‹ Correspondances apocryphesChapitre 30 sur 32 · MAOAMK DE NOAILLES A G. D'ANNUNZIO · texte numérisé non relu

MAOAMK DE NOAILLES A G. D'ANNUNZIO

qui sont si lourdes et si précieuses, et qui écartent le sommeil. L'ombre qui glisse devant moi, et dont je semble suivre le bleu mystère, paraît plus réelle que moi, reflet visible d'un fantôme altéré du sang noir et rond qui, pour un moment, lui rendra la vie, dessinera sur un ciel réchauffé, dans une lumière consistante, la forme harmonieuse de ses lamentations.

Dans ma chambre, les cuivres caressants des vieux meubles bruissent une berceuse italienne ; la sonorité des syllabes chantantes est assourdie, parce qu'elle vient de loin, des siècles ouatés où ces vieux meubles étaient jeunes. Sur la cheminée, une madone de plâtre sourit, délivrée jusqu'au matin des blasphèmes de ses vêtements aux couleurs violentes ; des rayons dorés prolongent ses doigts, et ses paumes sont ouvertes, non pour

saisir, comme les miennes, une proie fondante et glissante, mais pour répandre la fraîcheur lumineuse de ses bénédictions. Devant elle, âpre, desséché, mon cœur se contracte et se plisse ; il creuse en son milieu un sillon avide ; ses lèvres se tendent vers la source de beauté, afin qu'elle daigne choisir pour y lancer son flot la belle coulée de ce lit sinuant dans la chair meurtrie.

Le sifflet d'un train poignarde le silence. Sa pointe extrême brisée par le soudain gémissement de la nuit blessée, l'arc de mon désir se détend. Ce n'est point de paix et de vie que mon âme a besoin, mais de cette mortelle douceur qu'on trouve à se désaltérer dans l'eau pure et glacée, qui étincelle, sur les cimes, au creux d'un bel étang, serti de neiges silencieuses, éclairées de

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