‹ Correspondance secrète inédite sur Louis XVIChapitre 9 sur 79 · CONTE · texte numérisé non relu

CONTE

Un de nos célèbres marquis , Hyacinthe aimé d'Apollon ,

La coqueluche de la ville , Les honneurs du beau Ganymède

Plein des églogues de Virgile, Devenu rival de Junon,

Rruloit aussi pour Alexis. Et le succès de Kicomède

Cet Alexis, au printemps de son âge, Auprès du vainqueur de Caton.

N'étoit point tel que ces pasteurs II apprit tout de Corydon.

D'un froid jargon subtils imitateurs; Toutefois, sa pudeur murmure;

G'étoit Monrose avec l'habit de page; Je ne sais quoi lui dit tout bas

Sans habit, c'eût été l'Amour. Que c'est pécher contre nature.

L'adolescent n'étoit pas sans scrupule; « Hé ! mon bel ami , dans ce cas ,

Il avoit lu très-peu : jusqu'à ce jour II est clair qu'il n'entrera pas. »

Il ignoroit Hylas chéri d'Hercule;

Du 12 janvier.

C'est toujours de l'assemblée des notables que l'on s'entretient. Est-ce une comédie, est-ce un parti pris de faire le bien? Il faut croire à cette dernière alternative. Le Roi est un des plus honnêtes hommes de son royaume, et le bien est en lui. Il est de fait aussi que M. de Ségur, M. de Castries et M. de Vergennes sont de vrais et bons citoyens. M. de Breteuil a de l'ambition, il ne s'en cache pas, mais on n'a point à lui reprocher de chercher à la satisfaire par des moyens vils. M. de Galonné vise à la célébrité. Le bien doit résulter de la vérité de ces caractères : les honnêtes gens aiment à y croire. On remarque avec douleur que depuis cette convocation le Roi paroi! triste. Il faut l'attribuer aux tracasseries et aux sollicitations importunes des personnes qui veulent contrarier ce sage projet. C'est M. de Vergennes qui l'a fait agréer au Roi. M. de Calonnc, auquel on en a d'abord fait honneur, l'a combattu pendant quelque temps; mais, en habile courtisan , il ne cesse d'exalter cette1 résolution depuis qu'elle est adoptée. La première assemblée est remise au 5 février. Comme il y a des gens qui trouvent leur avantage dans la continuation des abus, on a affiche ce placard dans différents quartiers de Paris : Les petits comédiens de M. de Calonnc donneront ,

le 5 février, la première représentation des fausses apparences;

Sa Majesté honorera le spectacle de sa présence.

Le Roi vient de faire une promotion dans la marine, et l'on assure qu'il n'y en aura point dans l'armée de terre. On remarque à ce sujet qu'il y avoit, au Jtr janvier de celte année, sept cent quatre-vingt-trois officiers généraux, lieutenants généraux ou maréchaux de camp ; qu'il en est mort une vingtaine dans le cours de l'année dernière, et que la mortalité continuant dans cette progression, le Roi peut se dispenser pendant dix ans de faire une promotion , puisqu'il restera encore beaucoup trop d'officiers généraux.

L'abbé Proyart, auteur d'un Eloge du feu Dauphin, a fait une Vie de la feue Reine; mais son ouvrage est arrêté, parce que l'on a cru y voir une satire indirecte de celle de la Reine actuelle, dont la manière de se conduire est bien différente.

Le Journal politique a été à la veille d'être supprimé, à cause d'une chanson dont le chapitre d'Orléans se trouve offensé, parce qu'un de ses membres s'en faisoit l'application; mais le chancelier du duc d'Orléans, intéressé pour un gros capital dans l'entreprise du polytypage, a sollicité chaudement. On s'est donc borné à un arrêt du conseil qui foudroie la chanson dont il s'agit, ce qui lui donne une célébrité à laquelle l'auteur ne s'étoit pas attendu.

On avoit envoyé à la chambre syndicale un gros paquet de la Réclamation du Roi de M. Linguet. Il étoit adressé à Monsieur. On a exigé un ordre du Prince pour le délivrer. Son Altesse Royale a mieux aimé ne point recevoir le paquet , et il a été confisqué.

LETTRE TROISIÈME

De Versailles, le 17 janvier 1787.

Les plaisanteries, les pamphlets, les estampes critiques se multiplient sur les notables et sur le contrôleur général. On vient de renouveler, à la porte de ce ministre, le placard dont je vous ai déjà parlé. Il y a lu lui-même, en revenant de chez le Roi, cette affiche : « Les comédiens du contrôleur général donneront

incessamment une représentation de la Précaution inutile et des Fausses espérances. L'auteur soufflera l'acteur qui ne saura pas son rôle. »

On a gravé une estampe où la diète est assemblée; les membres ont sous le bras cbacun un chat, et le contrôleur général est au milieu, qui fait de la bouillie. On lit au bas ces mots : « Bouillie pour les chats. » Vous connoissez , Monsieur, le sens de ce proverbe trivial. Voici encore une épigramme sanglante :

Est-il bien vrai qu'au temple de Mémoire , Par le chemin que Necker sut tracer, Auprès de lui tu voudrois te placer?

De Phaéton ne sais-tu pas l'histoire?

Crois-moi, jouis de tes succès honteux, Tu n'es pas fait pour prétendre à la gloire. Ah ! laisse là le vol ambitieux, Pour d'autres vols qui te conviennent mieux !

Le ministre est venu ici pour se préparer à la grande représentation, et a dit aux maîtres des requêtes, chargés des détails de l'économie intérieure, de travailler avec M. le Noir, qu'il a mis à la tête d'un comité de finances. Ceux-ci ne veulent point se soumettre, ne voyant dans ce délégué que leur égal et un homme au-dessous d'eux du côté des lumières, parce qu'il est de principe que les gens en place n'emploient jamais que des seconds dont le talent et le mérite ne peuvent leur faire ombrage. M. le Noir a été récompensé, comme on le sait, de son dévouement aveugle aux ressentiments des grands, et du despotisme qu'il a exercé étant lieutenant de police, par la place longtemps héréditaire chez les Bignon, qui savoient à peine, ainsi que lui , distinguer les> poètes des prosateurs. On a renouvelé ce bon mot lors de sa nomination au poste de bibliothécaire : « Il a là une belle occasion d'apprendre à lire. » Lorsque l'Archiduchesse de Milan vint dernièrement à la Bibliothèque, elle demanda à M. le Noir quel étoit le livre qu'il tenoit à la main? Celui-ci répondit que c'étoit un in-quarto, croyant bonnement qu'on lui parloit de la forme du livre et non de l'ouvrage en lui-même. La princesse se retournant vers l'Archiduc, lui dit : « Questo è veramentc il bibliothecario dcl Re. »

On jouoit l'autre jour au théâtre de la ville, à Versailles, un

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