‹ Correspondances apocryphesChapitre 24 sur 32 · DEUXIÈME LETTRE ANONYME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE ANONYME

que je me rappelle. Ces ors liquides et tremblants, avez-vous suivi, comme moi^ la double et lente dégradation de leurs feux adoucis, à mesure que la lumière pâlissait, et dans l'espace aussi, depuis la nappe étincelante et lisse, à l'horizon, jusqu'à ces plis roses de l'eau, sous lesquels, à mes pieds, se tordait, languissante, une algue?

0 romantique, romantique, qui savourez dans l'épanouissement le goût de la mort prochaine, et préférez le périssable, à cause des belles joies de l'imagination, que la réalité morte n'importune plus. Qu'il périsse au moins tout entier ; je préfère la mort à la déchéance, et une belle femme, disparue dans sa fleur, est plus aimable à la mémoire que la vieille dame qui fut belle, et V0U3 offre, imaginatif, une restaura-

tien à faire. Je ne méprise pas, cependant, la poésie des ruines, je les aime autant que vous, non par sentiment mélancolique, pour regretter leur fière jeunesse ou pour évoquer en les contemplant le rapide passage des choses de la terre, mais pour leur beauté propre, quand elles sont belles. C'est pourquoi je choisis entre elles, et si cette vieille femme m'afflige, parce qu'elle n'offre, toute flétrie, que d'affreux débris, un château fort démantelé, croulant, au sommet d'une colline, amuse mon regard, sans me faire rêver. Quelle horreur que d'imaginer cette citadelle toute armée, servant à quelque chose, peuplée de gens d'armes ivrognes et de sales valets ; croyez-vous que j'aille méditer devant les casernes? En tout, j'aime et je cherche le stade où chaque

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