‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 51 sur 79 · L E T T R E Q U A R A \ T E - N E L V I E AI E · texte numérisé non relu

L E T T R E Q U A R A \ T E - N E L V I E AI E

De Paris, \e 13 décembre 1791.

Le manifeste de l'Empereur, ou plutôt sa lettre au Roi, dans laquelle il réclame avec vigueur les droits des princes allemands possessionnés en France, n'a point effrayé notre ministère. Il paroi t que l'on se croit sûr d'éviter une guerre avec l'Empire, guerre qu'il importe plus encore peut-être à Léopold qu'à notre cour de prévenir. Mais ce manifeste, que l'on crie dans les rues, a fait une vive sensation sur le peuple. Il s'est porté avec fureur au club des Feuillants; ils auroient été très-mal traités sans le secours de la garde nationale et les soins du commissaire, qui a fait fermer le club. Le peuple a demandé qu'il fût fermé pour toujours, et il a fallu le lui promettre : on a crié bravo avec transport. Le peuple en vouloit surtout à Barnave, à Chapelier et à d'André, qui ont été insultés en sortant, le premier surtout, que l'on appeloit « l'homme à deux faces, l'homme noir et blanc, v

Cependant le Roi et la cour voient leur parti s'accroître journellement dans le peuple. Il est évident que le Roi a reconnu que ses plus chers intérêts étoient liés à ceux de la nation.

Avant le grand tapage qui a eu lieu aux Feuillants , AI. d'André parloit et se pavanoit au milieu des applaudissements, qu'il croyoil sincères. On entendit tout a coup un coquerico s'élever dans un coin de la salle. L'assemblée partit d'un éclat de rire qui déconcerta l'orateur. On se rappelle que le journal intitulé « Le chant du coq, n mort depuis trois mois, étoit attribué à M. d'André.

Les comités de surveillance ont découvert et eu la maladresse de rompre le fil d'un complot de contre-révolution qui s'étendoit de Strasbourg jusqu'à Perpignan.

Le renouvellement du corps diplomatique dans l'étranger n'est point fait dans le sens de la démocratie, mais dans celui des monarchiens, qui allient le système des deux Chambres avec la nouvelle Constitution.

Le Roi et la Reine ont défendu de recevoir pour leur compte les journaux aristocratiques.

Une société de démocrates se propose d'acheter l'hôtel des

Invalides pour en faire un hôpital, afin que le Roi ne puisse point y placer la cavalerie de sa garde, rassemblements dangereux près de la capitale. On conserve toujours de la défiance sur les sentiments du Roi, et l'on n'oublie pas l'avis de Danton, k qu'un monarque ambitieux peut en ce moment fonder le despotisme sur la Constitution. » On connoit mieux le plan de la Reine , qui ne veut qu'ajouter à ia Constitution une Chambre haute de serviteurs dévoués à ses volontés. Il n'est pas douteux que l'Empereur n'ait pour objet de coopérer aux vues de sa sœur. Ceci explique parfaitement la conduite contradictoire en apparence de la cour de Vienne.

LETTRE CINQUANTIÈME

De Paris, le 30 décembre 1791.

La guerre ! C'est le cri général dont la France retentit de l'une de ses extrémités à l'autre. L'aventure du club ministériel des Feuillants, les mouvements populaires qui ont accompagné les hommages éclatants que M. de la Fayette a reçus de ses amis, l'acharnement surtout du peuple à arracher les placards qui prônent l'autorité du Roi , prouvent assez cependant la disposition invariable des esprits. C'est par haine des anti-révolutionnaires, et non par confiance dans le pouvoir exécutif, que l'on veut la guerre. Le parti du monarque n'est point assez nombreux pour qu'il en puisse abuser. Dans les troupes comme dans le peuple , les aristocrates et les démocrates également ne peuvent pardonner à Louis XVI ni la proclamation et la fuite du 21 juin, ni l'acceptation de la Constitution. Le Roi fait cependant tous ses efforts pour recouvrer la popularité. Il se promène souvent dans la ville, surtout dans les faubourgs; mais il est assez remarquable qu'il n'a jamais autant recueilli d'applaudissements que la Reine en eut hier à l'Opéra. On cria mille fois avec transport, les femmes surtout, et Vive la Reine! » ensuite « Vive la nation! » et très-peu k Vive le Roi! » Il commence à percer dans le public que cette princesse, dont la volonté et les résolutions sont fermes et décidées, a de bonne foi pris le parti de s'attacher à la Constitution , ce qui nous assure de la neutra-

lité de l'Empereur, tandis que Louis XVI regrette l'ancien régime. On croit cependant que la neutralité des jouissances qui nous entourent sera une neutralité irmée, qui nuit opérer (les changements dans les conséquences tirées des principes consacrés

dans la charte constitutionnelle.

On crie dans toute la France haro sur les traîtres et les rebelles. Ceux qui seront soupçonnés ont tout à craindre de l'aveugle fureur du peuple. Quant au dehors , on destine l'Espagne et les Electeurs ecclésiastiques à payer les (Vais de Ja guerre. Une puissance formidable convoite le Mexique et le Pérou.

Les femmes de Paris ont déclaré que si les gardes nationales éprouvoient quelque échec aux frontières, elles y enverroient leurs maris et s'armeroient pour garder la capitale.

LETTRE PREMIERE

De Paris, le 2 janvier 1792.

Les amis de l'humanité respirent. On assure que le Roi viendra incessamment à l'Assemblée pour remontrer que les attroupements et les armements d'outre-Rhin ayant cessé, il n'y a plus lieu à un décret d'accusation contre les conspirateurs. On doit répondre que le délit a été commis, qu'il est constant, et qu'il faut le poursuivre et le punir. Mais il n'est pas permis de douter que si effectivement les ennemis de la Constitution viennent à céder, tout ne soit bientôt oublié, s'ils concourent à rétablir la paix et l'harmonie entre leurs frères, et ils feront suffisamment oublier une résistance qui trouvera facilement des apologistes.

Un effet important de la cessation des préparatifs hostiles des émigrés sera nécessairement celui de nos dispositions de guerre contre les princes qui les protègent. On sait qu'il existoit un projet alarmant et vaste contre la Belgique, le pays de Liège et une partie des Étals d'Allemagne qui bordent le Rhin. Ce motif et la crainte des vues ambitieuses de l'Angleterre, qui a en France un parti très-puissant, semblent nous rassurer contre les vues prétendues hostiles de la cour de Vienne. En effet, la correspondance est toujours très -fréquente et très -animée entre la Reine et son frère. On prétend que cette princesse a même écrit au Roi de Prusse, pour l'engager à ne point se mêler des affaires de France. On peut prédire qu'elle jouera le plus grand rôle dans les événements de notre histoire. Avant-hier, la moi lié de Paris étoit sur pied pour la voir et l'applaudir. Nous lui devrons la paix. Puissions-nous lui devoir aussi un calme durable dans l'intérieur du Royaume ! On remarque beaucoup d'Autrichiens parmi les étrangers qui sont à Paris.

M. de Lamothe est, dit-on, aussi à Paris, dans l'intention de demander la révision du procès du collier; on ajoute qu'il s'est même adressé à cet effet au garde des sceaux.

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LETTRE DEUXIEME

De Paris, le G janvier 1792.

On travaille à habiller les gardes du corps. Il y en a six cents logés à l'École militaire, autant à Versailles et à Compiègne. Il y en aura toujours trois cents employés à la garde du Roi. Il est faux qu'il y en ait eu d'assassinés; mais il y a fréquemment à Paris des rixes entre les gardes nationaux et les Suisses.

Les effets publics abondoient hier à la Bourse : les agents de change n'avoient jamais eu entre les mains tant de papiers nationaux. On y vit le projet manifeste de faire baisser les effets, qui ont effectivement baissé de 10 pour 100. Cette manœuvre tendant à exciter la sédition a eu sa récompense : une grêle de coups de canne a tombé sur les épaules des courtiers. La garde est arrivée, a fait évacuer le terrain, après que le procès-verbal eut été dressé. On pense que les ventes de ce jour sont nulles.

Les aristocrates font courir le bruit que le Roi de Suède a redemandé Luckner, et que ce général, pour se tirer d'embarras, a envoyé sa démission à Louis XVI, en alléguant l'indiscipline des troupes.

La proclamation du Roi du 4 de ce mois ne laisse point douter de ce qui a été prévu par les personnes impartiales. La cour des Tuileries et celle de Vienne se sont concertées pour éviter une guerre désastreuse. La voie des négociations secrètes ayant échoué vis-à-vis des princes émigrés, le Roi a voulu amener une prompte fin par un coup d'éclat qui doit nécessairement, secondé par la conduite des puissances étrangères, amener cette conciliation tant désirée par les honnêtes gens.

Beaucoup d'émigrés sont revenus depuis quelque temps. Il en est qui ont bien sincèrement renoncé à toute idée de guerre; mais le plus grand nombre croit mieux servir sa cause en France que dehors. Malgré la loi de six mois de résidence, plusieurs ont réussi à toucher leurs revenus au moyen de certificats de complaisance.

Il est évident que tout va se terminer par une conciliation. Il paroit que la cour a plusieurs moyens d'y parvenir. L'un de ces

moyens est de faire déclarer par le peuple l'Assemblée législative constituante y ce qui entraînera de grands changements dans la Constitution, peut-être son bouleversement. Un autre est de rendre la noblesse personnelle , d'en laisser jouir les ci -devant nobles, et d'y attacher, comme récompense des mérites et des services, les privilèges honorifiques que ceux-ci regrettent. Le système des deux Chambres, qui acquiert de nombreux partisans, est la base de tout arrangement, et il paroît que si les membres de la Chambre haute sont électifs , il n'éprouvera pas d'opposition.

Du 14 janvier 1792.

On a beaucoup parlé ces jours-ci d'un nouveau projet d'évasion du Roi, et si ce bruit n'a pas été sans fondement, il faut avouer que voilà un terrible bouleversement dans les idées de nos spéculateurs politiques. On a cru assez généralement que la Cémr des Tuileries prenoit la Constitution pour base de son système, et qu'elle n'attendoit que du temps ou de l'amour des peuples le moyen d'y faire les changements nécessaires. Telle a été du moins l'opinion des gens qui ne tiennent à aucun parti. La coalition des puissances étrangères, dont on parle depuis quelque temps, ne devoit avoir dans cette hypothèse d'autre objet que de garantir le territoire étranger des effets d'une vengeance peu réfléchie ou de l'enthousiasme désordonné d'un peuple dont les esprits sont exaltés. Eh bien, non... Le plan de la cour des Tuileries est bien réellement de se servir du concours des puissances étrangères pour opérer en France une nouvelle révolution! Ce sera une mystification sublime, dont les Jacobins et le parti de l'ancien régime seront également dupes. Ce secret n'est point encore connu.

LETTRE TROISIÈME

De Paris, le 18 janvier 1792. Les ennemis de la Constitution sont consternés, anéantis depuis samedi. Ils peignent le Roi comme un prince foible, sans caractère. La vérité est que Louis XVI a beaucoup de jugement, qu'il connoît la Constitution, et qu'il est convaincu que son intérêt est

d'empêcher qu'en y porte atteinte. C'est d'après cette opinion

qu'il a sanctionné le décret du 14 (le ee mois.

On a In ces joins derniers aux Jacobins une adresse des habitants de Caen, qui porte en substance sue deux chemins se présentent à Louis XVI : l'un, de gouverner un peuple libre; l'autre, de marcher à la déchéance de la couronne, dette adresse a été envoyée au Roi , et il en a été remis une copie a l'Assemblée. En se combinant avec les témoignages énergiques rai arrivent de toutes parts de l'opinion générale, elle a pu contribuer à l'abandon, au moins pour un temps, du système des deux Chambres, qui ne peut réussir que si Ton parvient à le faire proposer par le peuple.

Le dénombrement qui vient d'être fait porte la population de la France à vingt-sept millions huit cent quarante-deux mille âmes.

Du 21 janvier. m

D'après ce que l'on vient de dire du Roi , il paroitra étrange qu'on lui suppose toujours le projet de s'évader. Cependant, on voit aux Tuileries des mouvements qui l'annoncent. Il faut croire que l'on a plutôt conçu le plan de l'enlever malgré lui. Il est toujours harcelé par deux partis : celui des deux Chambres, et celui de la Révolution. M. de Montmorin et AI. de Clermont-Tonnerre le voient tous les jours. Le dernier est fort bien avec la Reine. C'est lui qui a présenté au Roi les doléances des quatre-vingtquatre prisonniers de Caen, qui lui ont fait verser des larmes. Louis XVI est encore obsédé par sa sœur, qui communie tous les dimanches et souvent deux fois la semaine.

Il se répand de nouveaux soupçons sur les intentions de la Reine. Elle a toujours des relations avec madame de Polignac par le canal de madame de Champcenetz , qui est revenue déjà cinq ou six fois à Paris pour toucher ses revenus sur le Trésor public. On sait que madame de Champcenetz a marié sa nièce à Rome au fils de madame de Polignac.

Beaucoup de patriotes crient contre le projet d'une guerre offensive, la regardant comme un piège tendu par le comité autrichien. On ne peut guère supposer cependant qu'il veuille la guerre, quelles que soient ses vues secrètes. Ce parti est fort

alarmé du plan d'alliance avec l'Angleterre. Cette alliance, au reste, nécessaire peut-être au maintien de la Constitution, nous deviendra certainement très-coûteuse. L'ancien évêque d'Autun est parti pour aller la négocier.

La révision du procès du collier est la nouvelle du jour. Elle est excitée par les ennemis de la Reine, qui veulent l'humilier, et espèrent peut-être même qu'elle sera condamnée, car l'acte constitutionnel ne prononce pas son inviolabilité, comme celle du Roi. Je viens d'entendre dire que cela est impossible, M. de Breteuil ayant enlevé et soustrait la procédure ; une autre raison beaucoup plus forte, c'est que cette princesse n'est pas coupable.

On continue de fabriquer beaucoup de piques dans les départements. In moyenniste disoit publiquement ces jours-ci, que si son parti ne réussissoit pas, il regardoit le Roi comme perdu. Il supposoit qu'il seroit sacrifié par les aristocrates ou par les républicains.

LETTRE QUATRIÈME

De Paris, le 29 janvier 1792.

Les observateurs sans préventions attribuent aux deux partis les troubles qui ont ces jours derniers menacé la capitale des plus grands malheurs. Le comité des républicains a au moins espéré d'en profiter pour produire une expédition du peuple contre les Tuileries. La volonté du Roi n'est certainement pas décidée d'une manière ferme et invariable en faveur de la Constitution; mais il faut convenir cependant qu'il fait tout ce que le peuple a droit d'attendre de lui pour consolider la Révolution. Son message à l'Assemblée, au sujet du décret du 25 janvier, porte en substance que cette résolution est inconstitutionnelle, attendu que l'initiative lui appartient pour les projets de guerre; mais qu'il est fier d'être le chef d'une nation libre qui se montre d'une manière si respectable; qu'il a écrit à l'Empereur dans i\vi> termes à peu près semblables à ceux que prescrit l'Assemblée; que son courrier doit être bientôt de retour, et que si la réponse n'est pas satisfaisante, il la regardera comme une déclaration de guerre.

La Heine a déclaré de son côté qu'elle emploieront tout son crédit sur son frère pour obtenir ce que l'on exige de lui. Il vient d'arriver des dépêchés de L'Empereur qui demandent que nos années se retirent des frontières, puisque ayant dissipé les rassemblements d'émigrés, il doit avoir détruit à cet égard les inquiétudes de la nation françoise.

II. de Ségur écrit de Berlin que le Roi de Prusse lui a déclaré que sa conduite seroit absolument conforme à celle de l'Empereur.

Les Jacobins, dont l'active politique semble vouloir dominer l'Europe, jouent ou cherchent à jouer un rôle dans les grands mouvements qui s'annoncent. Ils ont des relations intimes avec les chefs des patriotes brabançons, et ils couvent toujours un immense projet dont le secret n'est connu que de quelques membres. Ils espèrent retirer la couronne à la maison de Bourbon. Ce ne peut être que dans le cas où Louis XVI encourroit la déchéance suivant l'acte constitutionnel. Mais cet acte n'a pas prévu le cas d'un roi enlevé et retenu forcément. Or, si le Koi s'évade, ce sera du moins avec l'apparence de la violence. Les soupçons que l'on a conservés à cet égard ne sont point sans fondement. Beaucoup de voitures chargées sont parties des petites écuries. Madame de Tarente est partie pour Bruxelles, quoiqu'elle fût en activité de service. Elle fit aussi ce voyage quatre ou cinq jours avant celui du Roi àVarennes. On remarque également qu'il se fabrique une plus grande quantité de louis. Tous les symptômes sont les mêmes que dans le mois de juin dernier.

Les nouvelles de Saint-Domingue sont de plus en plus désastreuses. Les troupes de ligne, écrit-on, se sont jointes aux noirs. Les blancs qui se trouvent à portée s'embarquent successivement pour revenir en France.

Le parti que les troupes de ligne ont pris dans les colonies annonce celui qu'elles prendront en France. Les contre-révolutionnaires perdent l'espoir de les attirer sous leurs étendards : le moment est manqué. Persuadés qu'ils servent le Roi en servant la Constitution, et qu'ainsi ils remplissent tous leurs serments à la fois, les soldats seront inaccessibles aux moyens de séduction, d'autant plus que l'Assemblée consultera sans doute la justice et la politique dans l'examen de leurs réclamations.

Le duc d'Orléans a eu un entretien particulier avec le Roi : ses amis prétendent qu'il y est parfaitement justifié. Ils vont même jusqu'à répandre le bruit qu'il est nommé grand amiral. D'autres disent avec plus de vraisemblance qu'il est passé en Angleterre , sans doute pour quelques nouvelles machinations.

LETTRE CINQUIÈME

De Paris, le 1er février 1792.

Un triumvirat femelle conduit maintenant toutes les opérations du ministère. Il est composé de la Reine, de madame de Lamballe et de madame de Staël. La Reine, dit-on, a pris dans son département les affaires étrangères ; madame de Lamballe a le département de l'intérieur, c'est-à-dire tous les ci-devant nobles qui résident en France, les prêtres réfractaires et les députés qu'elle peut séduire dans l'Assemblée. La guerre est échue en partage à madame de Staël ; indépendamment de sa correspondance avec les émigrés en Allemagne et ailleurs, elle dirige les troupes de ligne par l'organe de M. de Narbonne.

C'est probablement d'après ce système, vrai ou supposé, qu'on a imaginé une caricature révoltante, dans laquelle le Roi est métamorphosé en girouette, et placé au haut du château des Tuileries ; la Reine et ses deux acolytes soufflent de toutes leurs forces pour le faire tourner du côté de l'Allemagne, désignée par un aigle à deux têtes qui plane dans les nues ; mais la Prudence et la Peur personnifiées soufflent en sens contraire et lui montrent l'histoire d'Angleterre, où l'on aperçoit sur une page la mort de Charles Ier. Ce sont ces pamphlets répréhensibîes qui alarment le peuple et lui font croire que le Roi a le dessein d'aller une seconde fois trouver les émigrés. Ces jours derniers une affluence considérable s'étant réunie sous les fenêtres des Tuileries, le Roi, inquiet de ce rassemblement, envoya quérir le maire; pour en savoir la cause. M. Pélhion avoua au Roi que des gens malintentionnés avoient répandu le bruit que l'on vouloit enlever Sa Majesté pour la conduire à Metz et de là en Allemagne, et que la crainte des suites affreuses que ce départ pourroit occasionner avoit répandu l'alarme dans Paris, m Le

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