‹ Correspondances du siècle dernier, un projet de mariage du Duc d'Orleans (1836), Lettres de Léopold Ier de Belgique a Adolphe Thiers (1836-1864), Documents inédits publiés avec des avertissements et des notesChapitre 4 sur 43 · CORRESPONDANCES UU SIÈCLE DERNIER · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCES UU SIÈCLE DERNIER

mis et je vous prie de lui envoyer de sa part. Le Roi se fait une fête de la copie du tableau de Vernet. Je vous prie de dire de ma part mille amitiés à Madame de Sainte- Aulaire ' et à vos filles et recevez l'assurance de tous mes sentiments pour vous.

Marie- Améue.

(Archives Sainte- Aulaire.)

LA REINE MARIE-AMÉLIE AU COMTE DE SAINTE-AULAIRE

Paris, ce 29 février i836.

J'espère que vous aurez reçu, à présent, ^lonsieur, mes deux lettres du 25 janvier et du 20 février ; mais le départ de M. de Gouy m'offre une occasion sûre pour vous écrire et j'en profite avec plaisir. La mort aussi triste qu'inattendue de la jeune et belle reine de Naples change pour le moment l'aspect des choses dans ce pays, et quoique je conserve peu d'espoir d'y établir mes filles ^, mon devoir de mère est de ne rien négliger

* Le comte de Sainte-Aulaire, veuf en i8o3 de Henriette de Soyecourt (fille d'une princesse de Nassau-Saarbrûck et mère de la future duchesse Decazes), s'était remarié en 1809 avec Louise-Charlotle-Victoire de Grimoard de Beauvoir du Roure, l'une des plus agréables et des plus spirituelles personnes de son temps.

* Marie-Amélie avait encore deux filles non mariées, les princesses Marie et Clémentine.

pour y parvenir. Je suis sûre que les personnes qui, soutenues par la Reine, avaient un grand ascendant sur lé Roi, déploieront la plus grande activité pour lui faire contracterune alliance qui ne soit pas la nôtre, et vous sentez que la réalisation de ce projet pourrait en contrarier d'autres que vous connaissez et auxquels je tiens plus que jamais *, Je viens donc vous prier de vous efforcer de tenter tout ce qui pourrait être tenté dans ce sens et de vouloir bien me tenir au courant de tout ce que vous pourrez apprendre à ce sujet — surtout des ouvertures et des démarches qui auraient été faites ou qui pourraient l'être... Vous connaissez bien mes désirs et je m'en rapporte à votre cœur pour juger du chagrin du mien si je devais perdre l'espoir de les voir accomplir.

Tout est ici parfaitement tranquille ; la crise ministérielle que nous avons eue a fait passer des moments bien pénibles à mon excellent Roi. Heureusement sa précieuse santé n'en a pas souffert. Mais si les hommes sont changés, le sjstème ne l'est pas : c'est celui du Roi et on peut y compter. Je vous recommande l'incluse pour M"® de Montjoye. Dites, je vous prie, bien des amitiés de ma part à Madame de Sainte- Aulaire et à vos filles et recevez l'assurance de tous mes sentiments pour vous.

Votre affectionnée,

Marie- Amélie.

(Archives Sainte- Aulaire.)

' Les appréhensions de la Reine étaient fondées : non seulement Ferdinand II ne demanda pas la main d une de ses cousines d'Or léans, mais il épousa en secondes noces cette archiduchesse Thérèse à laqu«U« on avait païué pour le duc d'Orléans.

LE COMTE DE SALME-ALLAIRE A TlilEftS

[s ins lien ni date] (Vienne, mars i836'}.

Ma dépêche ne vous apprendra sans doute rien du tout sur l'ancienne histoire d'Autriche ni même sur la situation actuelle de son cabinet.

Aussi n'ai-je point eu la prétention, très cher, d'en remontrer à mon curé. Si je vous ai exposé toute ma doctrine, c'est au contraire pour que vous la corrigiez au besoin.

Il est d'autant plus nécessaire de nous mettre bien d'accord sur ces considérations générales qu'elles sont la règle de ma pratique quotidienne, et que n'ayant ici aucune affaire, peut-être n'aurez-vous de longtemps de directions spéciales à me donner.

Ne m'abandonnez cependant [pas] à moi-même, je vous en supplie. Je suis ici le plus enfant perdu de tout le corps diplomatique. Je ne sais que ce que je glane à droite et à gauche, et n'ayant jamais rien à dire de Paris, j'ai l'air d'un parasite qui demande la charité.

* Celle lettre non datée doit se rapporter à la seconde quinzaine de mars i836 : sans inaugurer précisément la correspondance entre l'ambassadeur et Thiers, elle a l'avantage de résumer la situation au moment où le reprenaient les projets de voyage et de mariage.

UN PROJET DE MARIAGE DU DUC d'oRLÉANS 33

De ma part vous serez exactement informé, mais permettez que je vous demande de faire un usage très discret de ma correspondance. Comme je ne reçois aucune confidence sous la condition de vous en faire mystère, vous pourrez croire sans inconvénient de parler à Apponyi ' de tout ce que m*a dit son patron. N'en faites rien, je vous supplie. Le prince de Metternich parle bien, mais beaucoup. 11 est possible qu'il laisse échapper des paroles qu'il aimerait à reprendre ensuite. Ces paroles sont toujours celles que je semble le moins remarquer. S'il venait à apprendre que j'en ai fait dépêche, il serait une autre fois plus circonspect. Voici une lettre pour la Reine : je lui écris directement tout ce qui peut se rapporter au chapitre mariage. Jusqu'à ce jour, l'affaire n'avance guère et ma conviction est qu'on ne se décidera en notre faveur qu'au moment où l'on croira que nous pourrons et voulons nous décider pour une autre.

C'est affaire à vous d'inspirer de la jalousie. Ceci me ramène à votre situation personnelle ; je vous ai écrit qu'elle était ici très favorable et qu'on vous préférait à votre prédécesseur ^ Cela est A'rai sous plusieurs rapports, mais ce que j'ajoutais de la méfiance avec laquelle seront observées vos allures se confirme déjà.

On comptait plus sur l'antipathie de B^roglie] pour la Russie que sur la vôtre et cette préférence anglaise

' Antoine, comte Apponyi, ambassadeur d'Autriche à Paris do 182G à j848.

* Le duc de Broglie (Victor), ministre des Affaires étrangères et finalement président du conseil dans le cabinet Broglie-Guizot- Thiers ''i832-i836).

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