CORRESPONDANCES DU SIÈCLE DËRMËR
pour la famille d'Autriche, l'estime particulière que j'ai pour rarchiduc Charles et surtout cette conformité d'éducation entre nos deux familles m avaient fait espérer que je trouverais une réciprocité à mes sentiments et que j'acquerrais une fîUe de plus. Dieu ne l'a pas voulu ainsi, je n'ai -qu'à me soumettre. Peutêtre que mon fils sera plus heureux pour une autre alliance, et son bonheur est le premier désir de mon cœur.
Le roi de Naples nous a surpris et nous avons reçu en même temps vos lettres qui nous annonçaient son départ de Vienne et la dépêche télégraphique qui nous apprenait qu'il arrivait le soir à Strasbourg. Le Roi a expédié sur-le-champ le général Gourgaud ' porteur de nos lettres, dans lesquelles nous lui otîrions tous nos palais. Il a préféré venir habiter en famille à Neuilly avec nous, ce qui a fait grand plaisir. Ils sont arrivés le 3 pour déjeuner. J'ai été bien heureuse de revoir mon bon gros frère -, que je n'ai pas trouvé changé. J'ai trouvé le Roi très bien ; les premiers jours il a été très embarrassé. A présent il commence à se dérider. Nous tâchons qu'il se mette à son aise et qu'il soit
* Gaspard, baron Gourgaud (i783-i85a), neveu du comédien Dugazon, élève de l'Ecole polytechnique en 1799, capitaine en 1808, officier d'ordonnance de Napoléon en 181 1, premier officier d'ordonnance en i8i3, maréchal de camp par décret du ai juin t8i5, accompagna l'Empereur à Sainte-Hélène et quitta l'île en i8i8 dans des conditions sur lesquelles on discute encore aujourd'hui. Aide de camp de Louis-Philippe en i833, lieutenant-général en i835, il retourna en 18^0 à Sainte-Hélène chercher les restes de Napoléon et fui créé pair de France en i8'ti.
^ Le prince de Salerne.
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gêné le moins possible. Et, suivant votre bon avis, je lui parle presque toujours en italien. Je suis sûre qu'où vous êtes, on aurait préféré qu'il ne vînt pas ici. Mais, il y est, il paraît s'y plaire et j'espère que grâce à une quarantaine qu'on a mise à Naples, il restera ici plus longtemps qu'il ne comptait. Notre bien-aimé Roi se porte bien malgré tous les chagrins qu'il éprouve et la triste vie qu'il est obligé de mener. Je me recommande à vos bons soins pour faire parvenir l'incluse directement à M"' d'Ambrosio : elle est bien touchée de toute votre obligeance. Nemours, ici présent, parfaitement rétabli de son indisposition, me charge de vous dire bien des choses de sa part. Dites bien des amitiés de ma part à Madame de Sainte-Aulaire et à vos filles et comptez toujours sur tous les sentiments pour vous de
Votre bien affectionnée,
Marie-Amélie.
(Archives Sainte- Aulaire.)
LE DUC d'oRLÉANS AU COMTE DE SAINTE-AULAIRE
Tuileries, lo août i836.
Etant resté malade à Paris ces jours-ci, mon cher Comte, je n'ai pas été prévenu assez à temps du courrier qui vous a été expédié hier, et je suis vraiment contrarié de cette négligence du ministère des affaires
étrangères ; il est très pénible pour moi de songer que vous recevrez des témoignages de satisfaction du gouvernement et de ma famille sans que moi, qui ai eu plus particulièrement à me louer de votre zèle et de votre habileté, je ne (sic) vous aie exprimé combien j'étais touché des soins que vous avez donnés comme ambassadeur de France et comme ami de ma famille à une affaire qui m'était personnelle. Nous n'en croirez pas moins, j'espère, àTassurance formelle que je vous donne ici de mon approbation pour tout ce que vous avez dit, fait et écrit.
Vous qui connaissez le fond de ma pensée sur le mariage que je \'iens de manquer, vous comprendrez que je n'aie éprouvé ni humeur ni désappointement. Je savais parfaitement, en entreprenant la démarche qui a amené un refus, quelle serait son issue : cette démarche, je l'ai entreprise avec pleine connaissance de cause et parce qu'il me convenait beaucoup mieux d'avoir aujourd'hui un non que d'attendre un oui pour demain. Now that I ani fairly out ' . . . , j'ai dû examiner s'il me restait quelques chances auprès de l'archiduchesse Marie, fille de l'archiduc Rénier, C'est une belle et gracieuse personne ; la mère est charmante, le père excellent ; j'aurais trouvé dans cette alliance tout ce que l'on peut désirer pour moi et tout ce que mes sympathies, peut-être mes caprices ou mes préjugés personnels, eussent désiré de trouver^dans ma femme. Mais je n'ai pas dû me faire illusion : j'ai très bien compris que le refus fait au nom de l'archiduchesse Thérèse était collectif, et qu'il en serait de Milan comme
^ Maintenant que m'en voilà bien tiré.
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de la Weilburg. J'ai donc, quoique à mon grand regret, renoncé à porter mes vues de ce côté et j'ai cherché ailleurs. Votre rôle néanmoins n'est pas fini dans cette affaire, mon cher Comte : vous me devez des conseils et l'expression franche de votre opinion sur le parti que je vais avoir à prendre très prochainement. J'attends une lettre de vous où vous me déve^ lopperez vos idées *.
Je vous envoie la copie de la lettre de ce bon archiduc Charles ^, auquel je resterai toujours attaché, et de la réponse de M, de Metternich ^. On A'oit combien la composition en a été laborieuse ; du reste je méritera* toujours le satisfecit qu'il veut bien me donner et je me rendrai digne du brevet de capacité qu'il daigne me décerner, en tâchant de me rappeler toujours quels sont mes vrais amis et quels sont ceux dont je n'ai à attendre que de belles paroles.
Adieu, mon cher Comte, écrivez-moi bientôt et continuez-moi votre assistance ; croyez que j'apprécie bien vos bons conseils et que je vous suis pour la vie très sincèrement attaché.
; Ferdinand-Philippe d'Orléans.
(Mémoires inédits du comte de Sainte -Aulaire.)
' Si la lettra si gracieusement réclamée fut écrite, elle ne figure pas dans les Mémoires de Sainte-Aulaire.
* C'est la pièce publiée plus haut sous le numéro LII. » Pièce LUI.
LE DLC d'oRLÉANS A THIERS
Compiègno, 22 août i836.
Depuis mon arrivée ici, mon cher Président, je me suis occupé des invitations que je compte adresser à quelques personnes pour venir à Compiègne. Je pense que j'aurai le dimanche 4 septembre une revue, et le lundi 5 au soir un spectacle ; ce serait, je crois, l'occasion d'inviter ceux des ministres que je connais moins particulièrement, c'est- - à-dire MM. Sauzet ', Passv % Pelet ' et Du-
' Paul Sauzet (1800-1876) avait conquis la célébrité en i83o par la défense de Chantelauze dans le procès des ministres de Charles X ; garde des sceaux dans le cabinet Thiers, il devait être président de la Chambre des députés du i4 mai 1889 à la révolution de février i848.
' tlippolyte-Philibcrt Passy (1793-1880), officier de cavalerie sous l'Empire, député en i83o, l'un des chefs du tiers parti, membre en i83i du ministère des trois jours, avait en i836 le portefeuille du commerce et des travaux publics. Il devait être ministre des finances en 1839-1840 et 1848-1849, membre de l'Académie des sciences morales en i838, pair de France en i843.
■> Privat-Joscph-Glaramond, comtiî Pelet de la Lozère (1785- 1871), fils d'un conventionnel et consteller d'Etat devenu pair de France en 1819, fut hii-nième auditeur, préfet sous l'Empire et la Restauration, député de 1827 à 1887 ; ministre de l'instructi
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perré *, car M, d'Argout ^ sera encore, je crois, dans les Pyrénées.
Convient-il à ces messieurs de venir pour la revue et de rester jusqu'au lendemain du spectacle, ou leur est-il plus commode de ne venir que pour le lundi? Veuillez mêle faire savoir, je me réglerai en conséquence.
Adieu, mon cher Président ; j'espère que tout s'est arrangé et que vous y aurez mis du vôtre ' .Je le désire bien vivement pour l'intérêt de mon pays, pour le succès de la cause que vous avez toujours servie et pour vous-même. — Mille choses aimables *.
I publique dans le premier cabinet Thiers, il devait être pair de I France on iSS" et ministre des finances en i84o dans le second i cabinet Thiers.
[ ' Victor-Guy, baron Duperré (1775-1846), enseigne de vaisseau j en 1790, contre-amiral et baron en 181 1, vice amiral en 1836, amiral et pair de France en i83o après la prise d'Alger, était en i836 ministre de la marine ; il devait reprendre ce portefeuille dans le ministère Soult-Passy (1839-18^0) et dans le ministère Cîuizot de i84o à 1843.
* Antoine-Maurice-Apollinaire, comte d'Argent (1783-1808), fonctionnaire des finances sous l'Empire, préfet aux Gent-Jours et sous la Restauration, pair de France depuis 1819, ministre de la marine dans le cibinet Laffitte (i83o-i83i), du commerce et des travaux publics dans le cabinet Gasimir-Périer (i83i-i833), de l'intérieur de i833 à i834, des finances en i836. Il devait être jusqu'à sa mort gouverneur de la Banque de France, membre de l'Académie des sciences morales en i844, sénateur en iSôa.
' La session parlementaire était close, mais c'était entre Louis- Philippe et Thiers que le conflit s'accentuait sur la question d'intervention en Espagne.