‹ Correspondances du siècle dernier, un projet de mariage du Duc d'Orleans (1836), Lettres de Léopold Ier de Belgique a Adolphe Thiers (1836-1864), Documents inédits publiés avec des avertissements et des notesChapitre 11 sur 43 · Ô2 CORRESPONDANCES DU §IÈCLE DERNIER · texte numérisé non relu

Ô2 CORRESPONDANCES DU §IÈCLE DERNIER

En entrant dans le cabinet de M. de Metternich, je remarquai qu'il était plus solennel que de coutume. Moi-même je me sentis fort grave. Je demandai au chancelier de formuler sa réponse dans les termes mêmes où il désirait qu'elle fût rendue, protestant que je n'y changerais pas une parole, préoccupé que j'étais des conséquences possibles de tout ceci, conséquences dont je déclinais pour ma part toute la responsabilité.

Le regard du chancelier paraissant m'interroger, j'ajoutai qu'il ne pouvait être question de rupture pour un tel sujet, que je ne prévoyais même ni plaintes ni reproches, mais que ces procédés étaient tellement contraires aux intérêts de l'Autriche que, pour se les expliquer, on était amené à supposer une haine violente contre la France, soit dans le cabinet, soit dans la famille impériale. <( Les uns diront que c'est vous, prince de Metternich, qui êtes notre ennemi ; les autres s'en prendront à l'archiduchesse Sophie, mais tous reconnaîtront qu'il nous faut chercher ailleurs qu'en Autriche des amis pour les jours mauvais, car, ces jours venant, nous vous rencontrerions dans les rangs opposés aux nôtres. »

M. de Metternich s'est récrié sur la valeur exagérée que j'attachais à la répugnance d'une jeune princesse elïrayée du séjour de la France. J'ai répliqué qu'un refus prononcé par une telle personne et pour un tel motif serait assurément très inofTensif, mais que l'alfaire avait une tout autre physionomie. — Dénégation de la part de M. de Metternich, insistance de la mienne, et, le débat se prolongeant sur ces termes, je fus amené

une proposition dont je crois pouvoir m'applaudir.

UN PROJET DE >rARIAGE DU DUC d'orLÉANS 93

« Si en effet, » ai-je dit, « il n'y a point ici de pensée secrète et offensante, si nous sommes éconduits seulement parce que l'archiduchesse Thérèse a peur de nous et que son père ne veut pas la contraindre, fournissez-nous en la preuve en laissant le père et la lille libres de répondre à notre demande. Je vous garantis qu'en ce cas la réponse, quelle qu'elle soit, ne soulèvera point de rancune et n'altérera en rien les rapports des cabinets. »

Je ne puis pas dire que M. de Metternichait accepté ma proposition avec empressement. Mais enfin, après un assez vif débat, il m'a demandé en quels termes je concevrais ma lettre et sa réponse. Aussitôt j'ai écrit l'une et l'autre sur le bout de sa table. Il n'y a été fait que des changements insignifiants et quelques heures après, en suite d'un conseil tenu chez l'Empereur avec l'archiduc Louis, j'ai reçu de \^ main de M. de Metternich la lettre dont je joins ici la copie. M. le duc d'Orléans a emporté l'original.

Je ne prétends pas exagérer les avantages de cette lettre; peut-être dans l'intention de M. de Metternich n'est-elle qu un refus sous une forme polie. Il se croit sûr que l'archiduc n'osera jamais user de la liberté qui lui est laissée. Le fit-il, les exigences que nous rencontrerions sur le terrain politique, et pour lesquelles il a été fait réserve expresse, laissent le chancelier maître de différer la conclusion et de motiver une rupture. La porte reste ainsi ouverte, mais à condition que nous n'y passerons pas. J'en conviens, mais grâce à cette lettre, toutmotif apparent d'aigreur entre nous et le cabinet est écarté. Nous pouvons croire ou feindre de croire à la bonne volonté de M. de Metternich.

Nous continuerons à exprimer une vive reconnaissance pour les procédés du voyage, dont le succès a été complet et dont nous exploiterons les incontestables avantages en France et à l'étranger.

Enfin nous pouvons dire avec vérité que la proposition de mariage a été admise en principe. On fait dépendre la suite de la négociation du consentement de larchiduc Charles, que nous savons favorablement disposé, et de certaines conditions politiques qu'à la vérité on n'explique pas. Mais remarquez que si la question était une fois placée sur ce terrain, le beau rôle serait à nous, car, le mariage venant à manquer, ce serait nous qui le refuserions pour des motifs très honorables et très populaires en France.

Malgré l'inconcevable faiblesse que l'archiduc Charles a montrée dans tout ceci, je ne regarde pourtant pas comme impossible que, la pièce officielle que nous avons en main venant à être connue de lui, elle ne donne au vieux héros le courage d'un poltron révolté. Et si nous renonçons à agir sur lui, elle vaut pour l'émancipation de tous les archiducs qui ont des filles à marier. Nous pourrions demain entrer en négociation avec l'archiduc Rénier et lui fourni a priori la preuve qu'il n'a point à craindre de se brouiller pour ce fait avec son cabinet, puisqu'on ne lui refusera pas apparemment la latitude qui vient d'être laissée à l'archiduc Charles pour rétablissement de sa fille.

Mon cher ami, je suis exténué de fatigue d'esprit et de corps. Je vous demande la permission de m'arrêter

D'ici à quelques jours, je rassemblerai mes idées, je recueillerai les renseignements qui peuvent m'être

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échappés dans le fort de l'action et je vous enverrai un autre courrier avec mon avis plus réfléchi sur le parti à tirer de la situation ; jusqu'à vos instructions ultérieures, je me tiendrai coi. M. le duc d'Orléans demande instamment qu'aucun plan ne soit arrêté avant son arrivée à Paris. Voici une lettre qu'il m'a remise pour vous ce matin à Schot-Wien, où je l'ai laissé continuant sa route sur Milan. Il y sera le 22. C'est un admirable prince. Il s'est conduit comme sir Charles Grandisson ' et avec une habileté, un aplomb, une bonne grâce à faire tourner la tête des hommes et des femmes -.

Votre courrier du 5 juin, que j'ai trouvé sur la grand'route, court après les princes et les rattrapera seulement demain. Il sera trop tard pour qu'ils reprennent la direction de Munich.

Adieu, très cher ; depuis quinze jours je n'ai g^uère dormi la nuit ni reposé le jour. Mille amitiés tendres et sincères.

Sainte-Aulaire.

Copie de la lettre de V ambassadeur au prince de Metternich.

Prince,

Chargé par le Roi de demander la main de Madame l'archiduchesse Thérèse pour Monseigneur le duc d'Orléans,

* Le héros du roman de Richardson qui porte ce nom.

' Six mois plus tard, Metternich rendait cette justice au duc d'Orléans : « Chargé d'enlever d'assaut une archiduchesse, il s'est conduit avec un tact pariait. » (.\u comte Apponyi, 8 décembre i836 : Mémoires da print» de Metternich, t. VI, p. i6i.)

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je viens prier Votre Altesse de vouloir bien prendre les ordres de Sa Majesté Impériale et de me faire connaître ensuite les dispositions de Sa Majesté à cet éf^ard. Agréez, etc. — Signé : Sainte- A llaire.

A S.A. le Prince de Metternich, Vienne, 9 juin lS3('t.

Réponse.

Monsieur l'Ambassadeur,

J'ai soumis à l'Empereur la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser en date d'hier.

Sa Majesté Impériale, désirant laisser Monseigneur l'ai'chiduc Charles libre de consulter ses sentiments personnels et ceux de son auguste fille pour l'établissement de cette dernière, j'aurai, si la décision est favorable, à m'entendre avec Votre Excellence sur les difficultés politiques que présente la question. \'euillez agréer, etc. — Signé : METTEnNicu.

A Son Excellence M. le Comte de Sainte-Aulaire. (Papiers^Thiers . )

LE DUC d'oRLÉANS A THIERS

(sans lieu ni date) (Schot-Wien, ii ou la juin i83G \)

Je tiens vivement. Monsieur, à répondre à l'obligeànce avec laquelle vous avez toujours défendu mes

' Celte lettre est à n'en pas douter celle qui est annoncée à la fin

intérêts, en vous parlant moi-même avec toute confiance de la grande affaire dont nous avons souvent causé avant mon départ. Je n'ai voulu écrire à Paris qu'après avoir quitté Vienne, parce qu'alors j'aurais recueilli un ensemble de faits dont je pourrais faire le résumé et motiver mon impression sans craindre qu'un nouvel incident ne vînt la modifier encore. M. de Sainte-Aulaire, à qui je serais heureux si vous vouliez donner une marque d'approbation qu il a bien méritée par son zèle et son habileté, M. de Sainte- Aulaire vous rend compte des faits et du matériel de la campagne que nous venons d'ouvrir. Moi, je vous entretiendrai seulement de l'état actuel de la question et si je ne lui laisse pas ce soin, c'est que j'ai des données qu'il n'a point, et je n'ai pu tout confier à l'ambassadeur du Roi, sachant que son devoir était de faire usage pour le succès de la mission que vous lui aviez confiée de toutes les armes qu'il pourrait recueillir, sans même s'enquérir si elles lui avaient été livrées pour s'en servir.

La porte reste ouverte pour reprendre plus tard la négociation, mais si on cherchait à la continuer aujourd'hui, un refus sec et collectif pour toutes les archiduchesses d'Autriche serait inévitable. Ce refus, ce ne serait pas M. de Metternich qui le ferait ; il s'y opposerait même autant qu'il le pourrait sans compromettre sa position vis-à-vis de la famille impériale, mais il ne pourrait dans le moment actuel résister aux passions et aux préjugés des deux membres les plus

de la pièce précédente, et que le duc d'Orléans remit à Sainte- Aulaire le 13 au matin, quand l'ambassadeur prit congé de lui.

influents de celte famille. Il n'a même donné la lettre que M. de Sainte- Aulaire vous envoie que parce qu'il sait que larchiduc, s'il était consulté maintenant, sacrifierait ses désirs et ses affections à la volonté de l'archiduchesse Sophie exprimée par l'archiduc Louis.

J'ai beaucoup causé avec l'archiduc Charles et nous nous sommes ouverts l'un à l'autre avec une confiance absolue. Quoi qu'il arrive, nous resterons amis pour la vie et j'ose croire que la conduite que j'ai tenue à son égard m'a acquis son affection. Je connais aussi la pensée de son fils aîné l'archiduc Albert, bon et excellent jeune homme, digne fils d'un père aussi respectable. L'un et l'autre sont très bien disposés pour le mariage. Mais 1 archiduc Charles croirait, s'il était mis en demeure maintenant, [devoir] se soumettre à la volonté de l'archiduchesse Sophie et de l'archiduc Louis, et il s'imaginerait encore se sacrifier pour l'union de famille.

Si M. de Sainte- Aulaire, avec une habileté rare, ' n'avait pas imaginé l'expédient de la réponse de M. de ^letternich, la question serait devenue fort grave, car on aurait été en présence ou d'une répugnance exprimée.en termes blessants par toute la famille, ou d'une impossibilité proclamée par le cabinet, et l'un et l'autre étaient également inacceptables sans une sorte de rupture de la part du cabinet que vous dirige/.

C'est ce qui a décidé M. de Metternich à accepterla lettre que M. de Sainte- Aulaire lui a en quelque sorte imposée ; car si M. de Metternich n'ose pas tenir tête à des préjugés qu'il ne partage pas, mais qu'il évite de froisser de peur de perdre sa position à laquelle il i

tient avant tout, il ne veut pas non plus se brouiller avec la France, et il fera pour atteindre ce but tout ce qui ne compromettra pas sa place. Au fond il nous a aidés dans cette circonstance et il y a mis de la bonne ^râce.

Plus tard, si la négociation peut être reprise, il voudra nous vendre cher, trop cher peut-être, le mariage. Mais il n'y sera point contraire. C'est en lui seul que nous avons une chance. L'archiduc Charles tt'est, comme le dit M. de Sainte -Aulaire, un héros que sur le champ de bataille, et je me fais un devoir de loyauté de ne pas abuser de sa position vis-à-vis de moi. Plutôt manquer tous les mariages !

Je crois donc (bien que j'aie de quoi brouiller toute la famille et M. de Metternich ensemble), je crois donc qu'il faut pour le moment temporiser. Je suis à même de bien connaître la disposition de chacun et le fond que l'on peut faire sur la fermeté des diverses parties intéressées. 11 y a même là des renseignements que M. de Sainte-Aulaire n'a point et que je vous donnerai à mon retour à Paris.

Jusque-là, je vous supplie, au nom du succès d'une affaire à laquelle vous avez apporté tant de zèle, je vous supplie de ne faire ni faire faire aucune demande. Je crois même qu'il est absolument nécessaire de ne point parler ni à M. d'Apponyi, ni à M. d'Esterhazy, ni au général Baudrand, ni à personne absolument.

Je le répète, j'ai été content de M. de' Metternich, et j'ai eu avec lui quelques conversations bien remarquables, que je vous raconterai à mon retour. Son dernier mot a été : « Le voyage a d'abord été impossible,

et puis il s'est fait ; ayez confiance en moi. Cld va piano va sa no. »

D'ailleurs ce qu'il y a de plus positif, c'est que, si on consultait maintenant l'archiduc Charles, malgré ses désirs et ses affections, il n'oserait pas dire oui quand on lui indique de dire non.

Je pense donc que le seul cas oii il conviendrait d'agir et de tout risquer, parce que nous n'aurions rien à ménager, ce serait le cas où une demande de mariage serait faite par un autre prince : par le roi de Naples. C'est dans ce sens que je vous demanderais, si vous n'y voyiez pas d'objection, de donner vos instructions à M. de Sainte-Aulaire, dont, je le répète, j'ai été parfaitement content à tous égards.

Le succès du voyage est complet, voilà sur quoi il faut insister, et il faut tâcher d'entretenir M. de Metternich en belle humeur pour que nous puissions,i lorsque le moment sera venu* reprendre le fil que* nous tenons.

Nous avons fait un pas, mais tout serait perdu si nous nous pressions trop pour en faire un autre. Pour moi, qui suis le plus intéressé, je protesterais contre toute démarche et toute parole.

.Adieu, mon cher président : excusez ce griffonnage que je n'ai même pas le temps de relire et croyez à l'assurance de tous les sentiments de Votre affectionné,

Ferdinand-Philippe d'Orléans.

(Papiers Thiers.)

UN PROJET DE MARIA.&E DU DUC DORLÉANS ÎUl

LE COMTE DE SAINTE-AULAIKE A THIERS

i6 juin i836.

Cher Monsieur Thiers,

Ma dernière lettre contenait le bulletin de la campagne. Celle-ci fixera la position que les troupes îccupent après la bataille, puis je hasarderai mon )pinion sur le plan des opérations ultérieures.

Vous vous souvenez que je n'étais point d'avis d'engager l'action et que je n'en espérais aucun bon résultat. Je ne serai donc point suspect, aujourd'hui, si je lis que nous ne devons»conserver nul regret de ce qui i été fait, et que notre position est meilleure qu'aupa- 'avant *.

Je vous donnerai raison encore sur un autre point. Flien n'est possible que par le prince de Metternich. L'archiduc Charles n'a pas la valeur d'un employé de a chancellerie. Son veto serait puissant sans doute,

' Une lettre que, de Berlin, Bresson adressait à ïliiers montre bien 1 la fois la vive déception des meilleurs serviteurs du régime de luillcl, à la nouvelle que la négociation matrimoniale n'avait pas •éussi d'emblée, et les illusions dont ils persistaient à se leurrer : < Cet échec ou plutôt ce délai me cause de graves soucis. Le mariage couronnait si bien le voyage ! J'aime à me dire que ce n'est plus ju'une aflaire de temps. Il me semble que l'objet essentiel était de nonlrer et de faire connaître les princes, et qu'on ne peut plus rien eur refuser quand on les a vus. » (19 juin i836 : Papiers Thiers).

mais son adhésion ne nous servira de rien tant que nous n'en aurons pas d'autres.

Remarquez au reste que la divergence qui a existé entre nous sur ce point n'a aucune conséquence pratique. Vos instructions ont été scrupuleusement suivies. Je n'ai agi qu'auprès du prince de Metternich. Celui-ci s'est montré tel exactement que je l'avais prédit, sans passion personnelle et sans mauvais vouloir contre nous, mais ne voulant pour aucun prix se compromettre avec l'archiduchesse Sophie, qui s'est déclarée hautement et publiquement contre le mariage et qui a entraîné à sa suite les archiducs François et Louis.

Entre ces deux-ci il y a cependant une différence à remarquer. L'archiduc François est bienveillant de caractère, ses manières ont été affectueuses pour les princes, et je ne doute pas qu'il n'en conserve un bon souvenir. L'archiduc Louis cfti contraire est sec et maussade. Il s'associe intimement aux sentiments de sa belle-sœur, mais la part qu'il prend aux affaires l'associe aussi à la responsabilité du cabinet, et ce qui ne serait pour l'archiduchesse Sophie qu'une question de passion peut devenir pour l'archiduc Louis une question de politique.

L'Empereur a été et restera dans tout ceci aussi nul qu'en toute autre affaire. Mais, ce que je n'aurais pas su deviner, l'influence de son nom reste aussi puissante sur la famille que celle de l'empereur François. Ses oncles, tout en reconnaissant qu'il n'a pas de volonté, se soumettent aveuglément à ses ordres et en dernière analyse le caprice de l'archiduchesse Sophie fait la loi de la famille impériale.

UN PROJET DE MARIAGE DU DUC d'oRLÉANS 103

Telle était la situation de la semaine dernière. C'est un fait. Telle elle serait encore la semaine prochaine . 11 faut remarquer cependant que les situations bizarres et forcées s usent vite et que toutes les forces intelligentes et raisonnées sont de notre côté. Nous avons maintenant un bon point de départ et des auxiliaires connus pour la suite de la négociation.

Nous avons demandé l'archiduchesse Thérèse. On nous a répondu : « Adressez-vous au père . » Et nous savons que le père est pour nous. Nous savons de plus que, si M. de Metternich nous redoute moins que l'archiduchesse Sophie, il nous redoute cependant beaucoup aussi, car il regarderait une rupture entre les deux cours comme la plus fâcheuse complication dans les affaires de l'Europe.

Enfin la haute aristocratie de Vienne a passé aujourd'hui de notre côté. Les rangs opposés sont peu nombreux et ne comptent guère de grandes notabilités que la princesse de Metternich, fidèle aide de camp de l'archiduchesse Sophie '.

Voilà, je crois, la position très exacte sur laquelle vous avez à calculer. Maintenant, s'il m'appartient d'ouvrir un avis, je propose d'attendre le retour à Paris de M. le duc d'Orléans et de savoir avant tout s'il lui convient de prendre une part personnelle à l'action ou de laisser l'alYaire à sa marche diplomatique. Dans ce dernier cas, j'estime que vous à Paris et moi à

' Malgré ses sentiments d'hostilité, la princesse de Metlernich s'était mise en frais de toilette pour les princes d'Orléans : comme le rapporte malignement Sainte-.Vulairc, « la recherche de sa parure laissa croire aux connaisseurs que sa mauvaise humeur ne la laissait pas insensible au plaisir d'être trouvée belle. » (Mémoires inédits).

Vienne nous devons parler avec satisfaction et reconnaissance des procédés de la réception, en laissant voir néanmoins que quelque amertume reste cachée pour nous sous les douceurs.

De même qu'on a entendu nous payer ici avec de bonnes formes, notre reconnaissance aussi ne devra pas passer l'écorce . Dans toutes les questions de grande politique où nous nous trouverons à côté de l'Autriche, si notre intérêt positif est de faire ce qu'elle souhaite, il faudra le faire sans doute et sans récriminer, mais s'il 58 rencontre une question où nous ayons à désobliger elle ou toute autre puissance, il faudra lui donner la préférence et articuler nettement que nous la ménageons moins que d'autres, parce que nous comptons moins sur son amitié.

Je voudrais placer M. de Metternich en dehors de toute rancune, en le prenant au mot sur l'assurance qu'il nous donne que les questions de famille sont en dehors de sa compétence. Or, puisqu'il a soixante-trois ans etl'archiduchesse Sophie moins de trente, puisque Ihostilité de celle-ci est déclarée contre nous, il ne peut s'étonner que nos calculs d'avenir ne soient pas tous de confiance et d'abandon.

Nous zi'aurions pas plus tôt fait entendre de telles paroles qu'on nous donnerait l'assurance que les sentiments de l'archiduchesse Sophie se modifient chaque jour, et à cela je répondrais que j'en suis charmé et que j'en attends la preuve qu'il lui est facile de me donner.

Une démarche directe de nous à l'archiduc Charles est maintenant indiquée par la marche naturelle de l'affaire. Nous nous abstenons de la hâter parce que

UN PROJET DE MARIAGE DU DUC d'oRLÉANS 105

nous savons que l'archiduchesse Sophie et l'archiduc Louis se sont déclarés contre nous et nous ne voulons pas courir la chance d'être refusés ou de diviser la famille impériale. Voilà la véritable cause de notre inaction, qui sans cela serait inexplicable.

Nous ne disons pas que l'assentiment de Tarchiduc Charles nous soit acquis. Notre position officielle est même l'incertitude à cet égard. Mais nous savons que l'archiduchesse Sophie et l'archiduc Louis nous sont contraires. Gela suffît pour nous arrêter et, certes, il n'a jamais existé de motifs plus légitimes de méfiance et de rancune.

Je voudrais que tout cela fût dit par vous implicitement ou explicitement à M. Apponyi, non pas aujourd'hui, car dans les premiers moments il ne faut témoigner que de la joie et de la reconnaissance pour le succès du voyage, dont nous compromettrions les avantages en manifestant la moindre humeur. Ce sera seulement quand les comptes du voyage seront assurés et soldés qu'il faudra remettre l'atFaire sur le tapis et la faire entrer comme un élément constant de toutes nos combinaisons politiques. Ainsi, prenons-nous un parti agréable à l'Autriche ? Bien que ce soit dans notre seul et unique intérêt, faisons-lui remarquer les profits qu'elle tire de notre alliance et rappelons-lui que nous n'entendrons pas toujours donner sans jamaisrecevoir. Sommes-nous amenés, au contraire, à quelque démarche qui contrarie le cabinet de Vienne? Au lieu de chercher des apologies, disons nettement que nous faisons justice à tous et faveur seulement à qui nous aime.

Je me trompe fort, ou une telle conduite nous mè-

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