‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 47 sur 79 · C 0 II \\ E S P 0 XI ) A \ C E S E C II È T E · texte numérisé non relu

C 0 II \\ E S P 0 XI ) A \ C E S E C II È T E

Hier, an officier de dragons, à table d'hôte, dit en brisant un verre dans sa main : Je suis royaliste , mais je ne suis pas Louis-

seiziste. »

Les noirs conseillent à Louis XI I , avant la signature de l'acte, de demander à l'Assemblée nationale des comptes apurés de l'état des finances, ensuite une signature individuelle des membres de l'Assemblée au bout de l'acte. Ils disent qu'on ne doit pas laisser partir les députés sans responsabilité et solidarité. Quant à la signature individuelle, c'est un ancien projet qu'on a attribué au parti coalisé de l'Assemblée. Mais je pense que la coalition a renoncé à ce projet, si elle l'a eu.

M. d'Orléans est constamment* en butte à la haine des aristocrates et même du parti coalisé de l'Assemblée. Les premiers ont donné l'anagramme de son nom, qui est Vàne d'or, et l'ont consignée dans le Journal de la cour et de la ville , le répertoire de toutes leurs ordures aristocratiques. Ils répandent toujours le bruit qu'il se dispose à s'enfuir sur un vaisseau qu'il tient toujours prêt, dans la Manche, à mettre à la voile. Ils débitent qu'il morcelé tous ses domaines, et qu'il les vend tous en détail. Cette dernière accusation a quelque fondement. Le défaut d'harmonie entre les patriotes ajoute quelque chose aux espérances des aristocrates, qui attendent avec impatience le résultat de la conférence du comte d'Artois avec l'Empereur et le Roi de Prusse. Les lettres d'Allemagne continuent de leur annoncer des nouvelles vraies ou fausses qui les soutiennent dans .leur espoir.

Ce ne sera que lundi ou mardi que le Roi fera connoitre sa résolution. En attendant ce moment-là, les factieux des deux partis, aristocratique et républicain, dressent leurs batteries pour soulever le peuple. La cherté du pain est un des grands moyens qu'on emploie.

Malgré son décret de prise de corps, l'abbé Fauchet, évèque du Calvados, est député à l'Assemblée. Les sept cents électeurs de ce département n'ont point voulu commencer leurs fonctions que leur évêque ne fut à son poste d'électeur. D'après une délibération unanime , tout le corps électoral a été chercher en triomphe cet évêque, et il a été élu député. Le corps électoral du

Calvados forme un contraste avec celui de Paris, qui rejette de son sein Camille Desmoulins et autres , décrétés seulement d'ajournement personnel. Reste à savoir si la nouvelle législature confirmera la députation de M. Fauchet.

Le corps électoral de Paris choisit des patriotes, mais il écarte les républicains. A moins qu'il n'arrive quelque revirement, il n'y a pas d'apparence que MM. Brissot, Condorcet, etc., puissent être élus.

|||M. Danton parut hier à l'assemblée électorale : il est arrivé de Londres en moins de trois jours. Il va publier un Mémoire qui .dévoilera les trames des chefs de la coalition, notamment de M. Duport, qui a employé toutes sortes de moyens pour l'attirer dans son parti. *

LETTRE TRENTE-SIXIEME

De Paris, le 24 septembre 1791.

Beaucoup d'aristocrates se sont déguisés dans les fêtes et spec- 4acles donnés gratis > afin de connoître l'opinion publique. On sait qu'il y a eu plusieurs coups montés pour faire prodiguer des applaudissements au Roi et à la Reine. Ils en ont reçu de sincères, mais il n'en est pas de même de tous. Il reste encore de la défiance dans l'esprit de bien des gens; il ne faut pas moins que le retour des princes pour la dissiper.

Les hôtels garnis de Paris sont pleins. Les émigrations de cette ville sont plus grandes que jamais pour passer chez l'étranger. Les aristocrates ne portent plus les portraits du Roi et de la Reine qu'ils avoient sur des bagues et ailleurs : la plupart les ont brisés. Il en est de même du médaillon de « l'ordre de Famille » .

La lettre des princes émigrés ou leur manifeste fait un mauvais effet dans l'opinion publique. Quoiqu'on ne craigne pas la guerre, l'inactivité du ministère déplaît au parti révolutionnaire. Une nouvelle énergie, un coup de vigueur, sont réservés à la législature prochaine.

Le bruit se répand qu'elle doit se déclarer Constituante. Ce seroit un malheur qui perpétueroit les troubles. Le peuple est

fatigllé des secousses, et veul jouir de la Constitution telle qu'elle esl. Il y a lieu de présumer <|iie les nouveaux députés suivront

L'impulsion de L'opinion publique.

lu autre mal plus réel esl que l<is impôts ne se perçoivent pa>. Il paroii que c'eat plus la faute des percepteurs que des contribuables, à qui on ne demande rieu. Que de travaux et de soins pour la législature prochaine !.. . La liste civile iullue beaucoup sur la nomination des députés de Paris.

LETTRE TRENTE-SEPTIÈME

De Paris, le 30 septembre 1791.

La proclamation que le Roi vient de faire faire dans celte ville de son acceptation de la Constitution, et surtout la forme de cette cérémonie , semblent annoncer le retour de l'ancien régime. Il se pourroit que, comme les Etats de 1614, l'Assemblée de 1789 produisit l'accroissement de l'autorité royale. Les honnêtes gens ne s'en chagrineront point, si ce qui a été fait de bien subsiste.

Les émigrations sont de plus en plus effrayantes. Il revient en même temps beaucoup de François de l'étranger, mais on prétend que ce n'est que pour faire leurs affaires personnelles, ou pour achever d'attirer dans l'étranger la ci-devant noblesse de France. Les noirs prétendent qu'il y a des provinces, l'Auvergne par exemple, où il ne reste pas deux gentilshommes. On prétend que les anciens députés de la droite veulent aussi se retirer en Allemagne. Le parti de la coalition surtout redoute la législature qui ouvre demain ses séances.

Le Roi et la Reine paroissent être de bonne foi : ils sentent sans doute que leur intérêt est de s'attacher à la Constitution. Mais les bruits journaliers font voir qu'aristocrates et démocrates doutent également de leur sincérité. On assure que le Roi a refusé de recevoir les dépêches des princes ses frères que M. d'Agoult lui a apportées. Il a même dit à cet officier qui! ne vouloit avoir de relation avec eux que lorsqu'ils seroient à Paris. Mais on croit que le Roi a lu cette lettre sous uue autre forme et en particulier. Un officier allemand qui étoit ici ces jours derniers, et qui éloil certainement chargé d'une mission de la cour

de Vienne, a dit dans une société que le Roi avoit concerté sa conduite avec l'Empereur, son beau-frère.

M. de Brissac raconte que lorsque le Roi, suspendu de ses fonctions, lisoit des motions de M. Robespierre contre lui, il disoit : « Cet homme m'en veut beaucoup ; pour moi, je ne lui en veux point, car je ne le connois pas. »

Le Roi ne peut pas donner le soupçon que l'on a eu qu'il vouloit passer en pays étranger. Il est constant que son projet étoit de rester à Montmédy, et un fait ignoré et fort singulier, c'est que le plan de cette retraite avoit été tracé par le feu comte Mirabeau. On sait qu'il s'étoit rapproché de îa cour dans les derniers temps de sa vie, et qu'il avoit l'ambition de devenir premier ministre. Son but étoit d'obtenir cette place en se retirant avec le Roi , et en employant son influence à faire modifier la Constitution. On a découvert que d'autres députés du côté gauche ont saisi cette idée, et donné au Roi depuis' son retour le même conseil, dans la même intention.

Madame de Lambalie doit bientôt, dit-on, revenir à Paris. On parle aussi du retour de Mesdames , tantes du Roi : on assuroit ces jours-ci que Monsieur étoit décidé a prendre aussi ce parti.

LETTRE TRENTE-HUITIEME

De Paris, le 7 octobre 179 L.

L'Assemblée nationale ai^oit fait une sottise, sans doute, de changer les qualifications- que le chef du pouvoir exécutif étoit accoutumé de recevoir, quoiqu'il n'en put avoir de plus belle que celle de Roi des François. Mais on craint que ce ne soit de sa part une autre bévue d'être revenue sur son décret et de l'avoir ajourné. Il eût été beaucoup plus sage de ne point traiter une telle matière, et cette reculade donne une bien mauvaise idée de la fermeté de nos nouveaux représentants. Ou leur reproche encore de se soustraire aux regards du public pour motiver leurs décrets, et de se renfermer clandestinement tous les soirs dans une salle de l'abbaye Saint-Martin, pour préparer les articles qui doivent être mis à l'ordre du jour. On pense bien que d'après cette conduite rétrograde, le pouvoir exécutif a lieu.

d'attendre de grands succès dune marche contraire. On en voit des preuves : les citoyens qui désirent entrer dans la maison militaire du Roi sont obligés de donner des attestations de service; celui qu'ils ont fait dans la garde nationale est un titre d'exclusion, et le ministre de la guerre disoit dernièrement à un candidat auquel il veut du bien : u Gardez-vous de parler de ce service, il n'en faut pas davantage pour faire jeter les gens par les fenêtres. »

Nos prêtres réfractaires ne cessent, comme du temps de la Ligue, de persuader à des imbéciles et à des dévotes l'obligation de tout souffrir pour l'amour de Dieu et de la religion, c'est-àdire pour leur intérêt, et ils présentent comme des martyrs ceux qui sont persécutés pour une si belle cause. Un curé de Saint- Hilairc, petite paroisse supprimée, rassemble périodiquement ses anciennes ouailles dans la chapelle du collège des Lombards. Le jour du Te Deum pour l'acceptation de la Constitution, le peuple voulut entendre les propos du ci-devant curé. La chapelle étoit barricadée; les poissardes enfoncent les portes, enlèvent trois dévotes qui s'étoient mises à la tête des réfractaires, et les fouettent dans la cour du collège. On remarque que ce ne sont jamais les vieilles qui s'exposent à ce genre de supplice.

Le Roi devoit assister jeudi dernier au Théâtre-Italien : sa garde étoit commandée. Il a donné contre-ordre, il étoit de mauvaise humeur de la suppression de ses titres. Ce contre-ordre a cependant été motivé sur une indisposition du prince royal.

Les nouveaux législateurs sont très-peu considérés du peuple , et l'amour du Roi fait des progrès proportionnés aux atteintes que quelques factieux veulent encore porter à la majesté de la couronne. On remarque une telle fermentation à Paris et dans quelques parties du Royaume, qu'il se pourroit que la contrerévolution s'opérât d'elle-même au milieu de nous. Plusieurs nouveaux députés ont été vivement insultés. Bientôt peut-être le Roi pourra lui-même fixer la mesure de son autorité. Son cœur et son intérêt bien entendu nous répondent que son triomphe ne sera pas celui de l'aristocratie.

LETTRE TRENTE-NEUVIEME

De Paris, le 15 octobre 1791.

Nous avons décidément trois partis : les aristocrates, le parti de la coalition réuni à celui de la cour, et les démocrates. Les aristocrates paroissent partagés d'opinion : les uns veulent le retour de l'ancien régime , sauf la réforme de quelques abus ; les autres consentiroient à une révolution mixte, comme rétablissement de deux chambres, etc.

Un voile impénétrable couvre les vues de la cour et des chefs de la coalition qui s'assemblent au château des Tuileries, dans l'appartement qu'occupoit M. de lillequier. Il paroit avéré que le Roi et la Reine cherchent sincèrement à empêcher l'Empereur et les autres puissances qui nous ont menacés d'attaquer la France. Si c'étoit une ruse de la cour, le parti de la coalition seroit joué. Assurément ce parti ne veut point de contre-révolution, il y auroit trop à perdre pour lui. Il est même plus détesté des aristocrates que les républicains, parce que ceux-ci ne sont plus dangereux, et que les coalisés ont la confiance de la cour.

La nomination de Monsieur à la régence pèse sur le cœur au Roi, et il ne peut se faire à cette idée. La Reine ne voudroit point avoir aux princes l'obligation d'un nouvel ordre de choses; elle craindroit qu'ils ne détruisissent ou ne partageassent au moins son influence, indépendamment de plusieurs autres motifs, tels que l'incertain de l'événement, le danger qu'elle courroit avec sa famille, etc.

Le but de la cour est certainement de s'attacher le peuple de plus en plus. C'est une question problématique, si elle se propose par ce moyen d'opérer peu à peu une contre-révolution, ou seulement de se fortifier conlre les entreprises de l'Assemblée. Dans le premier cas, elle tendroit sans doute à dégoûter le peuple de l'Assemblée nationale, afin qu'il finit par la chasser; dans le second cas, elle gagneroit peu à peu du terrain, comme le fait le Roi d'Angleterre. Il n'est pas difficile de décréditer les représentants actuels de la nation. Leur première sottise d'avoir voulu supprimer les titres accoutumés du Roi, a attiré sur eux les

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huées, el ils les méritoient, ne fût-ce que pour s'être occupés d'un vain cérémonial, tandis qu'il j a des objets si pressants et si importants à considérer. I n parti puissant, celui de la coalition, contribue beaucoup à décréditer la nouvelle législature, et !<• bruit comi (jijc l'Assemblée constituante a Je projet de se faire rétablir par le peuple à la place de celle qui loi a succédé. Il est permis cependant de mettre ce bruit au nombre des cbiméres <jue chaque jour on voit éclore et s'évanouir.

On compte dans l'Assemblée législative les deux tiers de bous patriotes, et un tiers de modérés ou ministériels. Il reste à Bavoir si Ja liste civile ne grossira pas ce dernier parti. L'exemple de l'ancienne législature peut le faire craindre : peu d'hommes résistent à l'appât des richesses. Celui qui a le plus profité de sa place et de ses talents est M. Barnave. II a reçu de tous les partis, de la cour, des colonies, et probablement de M. d'Orléans dans le commencement de la révolution. On pense qu'il ira jouir de sa fortune en Amérique, et on ajoute qu'il épousera une créole qui lui donnera quatre millions.

Le seul des grands personnages de la révolution qui n'ait pas profilé est M. de la Fayette : il s'est ruiné. C'est lui cependant qui a rendu les services les plus essentiels, en protégeant les propriétés et en maintenant la tranquillité de la capitale. On assure qu'il a refusé le commandement de Metz. D'autres disent qu'il se retirera dans les États-Unis.

La guerre est moins probable que jamais, et le clergé sera sacrifié, dans le cas même d'une contre-révolution.

LETTRE QUARANTIÈME

De Paris, le 22 octobre 1791.

L'Assemblée s'occupe vivement de la discussion d'une loi propre à arrêter les émigrations. Les applaudissements du peuple pour les mesures de rigueur qui ont été proposées font croire qu'elles seront adoptées. On croit que le Roi et la Reine n'y sont point contraires, et l'on peut le présumer d'après les dispositions du parti royaliste de l'Assemblée. La Heine a déjà ordonné aux personnes qui lui sont personnellement attachées de rentrer en

France, et l'on assure que le Roi a expédié à Coblentz un courrier pour Je même objet. Les nobles que des circonstances particulières et leurs opinions retiennent dans leur patrie, sont à la tète des plus ardents ennemis des émigrants, et l'on entrevoit avec joie les heureux effets de mesures sages et vigoureuses, qui reposeront sur un concert de la cour et des citoyens, pour foire revenir des François qu'ont éloignés quelques décrets impolitiques, l'exemple et de fausses espérances. On sait d'ailleurs que les mécontents sont très-divisés entre eux. La partie de la noblesse qui dans l'ancien régime étoit la classe la plus maltraitée par l'aristocratie de faveur, forme un parti à part, et réclame les principes mêmes de la nouvelle Constitution pour l'égalité. Leurs vœux seroient bien dans le sens de la Révolution, si tous ne s'accordoient d'autre part à se croire d'une pâte distincte du reste des hommes, et à exclure des droits de l'humanité tout ce qu'ils appellent encore peuple et tiers état.

Les antirévolutionnaires s'excusent toujours sur le défaut de liberté du Roi.

Pour faire cesser cette objection, les Feuillants voudroient que le Roi fit un voyage de Fontainebleau ou de Compiègne, ce qui ne feroit qu'accroître la défiance et les inquiétudes du peuple. On se méprendroit sur le sens des hommages de reconnoissance que le peuple a rendus au Roi depuis l'acceptation , si l'on simaginoit qu'il s'est refroidi à l'égard du nouvel ordre de choses. On ne peut se dissimuler que les jours du Roi et de la Reine seront en danger aux premières hostilités du dehors. Ce danger seroit encore plus grand s'ils tentoient de s'évader. On prétend cependant que cette évasion a été conseillée par le parti coalisé, par les Feuillants. On ajoute que le Roi et la Reine s'y sont absolument refusés.

Les cales du Palais-Royal montrent de nouveau une fermentation prête à faire explosion. Le discours de Rrissot à l'Assemblée et l'impression qu'il a faite prouvent que nos représentants ne larderont pas à déployer une énergie qu'on ne leur avoit pas soupçonnée. Ils se montrent au moins disposés à soutenir la Révolution à la hauteur à laquelle ils l'ont trouvée; j'ai entendu dire a plusieurs députés que des potences dressées ne les feroienl

poinl rétrograder. Mais qui pour roi 1 répondre de leur persévérance, en se rappelant la défection des plus grands patriotes de la première législature? Auri sacra famés!

On dit que AI. de la Fayette distribue dans son voyage des

copies d'une lettre de l'Empereur au Roi. Léopold y conseille à Louis XVI d'accepter la Constitution, et lui dit qu'elle ne renferme rien de contraire aux principes que les rois doivent admettre. Au dire des noirs, le but de AI. de la Fayette dans son voyage en Auvergne est de travailler les esprits.

Le Roi a, dit-on, fait donner 36,000 livres à AI. de Choiseul après l'amnistie. AI. de Choiseul a converti cette somme en or, et est parti sur-le-champ pour le pays étranger.

LETTRE QUARANTE ET UNIÈME

De Paris, le 29 octobre 1791.

Il paroît qu'il sera prononcé un décret sévère contre les émigrants. Des rêve -creux prétendent que cette loi est sollicitée même par les partisans des princes françois ; ils ajoutent que ceux-ci font des sacrifices pour la faire adopter, afin de s'attacher irrévocablement les gentilshommes qui les ont suivis. Ce décret, s'il est rendu, comme on le croit, conforme à la motion de AI. Condorcet, le portera à la présidence et lui procurera AI. Brissot pour successeur. On se moque un peu dans le public de ces deux députés, qui se donnent mutuellement la qualification de « grand homme » .

Beaucoup de gens font monter à trois cents le nombre des ministériels de l'Assemblée, qui seroit neutralisée par cette corruption. Les ministériels, disoit dernièrement un député, sont plus dangereux dans l'Assemblée que les aristocrates, parce qu'ils se cachent davantage. On prétend que les députés actuels sont beaucoup plus adroits que leurs prédécesseurs pour tirer parti de la liste civile. Ce soupçon est appuyé sur la modicité de leur fortune. On n'évalue, d'après de nouvelles recherches, qu'à 7 ou 800,000 livres les revenus individuels de toute l'Assemblée, ce qui ne forme pas la fortune d'un seul de plusieurs membres

de la précédente, tels que MM. d'Orléans, la Borde, d'Aiguillon, Montmorency, Liancourt.

Il n'y a jamais eu autant d'intrigues que dans ce moment à l'Assemblée , qui ne connoit pas elle-même les pièges dont elle est environnée. Si les ennemis de la Révolution s'entendoient bien, cette guerre leur réussiroit mieux que celle qu'ils semblent préparer au dehors, et qui ne fera qu'aigrir les haines et la résistance. Le foyer des intrigues est au château des Tuileries, et c'est le baron de Breteuil qui en est l'âme. Des courriers très-fréquents entretiennent cette correspondance. On sait que la base du plan de M. de Breteuil est l'établissement de deux Chambres, comme en Angleterre. L'activité de ses relations avec la Reine et l'aversion de la noblesse des provinces pour ce plan peuvent détruire nos inquiétudes sur les entreprises des princes et des émigrants qu'ils ont rassemblés autour d'eux. Ce plan, qui, dans le système de la corruption , exclut l'intervention des puissances étrangères, nous évitera la guerre dont nous avons paru menacés, soit qu'il échoue, soit qu'il réussisse. En effet, la Reine n'a cessé d'engager son frère à ne point armer pour les affaires de France.

Le parti des deux Chambres a deux subdivisions. Les uns veulent que les membres de la Chambre haute soient héréditaires, d'autres les rendent électifs. Dans le premier cas, ce seroit une aristocratie de famille, la plus dangereuse de toutes. Quelques membres de la Société des monarchistes, précédemment tant bafouée, sont les chefs de ce parti, sous la protection de la Reine, et forment son conseil. Il doit être bien redouté du parti concurrent, puisque l'évêquc d'Arras, aumônier des princes à Coblentz, vient d'écrire à un ami, qu'il craint que toutes les démarches de la noblesse ne soient inutiles, et que l'on ne peut conserver qu'un espoir bien faible du concours des troupes étrangères pour le printemps prochain. L'extrait de cette lettre a été lu hier au Club des Etrangers, l'un des principaux rendez-vous de l'aristocratie, et y a fait la sensation la plus désagréable. On s'y est permis des discours très-durs contre la Reine, en l'accusant d'avoir trahi la noblesse, etc.

On dit que la Reine est enceinte. Cette nouvelle, vraie ou

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