Restaurateur du temps
2, Trognon et***
118 CORRESPONDANCE DE TH. JôLFFROY
aussi m'envoyer votre Eloge de Xhnénès ; de même je vous enverrai mes œuvres fjuand j'en ferai. Trognon traduit présentement un j-oman italien; j'ai exhorté le petit Loubète à suivre de si nobles exemples et à forger quelque rliose; mais il répond en me demandant des graines de Tripet jaune, fleuriste ruiné. Perreau me néglige, il vient rarement, il est vrai qu'il est fort occupé; mais peu de cliose l'afflige beaucoup, — sa thèse devait se faire — il y a travaillé deux jours : déjà le travail devait s'achever et finir avec la semaine, mais bast ! on n'y a plus pensé, on s'est rebuté et voilà mon homme au même quia. — Nous savions où était M. Douy, ce qui me confond c'est qu'il n'ait que cent francs ; auriez-vous oublié un zéro, c'est infaillible. Eclaircissez ce point, car il est physiquement impossible de vivre avec cent francs à moins de prendre à la lettre la vie d'hermite que vous me dites qu'il mène. Combien sa patience et sa résignation me touchent ! voilà notre destinée : c'est de prendre patience et de vivre au jour le jour au milieu des fatigues de l'enseignement. C'est ce (jue M. Royer a dit à la Chambre quand on s'opposait à donner de l'argent à l'Université, et j'ai frémi de colère quand j'ai vu des élèves de l'Ecole prendre le parti de la minorité et se moquer de M. Royer !
Maintenant je réponds à vos questions ; d'abord je renvoyé à un prochain numéro les détails sur les élèves et l'Ecole.
Quant au vivre, on mange maigre rude et très maigre : cela allonge quelques figures, moi je soutiens que cela vaut mieux que le gras. — Je ne suis pas libre de sortir^ mais je sors toutes les semaines pour aller chez Cousin et si j'ai quelque cliose à faire, vous concevez que je puis le faire; de plus, je remarque que l'on ne me refuse jamais, quand je demande pour affaires : en général, on me témoigne quelques égards, on ne vient pas voir si ma chandelle est éteinte le soir; on ne me dit rien, quoique je ne porte pas de boutons à mon habit ; on visite les livres, on ne visite pas les miens. L'autre jour, une montre se trouva disparue, on fouilla dans toutes
les malles et dans toutes les chambres ; on ne me fouilla pas ; je dis un mot à M. Mousqueton ^ pour sortir, il court chez le portier sans perdre de temps pour le prévenir que je sortirai ; ainsi me voilà dispensé démettre mon imagination en frais pour le circonvenir : je laisse cela aux autres qui réussissent quelquefois, mais la circonvention devient plus difficile, car M. Mousqueton devient malin. Constant Ta tellement circonvenu qu'il en est dominé et que le pauvre homme n'est plus que Finstrument de Houste. Houste règne ici, les autres pions tremblent devant lui, il les dénonce, il les observe et nous respirons un peu; car sa méchanceté, occupée sur un point important, néglige un peu les autres. Les élèves de première année le détestent; ils Tout mis en défaut deux ou trois fois, assez fortement pour éclairer Fopinion des autorités supérieures; mais il a si bien fait qu'il s'est maintenu et qu'il est en faveur plus que jamais. —Voilà où en est le gouvernement de ce petit royaume. C'est le favori du premier ministre qui règne.
Je suis dans la chambre d'Ansart, à coté de la bibliothèque ; je pensais vous l'avoir dit; je ne suis point bibliothécaire. La porte qui communique de la chambre à la bibliothèque est condamnée ; ma chambre ferme à la clef, ce qui est assez commode.
Je suis la physique, je vais aussi aux conférences Romobiennes et Naudétiques, mais sans les suivre ; je suis assistant, rôle mortellement ennuyeux, mais beaucoup moins que celui de suivant. — Quant aux autres détails (et ils sont nombreux), je les renvoie à une autre fois : vous les aurez si l'anglais et les rédactions le permettent. Pié est pion au Lycée Henri IV. Desmichels a donné une brochure politique, et voilà tout.
Je vous embrasse et j'attends,
Th. JoUFFKOY.