‹ Correspondances apocryphesChapitre 15 sur 32 · A PAUL BOURGET · texte numérisé non relu

A PAUL BOURGET

AVANT-PROPOS

Peu de temps après avoir accompli ce voyage d'Athènes où le sentiment Tavait poussé et d'où il rapportait la raison de sentir, non point découverte en chemin, mais clairement justifiée, le grand-prêtre de Minerve voulut tenter la contre-épreuve. Il alla demander les raisons de sa haine à la terre nourricière de songes obscurs et séduisants, qui prête à la pire laideur la plus attachante, la plus trompeuse apparence de beauté. Chateaubriand et Lamennais furent ses guides, à la façon de ces ennemis en déroute qui mènent,

au gré de leur fuite, le vainqueur attaché à m

leurs pas. Je dois dire qu'ils ne le conduisirent pas jusqu'à Tréguier ; et c'est fâcheux. Minerve y apparut un jour ; impassible, au milieu d'un cortège de dieux septentrionaux qui chantaient, sur un rythme barbare, des airs plaintifs, rauques et doux, elle vit, d'un œil froid, rouler dans son linceul de pourpre un autre Dieu qu'on croyait mort. J'aurais aimé cette rencontre.

Le déplaisir que lui causaient ses deux irritants compagnons détermina Charles Maurras à les abandonner, à poursuivre seul sa route. Il désirait se plaire à une hostilité que leur présence détournait constamment sur eux, quand il l'eût voulue toute pure. Débarqué sur une plage de la Bretagne méridionale que les deux Celtes du nord n'avaient pas fréquentée, il reçut du golfe du Morbihan une impression remarquable et assez surprenante. Il la communiqua à Paul Bourget, lequel ayant appris par Henri Rambaud que c'était justement là le lieu de ma naissance, et que je lui gardais un souvenir fidèle, eut la bonté de

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