‹ Correspondances du siècle dernier, un projet de mariage du Duc d'Orleans (1836), Lettres de Léopold Ier de Belgique a Adolphe Thiers (1836-1864), Documents inédits publiés avec des avertissements et des notesChapitre 22 sur 43 · CORRESPONDANQES DU SIÈCLE DERNIER · texte numérisé non relu

CORRESPONDANQES DU SIÈCLE DERNIER

que nous ne nous étions pas dissimulé ce manque d'à-propos, mais qu'il avait fallu pourtant fondre la cloche afin d être libres de porter nos vœux ailleurs, ce que nous n'aurions pas fait honnêtement tant qu'une négociation restait ouverte avec l'Autriche.

Dans une autre conversation très intime que j'avais eue la veille avec le même Lamb, il m'avait demandé s'il était vrai que vous eussiez fait au comte Apponyi l'ouverture d'un projet de mariage entre le fils de don Carlos et la reine d'Espagne '. — J'ai répondu que je n'avais appris rien de pareil et j'ai de suite montré le passage de votre lettre du 12 qui annonce l'intention de pousser vivement don Carlos. Pour rendre l'édification complète, j'ai montré aussi une lettre de Desages qui par votre ordre commentait le même texte. J'ai fort insisté sur l'union plus intime que jamais qui existait entre nos deux cabinets, et j ai reçu de mon collègue des assurances analogues.

Il se montre pour moi très amical et est grimpé deux jours de suite dans un ermitage inaccessible que j habite près de Vienne -.

C'est là que Paul Esterhazy est venu à l'improviste

' C'était une solution que les gens^conciliants avaient souvent préconisée pour éteindre la guerre civile en Espagne.

2 Pour se remettre des fatigues occasionnées par le séjour des princes, M. et M""* de Sainte -jVulaire s'étaient installés pour quelques semaines dans une villa isolée, sur les pentes du Léopoldsberg : « Nous vivons dans une petite maison de garde-chasse à une lieue de Vienne. La vue est ravissante, mais on ne peut y arriver qu'en grimpant à pied trois quarts d'heure. Cela déjoue un peu les visiteurs, mais comme pendant tout l'hiver nous leur avons offert bon visage d'hôte, on ne nous juge pas trop sauvages. » (A Barante, 30 juillet i836 : Souvenirs du baron de Barante, t. V, p. 445).

UN PROJET DE MARIAGE DU DUC d'oRLÉANS 199

nous demander à dîner, et peut-être avait-il été dépêché par M. de Metternich, qui est positivement très intrigué de nos projets ultérieurs et de la part que pourrait y prendre l'Angleterre. Rien n'annonce au reste qu'il veuille sortir de sa politique expectante. J'attendais avec impatience qu'il me communique la lettre qu'il a composée avec grand soin en réponse à celle de vous que je lui ai indiscrètement communiquée. Je connais maintenant ce morceau et puisque vous le connaissez aussi, je m'abstiens de le juger. Il m'apparaît que l'intention de l'auteur a été de parler le plus longtemps possible sans rien dire, et on ne peut en ce cas lui contester le succès '.

Les conversations qu'il aura dans quatre jours avec le roi de Prusse seront nécessairement plus substantielles, et c'est de là désormais qu'il vous faut attendre la lumière.

Je ne reverrai pas M. de Metternich avant le 1^' septembre à Prague. Je ne vous en supplie pas moins de me tenir bien informé, non pas pour ce que j'ai à faire, puisque me voilà en vacances, mais parce que l'état de Paris me tient dans de véritables angoisses.

M. de Metternich, en résumant notre situation intérieure, me disait tout à l'heure que de grands désastres lui semblaient possibles, mais que si nous les évitions cette fois, nous sortirions de cette dernière épreuve avec une santé très robuste.

' Il s'agit d'une lettre très étudiée au comte Apponyi, datée du 3o juillet i836 et reproduite dans les Mémoires de Metternich sous le titre de Réjlexions sur une alliance de famille entre l'Autriche et la France (t. VI, 163-167). Aucun des lecteurs qui prendront la peine de s'y reporter ne contredira l'irrévérencieuse appréciation de Sainte. Aulaire.

Page 1