ÔO CORRESPONDANCES DU SIÈCLE DERNIER
« Tous, » m'a-t-il répondu, « et l'archiduc Charles comme les autres. C'est une grande erreur de lui supposer des opinions et une attitude différentes. »
Comme je laissais percer quelque incertitude, M. de Metternich m'a demandé avec anxiété si j'avais une raison de croire autre chose : si l'archiduc avait dit quelque parole contraire à son assertion.
J'ai répondu que je n'avais point vu l'archiduc Charles, que j'ignorais ce qui avait pu se passer entre lui et M, le duc d'Orléans, que pour ma part je ne ferais de démarche qu auprès du chef du cabinet ou d'après son conseil, que cependant, l'opinion de l'archiduc Charles me semblant le point capital, je ne doutais pas qu'elle ne fût bien éclaircie avant qu'on me rendît réponse. « Sans doute, » m'a répondu M. de Metternich; « aussi vais-je parlera V archiduc Louis. »
Comme je m'étonnais de ce choix : « L'archiduc Louis, )) a continué Metternich, « est de fait le chef de la famille impériale. » J'ai protesté qu'il n'en pouvait être ainsi pour une affaire de mariage et que je n'accepterais comme une réponse valable que celle qui me serait donnée par le père de 1 archiduchesse Thérèse : « Eh ! bien, » a repris Metternich, « vous aurez la réponse de V archiduc Charles. »
En elfet, le lendemain matin, l'archiduc Charles étant venu à Vienne, il y vit M. le duc d'Orléans et lui déclara avec les signes non équivoques du plus profond regret qu'il n'était point le maître de disposer de sa lîlle et que la famille impériale ne consentirait pas le mariage d'une archiduchesse avec un prince français '.
♦ Dans l'entretien précédent (à Baden), l'archiduc avait fait naïve-
UN PROJET DE MARIAGE DU DUC d'oRLÉANS 9Î
Ce même jour 9, à dîner chez moi, M. de Metternich m'ayant dit spontanément que je savais sans doute la conclusion de notre affaire, je lui répondis froidement que non, que je ne savais et ne saurais que ce qui se passerait entre nous, que je lui avais fait une demande officielle et que j'attendais sa réponse au nom de l'Empereur. Nous convînmes de nous réunir le lendemain à midi.
Dans l'intervalle, j'appris que Tarchiduc Charles était venu chez les princes avec ses fils, que devant dix personnes il s'était jeté dans les bras de M. le duc d'Orléans, que l'archiduc Albert * ne s'était pas montré moins ému que son père, et que, le duc d'Orléans paraissant décliner un entretien secret, on l'avait poussé dans l'embrasure d'une fenêtre, où les deux archiducs l'avaient entretenu longtemps avec tous les signes d'un vif chagrin et d'une tendre affection. Cet incident, fort bizarre sans doute, ne m'était au reste d'aucun secours, le duc d'Orléans m'ayant défendu dans les termes les plus exprès d'y faire aucune allusion dans l'entretien pour lequel il m'eût été d'un si grand secours.
ment prévoir cette réponse : « L'archiduc Charles convenait de Fimbécillité de l'Empereur, de la nullité à peu près complète de l'archiduc François, héritier présomptif de l'empire, de la faiblesse et de l'incapacité de l'archiduc Louis, seul membre de la famille qui eût part au gouvernement ; mais il en revenait toujours à répéter niaisement : • Comment faire si M. de Metternich dit que l'Empereur « ne veut pas ? >> (Ibid.)
' L'archiduc Albert (iSiS-iSgS), aîné des fils de l'archiduc Charles, devait gagner en 1866 la bataille de Cuslozza et devenir, comme son père avant lui, la plus haute personnalité militaire de l'empire d'Autriche.