Ibidem
peut-être même au-dessus de leur intelligence. Je me fais un point d"honnPur de leur dire toujours la vérité. Les gausses sont pour les hommes. J'en ai déjà distribué par-ci par-là quelques bonnes, en sorte que vous pouvez compter que je ne vous en dis point, ayant beau jeu pour les placer ailleurs ^ »
Nous retrouvons ici le Joufîroy jeune, galant, espiègle, que les souveairs de M. Dubois nous ont déjà fait connaître, mais que, on en conviendra, la lecture de ses ouvrages ne permettait guère de soupçonner.
Dans cette libre vie des vacances, il s'efforce d'oublier la philosophie, mais elle le ressaisit malgré lui.
" Je fais fort peu d'idées dans ce pays, qui est plutôt poétique que métaphysique... Cependant, j'ai rêvé, ce matin, à la durée, en veillant une taupe qui ravage, dans le jardin, les carottes de maman. Appuyé sur mon boyau, tout prêt à fiapper, dès que Tanimal pousserait, je considérais un beau ciel que le soleil n'éclairait point encore, et Téternité m'est revenue en tète. J'ai constaté les faits que ce brave et bon Cousin nous a si bien énumérés ; puis, ma taupe ne paraissant pas, je suis venu déjeuner -. »
L'automne se passe aux Pontets. Mais, bientôt, Jouffroy est appelé aux fonctions de maître répétiteur à l'Ecole normale, et il lui faut rentrer à Paris. A l'Ecole, il ne retrouve plus ni Dubois, ni Damiron, ni aucun de ses autres amis. La première lettre qu'au retour il écrit à Damiron serait à citer tout entière, tant elle est empreinte de cette mélancolie qui est le fond de sa nature.
« J'ai quitté mon pays, ces personnes, cette maison, ce village que j'adore et dont le souvenir me fait pleurer, maintenant que je n'ai plus d'amis ici pour m'en adoucir le regret! Ah ! Damiron, vous ne concevez pas la force des liens qui m'attachent à ma patrie ! Vous avez quitté votre province