‹ Correspondances apocryphesChapitre 17 sur 32 · CHARLES MAURRAS A PAUL BOUROET · texte numérisé non relu

CHARLES MAURRAS A PAUL BOUROET

plent de folles imaginations ; le meilleur esprit redoute ici la démence. Les nuages n'y flottent pas dans un air lucide ; un voile uniforme, gris, dense, lourd, couvre le ciel et brise l'élan du regard. Déjà désorienté, on se tourne vers l'horizon, curieux de fixer en riant ce faux symbole de l'infini, qui fait rêver des hommes insensés : le ciel et la mer confondus effacent l'image même de la rectitude, le dessin du fini. Parmi ces formes indécises, ces objets confus, que l'œil ne peut saisir, que l'esprit ne saurait nommer, l'intelligence inquiète, près de s'abandonner, renonce, par pudeur, et pour en moins souffrir, à évoquer les rivages ensoleillés, la fleur des teintes naturelles, la fermeté des lignes méditerranéennes, les jeux satisfaisants d'une lumière agile sur des

choses modelées pour recevoir de sa caresse un agrément plus délicat, une vie plus riante, mais non leur beauté même.

Tout vous échappe, tout vous fuit, tout vous glisse entre les doigts, et votre sens même devient inconsistant. Le silence n'est pas ici un propos à la méditation, il a le caractère de la destinée manquée, sans cesse interrompue par les plaintes ou les blasphèmes du vaincu qui supplie les dieux ou les insulte.

Double et triple sottise, familière au Celte romantique : le maladroit, le lâche, brise lui-même son destin, gémit sur son malheur, accuse la fortune adverse et renonce à la lutte ; attentif à toujours saisir par leur envers le vrai, le juste, l'utile.

La pensée, vidée de substance, éteinte

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