‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 48 sur 79 · C ORR E S P ( ) \ I) \\ [C E S E I ; K K T K · texte numérisé non relu

C ORR E S P ( ) \ I) \\ [C E S E I ; K K T K

fausse, a déjà donné prise à la malignité. On fixe l'époque de cel événemenl au jour de l'acceptation de la Constitution. Si ce prince monte jamais sur le donc, ce sera vraiment un Roi constitutionnel.

Du 31 octobre.

Il est arrivé ici, hier, un fonde de pouvoirs des princes émigrés, chargé de négocier pour deux millions d'obligations. On prétend pourtant que Monsieur et Madame ne sonl poinl éloignés de revenir en France, et Ton n'a prononcé que dans cel espoir le décret qui vient d'être rendu, pour priver Monsieur du droit à la régence s'il prolonge son absence au delà de deux mois.

LETTRE QUARAJVTE-DEUXIEME.

De Paris, le h no\cmbre 1791.

Tandis que l'Assemblée balbutie sur les mesures qu'il est à propos de prendre pour garantir la Constitution des atteintes dont elle est menacée au dehors, tous les citoyens paraissent s'en occuper avec plus d'ardeur.

On prétend que les émigrés sollicitent du secours de l'Angleterre, sous la promesse de l'aider à reconquérir les Elats-l His de l'Amérique lorsque le calme sera rétabli en France. En politique comme dans la vie privée, on consume le temps et les forces à faire et à défaire. Les Anglois, dont l'affluence est plus considérable que jamais à Paris, assurent cependant que leur nation ne se mêlera point de nos affaires. L'activité qui règne en ce moment dans la correspondance de la Reine avec les princes confirme, l'espoir que de grands moyens de conciliation sont sur le tapis. Il est difficile de croire que cette négociation ait pour objet le retour pur et simple des princes et des é migrants. On prétend que la Reine veut faire remplacer AI. de Calonne près des princes par M. le baron de Breteuil, ce qui annonceroit l'amalgame de leur plan avec celui des deux Chambres,

Nos nouvellistes infèrent de la conduite des puissances étrangères qu'après nous avoir laissés nous consumer en vains préparatifs et en divisions intestines, elles se proposent de nous sur-

prendre et de fixer notre destinée par quelque coup imprévu. II est des spéculateurs, et c'est l'avis de beaucoup de gens sensés, qui pronostiquent quelque grand coup frappé dans l'intérieur sans que les émigrés s'en mêlent. Les émigrations de femmes, de personnes âgées, même impotentes, le redoublement d'ardeur du fanatisme, prouvent que cette opinion est généralement répandue. Telle est probablement aussi celle de la cour, et l'on peut présumer qu'elle dirigera la conduite du Roi relativement au terme fatal que le décret fixe pour la rentrée de Monsieur dans le Royaume.

Du 5 novembre.

Le mécontentement du peuple commence à se manifester d'une manière effrayante contre ceux qu'il croit ses ennemis et contre les accapareurs. M. d'André est compromis dans les accaparements qui causent cette agitation.

On a affiché à la porte de l'Assemblée le discours de Cromwell à la dissolution du Long Parlement, commençant par ces mots : « Il est temps enfin que je termine vos séances dans ce lieu, déshonoré par votre mépris pour toutes les vertus. » La fermentation renaît dans toutes les têtes.

LETTRE QUARANTE-TROISIÈME

De Paris, le 12 novembre 1791.

On est persuadé ici que le décret contre les émigrés mettra la division entre eux, et qu'un grand nombre de ceux qui sont possessionnés en France reviendront. On ne pense pas que les princes rentrent dans le délai prescrit, mais on présume qu'ils reviendront lorsque la France sera tranquille et que l'on accordera alors une seconde amnistie. Lorsque l'on a porté ce décret à la sanction (\\v Roi, il a répondu, dit-on, qu'il ne signeroil jamais la mort de ses frères, et qu'il connoissoit les limites que lixe la Constitution.

Le comte de Hautefort, l'un des fondateurs du Club monarchique, a dit à ce sujet au Salon des Etrangers, qui a recueilli les débris de cette sociélé : « Messieurs, nous méritons bien le sort qui nous accable. Si nous avions eu le courage de nous

défendre dans le principe, nous n'en serions pas là. » Au reste, beaucoup de personnes croient que les émigrés feront une tentative d'ici à la fin de l'année.

On pense toujours que AI. de la Fayette sera élu maire, et Ton dit que la cour porte AI. d'André, dans l'espoir qu'il favorisera l'évasion de la famille royale. Elle redoute AI. de la Fayette, comme un geôlier trop habile.

LETTRE QUARANTE-QUATRIÈME

De Paris, le 18 novembre 1791.

Que le Roi se fût évadé avant de prononcer son veto sur le décret contre les émigrants ou après la sanction, sa fuite auroit pu être imputée à la crainte de signer l'arrêt de mort de ses frères ou au projet de réclamation contre une sanction forcée. Mais on ne peut guère concevoir qu'après l'usage qu'il vient de faire de sa liberté, il pense encore à s'évader. On lui suppose pourtant toujours ce dessein. Cette idée n'a jamais été plus forte que cette semaine. Le Roi voulut sortir lundi dernier : il en fut empêché par un factionnaire. Le caporal qui avoit donné la consigne a été «mis en prison, et l'officier duquel celui-ci l'avoit reçue avoit disparu. Toutefois la garde est doublée, et il est évident que les inquiétudes ont quelque fondement.

La curiosité et la malignité trouvent matière à s'exercer sur l'aventure de M. Bourbon-Créqui , fils naturel de Louis XV. Elle est connue, mais on n'a pas parlé de la réponse que le Roi a faite à sa demande du payement de sa pension. Louis XVI lui a écrit que sa liste étoit trop modique pour payer cette pension ; qu'il est obligé de prendre sur cette liste pour ses tantes et pour des émigrés qui lui sont chers, et que de vingt-cinq millions il ne lui en reste que sept pour sa maison. Il paroit que cette histoire, dont on n'a dit qu'une partie, compromet la nouvelle cour comme la mémoire de l'ancienne. Il est de fait que le Roi est fort endetté, et que les payements de sa maison sont suspendus depuis quelque temps.

Le Roi est monté à cheval mardi dernier, et a été insulté par une femme, qui lui disoit qu'il feroit mieux de donner du pain

et de la tranquillité à son peuple en sévissant contre des citoyens malveillants, que de se promener. Un jeune homme voulut ôter son chapeau, ses voisins le forcèrent à le remettre.

On attribue ce propos à un aristocrate au sujet du veto sur le décret contre les émigrés : « Si j'étois démocrate, je dirois au Roi : Par votre veto , vous vous rendez responsable de tous les événements, et vos ministres en répondront sur votre tête. »

Le marquis de Bonnay est arrivé avant-hier de Coblentz. Le lendemain, il a paru devant le Roi, qui étoit entouré de gens dont la présence gênoit l'entrevue. Le Roi n'a rien dit, et l'on a remarqué qu'il a baissé les yeux à la vue de M. de Bonnay. On s'imagine que c' étoit un signal convenu pour exprimer que les dépêches remises par une autre voie étoient bien parvenues.

On a affiché sur les murs de la salle de l'Assemblée :

« De par les princes du sang royal présents à Coblentz et à Worms : On fait savoir qu'indignés de V audace criminelle des gens siégeant au Manège de Paris, ils appellent à Dieu, au Roi et à leur épée , du décret rendu contre eux le 8 du présent mois , bien certains que les bons citoyens de cette ville ne sont pas complices de cet attentat. »

A l'élection du maire de Paris, on a trouvé un bulletin portant ces mots : « D'André et une roue. »

L'épidémie de découvrir le derrière des dévotes se fait ressentir dans toutes les provinces. C'est surtout le jour des grandes fêtes que l'on fait l'exposition des reliques. Dans un bourg du département de la Sarthe, on a, le jour de la Toussaint, donné cette correction fort indécente à deux femmes sexagénaires : c'est la recevoir un peu tard. Pendant que les paroissiens étoient occupés aux vieilles, leur curé constitutionnel corrigcoit de la même manière une enfant de dix-sept ans.

Du 21 novembre.

La nomination de M. Péthion à la mairie accable la moitié de notre aristocratie, qui a fait tous ses efforts pour faire élire M. de la Fayette. L'état-major est pourtant venu à bout de nommer cet ex-commandant général chef de la quatrième légion.

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