‹ Correspondances apocryphesChapitre 16 sur 32 · CHARLES MAURRAS A PAUL BOURGET · texte numérisé non relu

CHARLES MAURRAS A PAUL BOURGET

m'en faire transmettre une copie. C'est le seul témoignage d'une escapade demeurée tellement secrète qu'on est en droit de croire qu'elle n'apporta pas à Maurras l'assurance qu'il en espérait. Pour apprécier sainement cette lettre, et rétablir dans leur juste rapport la condamnation, un peu forcée, et l'agrément mal dissimulé, il convient de se rappeler qu'elle seule a rompu, un moment, un silence qui se prolonge depuis lors, et ne sera, sans doute, jamais troublé. Si son âme, bercée par la vaste rumeur de l'Océan, se fût, dès l'origine, ployée sous une inquiétude mystique, eût^il adoré dans Minerve une incomparable déesse?

Charles Maurras à Paul Bourget.

Suscinio, octobre 1899.

J'ai parcouru ce triste pays, comme Orphée visitait les enfers, n'ayant au cœur que son Eurydice perdue, insensible aux attraits malfaisants de ces lieux que la lumière fuit. Insensible, non, mais sans cesse offensé de leurs charmes barbares. Fuyant le littoral du Nord et les deux irritants fantômes qui s'y attachaient à mes pas, j'ai cherché quelque délassement sur la rive méridionale, où j'espérais trouver du moins la solitude et l'immobilité. Mais l'ombre, mais la nuit animent le désert, le peu-

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