A. Dubois, lettres des 14. 16 et 18 août
DE THEODORE JOUFFROV 67
après la vertu, qui est bien réellement une habitante de la terre, quoiqu'elle habite sur un rocher si haut et si escarpé qu'il est difficile de l'atteindre '. » Cette vertu, il y aspire de toutes ses forces. Il a toutes les passions de la jeunesse, mais il les bride d'une main ferme, il ose les regarder en face et leur dire : « Non ». — « Le premier précepte, dit-il, n'est pas : « Fuis la tentation, mais « accomplis le devoir -. » C'est une âme vaillante et virile. Si elle a ses mélancolies (et quelle âme de cette génération n'a pas eu les siennes?), l'idée du devoir, du devoir actif, la domine. Il proclame Werther « un livre plat et sot qui ne lui inspire que du dégoût ^. » Il se fait de l'enseignement une haute idée. Il y travaille avec « la volonté désintéressée de faire le plus de bien possible à ses semblables et à sa patrie ', de professer une solide morale et d'élever les esprits de ses élèves à de hautes idées en tout •'. » Et il s'y dévoue jusqu'au sacrifice, jusqu'à épuisement de ses forces ! a J'ai placé mon but hors du bonheur ^. Je me reconnais fils d'Adam, je me résigne en songeant au devoir, résolu de ne m'arrêtr que lorsque je succomberai de fatigue '. )>
C'est que les crises du doute et les orages de la pensée n'ont jamais éteint, chez Jouflroy, la flamme de l'idéal. Comme d'autres tournent volontiers leurs regards vers la terre, c'est par un mouvement naturel qu'il les porte vers les sommets. Ce n'est pas seulement sur les Ilots du lac de Neufchàlel et devant les grands spectacles de la nature que le Sursiim corda retentit dans son âme ; il en jaillit à toute heure en face du plus humble devoir comme du fond de la méditation solitaire.