‹ CorrespondanceChapitre 24 sur 65 · Souvenirs inédils de M. Dubois · texte numérisé non relu

Souvenirs inédils de M. Dubois

phrases détachées qu'ils recousirent ensuite Tune à l'autre, et, sur ce beau et solide fondement, m'accusèrent d'impiété et d'anarchie, moi qui crois en Dieu plus qu'eux, puisque je sais pourquoi j'y crois, et qui aime l'ordre cent fois plus, puisque j'accuse de désoidrf el d'anarchie l'Université dont ils sont les chefs. Or je suis impie, parce que je dis qu'il n'y a pas de devoirs s|^éciaux envers Dieu, et. encore, parce que Je soutiens qu'à l'époijuc où le christianisme parut, les hommes avaient besoin d'une nouvelle religion, et que ce besoin favorisa son établissement, ce que saint Paul et tous les Pères de l'Eglise ont soulenii avant moi, et ce qu'on ne peut nier sans accorder que l'ancienne religion était bonne et l'établissement de la nouvelle inutile. — Je suis anarchiste parce que je prétends que nul n'est tenu d'obéir à une loi (jui lui commande ce que sa conscience regarde comme un crime, principe éternellement vrai et qu'on ne peut nier sans accorder, par exemple, qu'un préteur romain élait tenu de faire brûler vifs des millions de chrétiens dès que la loi l'avait ordonné, et, par exemple encore, que si Louis XVI avait été fugitif dans ses Etats au moment où la loi qui le commandait à mort fut rendue, tout Français eût été tenu de le tuer ou de le livrer en découvrant son asile. Et, parce que j'étais impie et anarchiste à ce poini, on me menaça d'une destitution, en ajoutant que le crime de Bavoux était une peccadille auprès du mien. Ouand une administration a le pouvoir de nommer sans concours et de destituer sans jugement, elle est essentiellement mauvaise. Dieu vous garde, mon cher, et vous donne la prudence nécessaire à ceux qui vivent sous la griffe des puissants'. »

Je n'aurais pas transcrit cette longue lettre si on n'y trouvait une nouvelle preuve de la hauteur d'âme de Joulï'roy et de la fermeté de ces doctrines. Cl'est aux iiUra de la Restauration qu'il se voyait contraint de rappeler ce grand principe que nul n'est tenu d'obéir à une loi qui lui commande de faire ce que sa conscience réprouve. C'est à nos modernes jacobins qu'il convient de le rappeler aujourd'hui et de redire, avec l'autorité de Jouffroy, que la souveraineté du nombre ne saurait être la source du droit, et que les lois qui émanent de

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