CORRESPONDANCES W SIÈCLE DERNIER
fond on est d'accord : le statu qiio est accepté franchement par le cabinet anglais. Si les Autrichiens cherchent dans la forme un moyen pour rendre les négociations impossibles, les torts seront fort inutilement de leur côté et cela mettrait aussi la France dans une position plus difficile. Je ferai de grands efforts pour faire comprendre cela aux Autrichiens, mais les haines personnelles sont une entrave terrible et les alFaires en souffrent. Je compte bien sur vous pour faire comprendre au cabinet fran(,'ais qu'il est en bonne et belle position pour recommander à Londres et à Vienne les idées de conciliation ' .
Je n'ai qu'un instant, je me borne donc aujourd'hui à ces mots, et n'ajouterai que l'expression de ma bien constante et sincère amitié.
Léopold R.
Bruxelles, le 8 avril iS^g.
Mon cher Monsieur Thiers,
Permettez-moi aujourd'hui de vous exprimer ainsi | qu'à votre famille la part sincère que je prends au malheur qui vient de vous frapper, et veuillez croire que tout ce qui peut exercer une influence sur votre
' Sourd aux conseils de modération de Léopold et de Thiers, Gharle8-A.lbert allait dénoncer l'armistice et faire écraser son arméal à Novare. Il abdiqua le l'i mars en faveur de son fils Victor-Emmanuel et se retira en Portugal, oh il. ne tarda point à mourir.
bonheur ou sur votre glorieuse carrière m'intéresse bien sincèrement.
Vous avez eu le courage de faire un admirable discours à l'Assemblée nationale et je vous en félicite sous tous les rapports *. On a essayé de vous combattre fort déloyalement, mais il y a une réponse que vous leur avez faite qui leur ferme la bouche complètement, c'est que la France avant février 1848 et la France du gouvernement provisoire sont deux êtres bien essentiellement différents. Nos conseils malheureusement n'ont pas été écoutés par le roi Charles- Albert, et les suites ont été plus promptes et plus décisives qu'on aurait même pu s'imaginer, car être détruit en deux jours cela est incroyable. Pour tous les intéressés, la promptitude de cette décision a été un bien et l'extrême modération des Autrichiens est un hommage rendu à la France qui devrait y être apprécié. Je vous recommande M. Hûbner '. Vos conseils lui seront bien utiles, et vu son influence il mérite qu'on lui parle avec confiance.
' Thiers était intervenu le 3o mars dans la discussion sur les affaires d'Italie.
^ Joseph- Alexandre Hassenfraz, créé baron puis à la fin de sa vie comte) de Hûbner (1811-1892!, débuta comme modeste employé à la chancellerie aulique, fut distingué par Metternich et parvint aux emplois importants à la suite des événements de i848. 1! occupa l'ambassade d'Autriche à Paris de 18^9 à la guerre d'Italie, fut ministre de la police en iSSg, ambassadeur à Rome de i865 à 1868, membre à vie de la chambre des seigneurs en 1879, associé correspondant de notre Académie des sciences morales en 1877. ^' * écrit ou traduit lui-même en français non seulement des études historiques et des récits de voyage, mais son Journal, dont des fragments ont été publiés de son vivant et depuis sa mort.
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Pour la France les élections ' vont être d'une importance vitale. On y a bien compris le premier pas en mettant de côté toute autre considération que celle d'assurer avant tout l'existence de la société. Je continue à la croire fort menacée, quoique d'un autre côté le pays n'est pas sans expérience sur toutes ces doctrines. En partie c'est du réchaulfé. Ici nous continuons bien : dirigés probablement par quelques conseils étrangers, nos socialistes avaient organisé un banquet pour le 25 mars. Le véritable peuple du faubourg où il a eu lieu a pris les choses de fort mauvaise part, et sans l'intervention de la gendarmerie pour protéger les individus du banquet, un châtiment personnel devenait imminent.
Notre position ici est très saine, elle est parfaitement vraie, et j espère que nous povirrons encore l'améliorer matériellement, ce qui est le meilleur droit au travail ^.
Si vos affaires vous menaient dans notre voisinage, j'espère bien que vous n'hésiteriez point de venir un instant chez nous. Nous sommes modérés et neutres et nullement compromettants.
Je termine avec l'expression de ma bien constante et sincère amitié.
Léopold R.
1 Les ('lections pour l'Assemblée Législative, fixées au i3 mai .8^9.
- Une des revendications favorites des démocrates-socialistes était le « droit au travail ».
Lacken, le 8 juin i849-
Depuis longtemps j'avais l'intention de vous écrire, mais j'ai été retenu par l'espoir de pouvoir vous parler avec un peu plus de connaissance des causes et elîets des affaires d'Allemagne.
La confusion j est excessive, mais il paraît pourtant que la Prusse va prendre la direction supérieure, une espèce de présidence, d'un commun accord avec la majeure partie de ce qu'on appelait anciennement les gouvernements. L'Autriche a été fort opposée à cette présidence, mais dans sa forme actuelle, cette opposition est déraisonnable et déplacée, et rentre dans ce système de cordon militaire qui finit par tout perdre. L'Autriche avec l'Italie, et la Hongrie avec des populations assez travaillées d'idées de spoliation, devrait aider la Prusse à prendre cette direction sans laquelle il y aura dissolution sociale sans profit pour personne.
Si les choses sont seulement un peu passablement menées, il résultera une liaison plus étroite entre les divers Etats allemands, et une plus grande concentration des forces militaires de ce pays.
La vieille politique de la France étant de protéger l'indépendance des petits Etats, l'Allemagne con-