‹ CorrespondanceChapitre 36 sur 50 · A ALEXANDRE DUMAS · texte numérisé non relu

A ALEXANDRE DUMAS

A Alexandre Dumas.

2 novembre [I833\

Il y a encore plus de faits contre moi, mon cher Dumas, que vous n'en devinez ou que vous n'en supposez. L'auteur de l'article* est un de mes amis; c'est moi qui ai contribué à le faire entrer aux Débafs. L'article m'a été communiqué par M. Berlin aîné, aux Roches, il y a environ six semaines. Voilà les faits à ma charge. Les faits à ma décharge, je ne vous les écrirai pas; je veux que vous fassiez pour moi ce que je faisais pour vous il n'y a pas deux jours, c'està-dire que vous les supposiez on que vous les deviniez.

N'oubliez pas, cependant, que vous seriez le plus injuste et le plus ingrat des hommes si vous croyiez un seul instant que je n'ai pas été pour vous, en cette circonstance, un bon et sincère ami.

Je ne vous en écris pas davantage parce que, dans cette occasion, ce n'est pas moi qui vous dois une justification, mais vous ([ui me devez un remerciement.

Mais je vous dirai tout quand vous viendrez; dix

* II s'agit (l'un article dr Grauior ilc Cassagiiac, liostilo à Alf.xamiri' Dumas.

minutes de causerie éclairciront mieux les choses que dix lettres.

Ne croyez pas de moi ce que je ne croirais pas de vous.

Victor Hugo.

P. S. — Je vous réserve deux stalles pour la première représentation de Marie Tiidor. En voulez-vous davantaore ?

A Mademoiselle Louise Berlin.

h décembre 1833.

Voici, mademoiselle, la chanson de Quasimodo. Je l'ai faite la plus gaie que j'ai pu; mais il me semble impossible qu'elle soit tout à fait folâtre.

Vous en jugerez. Votre sens musical doit être après tout souverain, et mes rimes sont les très humbles servantes de vos notes.

Vous verrez que j'ai d'ailleurs rigoureusement rempli vos prescriptions. C'est toujours un grand bonheur pour moi de fournir un thème à votre pensée, une charpente à votre architecture, un canevas à votre broderie. Voilà de la grosse toile, couvrez-la d'arabesques d'or, c'est votre affaire. Moi, je suis plus que jamais votre affectueux et dévoué ami.

Victor H.

A Monseigneur le duc d'Orléans.

Prince,

Votre Altesse Royale accueillera-t-elle la prière d'un inconnu pour un inconnu? Je n'ose l'espérer; cependant je croirai avoir rempli mon devoir de conscience en essayant.

Voici une lettre qui m'arrive. Elle est mêlée à une foule d'autres qui me demandent aide et secours, à moi pauvre et inutile poëte. Celle-ci m'a ému et intéressé entre toutes. Je n'en connais pas le signataire. Mais si les faits sont vrais (et le ton de sincérité de sa lettre me porte à le croire), ils méritent attention. C'est un père qui supplie pour son fils; c'est un vieux professeur qui supplie pour ses livres. Je renvoie cette lettre à Votre Altesse Royale,

Qu'elle me pardonne cette liberté. Nous sommes dans un moment où chacun met au jour son ambition, j'y mets la mienne aussi. Elle se borne à tâcher de

faire un peu de bien, chétivement et obscurément, et à aider ceux qui en font de leur côté avec puissance et éclat. Le bien plaît à votre noble cœur; il est toujours possible à votre haute fortune. Vous êtes de ceux qui le veulent et de ceux qui le peuvent. Il est tout simple qu'on s'adresse à vous.

Victor Hugo.

.4 Monseigneur le duc d'Orléans.

Prince,

J'ai rempli les intentions bienfaisantes de Votre Altesse Royale. Qu'elle me permette de déposer à ses pieds le reçu du pauvre vieillard qu'elle a daigné secourir.

La reconnaissance qu'il me charge d'exprimer à Votre Altesse Royale est sans borne. La mienne n'est pas moins profonde. Le gracieux empressement avec lequel Votre Altesse Royale a accueilli mon obscure recommandation m'a pénétré jusqu'au fond du cœur. J'en garderai le souvenir.

Après avoir porté le bienfait au suppliant, je rapporte aujourd'hui la reconnaissance au bienfaiteur. Ce rôle est plein de douceur pour moi. Simple témoin

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