‹ Correspondances apocryphesChapitre 20 sur 32 · CHARLES MAURRAS A PAUL BOURGRT · texte numérisé non relu

CHARLES MAURRAS A PAUL BOURGRT

recueillant ces deux discours, que voilà l'explication et l'excuse de la folle anarchie et du mensonge romantiques.

Où donc auraient-ils appris l'usage de la balance d'or qui équilibre en de justes pesées la vérité et la beauté? Où donc cette sage mesure? Où la force sereine, l'intelligence constructive et les reposantes joies de la lumière, où l'âme se réconforte, s'apaise et boit aux sources de la vie le lait des muses héroïques? J'aurais continué longtemps ainsi. Je sentais gronder dans mon cœur une rumeur de mots prêts à bondir. Des larmes me montaient aux yeux. Mais, prêtant l'oreille à des harmonies intérieures qui résonnaient étrangement, il me parut que des pans de mon âme, frappés par des échos fraîchement éveillés et encore confus, s'ébranlaient, allaient

s'écrouler. J'avais senti déjà de pareils coups choquer du dehors ces murailles, sans même — avais-je cru — qu'elles fussent égratignées. Je reconnus avec effroi dans ces plaintes mélodieuses, des accents étrangers qui me remplissaient naguère d'horreur, et qui, jaillis des profondeurs de mon être, m'agitaient maintenant d'un trouble délicieux.

C'étaient la voix, le rythme, la perfide naollesse du faux prophète de Combourg ; il régnait sur moi, en moi. Je pensai mourir, je souhaitai la mort. Un dernier sursaut de l'instinct, fouettant mon esprit hébété, m'emporta loin de ces tréteaux, jusqu'à la gare la plus proche. Mais si profonde était ma décomposition, que j'allai jusqu'à me signer en passant devant une église.

Charles Maurras,

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