CHARLES MAURRAS A PAUL HOURGIOT
servait son secret. Je résolus de la surprendre à l'aube. Dans la surprise du réveil, il arrive parfois que les choses se laissent aller à des aveux. Avec un peu d'effort, j'entendis à peu près ce que balbutiait cette langoureuse matinée bretonne.
Les falaises raboteuses de Rhuys surplombaient une mer enveloppée de brumes, invisible et proche, murmurant à peine. Cependant, le versant oriental inclinait mollement vers un golfe arrondi ses pentes douces et boisées. Nature à double face, farouche et voluptueuse. Ce rocher nu dressé contre l'Océan semblait dire :
« Voilà mon ennemi, mon maître.
Voilà ma raison d'exister. Et voilà le père des tempêtes, le générateur des vents, le nourricier des pluies. Ses as-
sauts m'ont dépouillé, ils ont rendu mes flancs stériles, tout mon corps privé de sa grâce et désormais incapable de porter fruit. Les flagellations des vagues auxquelles j'offre ma croupe insensible, me prêtent l'apparence de la force, une mensongère beauté ; sans elles, je ne serais rien. Je ne vis que par les orages. »
De l'autre côté, derrière cette âpre façade, les grèves s'allongeaient, baignées par un flot indolent, et gémissaient sous sa caresse.
« Comment se refuser sans sottise aux abandons intérieurs? Loin des.tempêtes et du bruit, à quoi bon résister aux délices? Nul ne connaîtrait notre effort, et notre volupté demeurera secrète, plus douce d'être dissimulée. »
— Jl est bien vrai, me disais-je, ne