‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 49 sur 79 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

562 C O Il R E S P 0 X I) W C R 9EC R ET E .

Les émigrations sont toujours trè»- fortes : on lei porte à

soixante ou qualre-i :n;;ts personnes par jour.

On dit que la lenteur du pouroir exécutif *a déterminer l' Assemblée à le concerter avec les départements pour faire exécuter 1rs lois. On ne compte plus sur les sentiments du Roi et de l'Empereur en faveur de la Constitution. Le bruit l'esl même répandu que les emprunts faits en Hollande par les princes ïrançois ont le Roi pour caution.

LETTRE QUARANTE-CINQUIÈME

De Paris, le 26 novembre 1791.

Les émigrés avoient engagé M. de Làtre , professeur en droit et sexagénaire, à aller joindre leurs drapeaux. Il s'est contenté de faire partir son fils avec une lettre pour M. de Calonne. Cette lettre a été interceptée. L'Assemblée a fait comparoitre ce vieillard à la barre : il n'a pu nier son écriture, et a été envoyé à l'Abbaye.

Plusieurs députations de bataillons des gardes nationales se sont présentées avant-hier à la séance des Jacobins, et y ont été reçues avec empressement et joie.

Le Roi et la Reine ont été fort mécontents de l'élection de M. Péthion. Ils se sont plaints qu'au moment où ils témoignent tant d'attachement à la Constitution, le peuple ait comblé de ses faveurs les gens qui leur déplaisent. Au reste, un nouveau pian s'ente sur le républicanisme, et a pris encore naissance au milieu des Jacobins. Il s'agit, en cas de déchéance de Louis XVI, d'appeler au trône un fils du Roi d'Angleterre, sous la condition de soutenir la Révolution contre tous ceux qui voudraient la détruire. Il paraît que ce projet a été le motif du voyage que M. Péthion a fait en Angleterre, où il l'a concerté avec la Société des amis de la Révolution de JG88. Il a été, à ce que l'on assure, chaudement adopté par les protestants et les républicains de nos provinces méridionales. Ceux-ci avoient eu d'abord l'idée de former une république indépendante de la France.

La quantité d'étrangers de basse classe que l'on voit à Paris a fait croire que les Jacobins méditent quelque grand mouvement

populaire à l'appui de leurs projets. Il ne paroît pas cependant qu'ils puissent jamais éclore tant que le Roi restera à Paris, malgré les efforts que l'on fait pour exciter Panimadversion du peuple contre le veto. Je viens d'entendre dire que l'on ne seroit pas surpris de voir le château des Tuileries attaqué avant trois mois, si le Roi ne met fin à l'incertitude qui règne sur ses véritables sentiments.

On tire quelques conjectures de l'échange très-simple et trèsinsignifiant peut-être que le Roi vient de faire avec M. le Main de 30,000 livres d'assignats contre mille louis d'or. Les écus de six livres gagnent 5 pour 100 sur le papier. On attribue cette nouvelle baisse des assignats à l'accaparement du numéraire que font les émigrés qui reviennent à Paris.

Les Jacobins sont toujours en correspondance avec les chefs des mécontents des provinces bclgiques.

On dit que M. Malouet est le conseil du Roi, et que l'abbé Montesquiou dirige sa conscience.

Le prix de l'argent est de 20 à 24 pour 100.

M. Cahier de Gerville, ministre de l'intérieur, a été présenté hier. Le Roi lui a dit : « Vous prenez une place qui vous donnera bien de la peine. » M. Gerville lui répondit : « Un ministre populaire ne doit jamais être embarrassé sous un roi patriote. »

LETTRE QUARANTE-SIXIÈME

De Paris, le 2 décembre 1791.

Le comité de surveillance a fait insérer dans tous les papiers, qu'il prioit l'auteur d'un avis qui lui étoit parvenu de se faire connoitre. Cet avis n'est autre que celui d'une prochaine évasion du Roi. On sait que le Roi et la famille royale, cédant aux sollicitations de M. de Breteuil , avoient consenti à partir le 19, et que ce fut au moment même du départ que le Roi changea d'avis. C'est à cette époque que le bruit courut en Allemagne que celte fuite avoit été exécutée. Il est difficile d'en démêler la source. Le comité de surveillance met beaucoup d'importance aux indices qu'on lui fournit sur ce projet. Mais il faut se rappeler qu'il est composé de têtes exaltées : d'un abbé Fauchet, d'un

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