‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 50 sur 79 · C 0 R R E 5P0ND AN C E S K C R E T E · texte numérisé non relu

C 0 R R E 5P0ND AN C E S K C R E T E

Bazire, d'un Chabot, etc. Un inconnu dit dernièrement au sujet

de celle évasion qu'on semble redouter : (Test ce qui pourroit arriver de plus heureux pour la France. Nous marierions mademoiselle d'Orléans avec un fils du Roi d'Angleterre, et il seroit

notre roi. »

M. Duportail, ministre de la guerre, vise à l'ambassade de \aples. On croit qu'il lui sera défendu de sortir du Royaume : il n'est aimé ni estimé d'aucun parti. M. Cahier de Gerville est un ministre selon le cœur des Jacobins. Sous M. de Lessart, son prédécesseur, qui a passé aux affaires étrangères, la plupart des places qui sont à la nomination du ministre de l'intérieur se sont vendues à prix d'argent. On connoît l'honnêteté de M. de Lessart, on déplore sa foihlesse de n'avoir pu empêcher ces concussions de la part de ses subalternes.

Le Roi vient de recevoir les réponses des princes ses frères, et a exprimé énergiquement par quelques mots l'impression qu'il a ressentie à leur lecture. On ne peut douter du chagrin que lui cause leur persévérance dans leurs plans. Il y a eu sur-le-champ un conseil où le Roi a exposé l'intention de sanctionner le décret contre les émigrants. Les ministres n'ont point été de cet avis.

Madame Elisabeth, qui donne dans la plus haute dévotion, s'est jetée plusieurs fois aux pieds du Roi pour le conjurer de ne point sanctionner la loi contre les prêtres non assermentés. On craint d'autant plus que son refus ne cause beaucoup de tapage , que l'on voit des préparatifs effrayants de la part du peuple ou de ceux qui l'influencent.

On assure qu'il se fabrique quelques milliers de piques dans le faubourg Saint-Antoine. Les jeunes gentilshommes qui passent par Paris pour se rendre en Allemagne augmentent la fermentation par leurs discours : ils ont déjà donné lieu à des scènes fâcheuses dans le Palais-Royal. Quelques membres de l'Assemblée se disposent à remettre sur le tapis la question, ajournée par l'Assemblée constituante , de nommer un gouverneur au Prince royal. Les honnêtes gens souffriront encore de ce nouveau déplaisir que l'on causera au Roi et à la Reine.

LETTRE QUARANTE-SEPTIEME

De Paris, le 9 décembre 1791.

Les personnes qui eroient à la réalité du projet d'évasion de la famille royale disent que la démission de M. Duportail en est la suite. La nomination de M. de Narbonne à sa place prouve que M. Necker a conservé quelque crédit à la cour. M. de Narbonne passe pour avoir du patriotisme dans le sens de M. Necker; il sera dirigé par l'ambassadrice de Suède. Mais il a une tache ineffaçable, c'est d'avoir conduit les tantes du Roi dans leur voyage à Rome.

On prétend que les chefs de la démocratie font acheter les écus, et qu'ils en ont déjà pour soixante millions destinés à corrompre les troupes qui secondent les princes dans leur agression contre la France. On est persuadé ici que cette attaque aura lieu dans le mois de janvier.

Comme on sait que la plus grande force des contre-révolutionnaires sera en cavalerie, les Jacobins proposent d'y opposer des piques et des faux, et c'est en conséquence de ce plan qu'ils en font continuellement fabriquer. On sait que les troupes de ligne redoutent extrêmement ces armes des paysans.

Les contre-révolutionnaires sont dans l'erreur s'ils pensent que leur armée se grossira considérablement à leur entrée en France, et que des villages entiers suivront comme des moutons. La crainte du retour de l'ancien régime et l'opinion où l'on est que les vues des princes ne sont pas les mêmes que celles du Roi, seront deux grands motifs de résistance. Nos divisions intestines sont sans contredit la plus sûre base que l'on puisse prendre pour opérer de grands changements. Mais il se pourroit que la vue du danger réunit tous les partis. Un de leurs grands défauts est d'agir comme s'ils étaient en révolution et comme . s'ils n'avoient pas une Constitution. Ils ne sentent pas que l'intérêt général est de soutenir cette Constitution, même avec ses défauts, auxquels le temps et la tranquillité peuvent porter remède.

Le comte de Mcrcy est ici : hier il eut une conférence de deux

heures avec le garde <l<'s sceaux. Sa mission paroit avoir les objets les plus importants, et quand ou se rappelle qu'il a eu à Bruxelles dépareilles conférences avec le baron de Dreteuil, on ne doute point qu'il ue soit question d'un plan profondément combiné, <'t ou croit en deviner l'objet. Quelques personnes prétendent que l'Empereur conseille à Louis XVI de céder au v<ru de l'Assemblée pour amener une crise qui accélère le dénoùmeiit , <'ii déclarant la guerre aux princes d'Allemagne qui protègent les armements des émigrés. Il paroit certain qu'il y a une coalition secrète et une parfaite intelligence entre les Tuileries, Vienne et Berlin. Le bruit a couru que l'Empereur redemandoit sa sœur. Ce bruit n'est pas vraisemblable; la Reine a annoncé trop solennellement qu'elle n'abandonneroit pas son mari. Les auteurs de cette supposition ajoutent qu'après le départ de la Reine et du Dauphin le Roi abdiquera et dira : « Je ne me mêle plus de rien; votre Roi est à Vienne. »

On dit aussi que les Feuillants travaillent à un plan de conciliation.

Le Roi réforme dans sa maison cinq cents personnes et trois cents chevaux. Sa maison militaire est bientôt complète.

Plusieurs officiers de la garde nationale se sont plaints de mouvements d'humeur et de brusquerie de la part du Roi quand ils font leur service près de lui. Ils se louent des égards et de l'aménité de la Reine, qui paroit avoir adopté un nouveau plan depuis l'aventure de larennes. L'acceptation de la Constitution a été aussi l'époque d'un changement dans sa toilette : elle s'habille et se pare comme dans l'ancien régime.

On voit rentrer un grand nombre d'émigrés. De ce nombre est le curé de Saint-Sulpice, qui a renouvelé l'offre de ses services spirituels à ses paroissiens.

LETTRE QUARANTE-HUITIÈME

De Paris, le 17 décembre 1791.

La démarche que le Roi a faite le M, et le départ du ministre de la guerre pour les frontières, ne peuvent laisser aux gens honnêtes et impartiaux de doute sur le désir sincère du monarque

de nous rendre promptement le calme et la tranquillité. Cependant on se permet les suppositions les plus injurieuses à ses intentions : le comité même de surveillance semble les adopter. Le Roi le sait et en est fort mécontent : il a promis de s'en venger en surmontant courageusement tous ces dégoûts.

Il est permis, au reste, de croire que M. de Nar bonne a voulu jouter de gloire avec M. de la Fayette, même la partager, et y joindre celle de rétablir peu à peu l'autorité du Roi sans heurter brusquement les opinions du peuple. C'est une entreprise difficile, mais qui ne seroit point au-dessus des forces d'un homme de génie, que d'accorder la Constitution avec l'ambition d'un monarque juste, et de relever la prérogative royale sans détruire des principes adoptés par la nation : ajoutons qu'après une guerre heureuse, le Roi, qui l'auroit faite pour le peuple, et en apparence au moins contre ses propres intérêts, pourroit ne plus mettre de bornes à ses projets.

La Reine montre la plus grande réserve vis-à-vis même des personnes qui paroissent jouir de sa confiance, et il n'y a point de doute qu'elle ne soit l'àme de plans majeurs concertés depuis longtemps, et dont la connoissance pourroit expliquer ce que les événements ont d'énigmatique. On proposoit à cette princesse d'aller au Salon des Étrangers, a On ne s'y occupe, lui disoit-on, que de danse et de musique, et nullement de discussions politiques. » — "Vous êtes heureux, a-t-elle répondu, de trouver une société exemple de discussions qui divisent les esprits. »

On parle du départ prochain de MM. de Simolin et de Staël, ministres de Russie et de Suède.

Les princes rassemblent trente-cinq mille hommes près de nos frontières : beaucoup de déserteurs ont passé en France. Le cri des départements*, surtout des frontières, est celui de la guerre. On ne doute point que la mesure vigoureuse adoptée par le Roi n'y ail été mieux accueil iie qu'à Paris.

Les différents partis s'accusent d'accaparer l'argent pour faire la guerre ou pour accélérer une nouvelle révolution par le discrédit des assignats.

On prétend que la municipalité de Paris a quarante-huit millions de dettes.

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