‹ Correspondances apocryphesChapitre 29 sur 32 · MADAME DE NOAILLES A G. D'ANNUNZIO · texte numérisé non relu

MADAME DE NOAILLES A G. D'ANNUNZIO

musiques embrumées que le vent d'amour et de mort, soufflant sur elles, apporte aux âmes désertes, avides et chaudes,

L'automne a roulé dans un manteau roux l'été blanc, et couvert les feuilles d'un précieux voile d'or brûlant, afin que l'hiver ne les gèle pas. L'automne m'a emportée, et cachée, loin des souffles noirs qui resserrent l'âme et la fendillent comme une vieille chose usée, dans cette Parme dolente, penchée sur son passé, insensible aux saisons. Elle est semblable aux soirs de passion, à la coulée paresseuse du sang dans les veines lasses, comme dans les canaux de Bruges, l'eau verte demeure stagnante pour refléter le mirage des siècles enfuis, à la paume ouverte de l'imagination, qui ne se refermera plus, mutilée des doigts pointus et souples du désir. Les belles

créatures que tu as livrées aux âpres forces de la nature, et aux jeux cruels d'hommes ardents au cœur glacé, lais* seraient ici tomber leur âme, inutile et vidée de son fruit. La forme silencieuse de mon rêve s'élève sur une place déserte, entre quatre murs de palais clos, triste statue que personne ne saurait nommer. Le soir, je vais la visiter, et je ne la reconnais plus. Je passe, au travers de l'automncj sous un ciel allongé, les rues tissent un ruban d'ombre, le soleil pâlissant altère l'ocre des maisons, et le miel blond de l'air se dissout et devient subtil, aigu, avec une saveur de glace et de sel. Dans le silence argenté, la lune glissante pénètre à travers les volets fermés dans les chambres aux parfums obscurs, et, furtive, dépouille les cœurs de ces richesses de la mémoire.

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