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Lettre à M. Béchet, 21 octobre

4. A Damiron ou à Perreau. 2Û décembre 1820. o. A Damiron, 12 avril 1818.

DE IHEODORE JOUFFROY 19

froy est un enfant de la montagne. Comme eux, il en a, dès ses premières années, admiré la majesté, respiré le parfum, foulé les neiges; il a entendu les sapins soupirer sous la brise et mugir dans la tempête; il a été réveillé, pendant les sombres nuits d'hiver, par le bruit lointain des avalanches ; aux matins du printemps, par les clochettes des troupeaux qui montent vers les sommets^ ; et ces premières et vives impressions de l'enfance ont laissé en lui une ineffaçable empreinte. L'âpre senteur des monts et des bois a pour toujours pénétré l'âme de ce fils de paysan, élevé par l'instruction et le travail jusqu'aux cimes de la pensée et de la science humaines. Le souffle des Alpes y a passé avant celui du siècle et y a déposé, tout au fond, je ne sais quelle réserve de santé morale, d'air pur et de sereine lumière, qui lui restera comme une de ses meilleures forces contre les orages de la pensée et les épreuves de la vie; où, dans les heures sombres et mauvaises de la tentation et du doute, de la mélancolie et presque du désespoir, il se réfugiera, comme dans un asile inviolable et sacré, pour y chercher le rafraîchissement et la paix.

« Que de fois, dans ma jeunesse, écrit-il, j'ai cherché, dans ces retraites sauvages, comme un asile à mes pensées! Etendu sur l'herbe, je me croyais séparé du monde. J'écoutais le silence d'alentour, et le murmure des bois qui venait parfois l'interrompre 2. »

La vie libre et saine de la montagne l'a pénétré tout entier. Aux Pontets, il en jouit avec ivresse, il en rêve à Paris. Ce sont les grands horizons de son pays qui ont donné à son imagination la force, l'éclat, le large et puissant essor. A tout instant, l'impression qu'il en a gardée perce, comme un rayon de lumière, dans ses

1 . Ces deux images sont empruntées aux lettres mêmes de Jouffroy. 1. Fragments inédits.

œuvres les plus "graves. Quand, dans son étude sur /' Bien et le AIal\ il écrit: « Qu'importe àlabeillelejuste et l'injuste, la paix ou la guerre? Que sa reine vive, qur les fleurs soient abondantes et le ciel serein, il lui sulîit. " C'est l'enfant des vallons du Jura qui parle. Quand, dans son fameux discours sur le problème de la destinée humaine, il s'écrie : u Le paire, au sommet de la montagne, est aussi en face de la nature ; il rêve comme nous à cette infinie création dont il n'est qu'un fragment, et, de son propre droit, il a l'audace de poser au Créateur cette haute et mélancolique question : « Pourquoi m'as-tu fait -y » Ce sont encore des images empruntées à la terre natale, à la vie de son cher pays.

Dès qu'il le pouvait, il s'envolait vers lui. Dans des notes écrites sur des feuilles volantes, qui m'ont été remises en même temps que ses lettres, il a tracé de la vie qu'il y menait, pendant ses mois de vacances, une peinture pleine de fraîcheur et de poésie. Il avait, c'est lui-même qui nous le dit, vingt-quatre ans quand il écrivait ces pages. Elles sont, par conséquent, de 18:20.

« J'avais vingt-quatre ans ; je remplissais à Paris des fonctions plus graves que mon Age, qui m'y retenaient pendant huit mois de Tannée, enfoncé dans des études qui ne souffrent guère de distraction. Je ne sentais que plus vivement le bonheur du repos et de la campagne. Quand le mois de juin arrivait, je revoyais mes montagnes, et me retrouvais l'esprit Hbre et le corps à l'aise, au milieu des champs et des bois. Je mettais soigneusement à profit ces heureux moments; et, depuis le jour où je quittais la liiande route et la diligence pour menfoncer dans la contrée solitaire où se trouve mou village, jusqu'à celui où j'embrassais ma mère pour reprendre le chemin de Paris, je donnais à mes jambes toute l'occupation qu'elles ])ouvaieut supporter, à mon imagination toute la liberté quil hii jilai^ait de prendre. Je pas-

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