CORRESPONDANCES DU SIÈCLE DERMER
le prince de Metternich se présente ; 4° On pourrait dès à présent s'occuper de l'ensemble de la question turque. Il y a cet avantage qu'on se rapprocherait insensiblement, que la France reprendrait sa position naturelle et que la question égyptienne se reprodui' rait pratiquement dans le courant de la négociation. Le temps presse si fort que je dois finir, en ajoutant encore seulement l'expression de mes sentiments bien sincères et affectueux pour vous ^
Léopold R.
Laeken, \e ii avril iS45.
Votre bonne et affectueuse lettre du 23 mars, accompagnant le don de votre Histoire du Consulat et Je l Empire, ne m'est parvenue que hier au soir le 10 avril ^. Je ne cite ces dates que pour vous prouver
' Quand il écrivait celte lettre, le roi des Belges ignorait que depuis trois ionrs le cabinet ïhiers était démissionnaire par suite d'un désaccord avec le Uoi sur le projet de discours du trône, que Louis-l*liilippe avait jugé trop provocant à l'égard des puissances étrangères — Le cabinet du ag octobre i84o, formé sous la présidence du maréclial Soult et la direction effective de (^uizot, ministre des affaires élrangères, signa les deux acte» du i3 juillet iS^i, qui associaient la France au règlement de la question d'Orient selon le plan préconisé par Léopolil.
'' A. cette date de i845, les cinq. premiers volumes avaient paru. Le tome XX et dernier devait être publié en 1862.
LETTRÉS DE LEOPOLD l*"" ROÎ DES BELGES 27S
que si mes remerciements les plus sincères vous sont offerts tard, ce retard n'est pas de mon fait.
Je puis donc vous assurer que je suis on ne peut pas plus touché de cette marque de votre souvenir. Nous nous étions déjà depuis quelque temps précipités sur votre ouvrage, que nous lisons avec la plus grande ardeur.
C'est un admirable monument que vous édifiez. D'écrire ainsi ces événements gigantesques, c'est véritablement associer son nom à une époque que rien ne pourra de longtemps ramener ou égaler sur la terre.
Il fallait l'épouvantable catastrophe des années 1791-93 pour bouleverser toute l'Europe, et sans ces bouleversements les faits mémorables du Consulat et de l'Empire étaient impossibles.
11 y aura encore des guerres, mais il me parait entièrement impossible que ces guerres puissent même d'une manière bien pâle se rapprocher de cette ï époque. Vous devez donc éprouver une bien grande satisfaction en pensant que, malgré vos occupations politiques, malgré \e gaspillage de ^e/nj^s qui distingue le régime constitutionnel, vous avez eu la force de volonté pour une œuvre si remarquable.
Je saisis avec empressement cette occasion pour vous réitérer combien j'attache de prix à conserver votre bienveillance. Jamais je n'oublierai les preuves de confiance et d'atfection que vous m'avez données entant de circonstances et surtout en 1836, époque des plus importantes et qui aurait pu être féconde en beaux et même en grands résultats.
La reine Louise me charge de vous exprimer com-
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bien votre ouvrage lui inspire d'intérêt. Veuillez me rappeler au souvenir de Madame Thiers et agréez l'expression de mes sentiments les plus sincères et les plus
affectueux.
Léopold R.
Tuileries, le 9 janvier [1847]-
Une ancienne et bonne habitude a toujours existé pour moi et qui m'a toujours été bien douce, celle de ne pas être à Paris sans avoir le plaisir de vous voir. J'ose donc vous proposer comme jour peut-être plus 5 tranquille de venir me voir demain dimanche à une heure, si cela ne vous dérange pas. Je saisis cette occasion pour vous réitérer les sentiments affectueux et sincères que je vous ai toujours portés.
Léopold R.
Saint-Cloud, le 3o octobre 1847.
Ayant eu le plaisir de vérifier par mes propres yeux votre présence h Paris, je réclame mon ancien privilège de vous voir avant mon départ. Le dimanche étant souvent un jour libre, je vous prierai de me faire savoir si votre temps vous permettrait de me voir de-
main dimanche, le 31, aux Tuileries, à une heure. Je saisis cette occasion pour vous réitérer l'expression de mes sentiments bien affectueux.
Léopold R.
Laeken, le a6 mai i848.
Mon cher Monsieur Thiers,
Ces lignes partent par une occasion tout à fait sûre, et comme il y a bien longtemps que je n'ai eu le bonheur d'avoir de vos nouvelles, je ne résiste pas au désir de me rappeler à votre souvenir, et si faire se pouvait de réclamer de vous quelque témoignage de votre constante bienveillance, à laquelle j'attache comme vous savez le plus grand prix. Que d'événements, que de changements dans cette pauvre vieille Europe, qui en est haletante et quelque peu fourbue ! Le beau de l'affaire est que notre constitution, considérée par la presque totalité des vieux gouvernements comme une espèce de folie politique, devient à présent le modèle pour une masse de nouvelles constitutions. Le côté flatteur pour nous est l'argument que les institutions de la Belgique, ayant résiste à la plus formiiable tempête politique connue, devaient être très aonnes et utiles à imiter.
Gomme vous avez été, comme ministre et comme iiembre de la Chambre, également bienveillant pour
la Belgique, je me flatte que vous aurez \u la bonne conduite de notre pays avec satisfaction.
Nous sommes ici toujours dans les mêmes sentiments ; nous désirons être des voisins utiles et bienveillants de la France, et entretenir avec elle les relations les plus amicales. Tout ce que nous demandons assez raisonnablement en retour, c'est qu'on nous traite loyalement.
Nous sommes un petit pays, cela est vrai : mais nous ne sommes nullement petits en politique. Que des hommes passionnés et ignorants ne comprennent pas cela pour le moment, cela n'a rien d'étonnant, mais j'espère que l'on comprendra cela après réflexion. Les temps actuels rendent tous les dévouements nécessaires. Ainsi malgré que j'étais assez fatigué de la politique et des affaires, je continuerai avec patience mon chemin, avec l'espoir de faire du bien. J'espère bien que le même sentiment dominera chez vous, et qu'un homme politique aussi distingué que vous dévouera ses talents au bien public, qui a bien besoin des talents éprouvés et qui, il faut bien dire ici la vérité, est dans un danger tout nouveau par le désordre social, qui serait bien plus difficile à guérir que les calamités purement politiques. Donnezmoi de vos nouvelles et agréez l'expression des sentiments de ma bien sincère amitié.
Léopold R.
Laeken, le 6 septembre i848.
.C'est par pure discrétion que j'ai été si longtemps sans vous écrire et vous offrir mes remerciements les plus sincères pour votre excellentissime lettre, qui vous fait le plus grand honneur et qui m'a fait éprouver la plus vive satisfaction. Les yeux de l'Europe sont sur vous. Vous pouvez exercer l'influence la plus heureuse sur son avenir, qui hélas ! en a bien besoin ! Que de bouleversements, que de ruines et d'inquiétudes ! On a beau examiner les éléments dont nous avons besoin pour fonder un édifice : on revient toujours à de certaines vérités fondamentales sans lesquelles rien de stable ne peut exister.
Vous avez une vaste expérience politique, votre haute intelligence a toujours été active, quand momentanément l'influence plus directe sur les affaires ne se trouvait pas dans vos mains. Cela rend votre position plus belle et plus importante que celle de tout autre homme politique de l'Europe, et je suis sûr que cela vous réservera la gloire éternelle de poser les bases d'une existence politique pour l'Europe, dont elle ne saurait plus longtemps être privée sans de nouvelles catastrophes qui détruiraient la société politique pour longtemps.
Votre bienveillance pour nous vous fera accueillir