PREMIÈRE LETTRE ANONYME
de ces instants mêlés de plaisirs et de peines, c'est à elle que nous les devons. Je ne sais si ce que je vous dis là est de très bonne métaphysique. J'en doute, pour ma part. Il me suffît d'y trouver de l'agrément. Cela est bien quelque chose. Et qu'importe? Je sais votre discrétion et que nul que vous et moi, assurément, ne jettera un regard, même distrait, sur ces rêveries incertaines.
Paris, le 19 septembre 1899.
. Non, cher ami, je n'ai pas vu ce soir divin que vous n'avez pas voulu prolonger. Je n'en éprouve aucun regret.
Que venez-vous me parler d'une merveille qui s'avilit en devenant éternelle? Affreux Scythe, vous n'êtes pas né comme moi dans un pays constamment visité par le dieu des nuances ; là, le miracle ne s'éternise pas, il se renouvelle chaque jour, multiple et divers, toujours harmonieux. Ne me vantez pas les crépuscules d'Ile-de-France, vous qui n'avez pas senti tomber votre âme avec le soleil dans une mer transparente, délicate et chaude, tel soir d'automne