‹ Correspondances du siècle dernier, un projet de mariage du Duc d'Orleans (1836), Lettres de Léopold Ier de Belgique a Adolphe Thiers (1836-1864), Documents inédits publiés avec des avertissements et des notesChapitre 2 sur 43 · CORRMSPONDANCES DU SIÈCLE DERNIER · texte numérisé non relu

CORRMSPONDANCES DU SIÈCLE DERNIER

partement et que le Roi veut bien que ce soit la mère de famille qui s'en occupe particulièrement '. Le portrait que vous m'avez envoyé ^ a une physionomie douce et aimante, tel que je me figure l'original. Je l'ai montré et j'ai vu avec plaisir que, sans causer d'admiration, il ne causait pas d'impression désagréable et qu'on ^ l'avait regardé à plusieurs reprises. Vous avez appris tous les détails de cette expédition d'Afrique qui m'a causé si justement de si cruelles angoisses. Mon fils s'y est conduit comme je pouvais le désirer et il s'y est fait aimer et estimer par tous ceux dont il a partagé le danger et les fatigues. 11 est arrivé à Mostaganem gravement fatigué. Si la retraite eût duré deux jours de plus, nous pouvions craindre les plus grands malheurs '. Dieu nous a encore montré sa miséricorde en nous conservant ce cher enfant. En arrivant à Paris, il était encore très faible et changé ; à présent il a repris sa force et sa santé. Le voyage d'Allemagne est toujours dans sa pensée et dans les vues du Roi et il me semble que le moment serait opportun d'après les dispositions que vous nous indiquez et qui semblent être les mêmes dans plusieurs cours d'Allemagne. On attend dans

' La correspondance directe entre la reine et Sainte- Aulaire s'était inaugurée peu après la nomination de ce dernier à Vienne vi833); elle permettait de ménager les susceptibilités ministérielles, qui se fussent effarouchées d'une correspondance entre Louis-Philippe et l'ambassadeur.

* Sans aucun doute un portrait de l'archiduchesse Thérèse. ^ Le duc d'Orléans.

* Le duc d'Orléans avait été pris, lors de la retraite de Mascara Bur Mostaganem, d'une violente attaque de dysenterie.

UN PROJET DE MARIAGE DU DUC d'oRLÉANS 27

quelques jours M. Bresson *, avec lequel le Roi compte en parler. Mais nous comptons toujours sur vos bons avis à ce sujet. Je pense que le retard du couronnement de l'Empereur serait aussi une circonstance favorable. Enfin, sur les lieux, et avec votre esprit aussi sage que prudent, vous ne pourrez que nous donner de bons conseils. Le Roi a été particulièrement sensible aux détails que vous m'avez donnés sur une lettre retrouvée dans les archives de l'ambassade et sur la conversation qu'à la suite de cela vous avez eue avec le prince de Metternich. Il en a parlé avec le duc de Broglie ^. Mais vous connaissez assez l'àme et le cœur du Roi pour être sûr que tout ce qui peut assurer l'avenir de ses enfants et le repos de la France est pour lui le premier intérêt. Je suis bien aise de pouvoir vous dire que la précieuse santé du Roi est parfaite : les affaires et la rigueur de la saison ne lui permettent pas de sortir souvent ; mais nous avons des dîners, des bals, des concerts et, de temps à autre, il va se délasser à Versailles. Il a été bien charmé d'apprendre que le tableau de Vernet avait été retrouvé et que vous vous occupiez à le faire copier. Nous avons ici une petite colonie d'Autrichiens et de Hongrois ; ils sont

* Charles, futur comte Bresson (1788-1847), l'un des meilleurs diplomates de la monarchie de Juillet, avait improvisé naguère l'élection du duc de Nemours au trône de Belgique et devait plus tard brusquer la conclusion des mariages espagnols. Il représentait en i836 la France à Berlin; en i834, le portefeuille des Affaires étrangères lui avait été attribué à son insu dans le ministère dit des trois jours.

* Le duc de Broglie était alors président du conseil et ministre des Affaires étrangères.

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