MAURICE BARRES A BÉRÉNICE
retardé l'élan et exalté la passion des tilles généreuses de Corrègc. Tu dois à cette rencontre tes plus précieuses nouveautés. Grâce à elle, toute ta nature de petit animal racinien, étalée, un matin de printemps, sur une tombe fleurie, dans l'odeur des morts et des violettes, révèle sa double saveur.
Si je n'avais éprouvé, à Parme, sa qualité d'âme, Bérénice n'eût pas atteint à sa plus complète expression.
Mais il eût manqué au diadème parmesan un fleuron caractéristique. Il me faut ainsi peupler les contrées que je traverse d'âmes enfantées par mes songes, qui les unissent et qu'elles encadrent, et sans lesquelles les plus beaux lieux du monde seraient vides, que je n'eusse pas d'abord remplis.
Maurice Barres.
Madame de Noailles .
à Gabriele d'Annunzio.
Parme, octobre 1921.
Prince du royaume de toute volupté ; maître des harpes d'or et des trompettes d'airain ; archange des batailles qui, planant au-dessus des champs, des mers et des montagnes où les hommes se massacraient, fis descendre du ciel sur leurs fronts carrés et pâles d'ardentes couronnes de poèmes ; divin archer, habile à percer de tes flèches empoisonnées et douces le sein des femmes tranquilles ; Olympien qui fis entendre à leurs oreilles jusqu'alors endormies les chants de leurs veines gonflées, et les