‹ Correspondances du siècle dernier, un projet de mariage du Duc d'Orleans (1836), Lettres de Léopold Ier de Belgique a Adolphe Thiers (1836-1864), Documents inédits publiés avec des avertissements et des notesChapitre 33 sur 43 · CORRESPONDANCES DU SJÈCLE DERNIER · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCES DU SJÈCLE DERNIER

la Convention du 15 juillet, qui n'a qu'une action isolée. Nous avons pour cela le précédent du traité du 19 avril 1830 pour les affaires belges, qui stipule que le présent traité met fin au traité du 15 octobre 1831 '.

M. Guizot, que j'ai vu le 23 à Londres, vous rendra compte de ce que lord Palmerston lui a dit sur les premières mesures coercitives. Elles me paraissent assez douces. Palmerston m'a exactement dit la même chose dans une conversation d'avant-hier. Il n'y aurait donc pas même un blocus commercial de l'Egypte.

Si Méhémet-Ali refuse, les puissances demanderont certainement l'appui moral de la France. Cela mènera à une espèce de m.édiation de la France, qui peut lui devenir fort honorable. Le tout doit finir par le traité des cinq, qui absorbera la Convention.

Je vous développerai mes idées sur cette phase assez probable de la chose une autre fois, et je veux seulement encore dire quelques mots de l'attitude de la Russsie. M. de Brûnnow désire vivement que l'affaire orientale soit exclusivement traitée à Londres. Il est assez opposé à un traité des cinq, puisque sa grande mission n été' de séparer l'Angleterre de la France, à quoi son auguste maître a travaillé depuis plusieurs années.

Lord Palmerston ma cependant dit lui-même qu'il a vu M. de Brûnnow le 2\ et qu il lui a fait comprendre que l'affaire de la mér close rend ce traité des cinq inévitable, et qu'il lui a paru se résigner à la chose.

* Par une incrovable distraction, Léopold avait écrll « 19 avril 18^0 » et « i5 novembre ISUO »,

LETTRES DE LÉOPOLD l*"" ROI DES BELGES 269

^laintenant vient encore une considération qui est partagée par les plénipotentiaires de Prusse et d'Autriche, et dont j'ai fait part avant-hier à Guizotet plusieurs fois à lord Melbourne, mais pas du tout à lord Palmerston, c'est de savoir si les négociations actuelles, qui concernent exclusivement les affaires de l'Orient, ne devraient pas être rapprochées de ce même Orient et se traiter à Vienne ou peut-être à Constantinople, si malheureusement il n'y avait pas lord Ponsonby *. Tous les intéressés croient lord Palmerston trop irrité pour toutes sortes de petites choses qui lui sont personnelles, pour ne pas craindre qu'à Londres ces négociations ne s'en ressentent. Vous comprendrez que cela ne pourrait être proposé qu'avec prudence, puisque Palmerston en sera nécessairement très blessé, mais je crois que le prince de Metternich peut être utilisé et je viens de lui en écrire le 23. Veuillez avoir la bonté de donner connaissance du contenu de cette lettre au Roi. Il me serait impossible de lui écrire aussi longuement aujourd'hui. Veuillez également me faire connaître vos. vues personnelles sur tout cela. Je dois dire que l'afïaire se présente maintenant d'une manière assez convenable, si quelque incident ne la complique pas de nouveau, et je sens une assez grande satisfaction en pensant que mes efforts n'ont pas été sans succès.

Je saisis cette occasion pour vous renouveler l'expression des sentiments affectueux que je ne cesserai de vous porter.

Lkopold R.

' Ambassadeur britannique à Constantinople, violouinicnl hoslile k la France.

Laeken, le a3 octobre i84o.

Peut-être ces lignes trouveront-elles Votre Excellence trop occupée pour les lire : n'importe, je crois utile de vous les écrire. J'ai reçu hier une lettre de lord Melbourne du 20, où il se plaint des armements ; il dit que si cela continue, cela forcera le gouvernement anglais d'appeler le Parliament (sic).

11 dit que les dernières communications faites au gouvernement français sont d'une nature essentiellement amicale, et indiquant le désir de l'Angleterre de rentrer en négociation.

De lord Palmerston, j'ai reçu peu après une lettre de la même date. Use plaint beaucoup des armements et des menaces de la France. 11 dit ensuite qu'il sera difficile de modifier la convention du 15 juillet, puisqu'elle se trouve être en pleine exécution et qu'il faut le coasentenient des autres puissances signataires, et qu'il est probable que la Russie se tiendra à la lettre du traité (je sais que M. de Brûnnow parle dans ce sens), que cela ne doit pas cependant empêcher qu'on se rapproche, que déjà dans sa dépêche du 31 août il avait indiqué le désir qu'on avait de s'occuper de l'ensemble de la question turque, que vous n'avez pas ré})ondu à cette ouverture, que le quatrième point des suggestions du prince de ^let^ernich

était également resté sans réponse ; qui dit que dans le cas où les mesures coercitives manqueraient d'amener le résultat qu'on s'était proposé, que la sécurité de l'Empire ottoman ainsi que la paix de l'Europe s'en trouveraient compromises, la France, d'un commun accord avec la Porte et les quatre autres puissances, s'occuperait des meilleures mesures à prendre pour terminer la question turco-égyptienne. D'après ces communications, je ne peux pas mettre en doute qu'en Angleterre l'on désire entrer en négociation. Lord Melbourne m'a même prié détacher de lui procurer une réponse jusqu'au 30 de ce mois. Je pense que cela mérite d'être médité sérieusement par vous. Quel que puisse être le résultat de ces négociations, il serait bon de s'y prêter. Gela vous donnera même plus de force politique si vous épuisez tous les moyens raisonnables de terminer la question à 'amiable.

Je ne cache pas que beaucoup dépend du succès ou non succès des alliés en Syrie. Si le mauvais temps chasse la flotte, si les chances de terminer l'affaire promptement disparaissent, le cas prévu par le point 4 du prince de Metternich arrive, et il faut bien l'avouer, ce serait ce qu'il y aurait de plus désirable pour la France. Le Roi me dit qu'il vous a communiqué ma lettre du 19. Je ne veux donc pas reproduire ce que j'y ai dit ; mais la position pratique des choses me paraît celle-ci : i" L'Egypte doit être considérée comme ne pouvant pas être touchée ; 2° 11 n'y a rien à faire contre l'exécution du traité tant qu'elle reste dans la lettre du traité, n'ayant pas protesté contre sa signature ; 3° Si l'exécution échoue, le cas prévu par

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