LA REINK LOUISE A THIERS
Ostende, le 7 septembre i85o.
J'ai été, Monsieur, profondément touchée de votre lettre. J'étais sûre, au reste, de la part de cœur que vous prendriez à notre douleur et à nos regrets '. Je sais combien, malgré quelques divei'gences d'opinion, vous aimiez et admiriez sincèrement mon père. Pour lui comme pour nous vous aviez été toujours un ami vrai. Nul ne l'a plus apprécié et senti que nous ne l'avons fait, le Roi et moi, en toutes circonstances.
Je me suis empresséejde transmettre aux miens vos offres si pleines de cœur. Ils sont tous bien touchés de cette nouvelle preuve de votre intérêt et de votre attachement, et m'ont bien chargée de vous témoigner leur vive reconnaissance. Nous comptons bien tous sur vos sentiments et nous y ferons toujours appel avec confiance, dans chaque occasion qui se présentera.
Pour le moment l'intention de mes frères et d'Hélène ^ est de rester tranquillement en Angleterre auprès de la Reine, de reformer autour d'elle le f.iisceau de la famille. Elle serait désormais le centre vénéré et chéri, le lien dune union que le malheur qui nous a frappés a resserré
1 Louis-Philippe était mort à Claremoiit le r>6 août.
2 La duchesse d'Orléans, dont le mari avait péri à Neiiilly en
LETTRES DE LÉOPOLD l®"" ROI DES BELGES 907
encore sil est possible, et qui doit être aussi apparente qu'elle est réelle. Cette union a toujours fait notre bonheur. Elle est encore notre plus grande force. Nous le sentons tous bien vivement. Je pense que vous approuverez et nos sentiments et la résolution prise de rester à Claremont. Elle est conforme à vos derniers et sages avis.
Quant à la sépulture de mon père, la Reine et mes frères se sont résolus à déposer provisoirement les restes qui nous sont si chers à la petite chapelle catholique de Weybridge et à attendre pour les faire rentrer en France le jour où une sorte de justice nationale leur rouvrir a la porte de la patrie et où mes frères pourront les conduire librement à Dreux. C'est un devoir filial qu'ils ne veulent déléguer à personne. 11 n'y a donc pas lieu d'adresser aucune demande au gouvernement.
Veuillez, Monsieur, être mon interprète auprès des vôtres et remercier Madame Thiers et Madame Dosne des sentiments qu'elles vous ont chargé de m'exprimer. Le malheur qui nous frappe est bien grand, notre perte irréparable. Nous avons perdu le meilleur des pères. Au moins sa fin a été douce, calme, simple, grande, digne de sa vie ! C'est une consolation pour nos cœurs affligés. Je joins la réponse de ma mère à la lettre que vous m'avez envoyée pour elle '. Elle est admirable de force et de courage, et grâce à Dieu sa santé se soutient.
Le Roi me charge de ses plus affectueuses amitiés pour vous et espère toujours vous revoir à votre retour d'Allemagne.
^ La lettre de la reine Marie-Amélie 5 Thiers, datée du (x septombre i85o, est des plus touchantes, mais sa place est plutôt dans une publication relative aux rapports de Tliiers avec la famille d'Oil<':aiis. Au contraire, il nous semble tout indiqué de donner ici une autre lettre de Marie-Amélie, écrite à la suite de la mort de sa fille aînée, la reine Louise.
308 corresp(jndances du siècle dernier
Veuille/., Monsieur, nie croire toujours et bien sincèrement
\'olre bien affectionnée,
Louise.