiance de son mari.
Le nom de Bouille a été effacé de la liste des concurrents pour la place de gouverneur du Dauphin. On a osé y inscrire le nom de Villette. On regrette, il est vrai, que ses mœurs l'en rendent indigne.
Les trente membres de la cruelle société des Tyrannicides ont inscrit sur leur liste de proscription les noms de la Fayette et Bailly, jusqu'à ce qu'ils se soient justifiés de leur complicité dans l'évasion du Roi.
LETTRE VINGT-NEUVIEME
De Paris, le 30 juillet 1791.
Beaucoup d'arrestations de fabricateurs de faux assignats.
M. de Mercy n'est pas ici. M. de Coigny n'est pas parti pour l'Allemagne. S'il part, ce ne sera que lorsque le Roi aura accepté la Charte, qui doit s'imprimer incessamment. Il ne paroit pas qu'on ait osé faire des changements ni pour la noblesse ni poulie clergé. Un député, M. Soyet, a dit qu'on ne feroit point de changements, et que même on diminueroit la liste civile de dix millions.
La municipalité a fait abattre, dans la nuit, l'arbre planté dans la cour du Palais, planté en 1777, au retour de l'exil du Parlement.
M. Montmorin a toujours beaucoup de prétention à la place de gouverneur du Dauphin. Sa table lui conserve beaucoup de partisans parmi les députés ; il est protégé par Barnave et les Lameth : il étoit leur bête noire il y a quelques mois. Ces trois députée sont appelés les Rois de la quatrième race. Le député qui aura joué le plus grand et le plus long rôle à cette législature
sera sans contredit ML d'André, qui a singulièrement acquis de prépondérance cl «* | > n i s la mort de Mirabeau.
Madame d'Orléans fait enlever tous les meubles qui lui appartiennent el les fait mettre à l'hôtel de Penthièvre.
M. de Beaujolais a moulé la garde et a couché an corps de garde du Palais-Royal. Il a dit à son père qu'il n'avoit jamais été si bien couché, et cela est vrai, car AI. d'Orléans a toujours fait coucher ses enfants sur la dure : leur lit ne consiste que dans un matelas de crin bien mince.
On a répandu que les chefs des tripots de jeu, joueurs et escrocs, qu'on porte au moins à six mille, étoient tous vendus à AI. d'Orléans; qu'ils avoient ramassé dans Taris soixante mille louis en or pour former une banque à Londres, et que pendant tout l'hiver de 1700 elle fut établie chez AI. d'Orléans. Le jeu auroil bien pu créer quelques rapports entre AI. d'Orléans et ces gens-là, mais il n'y en a sûrement pas pour la Révolution, car j'ai remarqué que tous ces joueurs étoient infectés de la plus sale aristocratie. La malignité s'est portée plus loin contre AI. d'Orléans, au point de dire qu'il recéloit non-seulement des brigands, mais encore un dépôt d'armes et de munitions dans sa maison de Alonceaux.
Le Roi d'Espagne prend toujours de grandes précautions sur ses frontières.
LETTRE TRENTIEME,
De Paris, le G août 1791.
La séance du 30 a rassuré le public sur le projet du rétablissement de la noblesse. L'Assemblée nationale s'est montrée digne des plus beaux jours de patriotisme : elle a respecté l'opinion publique trop prononcée contre ce projet; il semble qu'elle veuille se faire regretter.
La division existe dans les chefs des mécontents. Les moyens de l'évasion de la famille royale n'ont été concertés qu'entre la Reine, Rouillé et Breleuil. MM. d'Artois et de Condé en ont été mécontents, d'autant plus que la tentative n'a pas réussi. Bretcuil est mal vu des princes; c'est Galonné qui a toute leur
confiance. Quelques chefs aristocrates de Paris, affligés de ce peu d'harmonie, en veulent à la Reine, qu'ils regardent comme la cause de tout le mal; ils lui reprochent de vouloir établir une démocratie royale. Les princes veulent lui ôter l'influence qu'elle conservoit auprès du Roi : dans le plan qu'ils doivent présenter, ils veulent être membres du Conseil du Roi. La Reine, pour parer le coup, a écrit plusieurs fois dans le temps au baron de Breteuil d'agir auprès de Léopold. Si on est bien instruit ici, il doit y avoir aussi quelque mésintelligence entre les frères du Roi et M. de Condé : les deux premiers veulent avoir l'honneur de négocier avec les cours étrangères.
LETTRE TRENTE ET UNIEME
De Paris, le 13 août 1791.
Depuis que les comités de constitution et de révision ont soumis la Constitution françoise à l'examen du public et à la discussion solennelle de l'Assemblée, tous les partis s'agitent et se démènent, toutes les passions sont en mouvement; les intrigues et les intérêts se compliquent d'autant plus qu'on approche du dénoùment que jusqu'à ce moment les aristocrates avoient paru désirer avec impatience : la fin de la législature; et ce désir leur étoit commun avec les démocrates. A présent que celle fin est marquée^pour le mois prochain, les premiers en voudroient reculer l'époque, ou voudroient sans doute qu'elle vint d'une autre manière. Ils débitent que la retraité des députés n'est dictée que par la crainte d'être; pendus par les puissances étrangères. « On devroit, disent-ils, les faire attendre pour recevoir cette juste punition et rendre compte des deux milliards qu'ils ont pillés ou volés, etc. »
Les républicains ou les démocrates outrés s'inquiètent de quelques légers changements qu'on fait à la Constitution. Ils voient avec peine quelques dispositions favorables à renforcer l'autorité du Roi, à lui rendre quelques prérogatives, comme celle de faire grâce, les crimes de lèse-nation exceptés. Ils se plaignent de ce qu'on lui décerne le titre de « représentant de
r>i2 COKKI<;SIM)\I)A\CK SKCKKTE.
la nation, •• au lien le relui de premier fonctionnaire pnfetif comme ;mssi de la qualification de i prince royal » au Dauphin.
Ou \arie beaucoup sur la manière et le lieu de l'acceptation. L'opinion la plus commune est que |<< décret qui suspend le Moi de ses fonctions sera levé lundi prochain, et qu'il se rendra à Rambouillet <>u à Fontainebleau, ou une députatîon de I Isteml)lée nationale lui portera la Constitution. Le Hoi fera elioi\ de sa giruu pour ce voyage, qui sera regardée par les uns comme une force politique, et par d'autres comme une nouvelle perfidie pour le faire évader. 11 faut convenir que ce moyen est illusoire peui constituer le Roi dans un état de liberté et d'indépendance; en quelque lieu qu'il soit, il sera toujours environné de son peuple, qui s'opposeroit encore à sa fuite, s'il en avoit l'envie ou la tentation. Donc il ne sera jamais dans une liberté et une indépendance absolues. Mais cette liberté est inutile à son acceptation, puisque la Constitution est indépendante de l'acceptation du Roi , qui n'a que le choix de la signer ou de renoncer à la royauté. La liberté ne lui est nécessaire qu'après l'acceptation ou la nonacceptation.
Enfin l'Angleterre désarme ; Mirabeau appeloit avec raison Pitt le ministre des préparatifs. On dit que la cour d'Espagne a rappelé son ambassadeur a la cour de France, trop attache au système des économistes , mais avec ordre de prendre congé du Roi.
LETTRE TRENTE-DEUXIÈME
De Paris, le 19 août 1791.
Il se confirme que le Roi est parfaitement d'accord arec V \ssemblée nationale. Il s'est engagé à faire revenir les princes émigrés ou a les abandonner, et à garantir la France de toute invasion des troupes étrangères. La Reine a écrit encore ces joursrci à l'Empereur qu'elle se voyoit forcée à la résignation, et qu'elle ne croyoit point être dans le cas de réclamer le secours de ses troupes. On assure que ce propos lui a échappé : « J'aimerois mieux rentrer encore une Ibis à Paris comme le (J octobre, que d'y venir sous la protection des princes mes
frères. » On fait ici la police la plus sévère. M. de Puységur et d'autres jeunes gens ont été arrêtés hier au Palais-Royal pour des propos séditieux.
Les aristocrates conviennent que le Roi a écrit depuis longtemps à l'Empereur et aux autres souverains pour les engager à ne pas se mêler des affaires de son royaume ; mais ils prétendent que ces puissances ont répondu qu'elles n'agiront pas pour lui, mais pour elles-mêmes , pour arrêter les progrès de cette doctrine, qui peut gagner leurs peuples. Si cette réponse me paroît douteuse, la démarche du Roi ne l'est pas. D'après cela, on pense que le Roi acceptera la Constitution, même sans avoir obtenu les modifications et les changements qu'il désiroit. Cependant on varie beaucoup sur le lieu où il veut se retirer pour faire cette acceptation. Les uns disent qu'il persiste à retourner h Montmédy, pour prouver la légitimité de sa première démarche ; d'autres prétendent que c'est à Toul ; d'autres, qu'il se bornera à Saint -Cloud ; d'autres enfin rapportent qu'il a dit qu'il ne veut pas sortir des Tuileries, qu'il a dit qu'il y étoit bien.
Malgré tout cela, l'opinion générale chez les républicains, est que le Roi s'évadera tôt ou tard. J'ai vu des gens assez hardis pour en faire le pari.
On prétend que les princes se plaignent de la conduite du Roi et de la Reine, de leur facilité à transiger; qu'ils demandent que la séance royale du 23 juin soit la base d'une Constitution nouvelle.
Les patriotes regardent la Révolution comme entièrement consommée, s'ils parviennent à avoir la seconde législature en activité; mais ils craignent encore que les chefs de la coalition, comme Barnave, d'André, etc., ne réussissent à trouver quelque moyen nouveau pour la faire retarder.
Le désarmement de l'Angleterre ne s'effectue pas vite. Mais les Anglois résidant à Paris nous rassurent sur les vues hostiles que les aristocrates prêtent à l'Angleterre. A entendre ces derniers, toutes les puissances arment contre la Fiance. A force d'entendre les mêmes propos, les patriotes s'y accoutument, n'y croient plus ou s'en inquiètent peu. Le plus grand danger pour
la France sont les divisions intestines, qu'on cherche à exciter de toutes les manières possibles.
LETTRE TRENTE-TROISIÈME
De Paris, le 27 août 1791.
Après les difficultés lc\ ces entre la Russie et l'Angleterre, celle-ci doit désarmer. Ainsi ses préparatifs n'étoient pas dirigés contre la France. Si on ajoute foi à quelques Anglois résidant a Paris, Pitt a rejeté les propositions qui lui ont été faites par les colonies de se donner à l'Angleterre. On craint beaucoup à Paris que les colonies ne veuillent se séparer de la mère patrie; toutes les lettres qu'on en reçoit depuis huit jours sont plus ou moins alarmantes. Peut-être le mal est-il exagéré par les opposants au décret du 15 mai. Si les gens de couleur, selon eux, veulent en profiter, ils seront tous massacrés. C'est une des plus grandes affaires qui embarrassent l'Assemblée nationale à la fin de ses travaux. A entendre encore les Dominguois qui sont à Paris, le mal est irréparable, parce que la discussion qu'on a élevée sur la liberté des nègres leur a donné des idées qui les feront soulever tôt ou tard. Mais dans ce moment-ci, ils se réuniront aux blancs pour égorger les gens de couleur, la haine entre ceux-ci et les noirs étant implacable. Les noirs n'aiment pas beaucoup les blancs, mais les regardent comme des diables, qu'ils appellent ainsi dans leur langage. Ils sont persuadés que s'ils les détruisoient, il s'en reproduiroit dix fois plus. Ainsi, d'après ce préjugé avoué par les blancs mêmes, il s'ensuit qu'une fois détruits, c'est-à-dire après avoir reconnu que les blancs sont (Iv^ hommes comme les noirs, ceux-ci, en plus grand nombre, se déferont de leurs maîtres.
On a encore envoyé depuis huit jours quelqu'un pour négocier avec les princes fugitifs. On m'a dit que c'est un médecin de la Faculté, dont j'ignore le nom. Le décret qui conserve la qualification de « prince » aux membres de la dynastie léguante est favorable à une conciliation.
On est assez persuadé que Malouet est d'accord avec d'André, Barnave, Lamelh, Thouret, Duport, dont le but, dit-on, est de
parvenir au ministère et de faire nommer leurs amis aux places d'ambassadeurs. Plusieurs députés changent souvent de domicile depuis quelque temps, et ne le font pas connoître. Cela ne peut être attribué qu'à la peur, soit de la part du peuple, soit des ennemis du dehors.
On pense aussi que les députés qui ont fait leur fortune attendent avec impatience le moment de leur départ, et qu'ils veulent éluder le compte que l'Assemblée nationale doit donner de l'état des finances. Mais c'est une erreur de croire que des députés se soient partagé des assignats : une réunion pour ce partage est moralement impossible. L'homme peut être coquin en particulier, mais il est honnête en public. La fortune subite de quelques députés vient de la liste civile, ou des colonies, ou peutêtre de l'Angleterre, et peut-être encore de M. d'Orléans. C'est ce qui ne peut guère se prouver.
Il commence à passer pour constant que le parti coalisé qui négocie avec la cour étoit dans le secret de l'évasion de la famille royale , et l'avoit favorisée pour une médiation armée , par laquelle on croyoit obtenir plus qu'on n'a obtenu dans la révision des décrets.
Aujourd'hui samedi, on doit présenter à l'Assemblée nationale une pétition relative aux honneurs qu'on veut faire rendre à J. J. Rousseau. Elle a été déposée hier chez M. Rousseau, au café Jean- Jacques Rousseau.
LETTRE TRENTE-QUATRIÈME
De Paris, le 3 septembre 1791.
Dans le moment où l'on va présenter au Roi l'acte constitutionnel , on prétend avoir découvert plusieurs projets. Le premier seroit que le Roi accepteroit la Constitution, mais en faisant des observations contre le décret qui ne lui permet pas de choisir ses ministres dans les députés de l'Assemblée nationale. On suppose cette observation concertée avec les principaux membres du comité de constitution, visant au ministère, qui doit être renouvelé. Un autre projet, moins connu et plus dangereux s'il réussissoit, c'est que le Roi demanderait que la Constitution fût aussi
signée par les députés. Alors la droite de I taaemblée nationale refuser oit de la signer, ainsi que !<■ parti coalisé, e( par conséquent elle ne seroit acceptée que par la minorité. î d projet plus secret, qui a quelque rapport aiee le second, c'est que le Roi, profitant de la liberté de se retirer où il vent pour examiner l'acie constitutionnel, se retirera à Bruxelles, où on doit lui avoir déjà prépaie mi logement; et il y sera sui\i par Ja majorité de l'Assemblée nationale, c'est-à-dire les aristocrates et le parti de la coalition.
On voit toujours qu'il est question d'une médiation année, mais on n'en voit pas clairement le mode d'exécution, sur lequel les négociateurs ne sont pas d'accord entre eux. ha Reine, de son côté, paroit l'être avec les chefs de l'Assemblée nationale et non avec les frères du Roi, qui ne sait pas trop quel conseil suivre. Il y a lieu de croire qu'il acceptera la Constitution dans les vingt-quatre heures de la présentation, sans sortir de Paris. C'est du moins ce qu'il a fait espérer à ceux qui ont pris si vivement ses intérêts à l'Assemblée nationale.
M. Jaubert, évèque d'Angoulème, a fait aujourd'hui cette objection à la lecture de l'acte constitutionnel : « L'abdication de la royauté est prévue dans l'acte; mais la Constitution a décrété que les domaines du Roi sont regardés comme domaines nationaux: Eh bien, si le cas d'abdication de fait ou de droit avoit lieu, quel seroit le sort qu'on lui feroit?» Le comité n'a point répondu à cette question solide, et l'Assemblée a murmuré. In député, voisin de l'opinant, a dit : « Il seroit maître d'école à Corinlhe! » Allusion à Denis le Tyran, qui fut maître d'école après sa chute.
Il y a plusieurs mois que le Roi d'Angleterre a donné de nouveaux signes d'aliénation : les symptômes de démence sont plus forts maintenant; les Anglois à Paris eu conviennent. Gare a AI. Pitt, son règne touche à sa fin. AI. Fox, l'ami du prince de Galles, triomphera.
On a retiré jeudi soir la garde intérieure du Roi et de la Reine, et on l'a conservée à AI. le Dauphin. On prétend que le Roi a dit qu'il perdroit plutôt la vie que de se séparer de son fils. S'il vouloit se retirer à Alonlmédy, il ne pourroit l'emmener avec lui.
Du 4 septembre.
L'acte constitutionnel fut achevé hier, à la grande satisfaction du puhlic. Le dernier article dit que le corps constituant ne pourra plus faire de changements. Ainsi voilà la porte fermée à toute négociation ultérieure. Une députation de soixante membres devoit la présenter hier à six heures , mais la copie n'en étoit pas faite hier à cette heure. Ce ne fut qu'à huit heures et demie que la députation se rendit au château : elle fut reçue dans la chambre du conseil. Les ministres et d'autres personnes entouroient le Roi. M. Thouret, rapporteur du comité de constitution, parla ainsi : « Les représentants de la nation viennent présenter à Votre Majesté l'acte constitutionnel qui consacre les droits imprescriptibles du peuple françois, rend au trône sa vraie dignité, et organise le gouvernement de l'empire. « Le Roi répondit à peu près en ces termes : « Je reçois la Constitution que l'Assemblée nationale vous a chargé de me présenter; je l'examinerai avec l'attention qu'exige un objet aussi important, et je ferai connoitre ma résolution dans le plus court délai possible. Je me décide à rester à Paris, et, en conséquence, je vais donner des ordres au commandant général pour ma garde, ft
LETTRE TRENTE-CïIVQlïEME.
De Paris, le 10 septembre 1791.
Les aristocrates diseni que le Roi est sorti du cachot, mais qu'il est toujours en prison. Ils prétendent qu'on l'a empêché d'aller à Saint-Cloud avant l'acceptation de la Constitution. On n'a pas formé d'opposition à ce voyage, dont le Roi n'a eu tout au plus que la simple velléité. Mais on lui a insinué que ce voyage donneroit de l'inquiétude au peuple, s'il le faisoit avant d'avoir fait connoitre sa dernière détermination.
a Que le Roi accepte ou non, disent les noirs, c'est une chose indifférente : son acceptation ne sera jamais libre. Il fera bien (l 'accepter, ajoutent-ils, pour ne pas exposer ses jours. »
Ils ne sont cependant pas indifférents à celle acceptation. Depuis le moment qu'on croit connoitre les dispositions du Roi, ils manifestent plus de mépris pour lui et même pour la Reine.