‹ Correspondances du siècle dernier, un projet de mariage du Duc d'Orleans (1836), Lettres de Léopold Ier de Belgique a Adolphe Thiers (1836-1864), Documents inédits publiés avec des avertissements et des notesChapitre 16 sur 43 · Î60 CORRESPONDANCES DU SIÈCLE DERNIER · texte numérisé non relu

Î60 CORRESPONDANCES DU SIÈCLE DERNIER

par eux. on ne trouve rien derrière. Ils n ont jamais fourni de soldats.

Le cabinet autrichien fera, suivant moi, une faute considérable s'il laisse échapper cette occasion. C'est à vous à lui dire tout cela, sans avoir cependant lapparence de prier, de demander avec de trop vives instances.

Je ne saurais trop vous dire combien je trouve de motifs de nous consoler dans l'indépendance résultant dune autre union. Mais cependant, comme il faut faire les choses sérieusement quand on les fait, insistez assez pour ne point paraître vouloir et ne pas vouloir.

J'entrevois bien qu'on fera valoir des raisons de famille. Ne vous les laissez pas trop donner, car elles ne seraient pas fondées. M. le duc d'Orléans ne peut déplaire à personne. Je souhaite à toutes les princesses que la politique mariera un sort aussi heureux que celui qui attend la femme de M. le duc d'Orléans.

Il reste à alléguer le sort malheureux des archiduchesses en France. D abord, si l'archiduc Charles avait allégué ce motif, soit, mais de la part des oncles et tantes de la princesse, c'est une allégation qui doit surprendre. Des tantes plus tendres, plus inquiètes qu'un père, cela se voit rarement.

Maintenant, quant à ce sort des archiduchesses, il faut s'entendre. Marie-Antoinette fut bien malheureuse sans doute. Mais elle fut jetée au milieu d'une révolution sanglante qui n'avait rien de commun avec la nôtre. L'archiduchesse Marie-Louise, il faut le dire, n'eut pas à se plaindre de nous. Nous avions grand

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désir qu'elle restât impératrice des Français et nous nous sommes bien battus pour cela. En fait, cependant, les deux princesses n'ont pas été heureuses, j'en conviens. Mais ici il faut recourir à ses yeux, et un hornme politique doit en avoir. Les temps sont changés, la Révolution française est consommée. C'est évidemment l'établissement de 1688 ^, et il sera aussi solide. Certainement, pour qui a bien observé ce qui se passe aujourd'lmi, Louis-Philippe est le vrai Guillaume des Français. Quand on a donné des archiduchesses au malheureux Louis XVI, au téméraire Napoléon, n'en pas donner une au prince qui est évidemment appelé à terminer toutes les traverses de ses prédécesseurs, c'est manquer le bénéfice après avoir essuyé la perte. Au surplus, l'objection du malheur des archiduchesses est une raison peu sérieuse, c'est un propos de bonne femme. En tout cas, si le trône de France était malheureux, il n'y aurait pas dans notre siècle de trône heureux au monde. Si M. le duc d'Orléans n'est pas un parti sûr, il n'y en a aucun de sûr nulle part, et certainement pas à Naples ', Il ne restera pajs un trône debout si le nôtre succombe. 11 faudra regretter de n'être pas né ouvrier ou paysan.

Le vrai motif, si on vous refuse définitivement, il faut le voir et dire qu'on l'a vu. Ce sont les passions de l'émigration. Telle ou telle personne auguste aura

' L'assimilation était classique alors entre notre révolution de i83o et la révolution anglaise de 1688, qui avait substitué Guillaume d'Orange à Jacques II.

* En fait, l'archiduchesse Thérèse, veuve du roi Ferdinand de Najjles, devait mourir en exil, tout comme la duchesse d'Orléans.

juré bien haut de ne pas soûiïrir un mariage avec un prince révolutionnaire. Car cest là notre épitliète à tous, mon cher Comte, à vous, à la pieuse Madame de Sainte-Aulaire, à moi. à nos princes, au pape même s'il venait nous voir et nous visiter. On a juré de ne pas soufl'rir un mariage révolutionnaire, on la dit, on s'est engagé, on a ébranlé père, enfants, famille, on a fait enfin beaucoup de démonstrations embarrassantes aujourd'hui. M. de Metternich, qui a tant et tant d'esprit, de bon et de grand esprit, M. de Metternich juge cela comme cela mérite de l'être et il croit sauver son âme en disant : « Je suis maître de la politique du cabinet, je ne suis pas maître de la famille impériale ». Je ne sais pas si cela le sauvera devant Dieu, mais certainement pas devant l'histoire ; je suis historien, et j'en puis répondre.

Il faut, mon cher Comte, n'être pas dupe quand on est battu. Laissez bien voir que vous découvrez tout cela. Vous êtes plein de tact : ne blessez pas le grand homme d'Etat auprès duquel vous êtes placé. \e lui dites de tout cela que ce que vous devez lui en dire, mais dites-lui en le plus possible. Si l'occasion est bonne, ayez avec lui une conversation à fond. Je tiens à pouvoir lui en vouloir, et je n'en aurais pas le droit s'il n'avait pas été bien et complètement* averti.

Adieu, mon cher Comte ; je serais bien content, malgré mon goût pour un mariage modeste, si vous obteniez la main d'une archiduchesse. Mais franchement, ce n'est pas vous qui marierez le prince royal. 11 ne vous en aimera pas moins beaucoup, et son anoruste père aussi, et vous ne serez pas moins heureux

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quand il sera marié, même ailleurs qu'à Vienne. Adieu ; mille amitiés.

A. Thiers.

(Papiers Thiers.)

LA REINE MARIB-AMÉLIE AU COMTE DE SAINTE-AULAIBE

Neuilly, 10 juillet i836.

Apprenant qu'on expédie un courrier à Vienne, je m'empresse d'en profiter, Monsieur, pour vous recommander les cinq incluses. Je désire beaucoup que celles à M"® d'Ambrosio et au général SuUup leur soient remises directement, sans intermédiaire. Mon fils et M. Thiers vous parleront de ce qui concerne plus particulièrement le premier, mais qui intéresse aussi bien vivement mon cœur maternel. Je ne peux que former des vœux et m'en remettre à la divine Providence qui a déjà tant fait pour nous. Mais je ne sens que trop que le moment n'est pas heureux pour nous. Alibaud a non seulement attenté aux jours de ce que j'ai de plus cher au monde, mais a porté aussi atteinte à de douces espérances auxquelles je commençais à me livrer. J'attends avec impatience des nouvelles du séjour à Vienne du roi de Naples et de ses projets ultérieurs. Ici nous vivons du jour au jour. C'est une vie bien triste, mais un regard vers le ciel encourage et console^

Mon bien-aimé et excellent Roi. qui devient chaque jour plus cher par les dangers auxquels il est exposé, se porte à merveille. Tous mes chers enfants jouissent aussi d'une parfaite santé et nous parlons souvent avec mes fils de vous et de Madame de Sainte- Aulaire. Veuillez bien dire mille amitiés de ma part à celle-ci et recevoir l'assurance de tous mes sentiments pour vous.

Votre bien affectionnée.

Marie-Amélie.

(Archives Sainte- Aulaire.)

LA REINE MARIE-AMÉLIE AU COMTE DE SAINTE-AULAIRE

Neuilly, ce ii juillet i836.

Je reprends la plume aujourd'hui, Monsieur, pour vous remercier de votre lettre du 4, que j'ai reçue ce matin, et de tout ce que vous m'exprimez ainsi qu'au nom de toute votre famille au sujet de l'attentat du 25. J'y comptais, comme vous l'aurez vu par mes précédentes. Vous aurez vu également (]ue j'avais prévu' l'eifet qu il aurait produit sur les esprits et combien il devait nuire à l'avancement de nos aifaires. Patience ! Je mets tout mon espoir sur {sic) la divine Providence, qui veille si particulièrement sur nous, et je vous remercie de tout mon cœur de tous les efforts que vous faites pour y [sic) concourir.

l^e Roi m'a chargée particulièrement de vous remercier de tout ce que vous exprimez pour lui. Il en a été bien touché. Je n'ai que le temps de vous recommander les incluses, de vous remercier des détails que vous me donnez sur le séjour du roi de Naples, en vous priant de me les continuer, et de vous assurer de tous mes sentiments pour vous.

Bien des amitiés à Madame de Sainte- Aulaire. Votre bien affectionnée,

Marie -Amélie,

(Archives Sainte- Avdaire.

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LE DUC D ORLÉANS A TIIIEiîS

Neuilly, lundi (ii juillet i836 *), lo h. 12 du soir.

Voici, mon cher Président, deux paquets pour le comte de Sainte-Aulaire : ils contiennent, outre les lettres dont nous sommes convenus et les réponses du Roi, delà Reine etde moi au roideNaples, les diverses lettres que j'ai eu, vous le savez, l'étourderie de rapporter de Vienne avec moi.

Je vous remercie de nouveau, mon cher Président, de l'assistance si franche que vous m'avez donnée dans cette affaire, et je vous renouvelle l'assurance de

' Le quantième du moi» résulte clairement du texte.

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