‹ CorrespondanceChapitre 6 sur 50 · A LAMENNAIS · texte numérisé non relu

A LAMENNAIS

le besoin de vous dire combien votre dernière lettre m'a apporté de joie et de consolation. Je me décide donc à vous écrire sans attendre mon volume, qui viendra toujours d'ailleurs assez tôt.

J'éprouve un grand charme à voir votre âme, si forte et si profonde dans vos ouvrages, devenir si douce et si intime dans vos lettres; et quand je pense que c'est pour moi que vous êtes ainsi, en vérité, je suis tout fier. Je voudrais que quelqu'un pût vous dire là-bas quel vide je vois depuis votre absence parmi tous ceux que j'aime, et avec quel sentiment de reconnaissance et de joie impatiente je reçois de vos nouvelles. Il me semble, quand je lis une de vos lettres, que c'est la consolation qu'il fallait précisément à la souffrance que j'éprouve dans le moment même. Les paroles de l'amitié sont si puissantes qu'elles soulagent toutes les douleurs dans tous les instants. Simples et tendres, elles sont comme le remède unique et universel des maladies de l'âme. Et avec qui doit-on mieux sentir cette vérité qu'avec un ami tel que vous?

Vous m'avez confirmé dans cette conviction qui m'est venue depuis longtemps, c'est qu'un homme supérieur aime avec son génie, comme il écrit avec son âme.

Je vous remercie bien vivement de la correction que vous m'avez indiquée. Vous verrez dans mon volume si je suis docile. Je regrette seulement que vous n'ayez pas été plus sévère et que vous n'ayez pas écouté plus souvent en lisant ces deux odes votre

goût excellent. Vous m'auriez certainement aidé à faire disparaître bien des taches, et ce serait une reconnaissance de plus que je vous devrais. Au reste, vous verrez dans ce recueil, aux nombreuses corrections que j'ai faites, que j'ai eu l'intention de rendre cet ouvrage le moins imparfait possible ; et cette intention me suffira, j'en suis sûr, auprès de vous.

L'intérêt que vous prenez à mes affaires à la maison du Roi m'a également vivement touché. J'ai en ce moment l'assurance que les promesses dont on me berce depuis si longtemps seront réalisées avant six semaines. J'attends avec impatience ce moment qui fixera mon avenir et me permettra de songer à vivre et à être heureux. Il faut souvent tant de circonstances matérielles pour réaliser le rêve le plus pur et le plus idéal.

Adieu, cher et illustre ami, écrivez-moi; vos lettres me font tant de bien! et mêlez quelquefois mon souvenir à vos pensées et mon nom à vos prières.

Victor.

Parlez-moi, de grâce, du point où en est le troisième volume de votre admirable ouvrage*.

' L'Indifférence en malièrc de religion.

A Monsieur le comte Jules de Rességuier, à Toulouse.

Juillet 1822.

Vous devez bien m'en vouloir, cher ami, de n'avoir reçu que mon recueil* quand je vous promettais les vers ravissants de Michel, mais vous savez un peu comme est notre Alex. Soumet; il fait d'admirable poésie et ne se doute pas que ses amis puissent en être avides. Maintenant il est à Passy et moi à Gentilly il court sans cesse à cause des répétitions de sa Clytemnestre, la Muse seule sait où le trouver. Moi, je me lasse d'attendre pour vous écrire ces vers tant de fois promis, et je vous écris. Prenez donc cette lettre en patience, en attendant la prochaine qui vous apportera sans doute avec elle son absolution poétique.

Votre ode charmante a vu le jour dans les Annales et j'ai été aussi confus de votre amitié que fier de

votre talent.

rsos journalistes n'ont pas encore honore d un article mon pauvre recueil; ils attendent, m'a-t-on dit, des visites, des sollicitations de louanges. Je ne puis croire qu'ils fassent cet alfront à moi et à eux-mêmes.

* Odes et poésies diverses, 1822.

30 LETTRES A DIVERS. — 1 s 2 2.

En attendant, le volume se vend bien, au delà de mes espérances, et j'espère songer avant peu à une seconde édition.

Adieu, mon excellent Jules, mon bien cher ami. Je vous embrasse bien tendrement.

Victor.

A monsieur Vabbé de Lamennais, à la Chesnaie.

i" septembre 1822.

Il faut que je vous écrive, mon illustre ami; je vais être heureux. Il manquerait quelque chose à mon bonheur si vous n'en étiez le premier informé. Je vais me marier. Je voudrais plus que jamais que vous fussiez à Paris pour connaître Fange qui va réaliser tous mes rêves de vertu et de félicité. Je n'ai point osé vous parler jusqu'ici de ce qui remplit mon existence. Tout mon avenir était encore en question, et je devais respecter un secret qui n'était pas le mien seulement. Je craignais d'ailleurs de blesser votre austérité sublime par l'aveu d'une passion indomptable, quoique pure et innocente. Mais aujourd'hui que tout se réunit pour me faire un bonheur selon ma volonté, je ne doute pas

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